‹ Sébastien ZametChapitre 69 sur 142 · VII. — Lettre du Marquis de Richelieu à Jean Zamet · texte numérisé non relu

VII. — Lettre du Marquis de Richelieu à Jean Zamet

Le marquis de Richelieu découragé, écrivit vers cette époque au frère de M. de Lanyres, en le priant de lui garder « une place de picquier dans son régiment », c’est-à-dire de simple soldat, afin de mourir en combattant contre les Infidèles :

Monsieur, Vous vous estes acquis tant de nouvelles obligations sur moy par le souvenir que vous me tesmoignez à ceste heure que je suis esloigné du monde, que je puis bien vous remercier, mais non pas reconnoistre jamais assez dignement une telle faveur. Je la tiens d’aultant plus grande qu’elle est despartie par un courtisan favorisé à un homme relégué au village, où au temps que j’avois plus d'amour et moins de bien la demeure m'’eust semblé rude. Maintenant puisque c'est la volonté du Roy, je m'y plais, et ne sçaurois tant plaire à mes ennemys que je n’y plaise davantage encore à mes voisins. J'y vivray de telle sorte que ma patience me servira de matière de gloire en ce monde ou en l’aultre. Mais parce que les desfaveurs non plus que la grâce ne destruisent jamais tout à fait la nature, je vous supllie de me garder une place. de picquier dans vostre régiment, car la paix estant en France, j'espère que le Roy tournera ses armes contre les Infidelles, et que lors connoiïssant sa bonté, il me fera l'honneur d’avoir agréable que j'aille finir glorieusement ma vie en servant son estat et ma religion. Ce pendant je travailleray pour m'en rendre capable, et demeureray, etc. (2)

Hélas, cette mort glorieuse n'était même pas réservée au malheureux marquis. Il mourut dans la banale aventure d’un duel, le 8 juillet 1619, au moment où la fortune souriait de nouveau à son frère et à lui-même, car il venait d’être nommé gouverneur d'Angers.

Richelieu fut accablé. Ces trois deuils en moins d’une année, et surtout le dernier, lui laissèrent au cœur une amertume qui explique la rigueur qu'il déploya plus tard à l'égard des duellistes. L’évêque de Langres fut atterré de cette mort ; sa lettre de condoléances le laisse voir:

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