Sébastien Cabot, pilote-major d'Espagne, considéré comme cartographe [microforme]
On fait de grands préparatifs en Angleterre et au Canada pour célébrer le quatrième centenaire de la découverte du continent américain par Jean Cabot, en 1497, sous le pavillon d'Henri VII, Les admirateurs de Sébastien, son fils, ne manqueront pas d’associer le nom de celui-ci, et avec force louanges, à cet événement si considérable dans l’histoire de la géographie, car il a tout fait pour s’en attribuer le mérite.
Nous avons montré, récemment encore‘, ce qu’il y a de faux dans cette prétention et ici mème * ce qu’on doit penser de Sébastien Cabot, comme homme et comme marin. De nouvelles recherches permettent de préciser l’idée que les géographes doivent se faire de sa cartographie.
Dans une des salles de la section géographique de la Bibliothèque nationale, à Paris, on remarque une grande mappemonde encadrée, qui attire surtout l'attention des américanistes. C’est le seul exemplaire connu du planisphère construit en 154% par Sébastien Cabot, alors qu’il était pilote-major d'Espagne, et la seule carte qu’on possède de ce casinographe autrefois fameux.
Elle est formée d’un assemblage de quatre planches gravées sur cuivre, mesurant chacune 0 m. 80 par U m. 62, et collées sur une feuille de carton de 2 m. 19 de largeur sur 1 m. 25 de hauteur.
1. John Cabot the discoverer of North America and Sebastian his son: a chapter of the Maritime History of England under the Tudors: London, B. F. Stevens, 1896, in-8, avec cartes.
2, Numéros de novembre 1894 à mars 1895 incl.
Deux bandes de 0 m. 27 sur 0 m. 55 imprimées et aussi collées, l'une à droite, l’autre à gauche, renferment une série de vingtdeux légendes explicatives, rédigées en espagnol et dont dix-sept sont chacune suivies d'une traduction latine, peu fidèle. Aux quatre coins, tête d'Éole, également gravée et coloriée à la main comme les contours et les représentations d'hommes, d'animaux et autres accessoires de la carte. En haut, à la gauche du lecteur, gravure de l’Annonciation avec paraphrase latine de la salutation angélique en cinq lignes. À droite, les armes de Charles-Quint, surmontant l'inscription suivante, qui est absolument inintelligible :
Solas del Sol en el mundo en seruicio de las quales muriendo viuen leales.
En bas, de chaque côté, se trouve une table des latitudes en degrés et en minutes.
La mappemonde présente un ovale, mesurant dans son œuvre Lim. 48 sur le grand axe et 1 m. 11 sur le petit axe. La projection en une seule ellipse est celle préconisée par Apien en 15%, et, comme dans les cartes de ce dernier, avec l'échelle des longitudes d’un tiers moindre que celle des latitudes.
La mappemonde est coupée au milieu dans toute sa hauteur par la fameuse ligne de démarcation, selon le Traité de Tortesillas (1494); mais Cabot l’agrémente de cette légende : Meridiano udonde el aguia de marear muestra directamente al Norte, « Méridien où l'aiguille de navigation [la boussole] marque directement le nord ». C'est-à-dire qu’à un point du globe correspondant sur sa carte au #5’ longitude ouest de Paris, se serait trouvée à l’état constant une courbe d’égale déclinaison se prolongeant d’un pôle à l’autre.
En tête de la légende XVIE, on lit :
Sebastian Caboto capitan, y piloto mayor de la S. c.c. m. del Imperador don Carlos quinto deste nombre, y Re nuestro sennor hizo esta figura en plano, anno del nascim de nuestjro Saluador Iesn Christo de M. D. XLIIIT. annos.
Malheureusement il n°y à ni nom, ni marque d’imprimeur, ni date ni lieu d'impression, ni mention de privilège. Ajoutons que les registres d’octrois des Pays-Bas ainsi que ceux du sceau de Brabant et du grand Conseil de Malines ne mentionnent pas cette carte. Tout porte à croire, cependant, qu’elle a été gravée et pu-
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bliée à Anvers et que les légendes y furent traduites en latin, on ne sait par qui'.
