‹ Sébastien Le Clerc et son œuvreChapitre 20 sur 197 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

tièrement de Deruet. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que Jombert attribue à Le Clerc une partie de la planche du portrait de Charles IV, où il n'a rien fait, tandis qu'il ne signale pas le ti*avail de l'artiste messin dans une autre partie de la même planche, la figure du prince, qu'il a entièrement refaite.

La vérité est que la planche, dans son état primitif y ne présente d'autre travail que celui de Deruet, y compris la vue de Nancy et les lointains. Mais il est également vrai que, lors de la publication du Triomphe de Charies IV, la planche de Deruet est venue entre les mains de Le Clerc, qui fut chargé de vieillir la tête du prince représenté plus jeune de vingt-quatre ans environ, dans le travail primitif. Il fut également chargé de lui ajouter une perruque à la mode de 1660*.

Enfin Jombert attribue encore à Le Clerc «ne planche de bataille (celle de Nordlingen, t. I, p. 72), qui est également de Deruet, car elle est signée par lui, et tout à fait dans sa manière*.

' Voy., sur les différents états des pièces faussement attribuées à Le Clerc, nos Recherches sur Deruet. Paris, Dumoulin, l}$5i, in-8o.

* Ce n'est pas seulement Jombert qui s'est trompé, à Tégard de Deruet, dont le nom a été souvent estropié par les écrivains de l'histoire de l'art. Plusieurs l'ont confondu avec l'un des graveurs qui ont illustré le nom de Drevet. Deruet n'a pas d'article dans les Biographies générales.' La seule qui parle de lui est celle de Michaud (Art. Lorrain, Claude). On lit dans la première édition de cet ouvrage qu'en i6â(^, Claude Lorrain revint dans sa patrie où Charles Dervent, peintre du duc de Lorraine, se servit de lui pendant un an pour peindre l'architecture de l'église des Carmes

Mais Le Clerc ne voulut laisser à personne le soin de graver, en 1665 (Jorabert, n® 73), le plan du siège de Metz, fait par Charles-Quint, en 1552, que l'éditeur CoUignon lui avait demandé pour décorer la réimpression de l'ouvrage de Bertrand de Salignac devenu excessivement rare. Le Clerc se servit sans doute du plan qui accompagne l'édition originale ; mais il ne le reproduisit pas servilement et y fit d'heureuses améliorations.

En suivant ainsi pas à pas, et d'après l'ordre chronologique, les travaux et les progrès de l'artiste

à Nancy. La mérité est qu'il s'agit de Claude Deruet, et que Charles Dervent est un nom imaginaire. L'erreur continue dans la seconde édition de la Biographie, et elle a été reproduite par M. Villot (Catalogue des Musées du Louvre, p. 435), où, après avoir dit, comme la Biographie, que Claude Gellée est né au château de Ghamagne (il n'y a jamais eu de château à Ghamagne), ajoute qu'un de ses parents lui fit connaître à Nancy Charûs Dervent, peintre du duc Henry de Lorraine..., etc. Ge qui est plus singulier, c'est que M. Villot signale l'artiste imaginaire Gharles Dervent comme un peintre dont le Musée du Louvre ne possède pas de tableaux. On peut ôtre certain qu'il n'en posdédera jamais.

L'erreur une fois produite se perpétue, et nous lisons dans le Catalogue des Musées de La Haye, imprimé en 4874, une notice sur Claude Gellée, où l'on retrouve l'inévitable et fantastique château de Ghamagne et le non moins fantastique C/iarlM Dervent, dont le nom est imprimé en petites capitales pour bien appeler l'attention du lecteur.

Geci montre combien nos artistes lorrains sont peu connus, même en France. Cependant ils mériteraient de l'être davantage. Tout au moins doit-on désirer que quand on parle d'eux ce soit avec exactitude. Ges erreurs sont d'autant plus étranges que la vérité sur Dernet et sur ses ouvrages a été dite, il y a plus de vingt-cinq ans, par M. de Ghennevières, par M. Beaupré, par M. Lepage e< par nous-même ; mais il paratt que nous n'avons pas eu le bonheur d'être lus par les faiseurs de biographies et de catalogues.

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