‹ Second spicilegium de quelques monuments écrits, ou épigraphes des ÉtrusquesChapitre 6 sur 6 · Deuxième partie · texte numérisé non relu

Deuxième partie

Il serait superflu de discuter longuement sur ces pages anciennes, ainsi que de nourrir Tespoir d'en restituer le texte à sa véritable leçon. Cependant après avoir soumis au lecteur ces monuments tels qu'ils nous ont été transmis par Pighius, quelque remarque me paraît utile, quelque conjecture permise. — Je pense d'abord que le copiste de cette série épigraphique, divisée dans le manuscrit en deux parties, à cause de son inexpérience en fait d'inscriptions de ce genre, a été plusieurs fois induit en erreur par la direction de récriture ; et qu'au milieu de son embarras ayant pris en examen sous différents points de vue les monuments sur lesquels il rencontrait ces lignes d'inscriptions, il a souvent copié les lettres à l'envers, ou dans une direction opposée à celle qui était la régulière; d'où est résulté un premier élément de confusion. Secondement, il y a lieu de craindre que sur le manuscrit les lignes n'aient été exprés égalisées en longueur du côté gauche, soit par caprice du copiste, soit par défaut d'espace dans la page. Ainsi, en nous arrêtant d'abord à la partie • supérieure, je pense que les deux premières lignes ne composent qu'une seule inscription qui serait écrite, comme il est dit dans le manuscrit, sur la base d'un couvercle en albâtre avec figure de femme tenant dans la main une patère d'or, suivant notre rapporteur, qui ajoute in striis sulcisque vestium toto corpore^ praecipueque in anteriori parte pectoris ex solidoauro etpicto bracteœ insertœ erant. Parvenu au deuxième e (celui qui termine la première ligne dans le manuscrit), le copiste, selon moi, aurait continué sa copie dans une ligne inférieure (la 2'' du manuscrit) de gauche à droite par erreur sans changer pourtant la direction des lettres. En effet le texte ne

INSCaiPTtONS ÉTRUSQUES. 49

deviendrait pas plus probable et moins éloigné de la vérité sous la forme suivante ?

1^ inscpip. — V et 2* ligne du ms.

V. MEMNA (ou 'SEMNA) AU HAPRE || THRI. 'S. R ( = R (il). LV, c'eSl-

à-dire F^Ka.... ta. AuU (filia) tt (uxor) annorum 65 (?).

Dans la troisième et quatrième ligne le texte est moins incorrect. Nous ne savons pas sur quoi ces deux petites inscriptions étaient écrites, mais nous pouvons bien y lire deux courtes épigraphes funéraires de la même famille, ainsi qu'il suit:

2« inscp. — 3« lig.

(a. hbhna (ou 'semna) a =Aulns us Auli (fllius), ou Aula

iaAuli (RUb).

3« inscr. — 4« Hg.

^AU MEMNA AU = AiiIii5.... ius AuU (fllius), OU Afilu,.,. iaAuli (fllia).

Il est facile de rattacher à la même série Tinscriplion que nous rencontrons à la cinquième ligne, et peut-être la sixième aussi, séparée probablement de la précédente dès l'origine, et qui ne se trouve pas mêlée sans quelque raison aux épitaphes de cette même famille, quoique le nom de celle-ci n'y paraisse pas. Nous proposons de lire ces deux dernières.

4* inscp. — 6« lig. .

o j'^ nni3 N B

H. HKiiNA ((Ml 'sbmia) lth = FatMto...... ta Lartkis (ûlia).

5* inscr. — 6* lig.

(vAPRTH L. PAiRNL= Larthis (fil.) Variae^ ou Variniae (nat.) (?;.

Ce que nous venons de publier nous amène à remarquer au point de vue paléographique le h isolé (inscr. 4") probablement pour

( It^fl )b = Fausta (El mis à la place de 8, signes qui se remplacent parfois Tun l'autre et spécialement dans ce prénom) (1) ; la simple initiale r, si notre restauration est admise, peut exprimer le mot n7, qui trouverait une comparaison dans une inscription du Musée de Florence (2) dans deux autres de Tascania et Tarquinies, et peutêtre dans un monument de Soana (en Toscane) (3). Le nom de la famille à laquelle appartiendrait la série et le tombeau est nouveau pour moi, soit qu'on le lise 'semna en s'en tenant strictement à la forme paléographique de la lettre initiale qui, sauf, à la troisième inscription, est constamment M> soit qu'on veuille le lire MEMNA, comme cette troisième inscription pourrait nous y autoriser. Nouveau serait pour nous également le dernier nom de la première (hapretri's), nom de mariage (4), qui peut-être revient, comme nomprincipal du défunt, dans la cinquième inscription, probablement appartenant au mari de la femme nommée dans la première (Cf. VAPRTH — hapretis), qui serait mentionné sans prénom (5), peut être identique, chez lui, au prénom du père, Lars, et pour cela aussi plus facilement retranché.^ Dans le dernier nom de cette dernière inscription, j'entrevois comme mère, la mention d'une Varia ou Varinia^ car de quelque manière qu'on veuille lire, ou pairnl,

ou PAiRSL (^/^ =4 |s/|), ou vairnl, etc., nous pourrons toujours y voir

avec beaucoup de probabilité le nom mentionné tout à l'heure (6). Il faut avertir que cette cinquième inscription était écrite sur une base

(1) Fabretti, Gloss,, s. vv., hasti, hâstia, hastis.

(2) NO 133 bis, Iscriz. Etr. Fior,, p. 116. Cf. p. 269, no 55.

(3) Bullettino degliscavi délia Socielà colombaria, n. IV, extrait de VArch. stor. Italiano de "Florence, n. s., t. XIV, p. 2, p. 10. Gampana, Giorn, Arcad, de Rome, T. GXIX, p.3il. M. XVIII, 332. M. XXI. Ovioli dans le Bulletin de Rome, 1850, p. AO.

(4) Cf. APRTHE, APRTHBS, APIRTHES, APIRTHS, ilfon. diPcT. Etr, eRom., III, p. 77-79.

(5) Cf. Iscriz. Etr. Fior., n. 142-143, et § X du présent spiciiegium.

(6) Cf. Lanzi, Saggio, n. 428 — et nos Iscriz, Etr, Fior., n. 137, p. 120, n» 111, p. 90, PARIS = TARIS. Janssen, Mus. Lug. Bat., Inscr. Etr., n» 25 a, p. 18.

mSGRtPTIONS ÉTRUSQUES. BI

en albâtre avec un personnage à demi couché ; mais, en l'attribuant à un homme, je ne m'en tiens pas strictement aux mots du manuscrit, qui dit in basi mulieris et qui voit une femme dans ce personnage. Quant à moi, il me semble que rien ne s'oppose, d'après le croquis conservé dans le manuscrit^ à considérer cette figure comme une figure d'homme et que, cela admis, il est plus facile de débrouiller le souvenir écrit qui nous en reste, et nous aurons par là trouvé le complément du couple principal auquel furent réservés les premiers honneurs dans le séjour de la mort. Il est à observer seulement que, à la suite de mes conjectures, nous trouvons les restes mortels du mari déposés dans le tombeau de la famille de son épouse; cela pourrait tenir à des usages particuliers aux Etrusques, dépendant, soit du rang occupé chez eux par les femmes, soit pour d'autres raisons.

Passons maintenant à la deuxième partie de notre série épigraphique. Le manuscrit ne nous dit pas sur quelle matière ou sur quel objet elle était gravée. Ajoutons à cela qu'elle est infiniment plus difficile à déchiffrer que la supérieure, sauf la dernière ligne. Ainsi, en laissant à d'autres plus habiles et plus hardis le soin de rectifier la leçon et d'expliquer le sens des trois premières lignes, je me bornerai à les transcrire en nos caractères autant qu'il m*est possible, eii faisant remarquer que les deux premières, au moins dans la majorité de leurs éléments paraissent écrites de gauche à droite, tandis que la troisième, comme la quatrième, semble devoir être lue de droite à gauche. Voici donc mes conjectures sur la manière de les lire:

1" ligne. — MivEiz (oumiveit (i) 's vel mns.

2* ligne. — pemniv. eske. 'smaa (ou eske's 'saa (2).

3* ligne. — vanl. achl (ou aml, ou ael (3) ghinmp (ou chiw'sp).

(1) Cr. pour cette sixième lettre, nos Mon, de Pérouse, IIL Tav. VUI-XXIV, n. 3, l'inscription de Florence, n. 121 (Iscriz, Etr, Pior,, ibid., préf. xcvi), et le t da nom d'Admète dans le vase de M. le duc de Luynes, BulL Insu, 1847, p. 83 et suiv.

(2) S =r M • M = '»> ou M.

(3) /Tï = Md (m), ou = (jy (cW, ou i= ^ («).

5t INSCRIPTIONS ETRUSQUES.

Maintenant, je mettrai la dernière ligne plus en ëyidence, attendu qu'elle est plus claire et plus intelligible. Je rectifie la leçon ainsi :

MfllO<lflJfll1flOlkM (*) Et je lis:

(mi thana larthia's.)

On ne peut pas savoir si elle se rattachait aux lignes précédentes: dans l'impossibilité où nous sommes d'éclaircir ce point, nous nous contenterons de dire qu'elle peut être considérée et expliquée séparément, <Sum Tannia Lartiae (filia) : en la rapprochant dés inscriptions nombreuses qui commencent par le mi {sum) (2), nous avons lieu de supposer qu'elle était écrite non pas sur des urnes, mais plutôt sur quelque vase, quelque slèle, ou autre objet en métal, en pierre ou en terre cuite. Peut-être que le texte aussi des lignes précédentes se lisait ou sur les parois du tombeau ou sur des objets différents qui faisaient partie des meubles ou des ustensiles enfouis dans la grotte avec les restes mortels de ceux à qui ils appartenaient. Parmi les inscriptions de ce genre, déjà connues, je n'en trouve aucune qui se rencontre avec celle-ci, ce qui me confirme dans l'opinion que les étruscologues, sauf les mots de Buonaroti, ne se sont pas occupés jusqu'ici de cette découverte épigraphique, dont le manuscrit Pighius nous a conservé le souvenir, et que par conséquent l'exposé que nous venons d'en faire, ne sera pas entièrement inutile.

J'avais eu l'honneur de rencontrer à Berlin, en 1861, M« le docteur Fickler, directeur du musée de Manheim, et j'avais été présenté à lui par M. Mommsen. Ayant manifesté l'intention de me rendre à Manheim pour visiter les collections de cette ville, il appela principalement mon attention sur une série d'urnes étrusques

(1) Nous trouvons cette forme de m daos le célèbre vase de Caeke avec alphabet gréco-archaique et syllabaire, Ânn, Inst, de Rome^ 1836, p. 187.

(2) Lanzî, Saggio, n. M, 42, 197 et ailleurs. — Bull. Inst, ^833, p. 95, 98-99. — Orioli, Album, XXII, p. 171, 194 et suiv. — Fabretti, Gloss, s. v . mi. — Conestabile, hcriz^ Fior.^ p. 80, 112, 183, etc. Rev, arch., 1861, déc, p. 442-443. — Micali, Moru Inéd., Tav. XXXIV. 1, etc.

que 90Q musée possédait, et parmi lesquelles il y en avait avec inscriptions. Son conseil fut, comme de raison, suivi par moi avec le plus grand plaisir, et aussitôt arrivé à Manbeim je m'empressai d'ei^aminer ces antiquités de mon pays. Il s'agit de quatorze urnes dont la provenance me paraît sûre : elles viennent de Yolterra, comme le montre soit Talbâtre dont elles sont fabriquées en majeure partie^ soit les sujets représentés sur les bas-reliefs qui ornent leur front. Ceux-ci offrent en effet de nombreux rapprochements avec les planches publiées par Inghirami (1), qui, presque toutes, reproduisent des monuments de Yolterra. Il y en a qui sont loin d'être sans intérêt, et c'est pour cela qu'il faut applaudir de tout notre cœur à ridée bien utile et bien généreuse de Son Altesse le Grand-Duc, qui en fait faire la publication à ses frais par le moyen de la photographie, ce qui me dispense d'en donner ici la description. D'épigraphes, je n'en ai trouvé qu'une sur un couvercle, accompagné d'une figure de femme à demi couchée, voilée, avec tunique et manteaa, et une patëre dans la main droite. Elle est inédite, je crois, mais simple, et la seule particularité à y remarquer consiste dans l'interponction. La voici :

IIIXXXoj|qojo|amVRJo|+qRJ

(larti. lautnei. l. RiL. XXXIU) = Laftia LauHnia Lartis (filia) annorum XXXIII.

Par ce caprice dans la forme des points destinés à séparer les mots, cette inscription peut être classée avec les autres que nous avons mises ailleurs en évidence pour la même raison (2), et plus particulièrement rapprochée de celle que nous faisons suivre ci-après, copiée parnous, d'une urne des collections Campana, maintenant à Paris(3).

^flH+floojfloq fljov^^vor^niqaeooqflj

(làrth. herinv. ulu. là rthal. gaznàl.)

Elle est tracée à la pointe, et je la crois aussi inédite. Le basrelief qui l'accompagne n'est que la représentation bien connue du

(1) Monumenti Etruschi o di Etrusco nome.

(2) V. Pref. aux Iscriz, Etr. di Fior., p. LXXXVI-LXXXVII. Mon. rft Per, etr. e Rom,y III^ no tXX. — Cf. Fabretti, Arch, stor, ItaL^ n. s. V. Disp. 3, p. 90 et suif.

(3) Cf. aussi plus bas dans ce Mémoire, % XVII, inscription 6.

combat entre Étéocle et Polynice^ répétée mille fois surtout sur les urnes en terre cuite de Clusium. Quant à l'explication de l'épigraphe^ sauf le troisième mot qui se présente ainsi pour la première fois, elle n'offre pour le reste aucune difiSculté. C'est le souvenir d'un Lars

Herinius ou Herennius (1) Lartiae Cassiae (natus). Quanta ulu

(que je préfère lire au lieu d'ucHu), je suis disposé à y voir une nouvelle forme d'AULE, aulu, identique à VOlus des Latins, d'où les dérivés étrusques aulna, aulinna, aulni et la forme latine Olenus^ nom du fameux augure, et poëte d'Étrurie, Olenus CaleniAs mentionné par Pline (2) et autres; je regarde donc ce mot ou comme un second nom Aulius (3) ou comme le prénom du père au génitif (ulu-ulus- Auli (4). Dans le premier cas, vu les nombreux exemples de rapports entre des noms de famille et des noms de Qeuves anciens ^'Italie, il ne faudrait pas perdre de vue le fleuve Ollius (Oglio) de l'Italie supérieure, dont le nom peut-être se rattache par son étymologie à celui d'une famille étrusque Ollia (5), comme il arrive des noms des Ceciniù des Umbranii^ des Tiberiù etc. (6).

