CHAPITRE VI. — i708-l
Nous ne pouvons înieux terminer ce travail qu'en reproduisant Topinion du savant Mariette sur le talent de Le Clerc. Il n'y arien à ajouter à l'appréciation d'un tel juge : « Sans autre guide que lui seul il » (Le Clerc) avait fait insensiblement de tels progrès » dans la gravure que lorsqu'il vint à Paris, l'illustre 1 Le Brun, premier peintre du roi, lui conseilla de » s'y attacher uniquement. Il suivit son avis, sans 7^ pourtant négliger l'étude des mathématiques. Ainsi » l'on vit alternativement sortir de son cabinet les » merveilleux ouvrages de sa main et diverses pro- 1 ductions d'esprit qui marquaient l'étendue de son » génie dans les sciences.
» Ce qu'il gravait avait cela de singulier qu'il en » était l'inventeur, talent l'are parmi les graveurs ; car » si l'on excepte ce qu'il a exécuté d'après Le Brun, » dans le temps qu'il travaillait pour le roi, il n'a 1 presque jamais gravé que sur ses propres dessins; » il les imaginait sans peine, sans pourtant se laisser » entraîner à une trop gi*ande impétuosité de génie.
i> Il était sage et réglé dans ses compositions, et, » quoique le petit, qui était le genre qu'il avait em- » brassé, rengageât souvent à introduire dans un 9 même sujet une multitude innombrable de figures, ]» il n'en était ni moins exact, ni moins correct; il I» faisait des études séparées pour chaque figure ; il j> en variait les attitudes et les drapait avec beaucoup j^ de goût et de génie ; il ornait son sujet de fonds » agréables, tantôt de paysage, tantôt d'architecture, » où les règles de la perspective, qu'il possédait par- ]» faitement, étaient scrupuleusement observées ; enfin
» il prenait, pour le plus petit morceau, les mêmes » précautions que le peintre le plus jaloux de sa » réputation aurait eues pour un grand tableau. Il » n'était pas moins curieux de Texécution de la gra- » Yure que du dessin ; il terminait ses planches avec » un soin infini, ce qui fait qu'elles plaisent si fort » dès la première vue. Sa pointe et son burin sont » d'une netteté merveilleuse ; son génie, naturelle- » ment mécanique, lui avait aussi fait imaginer une » nouvelle façon de donn^ Feau-forte à ses plan- » ches.
» Tant d'attentions lui devaient emporter beau- » coup de temps ; mais l'amour du travail, et son
> extrême assiduité, suppléaient à tout, et Ton n'a » presque point vu de graveur produire un aussi » grand nombre d'ouvrages de différents genres. » Rien ne pouvait arracher celui-ci de son cabinet ;
> la compagnie des personnes savantes, qui se fai-
> saient un plaisir de le venir visiter, ne lui faisait » pas même abandonner son ouvrage, et c'était dans 9 ces conversations savantes qu'il faisait consister » son unique plaisir.. Toute sa vie a été une suite ]» uniforme des mêmes exercices qu'il a continués ]» dans un âge fort avancé. Il ne laissait pas de s'oc- 1^ cuper encore, quoique sa vue fût considérablement 7^ diminuée.
)» Peu de graveurs ont eu l'avantage de jouir, pen- » dant leur vie, d'une aussi grande réputation, et de j> voir rechercher leurs ouvrages avec autant d'emj> pressement, même par les nations étrangères.
)» Il savait une infinité de sciences qu'il avait ap-