La carte même est l’œuvre de Sébastien Cabot; mais les légendes ne furent pas rédigées par lui. En 1629, Antonio de Léon Pinelo inséra dans sa Biblioteca Nautica cette mention : Doct. Grajales. Del uso de la carta de navegar. Or, il y a dans la Bibliothèque du roi, à Madrid, un manuscrit incomplet dont le titre énumère toutes les pièces qu’il renfermait avant d’avoir été lacéré, On y lit ce qui suit: Tiene vn tratado de lu Carta de nauegar, hecho por el Doctor Grajales, en el Puerto de Sancta Maria. Ce traité s’y trouve encore : ce sont toutes les légendes en espagnol de la carte de Cabot, verbatim et lilleralim, précédées chacune de leur numéro correspondant.
Léon Pinelo dit encore: D. Cristoval Colon. Declaracion de la labla navigaloria. Hallase este breve traltado impresso con su carla, que queda puesla, et : imp. Castel. C'est-à-dire que ce traité de Grajales fut imprimé en espagnol avec un traité et une lettre de Christophe Colomb. On n’en connaît pas d’exemplaire, si tant est que la description de Léon Pinelo soit exacte, Mais il a été découvert récemment une édition séparée de ces légendes, en espagnol eten latin, faite avec la composition même qui a servi pour les bandes longitudinales collées sur la carte, ramenée cependant au format in-19, sans diminution dans la longueur des lignes. >’est un petit volume, de 24 feuillets non chiffrés, sans date, ni lieu d'impression, ni nom ni marque d’imprimeur, et intitulé : Declaralio Chartæ Nov Navigatoriæ Domini À Imirantis.
On le vendait sans doute à part pour accompagner des exemplaires de la mappemonde de Gabot livrés en feuilles, C'était d’ailleurs chose assez fréquente, depuis le Globus mundi et sa version allemande Der Weltkügel Beschrybung, la Terre totius descriptio de Schôner et la Declaralio et usus lypi cosmographici d’Apien.
Dans les deux années qui suivirent le retour de Sébastien Cabot en Angleterre, il fut fait à Londres, évidemment avec son autorisation et, selon toute apparence, avec son concours, une nouvelle
1. Jomard, dans ses Monuments de la Géographie, a publié en 1862 un fac-similé lithographique de cette carte fait par un artiste polonais de talent appelé E. Rembielinski, mais en omettant les deux séries de légendes. Ces dernières furent plus tard reproduites en fac-similé par M. Boselli, le gendre de Jomard, mais tirées à tort peu d'exemplaires, pour être distribuées à des amis.
édition de cettemappemonde. Clément Adams, précepteur des pages d'Edouard VI, se chargea de reviser et de surveiller l'impression du texte latin des légendes qui seul devait être réimprimé et ajouté à la carte, très probablement sous forme de deux bandes collées, comme dans la première édition. Il supprima les légendes 18, 19, 20, 21 et 22, qui n’existaient qu’en espagnol, et les remplaça par deux autres empruntées à la carte même : De Ciapangu et de Mari Seythico, dont il fit ses numéros XVIIE et XIX.
La date de la carte inscrite dans la version latine de la première édition est en ces termes :
Sebastianus Cabotus… summam mihi manum imposuit, et ad formam hanc protrahens, plana figura me delineauit, anno ab orbe redemplo nati: uitate Dominici nostri lesu Christi 1544.
La découverte du continent américain y est dite avoir été faite : anno ab orbe redempto 1494, die uero 2%. Tulij : ce qui est clairement une erreur puisque dans le même paragraphe nous lisons que ce fut solenni die festo diui Toannis.
La carte de Clément Adams portait, au contraire, me delineauit, anno ab orbe redempto nativilale Domini nostri Jesu Christi 1549, et pour la découverte, 1494, die vero 24 junij, ce qui serait le mois exact, si elle avait été accomplie, ainsi que le prétend l’auteur des légendes, le jour de la Saint-Jean. Mais ce n’est ni en 1494, ni en juillet, nile 2% juin que Cabot aborda pour la première fois au Nouveau-Monde. Ce fut en 1497 et, à ce que nous croyons, avant le 2% juin.