Outre ce troisième mot ulu, dont nous venons de parler, nous trouvons à remarquer dans cette inscription la fonne caznal, comparable à la forme c (a) zi d'un vase d'Arretium et cazi = Casius de la bilingue de la môme ville (7). C'est la troisième fois tout au plus (car sur ledit vase le mot offre la lacune d'une lettre, c . zi) que les inscriptions nous donnent le nom de la famille Cassia (8). Il

(1) Herinv, écrit par erreur au liea d'HERiNi; ^ aa tien d'3*

(2) XXVni, IV, I. — Cf. Orioli dans les Ann. deW Instituto de Rome, 1832, p. 31 et suiv. — Iscriz, Etr, Fior,, p. 17.

(3) Cf. AU . ADLD = Aulu Aulius sur une inscription de Cortone.

(4) Cf. Adlupor^ Aulipor chez Kellermann, Vig, rom. laiere, III, col. 2, n. 16. — OU per Auli se trouve sur une inscription étrusco-latine des nécropoles dePérouse, dans Olipor comme cognomen d'un aflfranchi (Mon. di Per,, III, p. 160. Cf. Iscriz, Etr, Fior, y p. 227; ulam = ollam chez les Osques). On pourrait nous opposer que le prénom Aulus^ dans la langue étrusque, a généralement au masculin, la terminaison e nom., es gen. A cela je répondrai par la comparaison d*un autre prénom, Velius^ que les ioscriptioas nous présentent dans les deux formes, VEL-E, VEL-ES, VEL-0, vEL-DS. — Cf. MARGES et Margvs; cotte dernière forme dans Tinscription de Tarquinia, chez Lanzi, Sag, dilinguaEtr,^ II, n» 670. Je la crois cependant plutôt mal écrite ou mal copiée au lieu de maAces. Cf. Fab., Gloss.y s. t.

(5) Plin., III, XX, 4.

(6) Cf. Mon, di Per, Etr. e Rom.y II, p. 74 n® (*), III, p. 92. — Iscriz. Etr. Fior.^ p. B9 et 152. — Fabretti, Arch, sior, ItaLy n. s. V. Disp. 2. Extrait, p. 11-16.

(7) Buli. Inst, de Rome, 1834, p. 149.

(S) On pourrait penser aux mots caizna, caiznasa, canzna, etc., qu'on explique

^'ensuit que cette inscription funéraire, comme les autres que nous avons choisies pour ce mémoire, ne manque pas d'avoir son côté utile pour les recherches sur les noms et les familles étrusques.

Puisque le choix que je fais parmi mes notes de voyage, m'a amené aux collections de Paris, je m'arrêterai quelques instants au musée Napoléon III. Quoique les inscriptions étrusques ne forment pas la branche la plus remarquable des trésors ramassés par le marquis Campana, il y a cependant, au milieu de celte grande masse d'antiquités italiques, quelques remarques à faire qui montreront que l'examen de ces richesses et de ces collections n'est certaine- . ment pas encore épuisé, même sous le rapport des monuments écrits de rËtrurie. Il est curieux de noter, par exemple, à ce propos, un rapprochement historique auquel nous font penser deux épigraphes, que je ne me rappelle pas avoir vu publiées jusqu'à présent.

Elles sont ainsi conçues :

sur une urne de terre cuite — en couleur rouge

•Jflll1V+0>. r.)-Jfll+l+- anflJillb. r.)q3 • (*) • OJ LTH. UCRISLANE. TITIAL. TUNIÀL.

sur le front, combat d'Étéocle et Polynice.

b sur une autre urne en terre cuite — en couleur rouge

FASTI. SETHRNEI. UGRISLANES

Caesius^ CaesH (uxor), etc.; mais il me paraît plus naturel devoir dans notre noayelle forme le nom des Cassii, surtout en ?ue de la bilingue qui fixe pour le nom Caesius la forme étrusque Canzna, — Cf. Fabretti, Gloss., sty. c(a] xucaixiia, cahxna.

(1 ) Nous avons fait graver cette lettre sur bois, elle est un peu plus grande qu*eUe ne devrait ôtre.

56 INSGMPTIQIffS ÉTRUSQUES.

sur le front, combat à'Echetlus^ avec la charrue, au milieu des Perses, à Marathon.

Mon attention dans ces deux inscriptions se porte sur la première partie de cette forme dérivée, ucris-lane, ucris-lanesa, à côté de laquelle nous mettons ici la forme primitive que nous avons déjà rencontrée dans le nom ucrsa d'une inscription du Musée britannique donnée dans ce même mémoire (1). L'empreinte nationale historique qu'elle nous offre n'est pas, il me semble, à mépriser. Nous pourrions d'abord en rapprocher le nom du roi d'Argos, AcrisiuSy qui abandonna en mer sa fille Danaé, séduite par Jupiter et transportée par les flots vers la côte du Latium. Une tradition latine fait de cette Danaé la fondatrice de la colonie argienne et de la ville môme d'Ardée, par suite de l'accueil qu'elle reçut de Pilumnus, un des ancêtres de Turnus. Or, il y a bien des raisons d'admettre des rapports très-intimes dès les temps primitifs entre les Rutuleset les Étrusques; et à en croire Denys, Tite-Live et autres écrivains, à l'époque de leur fameux roi Mézence ils se seraient même étroitement alliés pour combattre les Latins. En outre, l'étude des monuments des deux peuples, les ouvrages qui subsistent encore à la place de l'ancienne Ardée^ et en particulier les nombreux tombeaux de sa nécropole, rapprochés des ouvrages du même genre chez les Étrusques de Caere, de Tarquinies, de Véies, et autres villes de l'Étrurie (2), dénotent une similitude frappante et une communication évidente d'idées entre les deux peuples, dont l'affinité, prouvée déjà incontestablement par ces monuments, pourrait bien se trouver appuyée aussi par l'adoption, chez les Étrusques, des noms célèbres et des traditions relatives à l'origme.et aux premiers temps de la ville de Turnus (3). Tout s'expliquerait ainsi facilement et nous aurions à admettre une trace, quoique faible, de ces rapports, de ces traditions dans le nom de famille étrusque ugrs,ugrsa (^Acrisius, Acrisia) (4),

(2) Cf. M. Noël des Vergers, L'Étrurie et les Étrusques, I, p. 179-188. — Notice sur le mus, Nap, III^ extrait de la Revue contemporaine, 31 mai 1862, p. 21-22, et voir aussi le môme sarant dans le BulL archéoL de VAtheneum français ^ 1856, p. 50 et suiv.

(3) n n'est pas hors de propos de rappeler avec M. Minerviol, dans cette occaaon, le nom de la famille Venilia, qui nous est offert par un monument étrusque de la Gampanie {Bull, arch, nap., n. s., VII, 147), et qui nous fait socnrenir de Venilia^ mère de Turnus (Virg., Aen,, X, 75).

(k) Que Vu des mots étrusques devienne souvent a dans les équivalents latins, c'est un fak bien connu» Il suffit de rappeler le nom cdmerb ou cdmbrte pour Camerius ou CamertiuSm

que nous retrouTons dans le dérivé ugrislanb (dans cç ca^-ci, en latin, Acrisilianus) de nos deux inscriptions (1).

Un second rapprochement historique, que le nom dont il s'agit me permet de faire, me semble encore plus curieux. Au milieu des difficultés qui empêchent de voir toujours clair dans les premiers temps de l'histoire de Rome, il est maintenant incontestable que le roi Servius Tullius était étrusque, et portait chez ses conationaux le nom de Mastama ou Macstama^ nom qu'on vient même de retrouver sur une inscription historique de Yulci (2). Nous savons aussi, d'après la tradition la plus admissible, qu'il était né d'une esclave de Tanaquil et d'un client du premier roi Tarquin. Or, sa mère, qui était de àomiculum (en Sabine), s'appelait Ocresia ou Omsia comme nous l'apprenons par Ovide, par Denys, par Pline et plusieurs autres (3); ce qui dans l'écriture étrusque n'est autre chose qu'ucRESA, trèsproche, comme on le voit, des formes ugrs, ugrsa, ugrislane, dont nous parlons. Dans ce cas aussi, il faudrait donc toujours reconnaître dans les inscriptions dont il s'agit, comme je Tai déjà dit au commencement, une empreinte tout à fait nationale, et entrevoir dans ces noms une origine qui peut bien se rattacher aux plus anciennes traditions italiques comme aux individualités les plus saillantes des fastes des anciens Toscans.

(1) Cf. Les formes Acris, Agril, Agrdl (famille Acria) de plusieurs iascriptions de Pérouse (Verm.» Iscriz, Perug,y p. 170-230 et ailleurs), que Fabretti dérive de âxpoc =fummuf ou ogris = mon^. (d'après Fest., p. ISl et le Sabio ogris), Gioss.^ s. vv. — Cf. Orioli, Album, XXII, 194.

(2) Peut-être écrivait-on Magstrna on étrusque^ quîisi Magistbrna, ajoute Orioli, qui le compare au latin Magisterare et à l'étrusque Macstrevg d'une inscription de Tuscania, pour lequel il proposait, mais d'une manière bien douteuse, l'explication, Magisterium (Ann, deW Instituto arch., 1S32, p. 31 et suiv. » Cf. Giom. Arcad,^ CXX, p. 241, no 40). Il s'ensuivrait que le nom Mastarna chez le chef des ^/ere«, BOUS Tarquin l'Ancien, équivaudrait à Magister (equitum) (Orioli, 1. c, p. 4S. — Cf* Maury, dans la Rev,, germ, du 31 octobre 1861, et plus amplement dans le mémoire sur Servius Tullius et les premiers temps de l'Histoire romaine, qui va être publié dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles'- lettres , et dont M. Bertrand nous a donné une analyse, en attendant, dans la Revue archéologique , lSd2, novembre. La forme étrusque magstrna, pour le nom de ce roi, conjecturée par Orioli, parait être confirmée par une des inscriptions Jointes aux peintures du tombeau de Vulci, découvert par MBI. François et Des Vergers, sur lesquelles nous devrions reconnaître Celés Vibenna et Mastarna, suivant une observation de M. Jahn (Gerhard, Arch, zeit,, octobre, lSd2, p. 307-309. BulL inst,, 1862, p. 215-216).

(3) V. Oraison de l'empereur Claude sur le célèbre bronze de Lyon, cliez Boissieu, /lucrt/). ant» de Lyon, p, 130. ^ Cf. Tacit., ann» IV. Aur, Vict, De Vir ill., c. 7. — Areh, stor. ItaL, n. s. IV. P. 2, p. 117 (art. de M. Capei sur VHist. rom, de M. Moinauen } Ampère, VHistoire romaine à Rome, 11, p. $1 et suiv.

L'explication entière serait donc, d'après les conjectures précédentes :

a.^Lars OcnstKanus (ou Acrisilianus ("? ) (1) Titiae Toniae (filius).

b. — Fausta Setrenia Ocrisiliani (ou Acrisiliani (?) (uxor).

En me promenant dans le môme musée, pour examiner de nouveau les trésors Campana, j'eus l'occasion de jeter les yeux sur quatre autres monuments écrits de TÉtrurie, dont voici les inscriptions :

SEMTINATI : GUMER • . TEGTSÀ (OU TESTSà).

* lllINtR^^oaW :OI1///fl

(brisure)

a(r)nth : tite. elazu. ... (ou thelazu (?).

velsu pitlnàs LARGESA

GAEV.... SLARTHAL. LAETNE •

(1) Si les formes étrusques patislane, patislania, etc.^ ont été rendues en latin par Patilianus^ Patiliana (Cf. Lanzi, n» 435, etFabretti, s. vv., p. 1333-1334), je ne vois pas de raison suffisante pour devoir, dans les formes qui leur ressemblent, retrancher toujours la sifflante, dont la conservation est demandée dans le cas présent par mon

La première (a) est un grand sarcophage avec figure de femme^ ayant une feuille dans la main droite, richement vêtue et ornée, entre autres, d'un beau collier en torsade avec de petits vases et des bulles qui pendent du cercle, en s'alternant. Le premier nom est Sentinatia; le second nous rappelle celui des Camerii ou Ctimmt, famille de Clusium bien connue par plusieurs monuments, et surtout parun hypogée trouvé à Sar^eano, près de cette dernière ville. La finde 1-inscription est un peu confuse; cependant si elle devait être, malgré Tespace, rattachée à gumer... qui précède (gumertestsa), nous y verrions pour la première fois, d'une manière plus claire que dans les formes connues gumere, gumeresa, etc., un rapprochement avec les Camertes Umbri mentionnés par Tite-Live, dont nous avons parlé ailleurs à propos des rapports probables avec Camars^ qui était le nom étrusque de Clusium (1).

Le bas-relief de notre sarcophage nous présente la rencontre de deux cavaliers.

La seconde inscription (6), d'un Aruns Titius est gravée sur la base d'un couvercle en pierre avec une figure d'homme à demi couché, en plusieurs fragments, ce qui fait que l'inscription n'est pas entière. Si le premier signe qu'on y voit tracé après tite, devait être regardé comme un th, nous aurions thelazu (peut-être Heliasius) dans le dernier mot, dont une caisse cinéraire de Clusium offre un autre exemple (2). Nous préférons cependant considérer ce signe-là comme une répétition d'une forme capricieuse de points, constatée ailleurs (3), et y lire une nouvelle forme de nom de famille, elàzu, qui est peut-être un équivalent de Velatius^ avec retranchement du digamma initial, comme cela se rencontre plusieurs fois dans l'épigraphie étrusque. Je la crois inédite, ainsi que les deux suivantes (c et d) gravées tout autour (Iç xuxXov ax?H^> comme disaient lesGrecs) sur le plan de deux bases en pierre, assez larges, avec un rehaussement à figure conique au milieu. Elles rentrent, pour moi, dans la série des monuments phalliques, comme les nombreuses stèles que tous les étruscologues connaissent et ces pierres en forme presque de champignons du musée de Berlin,

rapprochement et se trouve d'accord avec les deux exemples cités da primitif, tous les deux gardant la sifflante, surtout avec I'ocrs de la tuile de Clusium qui ne peut être qu*un second nom, où ladite lettre n*est pas mise certainement comme signe de génitif.

