‹ Sébastien Le Clerc et son œuvreChapitre 136 sur 197 · CHAPITRE V. — ie93-17Q · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — ie93-17Q

sentation d'un rêve de la célèbre visionnaire. Elle aurait prédit que l'Oraison revivrait sous un enfant, c'est-à-dire sous le duc de Bourgogne*. Ce serait donc lui qui serait représenté au milieu de l'estampe, une houlette à la main; l'enfant nu, à gauche, tirant un serpent d'un trou, serait le duc d'Anjou, et le duc de Berri, encore à la mamelle, serait représenté sur les genoux de sa nourrice, sous les traits de jfmc Guyon elle-même.

L'histoire semble protester contre cette ingénieuse explication. En effet, l'estampe est publiée en 1695. A cette époque, M">« Guyon était non- seulement disgraciée, mais persécutée.

C'est vers la fin de 1695 qu'elle fut enfermée au château de Vincennes, puis à la Bastille. Dès le 16 octobre 1694, l'archevêque de Paris, Harlay de

' Ce passage de Mo» Goyon est défiguré et tronqué. Void ce qu'on lit dans sa vie manuscrite communiquée par elle à Boesuet : ff J'enfanterai un premier né : Vesprii d'ataison^ qui doit régner dans tout l'univers après avoir surmonté tous les efforts de la persécution. » (Œuvres de Bossuet, Versailles, 4819, in-S», t. XI, p. 0.) Ged était écrit avant 1094. W*^ Guyon entra au couvent de la Visitation dans les premiers jours de janvier 1695 (Jobez» t I, p. S8ë) ; son arrestation fut demandée par Bossuet, peu de temps après. Or le Puer parvulus étant de 4695, comment supposer qu'on ait pu songer à mêler l'héritier de la Couronne à toute cette histoire? Il est vrai que M»» de Maintenon l'a cru un moment, avec le public, et qu'elle eut peine à être détrompée par M. de Beauvillers, malgré son affirmation ainsi formulée : « On n'a nulle inquiétude i avoir sur le chapitre des princes ; aucun d'eux ne $aU qu'il y ait au monde une femme qui a^appelle M^ Guyon ^ ni un livre intitulé : Le moyen court, (Lettres de Mn« de Maintenon, t. IV, p. 84.)

Chan vallon^avaitcondamnéles ouvragesde M^^ Gayon, et les évéques, réunis en conférence à Issy, avaient condanmé, le 10 mars 1685, trente-quatre propositions tirées des ouvrages de cette dame. On les trouve dans Tinstruction pastorale de Bossuet, contre les erreurs des quiétistes.

En présence de ces faits, comment serait-il possible que le gouvernement de.Louis XIV, si hostile à tout ce qui n'était pas d'une orthodoxie irréprochable, ait admis la glorification des idées d'une femme dont les écrits étaient condamnés par son ami, par Fénelon lui-même ?

En supposant que la gravure ait été exécutée avant les poursuites dirigées contre W^ Guyon, il est évident que si Le Clerc avait eu la pensée de la glorifier, il aurait eu la prudence de cacher son ouvrage qui n'aurait jamais vu te jour. Loin de là, il le publie ; il y fait successivement tous les changements indiqués dans les différents états décrits ci-après. Ce qui prouve que la publication de l'estampe n'a jamais été interdite, c'est qu'elle reparait dans un dernier tirage fait vers la fin du siècle, ou au commencement du siècle suivant, par François Silvestre, devenu possesseur de la planche. Ce tirage de Silvestre indique que les épreuves se vendaient chez lui, atuc galeries du Louvre, avec privilège du roi. Tout cela proteste contre l'invention de La Beaumelle qui, d'ailleurs, était si peu instruit, qu'il prend François Silvestre pour l'auteur et le dessinateur de cette estampe.

Il est bien vrai que le duc de Bourgogne, et peut-

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