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Sébastien Cabot pilote-major d'Espagne considéré comme navigateur [microforme]

La découverte de Magellan produisit un elfet plus grand, peutêtre, que celle de Christophe Colomb; car, cette lois, on se voyait sûrement à la source de ces merveilleuses richesses que le célèbre Génois n'avait pu découvrir, Aussi quand Sébastien Cabot prétendit connaitre, de science certaine, dans les mers de l'Inde, d'autres iles à épices aussi riches que les Moluques ct, pour y conduire, une route dont lui seul possédait le secret, il trouva facilement à Séville des armateurs prêts à l’envoyer sur leurs navires en quête de ces pays imaginaires.

La flotte partit de San Lucar le 3 avril 1526. Le résultat de l'entreprise fut un des plus grands désastres dont les annales maritimes de l'Espagne aient gardé le souvenir.

Le capitaine Diego Garcia, qui tenait ses renseignements des survivants de cette malheureuse expédition, tous interrogés par lui à la Plata même, et Herrera, qui, en sa qualité d’historiographe des Indes, avait rédigé son récit sur les documents officiels, n’hésitèrent pas à rendre Cabot responsable de l’insuccès de l'entreprise. Ils l’accusérent hautement d'incapacité et d’avoir désobéi aux instructions du gouvernement espagnol, C’est pourquoi les admirateurs de Sébastien Cabot (en Italie surtout, à cause de sa naissance vénitienne), n’ont épargné à Garcia et à Herrera ni les injures ni les objurgations. Et cependant, par quatre fois, le Conseil des Indes condamna Cabot à l'exil « & pedimiento del fiscal, por no haber guardado las instrucciones que llevo ».

On ne songeait pas alors à invoquer d’autres témoignages que ceux de Garcia et d’Herrera, les seuls d’ailleurs qui fussent jus-

qu'ici à la portée des historiens, Mais, dans notre dernier ouvrage", nous avons fait connaître des documents qui complètent ci conlirment ces témoignages, Il nous a semblé qu'un exposé des conclusions de notre travail ne serait pas sans intérèl pour les lecteurs français. On y verra, entre autres délails intéressants, et cela est bien fait pour surprendre, que les pilotes espagnols expérimentés suivaient, il y a trois cent soixante et onze ans, pour aller de Cadix au Brésil, à la Plata et au détroit de Magellan, la route savante prescrite aujourd'hui par les amirautés de France et d'Angleterre, et précisément pour les mêmes motifs.

Les armateurs sévillans avaient fini par concevoir des doutes sur la science nautique de Cabot, [ls voulurent lui substituer dans le commandement de l'entreprise Francisco de Rojas, qui s'était distingué dans la fameuse expédition de Magellan, ou qu’au moins on nonmamat lieutenant général Martin Mendez, autre compagnon du célèbre navigateur sur la Victoria. « Le roi, dit Herrera, désirait donner cette satisfaction aux représentants [de la compagnie] qui avaient remis à Sa Majesté un mémoire exposant de tels défauts dans Cabot, que n'étaient la flotte prête à partir et le vif désir de l'expédier promptement, le roi eût contremandé l’expédition*. » Néanmoins, il adjoignit Mendez à Cabot, qui, en outre, reçut l'ordre de communiquer à ses lieutenants, lorsque les navires arriveraient aux Canaries, la route que celui-ci comptait prendre pour traverser l'Atlantique.

À Palma, les capitaines, sans doute inquiets de la façon dont ils avaient élé dirigés dans cette traversée, demandèrent à Cabot, au terme de ses instructions, de leur faire connaître la voie qu’il se proposait de suivre. Cette juste demande fut repoussée avec hauteur!

On reprit la mer. Les pilotes furent extrêmement surpris lorsque, arrivés dans les parages des iles du Cap Vert, Cabot commanda de faire route au sud-quart-sud-ouest el au sud-sud-ouest. Ils objectèrent qu’en inclinant ainsi vers l’ouest, au lieu de se diriger à ce moment au sud et au sud-quart-sud-est, sa route les rapprocherait trop des caps Saint-Roque et Saint-Augustin où ils devaient trouver en cette saison des vents contraires qui les empêcheraient de doubler ces caps; en outre, qu’il fallait tenir compte des forts courants du golfe de Guinée et portant au nord-ouest.