(1) Iscriz, Etr, Fior,, p. 39. Il y avait aussi une ville nommée Cameria dans le le pays sabin.

(2) Cf. Fabretti, s. v, p. 626.

(3) ce § XV de ce mémoire.

La troisième (c) nous a gardé le souvenir d'un Yelsius (Velsu) avec un second nom (Pitlnas, comme je préfère lire) équivalent bien probable du latin pitilianus^ nouveau (il me semble), et qui nous fait penser à la petite ville nommée Pitigliano (près de Soana) en Toscane (peut-être en étrusque Pitlana) (1), où les mots et les dénominations de Tidiome vulgaire actuel aident parfois à dissiper quelques-unes des grandes difficultés qui se présentent dans Texplication et les rapprochements des mots étrusques (i). — Largesa, dont la terminaison esa, signalerait le mariage si le titre funéraire appartenait à une femme, peut signifier ici par exception comme dans quelques autres exemples incontestables de mots également en sa^ Largiae (filius), ou bien, selon que nous Tavons proposé ailleurs dans ce mémoire (3), plus conformément à la destination principale de cette désinence, Largii-uxoris-ûlius (Largesa = Larce-sa-l) (4), Dans le premier cas, Largius serait le nom de la famille malemelle, dans le second le prénom du père du défunt. Qu'on fasse attention à la forme de Vs de Largesa, qui est assez rare dans les monuments étrusques (5) et qui nous invite à la comparaison du sigma qu'on rencontre dans l'alphabet dorien des vases italiques et dans le célè-

(1) Notre fonne se rapprocherait du nom moderne de Pitigliano plus que l'autre, PATittLi^NB {^Patilianus ou Patilianiis)^ à laquelle M. Fabretti suppose qu'on doit peut-être faire remonter ce nom-là originairement (Gloss., s. t., p. 1333-1334). -^ CL Cordiiiano actuel, ancien latin Coriti Lyanum, peut-être cuitlana en étrusque, dans le territoire de Tarquinies, d'après Orioli. Bull, inst, de Rome, lSk9,"p, 26, 35 et suiv.

(2) Cf. hcriz, Etr, Fior.^ p. ft, 143, 178. — Bull, arch, Nap.^ VII, 146-149. -- Bull, inst, arch, di Rorna^ 1862, p. 78. » Garrucci, Scop, Falische dans les Ann, inst. di Borna. XXXU, p. 271.

(4) Dans une autre inscription du même masée Gampana, nous lisons :

(atainb : VESUSAL (sur une urne en couleur rouge) probablement pour Atiinius Vesiae (filius), ou Vesii'uxoris ^lius. (Cf. Janssen, Mus, Lug, Bat. inscript. , n» 21, p. 16.)

(5) Cf. Fabretti, s. v., thanchvil, p. 662 (aov's'si) et p. 557, s. v., hatisnas et ailleurs; Minerviui, dans le BuH. arch. iVa/).,l. c, p. 146, 148, sur deux inscriptions étrusques delà Campanie; dans la célèbre grotte de Colley près de Sienne, dans le mot LALALS et autres (Dempst., Etr. re^., II, pl,XCII). — Lanzi, p. 43'6 (2* édit., no XXII) ; dans le mot ateinalisa d'une inscription encore inédite du Musée de là Société colombarienne de Florence, et dans un vase de Bolsena (qui doit se lire^ d'après le calque que j'en ai reçu de M. Brunn, mi pdteresia's kai'sie's). {Bull, inst., 1849, p. 180; 1859, p. 100.)

bre vase alphabétique de Caere. Le lecteur s'apercevra facilement que ce Bigtna a été obtenu par le simple renversement du M ordinaire de Talphabet étrusque, comme dans l'alphabet éolo-dorien M n'est autre chose que 2 renversé (1).

La quatrième enfin (d), quoiqu'elle nous soit parvenue incomplète à cause de la perte de trois ou quatre lettres (d'après ce quMl nous semble) entre la quatrième et la cinquième, qui existent, n'est pas dépourvue d'intérêt et d'utilité. Elle nous donne un nom de famille de plus dans le dernier mot Laetne, que nous n'avons pas encore rencontré ailleurs, et outre cela elle s'ajoute à la série des inscriptions assez rares qui font usage des trois points au lieu de deux à la fin des mots, usage (cela est maintenant clairement démontré) adopté par nos ancêtres, de même que par d'autres peuples anciens d'Italie, par les Latins et par les Grecs (2). En suppléant par une conjecture qui ne me paraît pas improbable, VJ3, ou V8J3 après la quatrième lettre, le second mot serait v(elu)s, ou v(elsu)s = velius ou velii (filius) ou velsius^ en prenant ici la forme de son initiale comme un digamma , valeur qu'on attribue ailleurs avec certitude à une forme à peu près identique (3); et l'explication entière de l'inscription serait Caius velius (ou velsius) Lartiae (natus) Laetiniusf (ou Laetinus) (4).

Puisque j'ai été amené à signaler quelques-unes des innombrables reliques de l'ancienne Ëtrurie réunies avec tant de zèle et d'intelligence par le marquis Campana, je crois qu'il me sera permis de soumettre au jugement des savants une question d'authenticité concernant une de ces reliques, qui entre dans la série des monuments de Pérouse étrusque, soit pour elle-même, soit pour ses rapports avec d'autres de la même provenance el du même genre. ^e dirai en passant que le doute que je vais émettre sur la légitimité

(1) V. M. Fr. Lenormant dans sa savante Étude sur l'origine et la formation de V alphabet grec; Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et bellet'lettres^ 1861, p. 397.

(2) V. Ffibretti, dans VArch, stor, ItaL^ n. s», V. Disp. 2, p. Sdetsuiy. — CooesUbile, Iscrii. Etr, Fior,^ préf. p. LXXXVIII. Mon, di Per. Etr, e Rom,^ III, p. 153- 154. 179.

(3) Par exemple» Iscriz. Etr. Fïor.^ n^ 13, 110, etc., çt p. XCV de la PréCiace, . (ft) Cf. Grater, 618, 7.

de l'objet dont il s'agit ne peut offenser personne, que ce soit le collectionneur romain ou l'acheteur français. J'ajouterai aussi que cela ne se trouve aucunement en contradiction avec l'opinion que j'ai toujours eue touchant l'importance de ce musée, et avec l'admiration que ses trésors réunis ont, ajuste titre, excités à Rome pendant de longues années. Si, au milieu de tant de richesses, on remarque quelque monument dont l'ancienneté doive être regardée comme contestable ou impossible à admettre, cela ne diminue en rien la valeur de l'ensemble. D^aiileurs, dans mon cas, il s'agit d'un monument qui n'est pas de premier ordre, et dont l'intérêt scientifique ou artistique est relativement secondaire, malgré Timportance spéciale qu'il acquiert à cause de la matière; enfin, quant à moi, je ne fais qu'émettre un doute que je suis d'ailleurs très-disposé à ne pas entretenir dans mon esprit, mais qu'il m'importe beaucoup d'éclaîrcir pour mes travaux particuliers sur la série monumentale étrusque de Pérouse, et que j'aimerais, par cette raison même, voir disparaître, comme mal fondé, à la suite d'un nouvel examen et d'un jugement plus sûr de la part d'hommes compétents.

Le monument auquel mes paroles font allusion, est un fragment en plomb avec bas-relief à renfoncement, représentant deux camilli, qui viennent d'apporter et placent debout dans le sol une amphore cinéraire pointue à la base et sans soutien. Le groupe est disposé dans une porte à plein cintre située au milieu du front, et des deux côtés de ces ministres on voit différents symboles, une espèce de strigile, un gros anneau, un petit vase à gauche, une fleur, un petit vase également et une espèce de branche ou arc, à droite. A l'extrémité supérieure de ce fragment on lit l'inscription suivante, un peu dégradée :

H^ioai- nmimoio -j

Ce plomb, soit dans sa partie figurée (1), soit dans sa partie épigraphique, offre une identité remarquable avec le front d'une urne en pierre de Pérouse, et avec l'inscription, dont la véritable leçon est la suivante :

flqiqai • i^mi iadidj (2)

(1) Cf. Bempst., De Eir. Reg,, tab. 85,~t. II.

(2) Cf. Vermiglioli, Iscriz. Perug.f I, n« 288, p. 27 et p. 341.

La représentation, qui revient da reste sur plusieurs autres monuments funéraires étrusques, est tout à fait la même que sur le plomb, et les mots contenus dans l'épigraphe, beaucoup plus clairs sur Turne que sur celui-ci, se répètent certainement d'une manière identique sur les deux monuments, où l'on doit les lire sans hésita* tion :

LTHI GALISNEI . TERPRA

c'est-à-dire Lartia Calinia^ noms suivis, à ce qu'il me semble, du nom du mari (terpra || tez= ii (uxor), avec cette substitution de la dentale à la sifflante dans la terminaison du génitif (ez = es), substitution dont on voit plusieurs autres exemples dans l'ëpigraphie étrusque (1). Il est curieux de rapprocher de ces inscriptions celle d'un fils, issu de ce mariage, et qui se trouve sur une autre urne existant à Pérouse, dont la leçon incontestable, que je fais suivre ici :

'J/^/1iU/î:)-^0/Ml1^fl/i>2J

(Larsgai TERPRATHEGALisNAL=Lar5Catti5 iu8 Caliniae (filius),

a contribué à rendre encore plus sûre la lecture du troisième nom, qui se rencontre uniquement sur ces monuments, et qui dans les manuscrits de Vermiglioli était inexactement copié (2). — En rêve-* nant maintenant à notre plomb, l'identité avec l'urne mentionnée est ce qui inléresse le plus dans ce fragment, et par cela la question de savoir si cette identité peut nous faire douter de son authenticité. Une pareille question a déjà été mise en avant à propos de deux autres monuments du même genre qui sont au musée de Pérouse, et sur lesquels on avait aussi émis des doutes. Le savant Orioli s'occupa de ces derniers objets, et moi après lui, dans les Annales de VInstitut de Rome (années 1854 et 1855). La question dont je parle a été discutée à cette occasion, et après un examen réitéré, avec Tintervention aussi de l'autorité bien respectable du feu docteur Brunn, elle fut jugée en faveur de Tauthenticité des monuments du musée de Pérouse. La comparaison du plomb des collections Campana avec ceux-ci, le résultat de l'examen de ces derniers, pourraient

(1) Mon. Per., H, p. 133 ; III, p. 18, notes (1), 57, 115, 166-167, etc. (3) Cf. Fabretti, Gloss. Ital.^ s. y., PBRraATiz, p. 1350.

avoir un certain poids pour décider qu'il est aussi ancien; ce qui répondrait parfaitement à mes vœux. Cependant, en présence de Fume identique dont j'ai parlé, je voudrais être appuyé dans ce cas-ci par l'autorité et l'examen de savants compétents avant d'act^epter une opinion définitive sur notre plomb, car il est bien entendu que cette question d'authenticité ne pourrait jamais être mise sur le tapis à l'égard du monument en pierre dont il offre la reproduction. ~ II est bon d'avertir que les monuments de ce genre en plomb figurés sont fort rares en Élrurie; en tenant compte de l'objet Campana je n'en connais que cinq, c'est-à-dire celui-ci, les deux du musée de Pérouse (qui sont gravés dans les Mon. de l'Institut de Rome) (1), un couvercle d'une urne chez un particulier à Pérouse même, et un cinquième monument du musée Kircherien des jésuites, à Rome. Ils viennent tous les cinq de ma ville natale, ainsi que l'urne publiée chez Dempster. 11 n'est pas non plus inutile de rappeler, à propos de l'identité dont nous avons parlé, que dans les tombeaux étrusques on a trouvé quelquefois des plaques en plomb reproduisant des inscriptions gravées en même temps, et dans les mêmes tombeaux^ sur des urnes (2) avec quelque différence dans la paléographie (3) ou dans la série des noms; usage qui nous fait souvenir des mots du saint homme Job (4). L'opinion (comme j'ai dit ailleurs) généralement reçue reconnaît dans ces plaques une première indication des noms qui devaient être définitivement inscrits sur les caisses cinéraires (5). — Enfin je rappellerai que les monuments en plomb pour conserver des restes humains ont été en usage ailleurs, en Italie et chez d'autres peuples anciens (6).

(1) Mon., 1855, pi. XII, Xm.

(2) Mon. di Per, Etr. e Rom., III, no« 74-77, p. S6, n- 191-301, p. 1W et saiv. — Cf. Land, Sag. di lin. Etr., n»» 168-172; Vermi^oli, Iscriz. Per., n«» 11-13.

(3) Cf. C. I. G., no 6864 b. » Gayedoni dans le BiUL ar(A, Nap., n. s., V, p. 100.

(4) Quis mihi det ut exarentur (sermones mei) in libro stylo ferreo, et plumbt lamina, vel celte sculpantur in silice? (Job., 10). — Cf. Tacit., Ann., 69.

(5) Dans d'autres occasions les insorîptions sur des plaques en plomb, renfermées dans les tombeaux, avaient un but superstitieux ou méchant, comme d'envoyer des imprécations, etc. V. Bull, arch, Nap., n. s., V^ p. 99 et suiv. — Civiltà eaîtoiica de Rome, 3< série, VUI, p. 368. Henien dans les Ann. inst. arch. de Rome, 1846, p. 203 et suiv.; Franz^ C. /. G., III, 756 et suiv., n» 1259 et suif. ; De Rossi, Bull, inst., 1852, p. 20 et suiv.; Orioli^ Album, 1852, p. 124425 et ailleurs.

