PARALLÈLE
entre la Bible de Castellion (1555) et la révision de celle d’Olivetan et de Calvin, en 1588
Révision de 1588
Quand bien je parleroy les langages des hommes, voire des anges, et que je n’aye point charité, je suis comme l’airain qui résonne ou comme le cymbale qui tinte.
Et quand bien j’auroy le don de prophétie et cognoistroy tous secrets et toute science : et quand j’auroy toute la foi, tellement que je transportasse les montagnes, et que je n’aie point charité, je ne suis rien.... Charité est d’un esprit patient : elle se montre bénigne, .etc.
Bible de Castellion, 1555 Si je parloi langages e d’hommes e d’anges, e que je n’eusse amour, je ne serai qu’erain qui sonne ou une cloche qui tinte. Et si j’étoi si grand prophète, que je sceusse tous les secrets e sciences, e si j’avoi toute la foi qui peut être, jusqu’à transmuer les montagnes, e que je n’eusse amour, je ne serai rien.
..Amour est patiente et débonnaire . . etc.
mr AUTRE PARALLÈLE
Bible de M. Reuss
Qui touche à la poix se souille Qui fraie avec l’insolent lui devient semblable.
Ne te charge pas d’un fardeau trop lourd pour toi
et ne fraie pas avec un plus fort et plus riche. Gomment le pot de terre s’associerait-il avec le chaudron ? Celui-ci heurtera et l’autre sera brisé.
Si le riche fait mal, il jette encore les hauts cris.
Si le pauvre est maltraité, il fait ses excuses.
Bible de Castellion
Qui touche la poix se souille:
e qui a accointance avec un orgueilleux lui devient semblable.
Ne charge point un fardeau trop pesant pour toi,
e ne t’accointe point d’un plus plus puissant ou plus riche que toi.
Quelle accointance doit avoir un pot de terre avec un chaudron ? Que s’il se heurte contre, il se brisera.
Un riche quand il a tort, encore menace- t-il :
un pauvre, quand on lui fait tort, encore faut-il qu’il crie merci.
M. Douen qui cite ces deux textes les fait précéder de ces lignes : « Le fondateur de la tolérance est si bien un moderne, que sa traduction ressemble parfois à celle de M. Reuss, qui ne l’a pourtant pas lue. » Dirait-on, en effet, qu’entre ces deux textes, il y a « trois siècles d’intervalle ? »
(Appendice à la page 105).
QUELQUES EXTRAITS d’un traité sur la calomnie
Appendice à la page 389
Ghap. II. La nature 1 a disposé tout de telle manière que les choses et les êtres, informes à l’origine se sont lentement développés et par évolution progressive, sont parvenus à leur état actuel .... Dieu a procédé par créations successives et par perfectionnements continus, jusqu’au jour où il a créé l’homme. ... Or ce qu’il a fait pour l’ensemble de l’univers il le fait pour chaque détail de son œuvre. Les arbres et les animaux proviennent de commencements obscurs et ne sont parvenus au développement qu’ils ont, qu’en vertu de l’action incessante et créatrice de la nature. . . . C’est ainsi que Dieu a procédé pour ce qui concerne le monde de l’esprit et c’est ainsi qu il procède encore dans son œuvre de renouvellement, en créant à nouveau l’homme, que la désobéissance avait éloigné de lui. C est ainsi qu’il a commencé par donner à 1 homme des commandements empreints de quelque rudesse .puis, dans le cours des temps, il lui a suggéré une loi plus douce qui pouvait lui faire entrevoir un idéal de vie
1 Du latin : de calumnia.
APPENDICE
plus élevé. Et enfin, après la naissance du Christ, il a envoyé dans le monde l’Esprit de vérité pour qu’il conduisît l’humanité vers la vérité totale. . . . C’est pourquoi Dieu a d’abord répandu sur ses enfants le don des prophéties, le don des langues et des miracles, qui ne sont que les balbutiements de cette œuvre future qu’est la manifestation de l’Amour victorieux. Là ou triomphe l’Amour, les premiers rudiments de la vie disparaissent. Mais l’Esprit du Dieu vivant ne se reposera que lorsqu’il aura mené son œuvre à bonne fin, lorsqu’il aura conduit tous ses enfants à l’harmonie de la foi et au triomphe de la vérité. Alors Dieu ayant parfait son œuvre, se reposera. Tel est le point de départ, le mode, le processus et l’accompüssement des œuvres de Dieu .... » — Le chapitre III traite des infidélités de ceux qui disent : Seigneur ! Seigneur ! mais ne font pas ce qu’il dit. —
Chap. IV. «Us se livrent à des calomnies sans nombre. Ces calomnies peuvent se classer sous trois chefs. D’abord le faux témoignage, soit qu’ils s’en rendent eux-mêmes coupables, soit qu’ils y poussent les autres .... Mais il est une manière de calomnier, moins dangereuse et.... plus sûre: c’est T exploitation habile et perfide d’une parole ou d’un acte.... Une autre manière, qui permet plus de variété, consiste à « corser » ce qu’on a vu ou entendu, à amplifier, à aggraver les propos et les actes, à les dénaturer soigneusement. Mais de tout cela, nous en parlerons (s’il plaît à Dieu) lorsque nous traiterons des fourberies de notre temps : fourberies au sujet desquelles, d’ailleurs, ce livre est écrit. . . .