Dans la carte de 1544 ces légendes se relient par des chiffres de rappel aux pays qui s’y trouvent tracés. Gomme ce sont ces mêmes légendes (sauf quatre brèves mentions n'ayant pas un caractère géographique) que Chytræus a relevées sur la carte de 1549, on doit croire que celle-ci représentait toutes les parties cartographiques de l'édition de 1544.
Cette seconde édition avait conservé la date fautive de 1494 pour la découverte du continent américain par Jean Cabot. Aussitôt qu’on s’aperçut de ce lapsus de Grajales et de son traducteur, l'erreur fut corrigée (1497 au lieu de 1494) et la bande contenant la légende XVIT fut réimprimée, puis substituée dans les exemplaires non vendus. C’est ainsi que Chytræus, à Oxford, en 1565, et Hakluyt en 158% à Westminster, purent voir des exemplaires de
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l'édition de 1549 fixant la date de la découverte à l’année 1494 et que Hakluyt en 1599 et Purchas en 1695, virent dans la galerie royale ainsi que dans les bureaux de nombreux négociants de Londres, cette carte même de 1549, mais portant pour la découverte la date de 1497.
Il reste à savoir où la carte qui servit pour ces deux éditions de Clément Adams fut gravée et si, comme nous le supposons, ce ne serait pas autre chose que des feuilles de la mappemonde de 1544, qui auraient été tirées expressément soit à Anvers où les planches originales seraient restées, soit à Londres où elles auraient été importées lorsque Cabot vint s'établir en Angleterre. Ge point est difficile à préciser, car on ne connait pas aujourd’hui d'exemplaires de ces cartes de 1549.
Tout porte à croire qu'on ne commença à graver des cartes en Angleterre que dans la moitié du xvi siècle. La plus ancienne carte gravée anglaise connue est une carte de l'Espagne, datée de 1555 et l'œuvre d’un graveur italien appelé Thomas Gemini: Excusum Londini per Thomam Geminum, 1555. Il est vrai qu'Hakluyt en mentionnant le planisphère cabotien de 1549 dit, la première fois, cut by Clement Adams, et le mot cut ici signifie «gravé ». Plus tard, il ne se servit que de l'expression sell oule, c’est-à-dire € publié ». D'ailleurs, Adams fut exclusivement un homme de lettres, qui continua à prendre ses degrés universitaires, à Cambridge, jusqu’en 1544. Quand et où aurait-il appris à graver sur cuivre à une époque si reculée ? La gravure d’un planisphère de cette importance, œuvre du pilote-major d’Espagne, vivant à la cour d'Édouard VE, ne put non plus ètre entreprise en Angleterre sans l’assentiment de son auteur. Or Cabot n'arriva dans ce pays qu’en 1548. La carte est datée de 1549 et, selon les experts que nous avons consultés, une mappemonde aussi détaillée que celle de 1544 et de ses dimensions exigerait aujourd’hui ième deux ans de travail.
Toutes ces raisons montrent que les deux éditions de 1549 ont été faites avec la planche de 1544 et que les légendes longitudinales seules furentimprimées à Londres, après avoir été remaniées,
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À tous les points de vue le planisphère dressé par Sébastien Cabot en 1544 est peut-être l’œuvre cartographique la plus imparfaite qui ait été exécutée au milieu du xvi: siècle, en Espagne ou ailleurs. Il ne présente d’autre intérêt que son extrème rareté, son origine et les déductions erronées qu’on en iire.
Les contours et les positions sont plus inexacts que dans les autres cartes de l'époque et même que dans celles de l’hydrographie sévillanne construites quinze ans auparavant, alors que Cabot était pilote-major de Charles-Quint.