(6) V. par exemple Bu//, arch. Sardo, 1859, p. 102. — Bull. arch. Nap., n. s., V, p. 3. Cavedoni, Marm. Moden., p. 267-268.

|N80R1PT10|«IS iXRUSQtES^ 6(^

Les doutes sur Tancienneté d'un objet qui reproduit des ouvrages et des représentations déjà connus par d'autres monuments, en mettant de côté les raisons fournies par le travail et la fabrication, qui seules servent souvent à vider la question, envahissent plus facilement l'esprit lorsqu'il s'agit, comme dans le cas dont nous venons de parler, d'une représentation figurée qui n'offre aucune importance ni au point de vue de l'art ni au point de vue du sujet, et qui ne peut se rattacher à aucun autre produit précédent de l'art antique d'où l'on puisse croire tirées également, et indépendamment l'une de l'autre, dés les temps anciens, les reproductions entières ou partielles qui tombent sous nos yeux. La question varie lorsqu'il s'agit de quelque ouvrage remarquable comme art et comme sujet, et qui se montre ou comme un chef-d'œuvre lui-même, ou comme dérivé incontestablement de quelque représentation anciennement vénérée, ou d'un produit de quelque artiste célèbre de l'antiquité. C'est pour cela, par exemple, que les doutes par nous émis sur le plomb Campana no se sont pas présentés à propos de deux autres monuments du musée de Pérouse, une urne et un miroir, qui reproduisent deux groupes de l'expédition des Argonautes d'une manière presque identique à ce qu'on voit dans la grande représentation, relative à ce sujet-là, gravée sur la fameuse ciste du musée Kirckerien des jésuites à Rome; c'est pour cela aussi que nous n'avons nullement parlé d'authenticité à propos du miroir de Pérouse avec Minerve et Akrathe, groupe dont nous avons dans ce même mémoire rappelé la répétition sur un vase du musée de Berlin. Il pouvait très-bien arriver pour les bas-reliefs et pour les bronzes de l'Ëtrurie ce qui se vérifie pour les peintures vasculaires, selon l'avis, entre autres, de notre savant ami^ M. de Witte, juge si compétent, à savoir que leurs sujets soient souvent tirés non-seulement des idées et des types d& Tancienne poésie (ce qui serait l'opinion exclusive et absolue de l'illustre Overbeck) (1), mais aussi, comme nous l'avons fait remarquer ailleurs ici (2), des grands

(i) Anfu de CInst. de Rome^ 1856, p. 86^7. — Cf. Ànn, deVlnst,^ 1861, p. 249. (2) § XIII. V. aussi Cat. Beugnot,^ par M. de Witte, p. 4. Elit, des mon, ceram.^ pi. LXIV-LXV.

66 tNSGRIMlONS ÉTRUSQUES.

tableaux, des grands chefs-d'œuvre, même de sculpture (1) des anciens temps.

C'était d'après ces considérations que nous nous étions attaché à une pierre bien curieuse faisant partie de la riche collection d'objets glyptographiques de M. le baron de Rogier, à Paris. Cette pierre est un camée en calcédoine sur lequel on voit une représentation identique à celle de la célèbre agate étrusque de la galerie R. de Florence, publiée par Inghirami, par Gori, par Lanzi, par Zannoni et par d'autres, avec deux ministres saliens^ portant sur leurs épaules les boucliers sacrés, les ancilles de Numa, qui leur étaient conûés, et que ceux-ci portaient en procession par la ville en chantant et en dansant, au commencement de la nouvelle année au mois de Mars (2). Bien que dans cette reproduction on n'ait pas négligé les deux mots étrusques qui se trouvent sur la pierre de Florence (Âppius ou Allius, et Alge) relatifs à un sujet éminemment national pour l'Étrurie (3), nous n'eûmes aucune peine à nous convaincre que ce camée ne pouvait pas être un produit de l'art étrusque. Tout montre ici un travail bien éloigné du caractère, de la finesse, de la sévérité de ce dernier art, et quoiqu'on y remarque une certaine franchise et une certaine habileté dans les plis des vêtements et dans d'autres détails, ce laisser-aller dans le style^ cette manière un peu lâche, cette espèce de baroquisme qui frappe les yeux lorsqu'on l'examine attentivement, empêchent d'attribuer ce camée à la main d'un ancien Toscan. En suite de cela, d'après la seule comparaison des deux ouvrages et certaines particularités de son travail, avant d'aller plus loin dans nos recherches, nous nous croyons en position de voir dans la pierre de M. le baron de Rogier un ouvrage de l'art romain de l'époque impériale, même assez avancée, et de le regarder comme une imitation tardive romaine de quelque célèbre scène figurée, de quelque grand produit de l'art étrusque qui, à un âge bien plus ancien, aurait fourni un sujet pareil au graveur, certainement étrusque, de la pierre du musée de Florence; ce qui ne pourrait pas en principe rencontrer d'opposition, car en réalité je crois ne pas me tromper en me tenant à l'opinion que les

(1) V. Bull, de l'Insty 1860, p. 122-125. — Cf. Ànn. de VInst.y 1859, p. 267. Tav. €rAgg,<t L (Schmidt).— Gerhard, Etr, spieg.f I, LXXXVII, Ann, cit., p. 369 et suir. (BruQD), et notre disQOurs sur les Étrusques (Pérouse, 1859), p. 35.

(2) V. Serv. ad JSneid., VIU, 663 ; TibuU , III, 1, L.>-Ovid., Fùst^ m, 250 et soiv* Cf. Iscriz, Etr, Fior,. p. 197. — GaTedoni, BuiL arch» Nap,, n. s., V, p 12;

Zannoni, GalL di Ftrenie, série V. Tav., XXI.

iNSCRt^TlONS ÉTRÙSOUES. 67

petits groupes, les petits tableaux qu'on admire sur les monumente de ce genre, doivent souvent être considérés comme une imitation partielle ou entière de grands épisodes, de groupes reconnus, de chefs* d'œuvre dus au ciseau ou au pinceau de quelque illustre maître national (1). Cependant, quoique ces conjectures eussent beaucoup de probabilité en leur faveur, nous avons fini, malgré nous, par arriver à des doutes sérieux sur l'ancienneté du camée dont il s'agit, après avoir poussé nos recherches jusqu'au bout et avoir aussi invoqué l'autorité du savant Migliarini, l'antiquaire de la galerie de Florence, afin de nous rendre bien compte de cette reproduction et de noua rassurer sur l'opinion à laquelle nous étions enclin de nous arrêter, lemonument devant avoir pour nous un intérêt spécial au point de vue épigraphique, si on pouvait le regarder comme ancien sans hésitation. En jetant les yeux sur la planche CXCVIII, n* 1, du Musée étrusque de Gori, sur laquelle la pierre de Florence est gravée d'une manière qui laisse tant à désirer en face de l'original, j'ai trouvé une ressemblance si frappante entre le camée Rogier et la reproduction de la pierre florentine sur la planche de Gori, soit dans la partie figurée, soit dans les mots étrusques, que j'ai dû me convaincre de la nécessité de reconnaître dans celui-là l'ouvrage d'un artiste moderne qui n'a fait que copier ou imiter la figure représentée sur ladite planche, sans se soucier aucunement de l'objet précieux qui en était le type original. Pourtant, comme il est bien possible que je me trompe (et nous le voudrions môme pour que nos premières impressions puissent reprendre leur valeur), nous appelons encore de nouveau l'attention des antiquaires sur cette pierre dont le noble et intelligent possesseur peut toujours s'estimer bien heureux si, au milieu du nombre infini de pierres précieuses et de camées répandus dans les différentes parties de l'Europe, et partant aussi des nombreuses imitations modernes d'objets anciens, il m'arrive de faire des remarques là-dessus ou d'avoir des doutes à cet égard que sur très-peu de pierres de sa collection, bien que par le prix et la rareté des monuments qui la composent, elle puisse être mise en rang avec les plus estimables collections particulières glyptographiques de TEurope. D'un autre côté, quelle est la collection privée qui pourra se vanter de ne pas avoir d'objets de ce genre? Nous avons fait mention ailleurs (2) de l'imitation de la célèbre pierre

(i) Cf. ButL de VInst. arch,^ 1862, p. 20, et Afin, da môme lost., 18^1, p. 225 (Petenen). Overbeck, Gai,, pi. XI, 6.

(2) Bull. cit. 1. e.

68 tNSGiUPTIONS ^TatSQUEâ.

de Pamphile da cabinet des médailles de la Bibliothèque impériale, faite de notre temps par la main du graveur Cerbara, existant au musée Blacas, et jusqu'à ces derniers jours regardée comme production incontestable de Tart antique. Qui sait combien de monuments pareils dans les musées de l'Europe devront, à la suite de nouvelles recherches, subir le même jugement et avoir un sort identique I — Malgré la crainte que je viens d'émettre, il y en a, toutefois, un nombre très-considérable sur lesquels on peut dire dés aujourd'hui qu'ils ne seront jamais atteints sérieusement par des doutes de cette nature. Tel est, par exemple, le célèbre et admirable scarabée en cornaline représentant Achille courbé avec bouclier déjà sur le bras gauche, et mettant une de ses cnémides; à côté de lui son parazonium, accompagné de son nom Aghile, en étrusque.

gravé dans le champ (1).

Nous avons eu le plaisir de voir et d'examiner dernièrement au cabinet R. de la Haye (2) cet ouvrage du plus pur étruscisme. Quelle finesse de travail ! comme le cachet de l'art étrusque éclate aux yeux, dans toutes les particularités de cette intaille, dans cet allongement et cette sécheresse des membres, dans ces jambes si finement dessinées, dans le type de sa physionomie, dans cette précision de détails, soit dans les différentes parties de la figure humaine^ soit dans les objets qui lui sont associés! Je ne sais pas maintenant où se trouve l'autre scarabée en agate avec un sujet pareil et le nom écrit Agiles (3), et par conséquent les gravures ne rendant jamais fidèlement des œuvres semblables (comme j'en ai une preuve pour la pierre de la Haye), il me serait difficile de bien en distinguer l'art et le style; mais ce que je puis dire d'après le précieux exemple dont je viens de parler, c'est que la forme Agiles dans le nom du héros ne pourrait pas certainement être considérée comme une difficulté (s'il n'y en avait pas d'autres) pour classer ce scarabée en agate cité

a) et, Gori, Mus, éir,, pi GXGVIII. — Lanxi, ou?, cit* p. 128, n» XVII. Buil. de rinst de Rome, 1842, p. 83, et ici § saiy.

(2) V. Land, Sag,. II, p. 127, no XV. — Gori, Mus. étr, Tab. CXGIX. Notice du cabinet R. (1823), p. 141. Catalogue d'empreintes du caUnet^ etc., par M. de Jonge (1837), p. 7, n» 200. — Fabretti, Gloss., s. v. Achilb, p. 234.

(3) Gaylus, II, pi. 28. — Lanii, II, p. 127, n» 16.

tout à l'heure parmi les travaux deTart étrusque. Notre illustre ami, le P. Garrucci, qui a présenté cette difficulté (1), et qui jugeant cette pierre d'après l'inscription comme un travail latin, a dit que Fabretti était dans Terreur pour avoir suivi les anciens archéologues qui avaient laissé cette intaille aux Étrusques, sait très-bien que ceux-ci n'écrivaient pas toujours Aghele et Aghle, mais, comme*on en a ici la preuve, aussi Aghile. D'ailleurs il est bon de remarquer que le savant auteur du Glossarium n'a pas été aussi explicite qu'il semblerait d*aprës les mots du P. Garrucci, puisqu'il fait observer quece nom était écrit incertissimis litteris^ fartasse grœco-antiquis (2), ce qui se trouve d'accord avec l'opinion de notre excellent confrère^ M. Janssen, qui a vainement recherché, d'après nos désirs, dans quelles mains a passé ce monument important (jadis de la collection Thoms) après avoir disparu du cabinet du prince d'Orange, à la suite de l'invasion française en Hollande.

Mais le plaisir que j'ai eu au cabinet de la Haye d'examiner l'Achille dont j'ai parlé, n'a pas été le seul, même sous le rapport de monuments écrits de la glyptographie étrusque. C'est avec une bien grande satisfaction que j'ai pu y admirer aussi l'autre cornaline, jadis de la collection Yanhorn, publiée pour la première fois par Visconti (3), où Ton voit figuré un guerrier debout armé du bouclier et de la lance avec un petit manteau qui revient sur les deux bras; il s'appuie sur la lance, repose sur le pied gauche, el est accompagné de six lettres étrusques incontestables et authentiques, gravées autour de lui, dans le champ de la manière suivante :

En examinant la gravure ci-jointe, on remarquera une variante surtout entre ma leçon et celle de Yisconti. Elle concerne la lettre supérieure du côté gauche. Ceux qui ont vu l'original ne trou-

Ci) Atm. de VlnsU de Rome, 1S61, p. 160.

(2) Gloss,^ 8. y. p. 5&. « Cf. ibid., s. y. Achlb, p. 235.