Cabot persista, et l'événement justilia les appréhensions de ses pilotes. Ce fut en réalité la cause première du désastre. Les preuves

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abondent, mais elles étaient inédites, Nous allons les ete, d'après le dossier mème conservé aux Archives des Indes à Sévite,

Quand Cabot revint de la Plata, on lui fit immédiatement son procès, C'est dans l'enquête du 2 novembre 1530 que furent recueillis les témoignages relatifs à l'accusation d'avoir fait preuve d'incapacité en choisissant une route qui ne pouvait manquer de le conduire dans la région des vents et des courants contraires et de le rejeter loin de sa véritable voie,

La question poste par le fiscal aux témoins, est, en résumé, la suivante :

« Le témoin sait-il si c'est par suite de la navigation et du commandement défectueux de Cabot, pour avoir dans le parage des iles du Cap Vert changé d'un quart, qu'on fut porté au cap Saint-Augustin, et qu'ainsi Sébastien Cabot contrevint à la volonté et aux ordres de Sa Majesté? »

C'est-h-dire qu'il alla au Brésil el à fa Plata au lieu de se rendre dans l'Océan équinoxial, en quête des îles à épices : but unique de l'expédition.

Les neuf témoins déposèrent tous aflirmalivement, De ces témoignages nous ne reproduirons que les plus circonstanciés :

« Hernando Calderon, le trésorier de la flotte, déclare que ce qu'il sait c'est qu'étant dans le parage en question, Sébastien Cabot donna l'ordre de changer la route, un quart, à ce qu'il croit, et qu'il vit que de là on atterrit à Pernambuco; mais il ne sait si c’est à cause du changement de route *, »

« Maître Jean, chirurgien (et l’un des propres témoins de Cabot), déclare savoir que Sébastien Cabot fit changer d'un quart après qu'on eut quitté l'ile de Palma, parce qu'il l'a entendu dire par les gens de l'équipage, [ne sait néanmoins dans quel but, ne possédant pas de connaissances nautiques, IE a aussi oui dire que c’est à cause d’avoir fait le dit changement d'un quart qu’ils avaient atterri à la côte du Brésil”. »

Dieso Garcia de Gelis, jeune gentilhomme embarqué comme passager, à la recommandation de Charles-Quint, qui, à son retour, le pourvut d’une magistrature importante au Guatémala, fit la déposilion suivante :

€ Je déclare avoir entendu dire à Maitre Pedro, le chirurgien, que le jour même où Sébastien Cabot fit changer d'un quart, il entendit Miguel de Rodas, pilote major de la flotte, exprimer l'opinion que jamais lon ne pourrait 1ecomplir ce voyage, et qu'à sa connaissance ledit pilote fut très affecté 5, »

ED DE Pt PNR 3 4 5 Re A TR REV

Ce qu'il faut surtout retenir de ces dépositions c’est que, dans les parages des îles du Cap Vert, Cabot donna l’ordre de changer d’un quart la route que ses pilotes suivaient dans la direction du sud, comme nous l’allons voir.

Voici maintenant la déposition de Grégorio Caro, le plus capable des capitaines de l'expédition et en qui Gaboteut toujours une très grande confiance, d’ailleurs bien méritée.

€ Dans l'après-midi du jour même où Cabot donna la route qu'ils [les pilotes] devaient suivre dans le parage du Cap-Vert, il leur commanda de changer la route qu’ils faisaient au sud et de faire un quart, lequel était le quart du sud-ouest (S.-q.-S.-0.). d'entendis alors dire qu’un des pilotes avait déclaré que c'était une faute de venir d’un quart parce qu’on arriverait à la côte du Brésil dans l'hiver, qui commence en mai, alors que règnent sur cette côte les vents de sud-est et autres vents contraires et qu'on ne pourrait naviguer, Ayant néanmoins gouverné au sud-quart-sud-ouest et mème presque jusqu’au medio vienlo ‘ qui est au sud-sud-ouest, et d'autant plus que les vents étaient faibles, nous fûmes portés sur la côte du Brésil et dans l’impossibilité de doubler le cap Saint-Augustin, à cause des vents contraires prédits par le pilote et parce qu’on y rencontre de forts courants, Ayant pu cependant avancer, nous nc 1s trouvàèmes sur la côte près de Pernambuco. Là, un Portugais de la factorie nous apprit où nous nous trouvions. J'entendis alors le pilote Pero Fernanlez, du navire la Trinité. capitaine Francisco de Rojas, conseiller de retourner vers la côte de Guinée, parce que dans cette région soufflent d’autres vents et que de la sorte il serait possible de continuer le voyage. On n’en fit rien. J’ai aussi entendu ce pilote dire que si son conseil n'était pas suivi, on ne pourrait poursuivre la route avant la fin de septembre, connaissant bien les vents qui règnent sur cette côte 8. »