A l'égard de l’Europe, les délinéations de la Méditerranée, de l'Espagne, de l'Angleterre, présentent des erreurs inconcevables. L'Irlande v est plus grande que l'Angleterre et l'Écosse réunies; l'Islande se trouve portée à la longitude des îles Shetland et droit au nord de l'Écosse, ete.
Limitant notre examen au Nouveau-Monde, parce que c’est la partie du globe que Sébastien Cabot devait le mieux connaitre, nous remarquons, en particulier, que les pays qu'il prétendait avoir découverts et explorés : le Labrador, le Canada et Terre- Neuve, par exemple, ne proviennent ni de ses relevés ni de ses épures, Î les a pris tels quels dans un dérivé de la carte que Nicolas Desliens dressa à Dieppe en 15 #1, Quant aux délinéations de la Plata et de ses fleuves, Cabot prend pour base le prototype de la carte de Wolfenbüttel B, qu'il modifie, mais en confondant le Paraguay avec le Parana, et sans avoir remarqué l'important coude qui se trouve dans ce dernier fleuve à l’est de Corrientes,.
En réalité, toute sa cartographie américaine est défectueuse, Le Labrador y est tracé moins exactement même que dans Kunstmann n°3, qui date seulement des quatre premières années du xvr° siècle ; la côte entière de la Nouvelle-Écosse est de % trop au sud, tandis que son collègue Diego Ribero, dès 1529, l'avait placée bien plus près de sa véritable latitude. Pour les Indes occidentales, Cabot inscrit Cuba entre 20e et 2%, tandis que les cartes de Weimar la portent avec exactitude entre 1% et 23, Le littoral correspondant
1. Bibliothèque de la Société de Géographie, de Dresde, et notre John Cabot, pp. 94-95, pour un fac-similé en photogravure,
à ce qu'on appelle aujourd’hui le Rhode-Island, jusqu’à la hanteur de New-V:, qui est de forme relativement correcte dans l’anonyme de 42 .:, dans Ribero, dans Verrazzano, dans la mappemonde de la Laurentiana et dans Wolfenbüttel B., ces dernières aussi antérieures à 1530, et dans nombre d’autres cartes anciennes, est au contraire plus erronément dessiné par Cabot quinze ans après. [l était cependant en possession, depuis 1532, des épures rapportées par Estevam Gomez de l'exploration de l'Amérique du Nord entreprise en 1526 pour Charles-Quint.
Nous pourrions multiplier les exemples d'erreurs dans le planisphère de Cabot, graves surtout pour l’époque où elles furent commises, puisque les cartes contemporaines en sont exemptes.
Si maintenant nous examinons les légendes de cetle mappemonde trop vantée, la surprise augmente encore. Elles sont l’œuvre, en leur forme littéraire, du D' Grajales; mais les renseignements qu’on y lit furent certainement fournis par Sébastien Cabot; car nous retrouvons la substance de plusieurs d’entre elles dans ses conversations avec Richard Eden; par exemple, l'histoire absolument invraisemblable (légende VID, qu'il avait planté en septembre, sur les rives de la Plata, cinquante-deux grains de blé seulement, lesquels en auraient produit einquante-deux mille au mois de décembre suivant : cinquenta y dos mill yranos de lrigo. D'ailleurs il a accepté tacitement la responsabilité de ces légendes, puisqu'elles furent répétées dans l'édition faite apparemment sous ses yeux à Londres en 1549, par Clément Adams. Le lecteur peut s'assurer de l'identité des deux textes par la simple comparaison du texte de 1544, tel qu’on le lit dans la carte de la Bibliothèque nationale, avec celui de 1549, qu'a reproduit Chytrus, d’après l’exemplaire d'Oxford, dans ses Variorum Itinerarum Delicie; Hepborn, 1594.