(3) Iconographie greeq.^ pi. III, n« 1. Texte, p. C5 et lui? .

veront rien à redire sur Texactitude de ma reproduction. Pour moi la lettre dont il s'agit n'est pas clairement un i, qui, en faisant l'office de ^ devrait être Tiniliale du nom deTyrtée d'après Yisconti. Ce que je vois clairement dans l'original et mieux encore en relief sur Vena-

preinte après un examen réitéré, c'est la seule ligne verticale |, au

bout de laqilelle il y a supérieurement à gauche un trou^un point creux, pas autre chose. Que ce trou^ ce point creux^ doive nous signaler Fexistence d'une ligne horizontale originairement pour compléter la forme nécessaire à représenter la valeur d'un ^ je n'oserais pas raffirmer. L'inscription étant réellement telle que nous la donnons, si dans la lecture on devait suivre la direction des deux lettres de droite et continuer autour après avoir commencé par celles-ci, nous aurions littéralement le mot petrui, nom propre tracé sur les monuments funéraires ou autres, mais dont nous ne saurions affirmer la signification véritable sur cette pierre, sauf à y voir un nom artistique. En commençant par le côté gauche, et considérant le nom écrit en deux lignes^ comme supposait Yisconti, ce qui respecterait la direction de tous ces éléments alphabétiques, nous aurions à la lettre iurtpe. Pour lire TuRTAE avec le célèbre archéologue, il faudrait voir dans la première

lettre un 1 ou \ mal tracé et détérioré^ et regarder la cinquième i comme un A sans barre intérieurement, ce dont l'épigraphie

étrusque offre du reste des exemples. C'est possible, mais je n'oserais pas l'adopter sans réserve, en présence de l'extrême netteté de toutes les autres lignes des lettres et de l'inscription en généra], pourvu que cela ne soit pas exigé absolument par la représentation dans laquelle le grand Italien reconnaissait, comme nous avons dit, le poète guerrier (Turtae— TupraToç), attiibuant • aux arts d'un siècle très-reculé les proportions lourdes de cette figure, » et en supposant qu'elle eût été découverte dans la Calabre et aux environs de Tarenle, dont les habitants, colonie de Sparte, c ont dû (ajoutait-il) conserver et chérir la mémoire de Tyrtée, d'un poëte qui avait tant contribué à la gloire de leur mère patrie dans la guerre, à son bonheur dans la paix. I Circonstance sur laquelle nous manquons, quant à nous, de renseignements.— Si je me suis arrêté sur cette pierre plus longtemps quil n'aurait peut-être fallu, c'est pour deux raisons. La première est que l'accord ne me paraît pas bien clairement établi encore entre le nom écrit et la figure de Tyrtée, que Yisconti y reconnaissait; secondement, qu'à la suite des questions d'authenticité des monuments auxquelles j'ai touché plus haut, je tenais à signaler de nouveau cette pierre, sur laquelle on a eu des soupçons, à l'attention des archéolgues.

et à leur soumettre mon modeste avis. Je crois ne pas me tromper en me rangeant du côtéde ceux qui, comme mon savant ami, le professeur Janssen (1), écartent tout doute sur Tauthenticité de cette intaille et de son inscription, et par conséquent n'acceptent pas l'opinion de l'illustre M. Koehier, qui croyait y apercevoir l'œuvre d'un faussaire (2). — Nous sentions en nous la mémo quiétude, la même tranquillité (pour citer un autre exemple) lorsque tout récemment nous avions l'occasion d'examiner de nouveau une autre intaille étrusque du Cabinet des médailles à Paris, représentant un héros casqué, à droite, un genou à terre, la main gauche relevée comme s'il tenait sa lance, d'un travail peu fini, et dont l'intérêt s'accrott par l'association do quelques lettres mal formées derrière le dos du personnage^ et trés-difflciles à lire; je les donne ici, puisqu'il s'agit d'un monument inédit, telles [que j'ai cru devoir les lire après un examen long et réitéré :

Le sujet est inconnu, et le savant M. Chabouillef, qui, dans son catalogue (3), met en avant, d'une manière très-douteuse cependant, le nom de Jason^ ne rencontre pas même un appui à sa conjecture, comme il l'espérait, dans l'inscription, dont les éléments ne nous offrent rien qui puisse nous frayer le chemin pour parvenir avec assurance au héros mentionné tout à l'heure, dont le nom en étrusque (easun) nous est d'ailleurs connu par d'autres monuments (4), qui n'offrent sous ce point de vue aucun rapprochement avec celui-ci. Dans cette pierre nous verrions tout au plus le mot, ou les mots la vi pi (ailleurs traduits lars vibius ou lartia vibia [?]), que nous laissons du reste, comme le nom de la pierre du cabinet de la Haye, à cause de l'incertitude qui les environne, soit pour l'attribution, soit pour ce qu'ils signiQent réellement ici, d'au-

(1) Nous afom ea Theareuse occasion de bien examiner ce petit objet afec tê savant archéologue lors de notre séjour à Leyde; séjour qui, par la bienveiUance dont nous ont honoré TiUustre Leemans et rantiquaire nommé tout à l'heure , nous a laissé le plus agréable souvenir.

(1) Abhandlung ûber die geschnitt Steine mit der Namen der Kûnstler (Saint- Pétersbourg, 1851), p. 18.

(2) Catalogue général et raisonné des camées, etc., n^ 180&.

(3) V. Micali, Atlas GXVI, no 2. — Cf. Eason d'une cyUx de Vulci dans de Witte. Descript. des vas» peints et des 6r, de la coll. M, de if., n» 52, p. 41.

tant plas que nous n'oserions pas nous dire tout à fait sûr de la leçon proposée.

La question de l'authenticité de quelques monuments, intervenue dans le sujet des deux paragraphes précédents de ce mémoire, nous ayant amené à parler d'ouvrages d'anciens graveurs, et des produits de la glyptique étrusque, je demande au lecteur la permission de m'arrêier quelques instants sur une petite série de pierres gravées, faisant partie de la collection de M. le duc de Blacas, à Paris, toutes plus ou moins intéressantes, soit au point de vue du style, soit au point de vue de l'art, et pour la plus grande partie au moins, incontestablement étrusques. Je m'empresse, avant tout, de revenir surunpas^ sage de mon article concernant quelques monuments des musées de Paris et de Londres^ publié dans le Bulletin de rinstitut de Rome^ et qui, n'étant pas bien clair, pourrait induire en erreur ou me faire croire dans l'erreur par rapport à une des pierres du cabinet dont nous parlons. C'est le passage où j'ai rappelé les principsiux types de représentations glyptographjques du héros Tydée blessé, ou succombant, ou de retour d'exercices gymnastiques (1). La pierre Blacas (onyx brûlée) est celle qui représente ledit héros, courbé à droite, avec bouclier au bras gauche, dans l'attitude de vouloir retirer la flèche de la blessure qu'elle lui a faite à la jambe droite, étendue en avants et d'où l'on voit couler du sang. Autour de son dos on lit son nom étrusque, de gauche à droite, sur l'empreinte,

comme on le voit aussi dans les autres pierres qui se rapportent au même personnage (2), que nous retrouvons, dans le cabinet dont je parle, sur une précieuse cornaline d'un travail très-fin éminemment étrusque, où le jeune fils d'OËnée, imberbe, nu et assis sur un rocher, tient dans ses bras la tète de Ménalippe, tué par lui. Celle-ci est tournée à droite, appuyée contre le bras gauche et posée sur un petit man-

(1) Bull, de rinst, 1862, p. 71.

(2) Collection de feu M, L. Fould (Parif, 1860), noi504. Gbftboaillet, Cotai, génér. et raisonné des camées, etc., de la Bibi. imp,^ n<> 1805. — Cf. Micali, St. degli ÀnU Pop. Ital. Atlas^ pi. GXVI, n» 3. Btdl. de Vlnsi. de Rome, 1841, p. ^31.

INâGRIPTIONS ÉTaUSOUES. 73

teau jeté sur la jaml)e gauche de Tydée. Soit par Texpression du contentement qu'il éprouve de la yengeance obtenue et quMl manifeste surtout en baissant un peu la télé, tandis qu'il signale et touche avec la droite le résultat de son crime, soit par l'empreinte de jeunesse si vivement marquée dans sa physionomie» soit par les traits mêmes de la figure glacée de Hénalippe, soit par d'autres particularités^ cette pierre, malgré la longueur exagérée et la pose un peu forcée de la jambe gauche, étant digne incontestablement de fixer d'une manière spéciale Tattention des archéologues, m'a paru mériter ici une nouvelle mention, quoiqu'elle ait déjà sa place depuis longtemps parmi les Empreintes de Cadès publiées par l'Institut de Rome (1); d'autant plus que rarement, pour ces petits objets, mêmes les gravures meilleures, peuvent vous satisfaire complètement quand on a eu le plaisir de jouir du charme des originaux.

Un autre héros de l'expédition thébaine, Capanée, est reproduit sur deux pierres admirables de cette collection, dont l'étruscisme est évident comme dans celle que nous venons de signaler. L'art en effet s'y présente, surtout sur l'une des deux, avec cette manière de mettre fortement en évidence les détails anatomiques du corps humain, et en même temps avec celte austérité dans l'ensemble que l'on doit compter parmi les caractères de la glyptique des anciens Toscans. La première et la plus importante de ces deux pierres, est un scarabée en onyx (avec monture en or antique) représentant le héros courbé, qui prend son casque en main et est en train de se pourvoir, pour son entreprise, des différentes pièces de son armure, et en particulier du bouclierqui figure, si je ne me trompe, posé devant lui. Elle fait partie de la cinquième centurie (n^.31) des Empreintes de Cadès mentionnées tout à l'heure. Je puis ajouter, diaprés des renseignements qui m'ont été fournis par le savant possesseur, que cette pierre a été trouvée près de Pitigliano (en Toscane), dans un tombeau, avec quelques vases en terre cuite, entre autres une lampe en forme de masque et des vases ornés d'animaux coloriés. Enfin le nom étrusque Capne (pas Carne, comme on pourrait le croire fautivement gravé sur la pierre, d'après le Bulletin du même Institut) (2), écrit de la manière suivante

5 m AD (3)

(1) Centuria V, - V. Bull, de Vlnst, de Rome» 1830, p. 103, no 30. (3) 1830, p. 103, no 31.

(3) La fonne de la deuxième lettro ii partir de droite est C\ (a) sur l'origioal.

contribue à expliquer encore plus clairement le sujet que nous pensons retrouver aussi sur la seconde pierre, malgré l'absence d'inscription. Ici le héros, casqué et armé du bouclier, est tombé sur le genou droit, atteint d'une flèche ou de la foudre au cou, et avec la main droite relevée, de laquelle vient de tomber le parazonium, figuré derrière le pied droit. Il semble avoir été frappé et être tombé au moment même oii il se lançait pour donner quelque grand coup avec son épée. — Aussi évident et incontestable que dans le premier des monuments qui précédent, nous retrouvons ce même sujet sur une sardoine, où est représenté sans aucun doute le sort final du héros. Armé du casque et du bouclier, frappé de la foudre au cou et la tète baissée sur la poitrine, il est au moment de tomber de l'échelle avec laquelle il voulait escalader les murs de Thébes (1): tout cela est très-nettement figuré sur la pierre, comme sur le monument bien connu publié par Caylus et d'autres (2). Des trois pierres relatives au même personnage que nous venons de mentionner, celle avec le nom se trouve publiée et gravée dans le Glossarium de mon savant ami Fabretti (3). Cette gravure cependant, quant à la représentation, laisse infiniment à désirer; ce qui arrive également, dans le même ouvrage (4), pour la magnifique et célèbre cornaline de cette même collection représentant le combat d'Hercule contre le fils de Mars terrassé et prés d'être tué par le demi-dieu (5), avec les noms des deux combattants, Her- KLE, KuKNE. Je ne m'arrêterai pas sur cette pierre si connue et qui compte parmi les plus remarquables monuments étrusques de ce genre^ et je porterai la main sur quelque autre intaille dont le sujet a été fourni de même par Hercule et ses travaux. Nous devons reconnaître la lutte avec Cycnus sur une autre cornaline étrusque d'un dessin défectueux, où le demi-dieu avec son arc tenu par un des deux bouts de la main droite et sa massue dans la gauche relevée par-dessus la tête, est sur le point de frapper un grand coup sur son rival déjà tombé en arriére sur son bouclier, avec le parazonium au côté droit et soulevant sa main droite, comme s'il voulait par là parer le coup mortel d'Hercule, «qui pose en outre son pied

(1) Cf. R. Rochette, Mon. inéd,, pi. LXVII, A. 2.

(2) Caylus, IV, pi. 31. —LamU Sag, di Ling. Etr, II, p. \2%Tav. VIII, n'IO. — Greuz. et Gaignaut. ReL de VAnt. Atlas, pi. CCXI, n» 724.

(3) P. 760, s. y. Capnb.

(5) Mullep et Oesterley. Mon, de Variant, I pi. LXIII, no 322. — Mîcali, Atlas^ pi. 116, 1. — Cf. De Witte dans le BulL arch. de VAtheûœum franc, y II, p. 2. — Millingen, Mon. inédit Série, I, p. II, pi. XXXVIII. — V. Hyg. Fab.j no«3i et i61.

INSCRIPTIONS ÉTIUJSQUES. 75

gauche sur le genou droit relevé du yaincu. Le groupe, malgré quelques négligences au point de vue de Texéculion, est plein d'énergie et ne manque pas d'intérêt. — Ailleurs, sur une cornaline également, et d'un art un peu grossier, le héros, ayant jeté sa massue par terre, étrangle le lion.— Sur une autre cornaline assez remarquable» il est auK prises avec l'hydre; de la droite il soulève contre elle sa massue, tandis qu'il semble la saisir avec la gauche par l'une de ses tètes dressées en face de lui; et sur ce monstre déjà tué, dans un scarabée de celte même collection, nous le voyons poser la lance, dont sa main droite est armée, pendant que ses yeux se baissent pour regarder sa proie, ayant à son bras gauche la peau de lion et la main pourvue de l'arc. Dans cette dernière intaille où le héros, debout, se présente de front, je remarque plus que dans la précédente des défauts dans le travail: par exemple, dans la manière dont sont traitées les jambes et dans la grosseur de la tète, qui ne me parait pas répondre aux proportions des autres membres du corps. — Un groupe curieux, malgré de grands défauts d'exécution et de dessin, est celui qui existe sur une onyx où Hercule est représenté au moment d'assommer de sa main le géant Cacus, qui cherche à parer le coup en portant la main droite sur sa tèle (1), et dont le corps se termine en serpent; et cela en présence de Vulcain, son père, coiffé de son bonnet conique, qui retient le géant par la main gauche, et placé de front comme les deux autres, nous parait traité d'une manière trèsdéfectueuse au point de vue artistique; on le dirait même une ridicule caricature. Le demi-dieu, dans l'accomplissement de ce travail, qui nous fait de suite aller avec la pensée aux vers immortels de Virgile, et qui se rattache à une des plus curieuses et des plus anciennes légendes de la vieille Italie (2), plane au-dessus et derrière les autres dans le groupe, son pied droit posé sur un rocher.— Digne d'une attention spéciale, est, ce nous semble, la cornaline éminemment étrusque où l'on a représenté un entretien d'Hercule avec Mercure, debout tous les deux, le premier de front, écoutant (à ce qu'il nous parait) le dieu qui, tourné vers Hercule, soulève la main droite, pourvue du caducée; les deux personnages sont entièrement nus; seulement Hercule porte au bras gauche la peau de lion, et un petit manteau pend derrière le dos de Mercure, chaussé de ses talonnières. Le carquois et la massue sont par terre,

(1) Cf. Mfllin, Pierr. grav, inéd. Creuz. et Guignaut, pi. CLXXXVIII, n. 676.