Chap. XIII. C’est l’Esprit de vérité qui vous interroge, princes, gouvernements et peuples ! Où que vous soyez, vous tous qui tuez les gens pour cause de religion, c’est l’Esprit de vérité qui vous demande si vous êtes chrétiens. Certes ! répondez-vous. Vous ne tueriez pas les autres, au nom du Christianisme, si vous ne prétendiez être disciples du Christ. Mais voici, l’Esprit de vérité poursuit son enquête : n’êtesvous pas ambitieux, avares, prodigues, débauchés tout autant que les juifs qui crucifièrent le Christ ? .... Toi, roi ; toi,
empereur ; toi, duc ; toi, comte ; toi, margrave ; toi, bourgmestre ; toi, conseiller ; vous tous, hommes du peuple, Jean, Guillaume et toi, Louis, qui que tu sois, quelle que soit ta situation, où que. tu te trouves, voici, personnellement, ce que l’Esprit dit à chacun : Ne te rappelles-tu pas, dans quelles circonstances, tu as pris la femme de ton voisin ou de ton hôte, de quelle manière tu as dépouillé perfidement ton frère de son bien ? Ne te souviens-tu pas, que tu as porté un faux témoignage contre ton prochain ? Rassemble tes souvenirs : rappelle- toi comment tu t’es élevé à la situation que tu occupes, rappelle- toi de quels actes de corruption tu t’es rendu coupable au cours de ta vie ; souviens-toi de tes excès de table, de tes orgies alors que les victuailles ou les boissons te chaviraient l’estomac ; souviens-toi des heures que tu as consacrées aux jeux de hasard, aux calculs honteux, aux haines vengeresses ; - souviens-toi de tes désirs impurs et criminels,
de tes tromperies, de tes mensonges, .... examine tes paroles, tes actes, tes pensées, tes sentiments et puis, interroge ta conscience et alors, pour peu que tu sois sincère avec toi-même tu sentiras monter vers tes lèvres ces paroles: «Je suis mauvais, je suis impur de la tête aux pieds !» Mais alors, ô fils des hommes si vous êtes impurs, il faut donc aussi que vous soyez aveugles pour agir comme vous agissez ! . . . . Comment pouvez-vous, comment osez-vous condamner à mort ceux qui confessent le nom de Dieu ? Et qui donc, oui, qui vous a enseigné les vérités d’un Christianisme auquel vous êtes si hermétiquement fermés ? . . . .
Chap. XVI. Et nos conducteurs ? Nos chefs ? Ils se sont assis dans la chaire du Christ. Ils ont les clefs du Royaume des cieux . Ils s attribuent le privilège exclusif de l’enseignement religieux et ne tolèrent que ceux qu’ils choississent
eux-mêmes - Ne prétextez pas que vous êtes, aussi très
renseigné sur les choses de la vie en Dieu : vous ne trouveriez auprès d eux que dédain .... Eux seuls sont fixés. Ce qu’ils sont au point de vue moral, on le sait trop pour qu’il soit nécessaire de le dire ! . . . . Ils coulent le moucheron, mais
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ils avalent le chameau .... Ils considèrent comme un grand crime de ne pas se soumettre à une inutile prescription légale, mais c’est en toute sécurité d’âme qu’ils sont méchants et pervers.... ou qu’ils versent le sang d’un innocent.... Si quelqu’un ne fréquente pas assidûment le culte, s’il se permet de relever l’ignorance de tel docteur, s’il se donne le grand tort d’avoir raison, s’il les entoure d’un respect insuffisant, s’il se refuse à acquiescer à toutes les lignes de leur Catéchisme ou à tous les dogmes de leur Confession de foi. . . . c’est un membre gangrené, pourri, c’est un misérable et on proclame qu’il a péché contre le Saint Esprit! Mais quelqu’un peut être avare, menteur, hypocrite, haineux, bouffi d’orgueil, il suffit qu’il observe soigneusement les prescriptions ecclésiastiques, s’il se montre assez respectueux vis-à-vis des grands chefs, s’il sait les inviter souvent, comme des hôtes de choix, celui-là on le tient pour un saint personnage, on le proclame élu : c’est un membre du Christ. . . . J’entends ! D’aucuns diront que j’exagère et que, tout en blâmant les calomniateurs, j’accuse faussement ! Mais c’est toi, ô Vérité éternelle, c’est toi que je prends à témoin, car tu sais la réalité de ce que j’affirme !
Voici ce qu’on ht dans un petit livre publié récemment : « Il faut savoir qu’il y a des péchés pour lesquels la déposition d’un pasteur s’impose : c’est l’hérésie, le papisme, le schisme, le blasphème, le parjure, la luxure, le vol, l’ivrognerie, les jeux défendus (dés, cartes, et autres de même nature), mais il est des péchés qui, malgré qu’ils soient blâmables, peuvent néammoins être tolérés pourvu qu’après exhortation, on fasse amende honorable : ce sont les gauloiseries, la flatterie, le mensonge, l’indécence, la fraude, l’avarice, la scurrilité, la calomnie. ...» Voilà leurs propres paroles !. . . . les jeux de hasard constituent un péché plus grave que la scurrilité le mensonge, la calomnie, l’indécence ! . . . . »