AVERTISSEMENT
Les existences consacrées au travail sont généralement peu accidentées, et la biographie d'un artiste peut, le plus souvent, être écrite en quelques pages, dans lesquelles on trouve rarement l'occasion de relever le récit par des anecdotes piquantes. U n'en est pas des travailleurs comme de ces personnages brillants qui ont joué un rôle sur la scène du monde, et dont les hauts faits ou les aventures sont racontés dans les mémoires contemporains.
Le plus ordinairement, l'histoire d'un artiste n'est autre que celle de ses ouvrages. C'est donc principalement à eux que le biographe doit s'attacher en signalant particulièrement ceux qui méritent de fixer l'attention de la postérité. Lorsque ces ouvrages sont nombreux, un semblable travail prend des développements inattendus. Il ne peut en être autrement quand il s'agit d'un graveur qui, pendant soixantequatre ans, a promené sa pointe sur plus de trois mille planches.
L'abbé de Vallemont a écrit, en 1715, un Éloge de Sébastien Le Clerc, et Jombert a publié, en
1774, le Catalogue de son œuvre. L'un a résumé très-superficlellement une partie de l'œuvre du graveur messin ; l'autre est entré dans des développements tels que son travail remplit deux volumes d'une impression Qne et serrée.
Il n'est pas probable qu'un éditeur se risque à réimprimer l'ouvrage de Jombert, ce ' qui serait cependant une bonne fortune pour les amateurs. En attendant, nous venons, cent années après sa publication, rectifier et compléter ce travail remarquable.
Sébastien Le Clerc est l'un des maîtres qui ont illustré l'art français. Pendant plus de vingt-cinq ans nous nous sommes attaché à recueillir et à comparer les différents états des épreuves dues à sa pointe aussi légère que spirituelle.
C'est le résultat de ces études, fondu dans une biographie de l'artiste, que nous avons soumis à l'Académie de Metz, qui a jugé ce travail digne d'une médaille d'or de trois cents francs.
Paris, décembre 1875.