(2) Parmi les plus récentes et les plus belles études sur ce sujet, Je m^empresse de citer le travail qui vient de paraître de M. Michel Breal, Hercule et Çacus (Paris, 1863)^ V. p. 40-41, 61-62, 159, 165 et ailleurs.

du côté d'Hercule, qui a son arc dans la main gauche, et qui semble presque avec un doigt de sa droite indiquer au dieu le premier des objets mentionnés; du côté de Mercure le pétase fait pendant aux deux armes précitées du demi-dieu. Tout le monde connaît les grands rapports existant entre ces deux personnages mythiques; on sait que Mercure est un des dieux qui accompagnent le plus souvent Hercule dans ses exploits tels qu'ils nous sont révélés par Tart antique; on sait enfin que Mercure s'empara de lui et le prit dans ses bras dés que le héros enfant fut mis au jour par Alcméne (1). Tout cela nous explique facilement cette association dans la pierre Blacas, selon moi bien intéressante (2). Je fixe aussi les yeux avec beaucoup d'intérêt sur l'onyx brûlée avec l'intaille d'Hercule, à la fontaine, en profil, nu, barbu, empreint d'une trèsbelle expression de vie et d'énergie, le pied gauche posé sur le ro-^ cher, la massue dans la droite, la main gauche avec un vase et prête à puiser de l'eau. — Et remarquable par la manière franche dont la main de l'artiste a fait preuve, et par la vigueur empreinte dans l'action, me semble aussi sur une autre cornaline en scarabée^ l'Hercule qui, à l'aide de sa massue et le bras gauche enveloppé de si peau de lion, dompte les cavales de Dioméde ; deux de ses coursiers se dressent à ses côtés dans leur fureur, en voulant se soustraire aux efforts du héros; celui-ci se présente au milieu, prêt à exercer son bras, et déjà sûr du résultat de son entreprise, par laquelle ils seront attelés au char destiné. — Nous voilà enfin à Hercule, après qu'il a accompli ses grands exploits, sur une cornaline que nous avons été bien heureux de retrouver ici, car elle fait partie de la série des monuments de Pérouse, et je la connaissais seulement d'après la publication peu satisfaisante de Yermiglioli (3), qui, lui-même n^avait jamais eu l'original entre les mains, et qui ne savait non plus quel en avait été le sort final. Cette pierre, reproduite aussi dans le Glossarium de Fabretti (4) et dans l'Atlas de VHistoire des anciens peuples italiens^ de Micali (8), mais d'après la planche annexée à l'ouvrage de l'archéologue de Pérouse, et par conséquent avec quelque différence en face de l'original^ nous présente le héros en profil, assis sur

(1) V. par ex. Mus, Pio. Cl., IV. XXXVH, 37. — Micali, Atl, pi. LXXVI, 2.

(2) On pent se souvenir aussi à ce propos de la double tète d'Hercule et de Mercure avec leurs symboles respectifs, sur les monnaies de la famille Rubria. V. RicciOi Tav. LXIII. Cohen, pi. LXIV. — Eckhel, DocU mm. YeU^ V., p. 206.

(3) Iscriz. Perug.^ l, p. 84. Tôt;., V, n« 3. (h) S. V. Herclr, p. 583.

(5) Atlas, pi. GXVI, n» 8.

tNSCaiPTIONS ÉTRUSOUES» 77

un rocher, la main gauche posée sur son genou droit un peu retira et rehaussé, et en y appuyant le coude droit pour faire de la main un soutien à sa tète, dans une attitude de préoccupation et de sérieuse réflexion, plutôt que de simple repos comme il semblait à M. Yermiglioli (1). Il a devant lui une branche de quelque plante» peut-être de myrte, symbole d'initiation; sa massue est appuyée contre son genou droit, et au-dessous son arc posé par terre, tandis qu'on voit sur lui près de l'épaule droite le carquois et la peau de lion qui retombe par derrière le dos. Autour de la partie supérieure de la figure on lit son nom ainsi figuré :

CD

les caractères allant de gauche à droite sur Tempreinte. Il n'y a à remarquer, au point de vue paléographique, que la forme de la lettre l,

qui s'éloigne de la forme ordinaire J (2), et le cinquième élément^ qui

est un digamme (3) placé au lieu de la lettre u (Hergvle — Hercule) comme sur d'autres monuments (4). C'est le seul exemple (d'après ce qu'il me parait) qui donne le nom étrusque du héros régulièrement complet, ce nom étant écrit toujours Hergle, sauf une seule fois Hergele et peut-être Herk (o)le ailleurs, mais dubitativement, sur un miroir de Pérouse, au Musée britannique (5). Quant au sujet, peut-être, d'après Tavis préférable de M. Micali, c'est l'oracle con

(1) Cf. Uppert, Daetyl, II, 231, coll. I, 285-287.

(2) Une ioBcriptioD funéraire de Péroase m'en offre une bonne comparaison dans l'initial du mot Lubsnas (notre recueil, n<> 435).

(3) Cf. Pour cette forme de digamme les formes qui s*en rapprochent sur les monuments publiés dans le Bull» de tlnst, de Rome, 1859, p. 77-79 et sui?., ches Janssen, Ifti^. Lugd, Bat, Inscript. étr,y no* 13, 25; dans Tinscription de la statue de Volterre (Lanzi, U, p. 466, n» 62. Gori.» Mus. ^fr.,I, Tab., IV), dans l'initial du mot Vblchinbi, tel qu'il est écrit sur l'original (Cf. Rertani, Essai de déchiffrement de quelques inscriptions étrusques, p. 38. pi. n« 6)^ le Buli, n^ 1 des fouilles de la Société colombarienne de Florence, extrait de VArch. storico italiano de Florence, D. s, t. X. Disp. I, dans le mot Caib d'une inscription de Glusium, etc.

(à) Cf.. Iscriz» Etr, Fior,^ n» 177, h laqueUe on pourrait faire suivre plusieurs autres exemples. .

(8) Gerhai^, Etr. Spieg. Tay. CXLVII, GXXXIV.

7S INSCRIPTIONS ÉTHUSOtlES;

cernant sa fin qui préoccupe le héros, dans cette pierre, et 6n a votilu le figurer au moment où il se dispose à se soumettre à ce qui l'attend sur le mont OEta. Et voilà qu'une autre pierre admirable de ce cabinet, déjà connue par les savants (1), nous présente en effet le héros, nu, avec sa massue à la main gauche, assis déjà sur le bûcher enflammé de TOEta, par lequel il devait retrouver sa jeunesse et parvenir à l'apothéose. Oh! qu'elle est belle celte onyx! quelle expression dans toute cette figure d'Hercule, d'où ressort subitement à vos yeux toute la vigueur et toute la soumission qu'il lui faut au plus haut degré dans ce moment suprême! — Un autre type de représentation d'Hercule, dans le genre de la cornaline de Pérouse, nous est offert par une autre intaille où le héros, entièrement nu, debout, a la jambe droite relevée et le pied droit posé sur une pierre probablement, tandis que, le coude gauche appuyé contre le genou, il soutient sa tête avec sa main ouverte, à peu près comme dans le scarabée de Pérouse, qui peut servir sur ce point de bonne comparaison. Dans celle dont nous parlons maintenant, la massue est dressée devant le demi-dieu, qui, avec la main droite, semble tenir son arc par une des extrémités. Entre les jambes on voit quelque chose qui me semble comme un assemblage de trois pierres amoncelées» et probablement c'est sur le même mont (£ta et sur ces rochers qu'on a voulu figurer le héros.

En dehors des travaux d'Hercule, dans cette môme série du musée Blacas, méritent d'être signalées deux cornalines, dont l'une se rattache avec beaucoup plus de certitude que l'autre au mythe de la fondation de Thèbes par Cadmus. Sur la première, un compagnon du héros, nu, assis sur son talon gauche avec la jambe droite poussée en avant, armé du bouclier, a devant lui l'hydrie, avec laquelle on devait puiser l'eau nécessaire au sacrifice prescrit par l'oracle de Delphes, et le serpent, gardien de la fontaine de Dircé, qui, entortillé à sa jambe droite, remonte j usqu'à son visage, où il est près de le mordre. Le travail de celte pierre étrusque est sur plusieurs points assez fin, mais le dessin a quelque défaut, ainsi que dans l'autre intaille représentant un personnage nu, tourné à gauche dans l'attitude d'aller vite en avant, avec la massue relevée dans la droite, et un serpent dans la gauche pris par le gosier. Ici le travail n'a pas du tout de finesse, mais Tensemble de la figure est plein d'énergie. Quant à la représentation, je crois qu'on doit hésiter

(1) împronte Gemmarie de Cadés, Centuria, V. V. Bull, de l^însU de Rome» 1630, p. 102, n* 17.

avant de la rattacher au mythe dont je viens de parler ; la massue, par exemple, ne convient pas beaucoup à Cadmus, dans les mains duquel nous devrions voir ou Tépée, ou une pierre, ou une lance, ou des javelots, d'après les anciens écrivains ou les monuments (1). Ainsi je laisse aux savants à décider de quel sujet on a voulu graver le souvenir sur cette pierre» en me tournant plutôt vers une trèsbelle cornaline où, sans le moindre doute, nous pouvons admirer le combat qui précéda la fondation de Thèbes. Ici vous retrouvez le héros lui-même armé du bouclier, avec casque et petit manteau flottant attaché autour du cou, et qui, retombant des deux côtés, laisse son corps à nu. Dans une attitude pleine de vie et d'énergie, malgré une certaine roideur dans le mouvement de la jambe gauche, il s'avance, le bras droit relevé pour tuer, avec l'épée dont il est pourvu, le teiTible dragon, dont on voit la tôte dressée devant lui, sortir des rochers de la grotte qui est sa demeure (2). Cette pierre me fait sou- ' venir de la cornaline admirable du cabinet de Berlin (3), portant un sujet identique, et d'une exécution supérieure à celle delà collection Blacas, où je ne vois pas le vase qui se trouve couché sur la pierre berlinoise entre les jambes de Gadmus, privé en outre dans celle-là de casque et de bouclier. Au même héros quelques savants auraient voulu attribuer une autre intaille de ce cabinet, c'est-à-dire la cornaline publiée au numéro 14 de la troisième centurie des Empreintes de Cadès citées plus haut (4), où un homme barbu, couvert d'un casque, la massue relevée dans la gauche. Tare dans la droite, tandis qu'il court d'une manière très-précipitée à droite en jetant ses regards en arrière, est sur le point d'être mordu au pied gauche gar un serpent qui se dresse et s'entortille à sa jambe. Dans celui-ci on voyait (et cela était une erreur) le fameux dragon déjà tué, et l'étoile figurée auprès de la tête du héros, faisait allusion, d'après eux, à l'apothéose du fils d'Agénor. Cependant il y a peut-être plus de vérité dans l'explication de M. Panofka, qui, en publiant de nçuveau cette pierre (6), après avoir fait remarquer qu'il s'agissait ici d'un serpent tout à fait vivant, et que l'arc et la massue ne convenaient pas

(1) Igin. Fab.y 17S. Ferecid ap Schol. Earip. Phoeni^ 663. OYid. Met.<, III, 60 et 8uiy. V. Ann, de Nnst de Rome, 1850, p. 150 et suiv.

(2) Cf. Winckelmaon, Descr. des pierres g%*av. de Stoeh^ n^ tO. Welcker, Alte, Denkm.^ III, p. 386. R. Rochette, Mon. inéd., IV, 3. Mus. Borb,^ XIV, I. 38. llUttOi Gai. myth,^ t. XCVIII, n» 303. Mon. ont. inéd,^ II, 100 et ailleurs.

(3) Toeicken, Catalogue^ n» 73, class. II. (k) V. Btdl de NnsL, 1834, p. 117.

(5) Ann* de VlnsU de Rome, 1835» p. 251. Tav. d*Agg. H* b., 1850, p* 150. —

beaucoup à Cadmus» proposait d'y reconnaître Epithus, roi d'Aroadie» qui, étant parti un jour pour la ciiasse, fut mortellement mordu par un tout petit serpent appelé seps à la télé large (comme on le voit en effet sur la pierre), et, d'après Pausanias (1), ayait son tombeau sur le mont SaepiOy à l'endroit même où il reçut la morsure. — Non moins intéressantes et peut-être encore plus curieuses que les monuments qui précèdent, me semblent les deux autres pierres (cornalines) avec la représentation, à ce qu'il parait, d'étés, roi de Colchide> après avoir trouvé les membres dispersés de son fils Absyrlhe, mis en pièces par sa sœur Médée, afin d'arrêter ceux qui la poursuivaient lorsqu'elle parti t avec Jason pour Jolcos. On y voit en effet un personnage nu, barbu et courbé, qui a dans la main et regarde des morceaux de corps humain. Cependant la représentation n'est pas sur les deux identiques, et le travail aussi est différent, plus fini et plus délicat sur celle à forme de scarabée, où ledit personnage, tenant une jambe des deux mains, a devant lui une cuisse avec le genou plié, sur lequel porte son attention. L'intérêt qui s'attache à ces pierres au point de vue du sujet m'a engagé à les signaler à l'attention des archéologues. — Plus remarquable encore, et celle-ci par rapport à l'art, est une cornaline avec une tête barbue couverte d'un casque à plumet, de profil et à droite, peut-être le célèbre fils d'EscuIape, le médecin de Philoclète, Machaon (2), ouvrage d'une rare beauté d'exécution et qu'on ne se lasse jamais d'admirer. — On connaît déjà le beau scarabée en cornaline sur lequel on voit Tantale avec un petit manteau pendant de l'épaule gauche, qui cherche à s'approcher des vagues pour se soulager du tourment qui le dévore (3) ; original qui fait partie de celte collection, et qu'on est nécessairement entraîné à examiner avec intérêt. — Des produits concernant le cycle troyen, existant dans cette collection, deux objets attirent vivement l'attention des amateurs et des savants ; l'un, c'est une cornaline où Patrocle, de profil, tourné à gauche, est sur le point de se revêtir des armes d'Achille, le casque avec plumet déjà sur sa tête et mettant la cnémide à la jambe droite ; un chien parait entre ses jambes, tourné du côté opposé à celui du héros et avec la patte gauche soulevée. Je ne doute pas que ce ne soit un produit

Cf., 1867, p. S58, 259, où nous troayons une nouvelle conjecture de BL Hichaelis, qui voudrait plutôt y reconnaître Hercule qui yient d'avoir tué Vhydre,

(1) Paus. VIII, IV, k,

(2) Cf. Millin, Mon, ont inéd., II, 30.

