‹ Sébastien Le Clerc et son œuvreChapitre 5 sur 197 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pas été le secrétaire de la princesse de Tarente, personnage tout à fait inconnu des historiens de la Lorraine, et qui parait être sorti de la fertile imagination de Tabbé de Yallemont, probablement mal renseigné. Dès lors , il n'y a rien d'étonnant à ce qu'on ne trouve les lettres de noblesse de l'aieul de Sébastien ni dans le Trésor des chartes de Lorraine, ni dans dom Pelletier, ni dans aucun nobiliaire lorrain. On doit remarquer, en outre, que si les por<traits de Sébastien Le Clerc, gravés par Duflos et autres, portent des armoiries, ce sont celles de chevalier romain , titre qui fut accordé à Sébastien en 1706. Duflos ayant oublié d'entourer l'écu du cordon de l'ordre, et de le surmonter d'une couronne, ces accessoires ont été ajoutés postérieurement à la publication du portrait, ainsi que la croix qui, dans les états postérieurs au premier, est suspendue au cordon passé au col du personnage dans tous les états. Si les ancêtres de Sébastien eussent été ano« blis avant qu'il fût pourvu du titre de chevalier romain, les armoiries anciennes auraient été, sans nul doute, reproduites avec le^ nouvelles.

D'un autre côté, l'aïeul de Sébastien n'a pas quitté Metz en 1600, en abandonnant sa famille, sans qu'on sache ce qu'il est devenu, puisqu'on le trouve établi et faisant le commerce dans cette ville en 1619. Les assertions de l'abbé de Yallemont sont donc fabuleuses.

Quant à la question de savoir si le grand-père de Sébastien Le Clerc était hérétique, elle n'est pas tranchée par les documents dont la découverte est

due à M. Âbel. Cependant tout porte à croire qu*il était catholique, et que l'abbé de Yallemont a confondu l'aieul de Sébastien avec des membres de la •même famille, en tout cas avec des homonymes qui ont certainement appartenu à la religion réformée au seizième siècle et au dix-septième. On ignore si le protestant Jean Le Clerc, dont Thorrible supplice eut lieu en 1525 (Huguenin, Chroniques messines y pages 824 et suiv.), était un ancêtre ou un parent de Sébastien.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il y avait à Metz, au dix-septième siècle, des Le Clerc anoblis et des Le Clerc protestants qui étaient, selon toute vraisemblance, des parents de Sébastien et de son père Laurent, et que telle est la cause de l'erreur des biographes.

En effet, un Pierre Le Clerc, orfèvre, portait des armoiries qui sont ainsi décrites par M. Michel (Parlement de Metz) : « D'azur aux lettres P. L. et C. d'or, accompagnées en chef de trois étoiles mal ordonnées de même, et en pointe de trois roses d'or posées 2 et 1 . }» Cette description est empruntée à l'armoriai de d'Hozier, rédigé en 1606. Voilà donc un Le Clerc, orfèvre , qui était noble de France et non de Lorraine; ce ne peut être un ancêtre de Sébastien, mais il peut très-bien avoir appai^tenu à une branche collatérale.

Quant aux Le Clerc protestants, M. Abel en a trouvé qui habitaient la rue du Porte -Enseigne. C'était là en effet que demeurait, en 1637, près de Laurent Le Clerc, père de Sébastien, un orfèvre du

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nom de Jacques Le Clerc, marié et père de six enfants. M. Âbel pense, et nous inclinons à croire avec lui, que ce Jacques Le Clerc était un proche parent de Laurent, peut-être son frère ; mais ils ne se voyaient pas à cause de la différence des religions. Jacques et ses six enfants étaient protestants. On voit, le 20 janvier 4675, le maître orfèvre, Jacques Le Clerc, être parrain au Temple avec son frère Pierre Le Clerc, aussi orfèvre à Metz (peut-être l'anobli dont nous avons parlé). On le voit également assister au mariage de son fils Salomon Le Clerc, maître orfèvre, aussi bourgeois de Metz qui, à l'âge de quarante-neuf ans, épousait Anne Moiré, veuve de l'orfèvre Jacob de Valley, âgée de trente-quatre ans. Ce Salomon était un zélé protestant qui, en 1660, soutenait les intérêts de sa communauté contre Henry d'Anglure de Bourlémont et qui fut condamné, ainsi que sa femme et consorts, à lui p^yer des sommes considérables. Le 30 avril 1681 était baptisée au Temple Sara, fille de Salomon Le Clerc, msdtre orfèvre, et d'Anne Moiré ; elle avait pour marraine Sara, fille de feu Jacques Le Clerc, de son vivant madtre orfèvre. Après la révocation de l'édit de Nantes, cette branche protestante des Le (lllerc passa à l'étranger en 1685.

Quels qu'aient pu être les liens de parenté entre les orfèvres anoblis, les orfèvres protestants et le père de notre artiste, il ne pourrait appartenir qu'à une branche collatérale. Quant à ses ascendants, on a la preuve que son grand-père s'appelait Nicolas^ qu'il était marchand, établi à Metz en avril 1619*,

époque à laquelle il mettait son fils Laurent en apprentissage chez l'orfèvre Jean Darragouze.

Les actes authentiques découverts par M. Abel permettent de suivre la carrière de Laurent Le Clerc depuis son apprentissage, en 1619, jusqu'à sa mort, en 1695. Ces documents rectifient les assertions de Jombert qui, après avoir copié l'abbé de Yallemont, suivant lequel Laurent, né en 1590, serait mort plus que centenaire en 1695, ajoute qu'il alla se perfectionner à Paris en 1610, après son apprentissage à Metz , puisqu'il s'établit à Lyon , où il se trouvait lors de la grande peste qui désola cette ville en 1635. Jombert ajoute que Laurent serait revenu à Metz, pour s'établir orfèvre, quelque temps après cette époque.

Les archives municipales de Metz, sans infirmer le fait des séjours de Laurent à Paris et à Lyon, contredisent le surplus du récit de Jombert. M. Abel a trouvé l'acte de décès de Laurent Le Clerc, qui fut enterré le 7 octobre 1691, à la paroisse Saint- Martin ; il était mort le 4 du même mois. L'acte mortuaire * indique qu'il était âgé de quatre-vingtseize ans (et non cent cinq suivant l'abbé de Yallemont, ou cent sept suivant dom Calmet), ce qui reporte sa naissance à 1599 et non à 1590 , comme le disent tous les biographes. Laurent n'a pu aller à

' Cet acte est ainsi conçu : Ce joiird*hvy 7 octobre (16) 95, furent achevés les prieras et senriees pour le repos de l'Ame de deffont le sieur Laurent le GlerCi lequel aagé de quatre-vingt et seiie ans, mourut le quatrième desdits mois et an et fut inhumé dans cette église le cinquième. Présent le sieur d'Avrange, son nepveu, lequel a signé avec nous. (Paroisse Saint-Martin»)

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