Ainsi dans la légende VIE, décrivant la Plata, il est fait mention d'hommes vivant dans les montagnes de ce pays et qui auraient la face d’un chien et les membres inférieurs ressemblant à ceux de l’autruche,
Dans la légende IX, consacrée à l'Islande, il est dit qu'on à vu
au milieu des eaux qui baignent les côtes de cetteile, un poisson de l'espèce appelée Morwna : véritable serpent de mer, et de dimensions telles qu'il attaque les navires et dévore les matelots. Du même genre est la légende XIX, rapportant, par oui-dire, que dans les iles Rocos, on trouve des oiseaux si grands et si forts qu'ils s'emparent d’un bœuf, l’'élèvent dans les airs et l'y dévorent. De même ils saisissent un canot, l’emportent à une grande hauteur d'où ils le laissent tomber et ensuite se repaissent des hommes qui le montaient. En Islande, des spectres et des revenants volligent dans les nuages, en s’appelant par leurs noms, comme le feraient des personnes naturelles. La légende X traite d'êtres à forme humaine mais avec la tête d’un porc et qui grognent comme cet animal, Dans la légende XIT, il est question de monstres humains ayant de si grandes oreilles qu'elles leur couvrent tout le corps. Les autres légendes sont, plus ou moins, à l’avenant.
La lévende XVII présente un intérêt spécial. On y voit l'exposé el l'application d’une théorie de Cabot du caractère d'instructions
nautiques. Le texte espagnol est très difficile à comprendre, la version latine plus encore, Mais grâce au concours obligeant et éclairé de M. Bauvieux, officier de marine en retraite, naguère attaché au Service hydrographique, nous pouvons rendre le langage et la théorie de Cabot accessibles au lecteur, Voici d’abord le texLe :
« Sébastien Cabot à fait cette carte plane... au moyen de laquelle tu pourras naviguer comme tu le ferais avec une carte marine en tenant compte de la variation de l'aiguille aimantée avec la direction de l'Étoile du Nord,
« Par exemple, si partant du cap Saint-Vincent pour te rendre au cap Finistère tu commandes de gouverner au Nord sur la boussole marine, tu arriveras en dedans du cap Finistère, et la route suivie par ton navire aura été le Nord quart Nord-Est parce que, au cap Saint-Vincent, l'aiguille aimantée s'écarte de la direction du Nord, d’un quart vers le Nord-Est; de telle sorte que, faisant gouverner ton navire au Nord de ta boussole marine, ta véritable route aura été le Nord quart de Nord-Est; de même en partant de Salmedina, qui est un bane situë à la sortie de San Lucar de Barrameda, pour te rendre à la pointe Araga de l'ile de Ténérilfe, tu feras gouverner au Sud-Ouest de ta boussole pour aller chercher ladite pointe d'Araga dans la position qui lui est assignée sur la carte marine,
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« Mais la [véritable] route que tu feras ainsi ne sera pas le Sud-Ouest, parce que ton aiguille aimantée à une variation vers le N.-E. d’un grand quart, à Salmedina : cette véritable route sera le S.-0. plus un grand quart vers le». Tu pourras donc dire que partant du cap Sain:-Vincent et faisant route au Nord [sic pro Sud] ton chemin véritable sera le Nord quart de Nord-Est; et que partant de Salmedina en gouvernant au S.-0., ton vrai chemin sera le S.-0. quart de Sud!.
« Tu agiras de cette manitre dans toute autre partie du monde, en tenant compte de la variation que fait ton aiguille aimantée avec la direction de l'Étoile du Nord, car ladite aiguille aimantée ne se dirige p2x en tous lieux vers le N. nine s’y fixe pas, ainsi que le croit le vulgaire, La pierre d’aimant, en effet, n’a pas comme il semble, la propriété de faire diriger ladite aiguille vers le N. en tous lieux. L'expérience démontre, au contraire, qu’elle a seulement la propriété, dans quelque lieu que tu te trouves, de maintenir l'aiguille aimantée stable et fixe dans une même direction déterminée; c’està-dire que ladite aiguille est sollicitée suivant une force toujours parallèle à elle-même et produisant ainsi la variation. Car si l'aiguille se dirigeait toujours et en tous lieux vers le N., ne subissant ainsi aucune variation, c’est qu’elle serait sollicitée suivant des méridiens qui ne peuvent être parallèles entre eux sur un corps sphérique comme la Terre.