(8} Miçali, Atl. Tav., CX VI, no 9. . .

de l'art étrusque, ainsi que l'autre iiitaille, également en cornaline, dont le travail est encore plus fin (malgré des fautes dans le dessin), et l'ensemble de la représentation encore plus intéressante. C'est Patrocle qui, armé déjà du casque, des cnémiJes, du bouclier, de la lance, est sur le point de partir en tournant ses regards vers Achille, entièrement enveloppé dans son manteau, un casque, |)t7(îU5, sur la tôte et assis sur un siège derrière lui, à gauche du speclateur. Ce scarabée remarquable est le même décrit, il y a bien des années, dans le Bulletin de l'Institut de Rome (1), et où Ton avait voulu voir le congé que Protésilas prend de son épouse Laodamic au moment de prendre part à la guerre de Troie. Comme il n'y a rien qui puisse faire préférer de reconnaître l'image do la fille de Bellérophon dans le personnage que nous avons nommé Achille, et qu'au contraire, par la comparaison de plusieurs monuments, nous pouvons bien être autorisé à voir dans celte figure assise un homme, un héros (2), et même particulièrement Achille (3), je suppose qu'on avait été surtout amené à s'arrôîer à cette idée-là par les lettres qu'on voit gravées entre les deux personnages composant le groupe, et qui sont clairement ainsi :

Or, cetle inscription, par laquelle s'accroît le prix de noire pierre, ne doit pas être lue, comme on a fait dans le Bulletin (4), Laod {four Laodamie) 'y mais, en se rappelant qu'elle est étrusque et que Vo ne peut pas y entrer, nous serons dans le vrai si nous la lisons textuellement lathr, et après avoir reconnu dans la première lettre

un 1 (p) étrusque renversé par faute du graveur ou autre raison (8),

comme on en rencontre dans plusieurs occasions sur les monument^?, nous ferons relever sur notre pierre sous la forme étrusque Pathr

(1) 1830, p. 102, no 34. Il fait partie delà yCenturiadelle Impronte Gemmarie citées plus haut.

(2) Cf. entr'autres la célèbre cornaline du cabinet de Berlin, avec cinq chefs de reipédition thébaine. Lanzi, II, pi. VIII, 7, p. 117. Verm. Iscriz, Ter., I, p. 77. WincJLelmann, DescripL des pierr, grav. dttH, de Stoch^ p. 3/i4, et ailleurs.

(3) Je me borne aux rapprochements qui nous sont offerts par trois vases dos collections Campana, à Paris, relatifs k la colère d*Àchille (Mon, de rinsU de Rome, VI,pl. XlX-XXl).

(5) Cf. Le no 111 des Iscriz, Etr, Fior,, et n* 206 ter du mûme ouvrage; ou V. aussi Prcf., p. xcvii-xcviii. Cf., le § XIV de ce mémoire.

{=z Patroclns) le nom de Tami d'Achille. Ainsi les quatre lettres, aa lieu de favoriser l'opinion précédente, viennent, il me semble, incontestablement à l'appui de mon explication, et nous prouvent que les monuments avaient fourni aux étruscologues, depuis bien longtemps, le moyen d'apprendre quel aspect prenait dans l'écriture de nos aïeux le nom de ce guerrier, tandis qu'on était d'avis de l'avoir rencontré seulement pour la première fois dans la forme de génitif (pATRUGLis) écrit à côté de son ombre (hinthial) représentée dans les grandes compositions peintes sur les parois du tombeau deVulci, récemment découvert par le savant M. Noël Des Vergers (I). — Peut-être est-ce à l'histoire malheureuse de celui-ci qu'il faut rattacher aussi une autre belle pierre (cornaline pâle) où l'on voit le groupe de trois guerriers casqués, dont l'un, au milieu, sans barbe, armé de bouclier et tombé par terre à la suite de blessures, est soutenu et sur le point d'être emmené loin de là par les deux autres, barbus; tous d'un travail remarquable. Probablement c'est la fin de Patrocle (2), dont la mort jeta Achille dans cette profonde affliction qui a fourni le sujet à une autre cornaline étrusque célèbre de ce même cabinet, où le fils de Thétis est représenté assis, la tête appuyée sur la main gauche, pensif et triste à la suite de cet événement, et désigné par son nom (3).

— A côté de cette pierre d'un haut intérêt, même au point de vue du travail, on doit mettre, selon moi, un scarabée en onyx d'un travail inférieur, mais toujours de quelque importance, où Ton voit également de profil un personnage nu, assis sur un mbsellium^ et qui, en faisant de sa main droite un soutien à sa tête, se présente dans une position triste et méditative. Probablement il s'agit ici du

(1) Noël Des Vergers, VÉtrurie et les Étrusques^ atlas, Mon. de l'Inst, de Ri>me, VI. Tav. XXXI. BvULdeVInsU, 1857, p. 121. Fabretti, Gloss., s. y., p. 1336.

(2) Cf. Mariette, II, pi. CXIV. Chabouillet, Catalogue général et raisonné des camées f etc., de la Bibl. imp. N^ 1816. Le héros bur cette pierre, comme sar la nôtre et dans le groupe de Florence, eft imberbe ; Ménélas ou AJax (suivant MQller), barbu. V. aussi Millin, Peint, des vas,, I, pi. LXXI, no 8.

(3) V. Bu//.£fe/7ii^/. deRome,183&, p.llj.— Cf.Fabretti,G/o««.,8.Y.~Gerhard, Etr, spieg.t CCXXXI. — Peint, de Vulci, Mon. de rimt. de Rome, vol. cit , pi. cit.. 1850, p. 356 et BuiT., et dans ce Mémoire le § précédent.

(4) La forme de la première lettre est O

même héros, et c'est à son nom peut-être qu'il faul raltacher les trois lettres étrusques qui sont gravées une devant lui, une autre sur son cou, une Iroisième derrière son dos. Cependant il faut avertir qu'au lieu d'AcHLE, Achile, Achele, comme il devrait être d'après l'analogie des autres monuments écrits concernant Achille, ici on lit clairement et en beaux caractères, d'après la direction qu'ils prennent sur l'empreinte:

Ape; forme de mot dont la traduction naturelle serait Appius^ et qui paraît pour la première fois (d'après ce que je me rappelle) au milieu de ceux qui s'associent aux nombreuses représentations des personnages héroïques dans les différentes séries de produits de l'art étrusque. Il peut se faire cependant que la première lettre, telle qu'elle est formée, soit destinée à en représenter deux (AC) groupées ensemble, comme il arrive d'en rencontrer souvent, et que la deuxième n'ait pas ici la valeur de p, mais de /, selon ce qu'on voit ailleurs dans les inscriptions étrusques (1) ainsi que gréco-archaïques (2). Dans ce cas, nous aurions le nom Acle pour Achille, écrit d'une manière capricieuse et plus abrégée que de coutume. Mais, malgré la probabilité de cette conjecture, je n'ose rien affirmer là-dessus, surtout en présence d'une conjecture différente sur cette pierre, manifestée dans le temps par le savant M. de Witte, qui croyait y reconnaître Eacus, gardien de l'enfer, et y lire par conséquent Ace. Quant à ce second point cependant, je dois avouer que la lecture Ape ressort d'une manière très-claire des trois éléments alphabétiques, si on veut les prendre strictement tels qu'ils sont tracés. — Encore plus que pour la précédente, il faudra de la réserve avant d'nttribuer sans hésitation aux faits d'Achille une autre remarquable onyx de cettei collection, où un guerrier barbu à droite mais tourné vers la gauche, armé du casque et du bouclier avec un petit drap autour du corps, qui retombe et le couvre un petit peu devant, est agenouillé aux pieds d'un autre guerrier debout représenté de profil, avec chlamyde rejetée en arrière et armé de même, qui ayant les yeux fixés sur lui, semble par le geste de la main droite, soulevée et dirigée vers so'h

(1) Cf. IscHz, Etr, Fior., XCVII et p. 196-107,

(2) Cf. Bofick, C. /. G., DM 3, 4, 7, etc.

visage, adresser au suppliant la parole, tandis qu'il tient le bouclier soulevé dans la gauche, comme quelqu'un (mais ce ne serait pas notre cas si ce qui suit doit être admis) qui serait dans l'attitude de le couvrir ou de le protéger avec celte arme. Quelques archéologues ont cru voir dans ce groupe quelque chose qui permet de le rattacher à cette partie des faits homériques concernant le meurtre de Lycaon par la main d'Achille, et spécialement le moment où le Priamide, retombé en son pouvoir, après sa première captivité auprès de lui, implore de la clémence du fils de Thélis la grâce de la vie; grâce qui lui fut refusée. Quoi qu'il en soit de son véritable sujet, sur lequel je n'oserai pas me prononcer, d'autant plus que, vu le rôle et les sentiments d'Achille dans celte affaire, la figure du personnage qui le représenterait, me parait trop calme, il est positif que cette intaille est digne, par sa beauté et par son travail artistique très-remarquable, d'attirer sur elle l'atlenlion de tous les amateurs. — J'en dirai autant, quant au sujet, d'un autre monument (une sardoine), où un personnage à genou, tourné à droite, armé du casque et du bouclier, ayant une petite tunique qui arrive jusqu'au commencement des cuisses, et avec parazonium dans la main droite, tenu verticalement avec la pointe contre le sol, a derrière sa tête un astre et devant son visage un épi. Je ne sais pas s'il faut y reconnaître Orion^ comme quelqu'un l'a pensé; cela ne fut pas l'avis de M. Panofcka, qui en parla et proposa une autre explication dans YArcheologische zeit. de M. Gerhard. Dans tous les cas, la pièce, d'un intérêt évident sous tous les rapports, méritait d'être signalée dans cette petite revue de quelques-unes des pierres de M. le duc de Blacas, dont l'extrême obligeance et générosité, venant à mon aide dans ce choix, aurait demandé en revanche de ma part ce que pourtant il ne m'était pas facile de lui donner, c'est-à-dire plus de science et plus de critique dans mes paroles. Je suis sûr cependant que toutes modèles et stériles qu'elles sont, le noble et savant possesseur de ces beaux objets, voudra toujours les regarder comme un nouveau témoignage de mon admiration pour les richesses de son musée et en même temps de ma reconnaissafiee pour l'accueil amical dont j*ai toujours été honoré de sa part.

INSCRIPTIONS ET USQUI^. . 85

Du cabinet Blacas, je reviens aux collections Campana, où e rencontre cinq grands dolii, ou vaisseaux en poterie, dont deux ont inscrits sur eux les noms archaïques grecs :

rnA^Hi H

Les trois autres nous présentent, traces en couleur noire et en caractères étrusques, les mots suivantes :

: mnoiai : Jia^i'MflO flniogm

THÀNGHVIL : PEITHNAI : || HETHINA,

• finiogm

METHINA

86 INSGRIPTiONS ÉTRUSQUES.

i<inio

METHINA

En laissant de côté les deux, premiers, qui ne rentrent pas précisément dans la spécialité des recherches de ce mémoire, et qui du reste ne nous présentent probablement que le nom ou du potier, ou du propriétaire de la fabrique de ces vases, comme on en trouve ailleurs, je m'arrêterai brièvement aux trois derniers qui proviennent de Caere (1) , et que le savant auteur du Glossarium Italicum ne me paraît pas avoir connus (2). Nul doute que dans les deux premiers mots du n*» 3 nous n'ayons le célèbre prénom Tanaquil et le nom de la famille de la femme à laquelle appartenait le vase ou lé tombeau dans lequel il était déposé; peut-être ce nom était-il en latin Petinia (3), en reconnaissant dans sa syllabe initiale peith... une particularité pareille à celle qu'on remarque dans les mots veilia = velia, ceisi, CE^is, cBisiAL — CEsi, CESIS, GEsiAL, et dàus plusicurs aulres exemples, c'est-à-dire une diphthongue conforme à Taûcien làlin ei = e (ex. virtutei). La terminaison ai nous paraît être ici une terminaison de nominatif, probablement pour ai a, qu'on rencontre sur un autre monument (4), bien que chez nos ancêtres elle puisse avoir été employée également pour exprimer le génitif et le datif, comme nous en avons des exemples dans l'épigraphie étrusque (5). Quant au der-

(1) Catalogue Campana^ n. 19-20.

(2) Cf. s. V., MBTHiNA, OÙ il ne cite que deux arnes Avec ce dernier nom.

(3) Cf. PETHNA, PETHNBi^ PETHNAL> à Clusiuin (Mus. Chiun , n. AO-53. — Mon. di Per.Etr.. etc., llïjp, 12); peithi^ peithial^ pethvnia ailleurs (Iscriz. Etr. Fior,^ p. 133. 268. — Cf. Fabretti, s. vv., pethna^ pethnal, etc., peithnai^p. 1340.

{J\) Cf. IscTîz. Etr. Fior.^ p. 113, leiviai = livia de l'inscription de Todi chex Lanzi; n. A53 et Fabretti^ Gloss., s. v.^ — alsinai = alsinu sur le miroir des Cabires, du Vatican, chez Gerhard, Etr. spieg ^ Taf. LVf, n. 2, III, p. 5il(Orioli, Bull. deVlnst.^ 1848, p. 167). — BLiNAi== Hé/enasur un autre miroir, chez le môme. Taf. CXCVI. — TARCHNAi=TAnQUiNiA [Bull. de l'Inst. de Rome, 1847. p. 59) et autres exemples que nous laissons de côté. Sur les inscriptions des Falisques nous trouvons aussi clipiaî, HABAi (Garrucci, Ann. dell* Inst.^ XXXII. — 1860, p. 274 et suiv.)

(5) Iscriz. Fior.^ p. 113 et p 168. — Minervini, Bull. arch. Nap., n. s. II, 167, — Cf. Vif, p. 147,

nier nom methina, que Fabretli cite sans l'expliquer, sa répétition sur les trois vases en même temps mérite de fixer un peu plus l'attention des étruscologues. Si on ne le lisait que sur le premier, où il est à la suite du prénom et du nom dont nous avons parlé, d'après les formes bien connues des inscriptions étrusques de ce genre, on pourrait ne pas hésiter à le regarder tout simplement comme un nom de famille, peut-être un second nom, peut-être un matronymique avec retranchement de 17 dans sa* terminaison (methina = methina(l). Mais la même explication peut-elle s'appliquer aux deux autres? ou bien verrons-nous simplement sur les trois vases, une fois avec ses trois noms, deux fois avec le troisième seulement, la même Tana^ quilla Paetinia ]Uetinia(f)^ ou Metiniae (RVidi)^ comme propriétaire plus probablement de la fabrique de ces objets mêmes qui en font mention (1)?... ou bien ce mot methina doit-il être retranché de la série des noms de famille et considéré dans ce cas plutôt comme relatif, ou à la dénomination de ces récipients dans Tidiome étrusque , ou au contenu, ou à quelque mesure de liquides?... Je soumets au jugement des savants ces doutes et ces idées que le rapprochement de ces trois vases qui ne sont pas analogues en Ëtrurie et en Grèce (2), a fait naître dans mon esprit, et sur lesquelles je ne regretterai pas de m'ôlre un instant arrêté, s'il pouvait en résulter la découverte d'un mot nouveau, en dehors des noms de famille, dans la langue encore si peu connue de nos aïeux.