Il importe de citer à la suite de ces témoignages, l'opinion émise par le capitaine Diego Garcia dans le rapport qu'il adressa au roi d'Espagne, à son retour de La Plata, en 1530. Garcia ne fut pas témoin oculaire de ce qui se passa aux îles du Cap-Vert, mais ses observations à ce sujet n’en sont pas moins dignes d'attention, car elles prennent pour base les renseignements qu’il obtint des compagnons de Cabot sur les lieux mêmes et fort peu de temps après l’événement.

« Sébastien Cabot, malgré toute son astrologie, ne sut pas effectuer cette navigation, Il fit le contraire, comme un homme qui ne savait rien , Il faut naviguer sur celte route avec beaucoup de précaution et une granue ‘ence nautique, à cause des forts courants qui proviennent des rivières du golte de

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Guinée et qui portent les navires au nord-ouest. Cabot ne sut pas tenir compte non plus de ces courants, parce qu’il n’était pas marin et ne savait pas conduire un vaisseau... Pour doubler le cap{[Saint-Augustin] nous nous dirigeons au sud et quelquefois nous suivons le sud-quart-sud-est : précaution nécessaire pour contourner le [dit] cap malgré les forts courants qx on y rencontre ainsi que dans ce golfe. Des îles du Cap-Vert au cap Saint-Augustin il yaune traversée de 500 lieues, la plupart du temps avec de nombreux grains et des pluies ?. »

Il est utile maintenant de rappeler la route recommandée aujourd’hui pour se rendre d'Europe dans l'Atlantique sud et les raisons qu’on fait valoir en faveur de cette route. Le lecteur pourra alors plus facilement apprécier les ordres donnés par Cabot et la valeur des critiques formulées par ses pilotes.

Quelques explications préliminaires sont indispensables { :

La route recommandée actuellement aux navires à voiles, entre les iles du Cap-Vert et le point où ils doivent couper la Ligne suivant la saison, n’est pas une route directe. Elle se compose d’une route initie et d’autres parties également temporaires et de directions différentes qu’on est contraint de suivre pour aller couper certains parallèles de latitude et la Ligne en des points déterminés. Cette route sera d'autant plus inclinée vers l’ouest, que le navire sera plus à l’est. Sa direction est déterminée par la condition de passer à l’ouest de la région des courants et des vents contraires et variables qui règnent sur la côte d'Afrique. Cette région s'étend plus ou moins vers l’ouest, au large de la côte, suivant les saisons.

Il s'ensuit qu’on recommande, de nos jours, aux navires à voiles se rendant d'Europe dans l'Atlantique sud de passer près des iles du Cap-Vert, dans l’ouest ou dans l’est, et de couper la Ligne entre les méridiens de 27° et de 30° de longitude ouest (de Paris) en se rapprochant de l’une ou de l’autre de ces limites suivant la saison. Gette règle est applicable aussi bien aux navires qui se dirigent vers le cap de Bonne-Espérance, qu’à ceux qui vont doubler le cap Horn, chercher le détroit de Magellan ou qui se rendent à l’un des ports de la côte est de l'Amérique du Sud. Le but de cette recommandation est de faire traverser dans sa plus petite largeur la zonc des calmes et des vents variables qui sépare les vents alizés du nord-est des vents alizés du sud-est.

La limite vers l’ouest du point de croisement de la Ligne est

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