€ Tu doisremarquer en outre que plus tu L’éloigneras vers l'E. ou vers l'O. du méridien où l'aiguille est exactement dirigée vers le N., plus la direction de ton aiguille, c’est-à-dire de la fleur de lys marquant le N., s’écartera de la direction du N.; d'où il parait clairement que l'aiguille obéit à une force dirigée suivant une ligne droite et non pas suivant les méridiens qui sont des lignes circulaires.
€ Il faut aussi que tu saches que ce méridien où l'aiguille se dirige exactement vers le N. est celui qui passe à 35 lieues de l'île de Flores, la dernière des iles Acôres vers l'Ouest. C’est l’opinion des personnes ayant acquis une grande expérience à ce sujet à la suite de leurs très fréquentes navigations vers l’O., aux Indes de la mer Océane. C’est ainsi que ledit Sébastien Cabot, faisant route vers l’O., s’est trouvé dans des parages où la division N.-E quart de N. de sa boussole se dirigeait exactement vers le N. ti résulte clairement de ces observations des navigateurs que l'aiguille aimantée s’écarte bien réellement de la direction de l'Étoile du Nord. »
Cet exposé est intéressant en ce qu'il nous fait connaître l'idée que Cabot se faisait de la déclinaison de l'aiguille aimantée. Ainsi il enseignait que les courbes d’égale déclinaison sont des méridiens. On retrouve cette opinion absolument erronée dans presque tous ses écrits techniques. lei, il part de cette erreur pour expliquer la cause de la déclinaison, et il arrive nécessairement à une explication tout à fait inadmissible.
1. Cabot commit ici une erreur grossière : le S.-0. magnétique avec 1/4 de variation N.-E., correspond au S.-0, quart d'O, vrai, ct non pas au S.-0, quart de S. vrai.
A l'égard de la variation magnétique, voici selon M. Bauvieux comment on doit comprendre l’explication très confuse que Cabot donne du phénomène.
Cabot admet que l'aiguille aimantée est toujours et en tout lieu dirigée parallèlement à elle-même, suivantune direction constante, ou, plutôt, que le plan qui contient cette direction est toujours parallèle à Ji-mème. Il admet, de plus, que la direction exacte du Nord est donnée par un point de l’espace (qui est pour lui l'Etoile Polaire) dont la distance à l’observateur n’est pas infinie. Il en résulte que la direction suivant laquelle on voit ce point, ne reste pas parallèle à elle-même quand on se déplace à la surface duglobe. Il n’existerait, selon Cabot, qu’un seul plan méridien contenant ce point, et dans lequel la direction de l'aiguille aimantée k est parallèle à la direction du Nord. Il suppose ainsi ce point hors | de l’axe du mouvement diurne. Pour tout point de la surface de la terre situé hors de ce méridien, la direction constante de l'aiguille aimantée fera un certain angle avec la direction du Nord projetée sur le plan de l'horizon. Cet angle est la variation qui sera N.-E. d'un certain côté de ce méridien et N.-0. du côté opposé, et qui sera d'autant plus grande qu’on s’éloignera davantage de ce méridien. D'ailleurs, pour Cabot, la variation est constante pour le mème méridien et linclinaison de l'aiguille aimantée ne semble pas exister.
Or, à l’inverse de cette conception, c’est la direction du nord qui est constante, toujours parallèle à elle-même et à l’axe du mouvement diurne, et la direction de l'aiguille aimantée est contenue dans un plan méridien inagnétique, déterminé par le lieu de l’observation et par les positions des pôles magnétiques, abstraction faite des influences spéciales locales.
