CHAPITRE r
L'abbé de Vallemont et tous les biographes indiquent que le premier maître de Sébastien fut son père Laurent y qui lui enseigna le dessin en même temps que l'écriture. Laurent était effectivement un très-habile dessinateur ; d'ailleurs on ne connaît à cette époque aucun artiste qui fût plus en état que l'habile orfèvre de donner à son fils les premières notions du dessin.
Mais le biographe et l'ami de Séb. Le Clerc ne nous fait pas connaître comment le jeune artiste apprit la pratique de la gravure. Il se borne à dire que Sébastien s'y appliqua tellement qu'il ne se souvenait pas de l'âge auquel il avait commencé à graver. On doit en conclure que son père, quoique s'adon» nant principalement à la ciselure d'orfèvrerie, dut donner à son fils des leçons de gravure que la précoce intelligence de l'enfant rendit bientôt inutiles, rélève ayant promptement dépassé le maître * .
Cette explication est plausible en ce qui concerne le maniement du burin ; elle l'est moins à l'égard de la pratique de l'eau-forte. Faut-il admettre que Laurent Le Clerc la possédait, et qu'il l'a transmise à son fils ? Celui-ci a-t-il pu recevoir des leçons de l'ingénieur Brioys qui a certainement gravé quelques planches ? Doit-on supposer qu'il n'eut aucun msdtre, et qu'il prit pour guide les excellents ouvrages publiés par Abraham Bosse sur l'art du graveur ?
* Le bénédictin dom Pierron affirme que le père de Le Clerc, orfèvre et dessinateur habile, fut son premier maître» (Templum Meiensihm sacrum, p. 436^ ad notam.)
16 SÉBASTIEN tE CLERC.
Toutes ces hypothèses sont également admissibles. Mais la plus vraisemblable est celle d'après laquelle Laurent Le Clerc aurait été Tunique maître de son fils, tant pour le dessin que pour la gravure, car Zani, dont on connaît l'exactitude, le range au nombre des graveurs ^ quoiqu'on ne connaisse aucune planche qui puisse lui être attribuée.
Ce qu'il y a de certain, c'est que Sébastien commença fort jeune à graver, et qu'il dut faire quelques essais, tant au burin qu'à l'eau-forte, avant la publication des pièces portant son nom avec une date certaine.
On doit ici relever une erreur de l'abbé de Vallemont, af&rmant que la première pièce datée de Sébastien Le Clerc est une robe de N. S. portant le miUésime de 1655, alors qu'il avait environ dixhuit ans.
Une semblable production, d'ailleurs fort médiocre, serait loin d'être une preuve de la grande précocité de Le Clerc. Mais l'abbé ignorait qu'il existe une pièce signée et datée par Le Gerc, avec le miUésime de 1650. Elle serait donc antérieure de cinq années à celle que signale le premier biographe de notre artiste.
Cette date reporterait l'exécution de cette pièce, entièrement à l'eau-forte, à une époque où Le Clerc avait treize ou quatorze ans. C'est une vue générale
* Le mot intagliatare dont a'ost servi Zani peut s'appliquer également à la gravure d'orfèvrerie, aussi bien qu'à la gravure iconographique.