ILest utile maintenant de résumer les renseignements qui nous sont parvenus sur les autres cartes dressées par Sébastien Cabot,
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Mappemonde commandée par Juan de Samano pour le Conseil des Indes en 1532 ou 1533, Elle se trouve décrite dans une lettre de Cabot, en ces termes :
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« J'avais l'intention d'apporter de Séville cette carte moi-même, avec deux autres qui m'ont été commandées par Sa Majesté, J'espère que Sa Majesté et
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le Conseil en seront satisfaits, car on y voit comment il est possible de naviguer dans toutes les directions (por redondo) à l'ai le des indications (que j’y donne), tout comme avec une carie marine. On y voit aussi pourquoi la boussole éprouve une variation vers le Nord-Ouest ou vers le Nord-Est, et pourquoi il en est nécessairement ainsi; quelles valeurs doit prendre cette variation vers le Nord-Ouest ou vers le Nord-Est et par quels méridiens ces variations doivent se produire. Sa Majesté aura ainsi la règle certaine pour obtenir la longitude. »
Ce qu'il importe de retenir dans cette brève description, c'esi la prétention d'obtenir la longitude au moyen de la déclinaison de l'aiguille: aimantée., On la retrouve dans les détails que Cabot donne de ses autres cartes ainsi qu’une application de cette méthode, absolument chimérique, dans une des légendes du planisphère de 15##, commelelecteur l’a vu dansle chapitre précédent.
Une grande mappemonde que Cabot montra à Séville, avant 1547, au gentilhomme de Mantoue, qui dit qu'on y voyait en particulier « les navigations des Portugais et des Espagnols ».
Carte trouvée dans la bibliothèque de Juan de Ovando, président du Conseil des Indes, à sa mort en 1575, et qui fut alors vendue à Madrid en vente publique. Tout ce qu’on sait de cette carte, c’est qu’elle était sur parchemin et richement enluminée.
Mappemonde que Cabot envoya de Londres à Charles-Quint le 15 novembre 1553, par Francisco de Urista. C’est peut-être la même que la précédente, car l’une et l’autre furent réclamées comme appartenant à Sa Majesté.
Cabot la décrit de cette façon :
« Deux configurations formant une mappemonde divisée à l'équateur; par laquelle Votre Majesté verra les raisons pour lesquelles l'aiguille aimantée varie du pôle, et pourquoi elle revient sur une ligne pointant directement vers le pôle arctique ou vers le pôle antarctique. L'autre configuration sert à déterminer la longitude en quelque latitude qu’on soit. »
C'est-à-dire que c'était une mappemonde en deux feuilles, l’une pour l'hémisphère nord, l’autre pour l'hémisphère sud. Cette dernière indiquait sans doute un point magnétique, ce que nous appelons une courbe d’égale déclinaison, transformée par Cabot en méridien.
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La carte que Guido Gianeti da Fano vit à Londres sous le règne d'Édouard VI. D'après Livio Sanuto elle exposait un méridien naturel prenant pour base une courbe d’égale déclinaison située à cent vingt-cinq milles à l’ouest de l’île de Flores, l’une des Açores.
Il est possible que du temps de Sébastien Cahot il y ait eu en ce lieu une de ces courbes; mais raisonnant par analogie, elle n’a pu servir de méridien.
Une carte qu’il donna au roi de Castille (Gharles-Quint, ou Philippe Il) et qui existait encore en 1598, quand André de Cespedes, cosmographe-major d'Espagne, rédigeait son Regimiento. Tout ce que nous en savons c’est que « comme dans la mappemonde imprimée de Jocondus Hondius‘ », Cabot avait mis « entre Goa et Mozambique 43° de longitude ». Nous en mettons 45.
Sir Humphrey Gilbert, écrivant au plus tard en 1566, parle de cartes de Cabot qui à cette époque se conservaient encore dans la galerie privée de la reine à White Hall, et sur lesquelles se trouvait représenté un passage au Nord-Ouest.
« Sebastian Cabota... hath set foorth and described this passage [to Cataia| in his Charts, which are yet to be seene in the Queunes Maiesties priuie Gallerie at Whitehall, »
Richard Willes, en 1577, parlant de la carte de Cabot que le comte de Bedford possédait dans son château de Cheynies, dit, au sujet du passage au Nord-Ouest :
« Cabota was not only a skilful seaman but a long travailer, and such a one as entered personallÿ that strait sent by king Henry VII. to make the afore-