Le même désir me pousse à appeler de nouveau l'attention des étruscologues sur deux monuments publiés déjà autrefois, dont l'un est connu même depuis longtemps, et par plusieurs ouvrages sur les antiquités de TËtrurie. Je veux parler de cette légende tracée auprès d'une danseuse faisant partie des grandes peintures de la grotte Lucidiy dans la nécropole de Tarquinies, et qui se lit laris fanurus, (3), et du petit vase noir (praefericulum) trouvé près de

(1) Cf. les formes atrane, anthb, et d'autres, inscrites sur les lampes en terre cuite^ comme marque de fabrique.

(2) Cf. Bull, arch, Nap,^ n. s., VII^ p. 146-140; Ij p. 84-87. — Ibid.^II, p. 20. Rw, arch., 1862, p. 332-335.

(3),Cf. Bull. del'Inst, de Rome, 1833, p. 60, Tav, annM«a^n«34, Journ, dessav., 1828, fév., no 8, Mus. Eti\ Gregoriano^ I, GUI.— Pour la séparation des lettres, au milieu

88 INSCRIPÏIOIVS SQUES.

Givita-Veccllia (États romains), appartenant à M. Bucci , de cette ville, sur lequel est écrit presque identiquement arisfanuru (1). — Quant à la première partie , il n'y a pas de doute que ces inscriptions nous offrent les deux prénoms Lars (laris) et Arrius (aris), et cette certitude nous met en position de juger que Tinscription dans la peinture ne peut pas se rapporter à la flgure de femme qui danse au son de la double flûte, et au-dessus de laquelle est écrite cette légende. Nous admettons en conséquence qu'elle concerne'un des trépassés (2) dont les dépouilles mortelles étaient déposées dans ce superbe tombeau. Cela admis, pour ce qui regarde le reste des deux légendes, je me permets d'observer que si l'épigraphe du petit vase est authentique (chose qui serait encore à examiner sur l'original, à cause-des soupçons que fait naître le texte pareil et auparavant connu de la peinture tarquinienne), il me paraît plus naturel d'y voir quelque expression plus générale, quelque formule, quelque acclamation, propre à se trouver à la suite du prénom sur deux monuments, indépendants tout à fait quant à la provenance, et qui cependant se rattachent l'un à l'autre par les deux formes d'un môme mot fanuru, fanurus.. Orioli et Campanari mettaient ce mot en relation avec le latin fanum dans le sens de tombeau et avec l'étrusque fanu, qui se lit dans l'inscription gravée sur la paroi de notre célèbre souterrain de Saint'Manno ^ à Pérouse (3); tandis que M. Fabretti, lorsqu'il ne connaissait que la peinture de Tarquinies, le considérait comme nom de famille (4). Qu'il me soit permis d'émettre une conjecture concernant les deux inscriptions. — Probablement, il ne s'agit pas ici d'un seul mot, etje crois que rien ne s'oppose à la lecture fan(u)uru, fan(u) urus, ou fan(u) uru, fanu (u)rus. S'il en était ainsi, et si on voulait bien se rappeler à ce propos le mot uru, qui se lit à l'intérieur de plusieurs coupes noires trouvées dans le territoire de l'ancienne ville étrusque Soana (Toscane) (5), ne pourrait-on pas rapprocher le mot

des variantes qui se rencontrent dans les différentes copies des inscriptions de cette grotte célèbre, j*ai préféré m'en tenir à Texemplaire que j'ai eu lieu de consulter, il n'y a pas longtemps^ au Musée britannique. Celui-ci, comme les archéologues savent bien, possède de même que le musée du Vatican, pour les avoir reçus do M. Campana, des dessins de ces peintures de la grandeur des originaux avec les fuc-simile de toutes les inscriptions qui leur sont jointes.

(1) BulL de l'Inst, de Rome, 1860, p. 34.

(2) Cf. Fabretti, G/o^^., s. V., FAN RDS.

(3) Vermigl. /scm. Perugine, I, p. 118 et suiv. Orioli, Ann. delV InstUutoée Rome, 'I834f p. 180. Campanari S. Giorn. Arcad,, vol. LXXVII, p. 283.

(d) Gloss.f 1. c.

(5) V. 30 Bullettino degli scav. délia Socielà colomhana de Florence dans VArch.

FAN du mot grec ^iW (rac. scr bh\ (1) el I'uru du grec oSpoç, et retrouver ainsi, par Tentremise de la langue hellénique, la source et l'explication probable de cette formule fanurus, comme de la plus simple expression uru?— Pour rejeter immédiatement cette conjecture, on ne viendra pas nous dire que nous sommes obligé de considérer ces mots sur les coupes mentionnées comme une simple marque relative à la fabrique, une inscription purement mercenaria^ ainsi que nous le faisons pour un très-grand nombre d'épigraphes pareilles (2). Cette prétention me paraîtrait inadmissible, puisque, parmi les monuments de ce genre, il nous arrive de rencontrer tantôt de simples signes numériques, tantôt des figures symboliques, tantôt des noms tout enliers, tantôt de simples initiales ou des alphabets complets ou des rhythmes, tantôt la dénomination du vase et du contenu, enfin une variété remarquable dans leurs signes ou épigraphes, ainsi que pour l'endroit où on les a écrits. Cette variété peut très-bien nous amener à établir en principe une différence de signification, d'autant plus que, dans plusieurs de ces objets en terre cuite, comme dans un grand nombre en métal, nous devons incontestablement reconnaître un but votif, ou un don, ou au moins un souvenir appartenant au défunt ou à sa famille. Cela ad-* mis, j'en reviens à ma supposition par laquelle nous aurions dans le mol FAN (ou fan[u]) un équivalent de l'épithète yovaToç, dérivé du verbe mentionné tout à l'heure et donné aussi à Apollon (3) dans le sens de resplendissant y illustre, noble , sens attribué à une pareille forme de mot (phanu) que M. Gennarelli croyait lire sur un miroir du Vatican (4), et dont la leçon, contestée et rectifiée par un examen plus attentif du bronze (5), n'ôte rien à la probabilité et à la valeur du rapprochement en lui-même pour ce qui concerne la forme du mol qu'il avait cru y apercevoir. Quant au second mot (uru, urus), rien ne lui conviendrait mieux que la signification de prospérité y de

storico xialiano de M. Vieusseux, n. s., t. XI, p. II. — Ces coupes sont maintenant dans le Musée étrusque de la Società à Florence.

(1) Cf. Pott. Ètymol forsch, I, p. 194, II, 687.

(2) Cf. par exemple Janssen, Mus. Lug. Bat. Inscript, étr,, p.'25 et suiv.

(3) Cf. Hesych.yS. v.

(4) Giom, ArcadicOy t. LXXXV, p. 168 et suiv. Ann. deW Inst. di Roma, 1836, p. 282 et suiv. Mon. de l'Institut, môme année, pi. XXVIII. — Mus. étr, Gregor,^ pi. XXVIII.— Gerhard, Ueber die Metallspiegei der etruscker^ zweit, Theil aus den Abhandii. Der K. Akad., zu Berlin, 1859^ p. 469, n» 244.

(5) Cf. De Witte dans le BnU. de l'Inst. de Rome, 1842, p. 150-155. Ann. de l'Inst., 1845, p. 358 et 396 et suiv. Cavedoni, Congett, sovra alcuni specchi^eic. Roulez, dans les Annal, de l'Institut de Rome, 1862, page 178.

faveur^ de fortune^ inhérente au substantif oSpoç, ainsi qu'à l'adjectif qui en découle oiîptoç, comme chez les Latins on employait l'expression secunius ventus dans le sens du bonheur, de la fortune qui seconde vos vœux, vos actions, etc. Je ne m'arrêterai pas sur les différences paléographiques enlre le grec et Télrusque dans ces mots, car il n'y a aucune de ces particularités qui ne soit prouvée par mille exemples et qui ne rentre dans les usages bien connus de récriture étrusque : tels sont, par exemple, l'emploi de ^en étrusque au lieu de ph grec. Vu à la place de la diphthongue ou et de la lettre o, la disparition de la sifflante à la fin du nominatif uru dans le vase de Civita-Yecchia et les coupes de Soana (urus dans la peinture tarquinienne), et de panu dans les deux exemples (1); le retranchement ou aphérésis de la voyelle initiale ou finale d'un mot (fanu (u)rus, ou fan(u) urus), lorsque surtout elle se rencontre avec une voyelle identique; ce qui, sans cela , amènerait à un redoublement de voyelles tout à f.iit contraire aux habitudes de l'écriture étrusque, généralement disposée à faire prévaloir les consonnes aux dépens des voyelles. — Si mes conjectures pouvaient paraître dignes de l'assentiment des hommes compétents, sur les deux monuments dont il est question, nous aurions 4)our la peinture tarquinienne l'expression lars, illustre^ onresplendissant et heureux; pour le petit vase de Civila-Vecchià, arrius, illustre et heureux; et pour le plus simple uru, des coupes de Soana, la signification à* heureux ^ avec une certaine analogie à l'acclamation grecque xaXo? (le beau) qui se lit sur un nombre infini de monuments céramographiques. Comme on le voit, tandis que celle-ci était bien appropriée à des objets destinés à certains usages de la vie, pour lesquels la mention de la beauté et de la bonté était très-naturelle, l'autre (uru) était parfaitement en rapport avec la destination funéraire descoupes sur lesquelles elle était inscrite, puisqu'elle était relative au bonheur, à la prospérité du défunt dans la vie future (2), et à cet état de bonheur^ de prospérité, de noblesse surhumaine, 5 ce monde resplendissant de toutes les beautés, de toutes les merveilles dont la Divinité promet la jouissnnceauxhommesde bien. Le Lars eiVArrius des inscriptions dont nous avons parlé étant déjà parvenus par leur

(1) Cf. sur ce sujet ce que nous avons dit dans la troisième partie de nos Mon de Pérouse, p. 08 et suiv.

(2) Cf. le mot scTHiNA qu'on lit sur plusieurs miroirs en bronze (à Tusage de la toilette), sur des petits vases, sur des jarres de terre, sur un casque en argent, etc., dans les collections Campana, dans le musée Kirckerien à Rome, dans celui du Vatican; mot qui renferme aussi sans aucun doute une signification de salus, un souhait, un vœu de santé, de prospérité. (V. Rev. arch., 1861, décembre.)

trépas, d'après les vœux el la ferme confiance des parents, à ce bonheur suprême^ ceux-ci, si nous ne nous trompons, auraient manifesté leurs sentiments, leurs croyances sur l'avenir des défunts, qu'ils voulaient honorer, par l'expression fan uru, fan urus. Il est bien entendu que le praefericulum de Civita-Vecchia et les coupes de Soana doivent être, ainsi que nous l'avons dit de la légende tarquinienne, en rapport avec le mort qui reposait dans le tombeau d'où on les a extraits. — J'invîleles savants à prendre en considération, sinon mes conjectures (en cas qu'elles leur paraissent trop faibles), aumoins les différents monuments, à les comparer de nouveau entre eux, et à songer aux difficultés qu'il y a (à la suite des rapprochements que nous venons de voir) à accepter sans réserve l'autre opinion par laquelle on croit devoir reconnaître dans le mot fanuru, FANURUS un simple nom de famille.

xxni

Ma prédilection naturelle et justifiée pour les antiquités étrusques appartenant à Pérouse, m'amène à terminer ce long mémoire par la publication de trois autres monuments de cette ville, ou des contrées environnantes. Il s'agit de trois stèles funéraires avec inscriptions. La première, du musée de Pérouse, s'exprime ainsi :

4^ ■■fiir^ ^J3:nnir:<i/=t

AR : TINS : ELVETiA : l) (1) = Arrius Tinius Elvetiae (fliius). Elle nous rappelle dans le nom du défunt une famille étrusque bien connue par d'autres séries épigraphiques et surtout par celle assez nombreuse d'un hypogée découvert au siècle passé (2), l'hypogée de la famille rima, qui, outre le souvenir du nom étrusque de Jupiter (lïnia), d'après l'avis d'Ottfried Mûller et autres, devrait être rattachée à la dénomination ancienne d'une rivière qui n'est pas loin de Pé-

(1) Cf. pour cette forme de / (au lieu de J). Mon. di Per, Eir. e Rom^ III, no XUV. Iscriz, Etr, Fior,, no« 73, 120, UO.

(2) Verm. Iscriz. Perug.t I, p. 163 et suiv. Laûxi, Saggio di Ling, Etr.y II. n** 52 et auiv.

d2 INSCRIPTIONS ÉTRUSQUES.

rouse, appelée aujourd'hui Topino^ dans les temps reculés Tinia. de même que le nom étrusque des TEFRinous ramène au latin Tibenus, et à l'ancien nom toscan du fleuve Tevere (1) , que l'Étrurie et le Latium se disputaient, selon les mots de Varron (2). Cependant, il faut tenir compte à ce sujet des savantes observations postérieures de M. Fabrelti (3), qui a mis en doute Tatlribution de Tinia à la rivière mentionnée, sans nous présenter cependant un appui bien sûr à la dénomination Suptiwna, par laquelle il ^roil qu'on doit remplacer celle dont parle Millier (4). — Cette inscription, que Vermiglioli publia avec quelque exactitude après sa découverte (5), m'a paru digne de remarque par le nom de la mère, nouveau (d'après ce que je sais), dans Tépigraphie étrusque, et ayant, comme celui des Veneti, des Cameri^ des Reti^ des Raseni (6), un cachet hislorico-géographique (du pays des Helveltii), très-curieux et très-intéressant (7), surtout à cause du souvenir, qui se présente immédiatement à l'esprit, de YElruria Circumpadana et de VEtruria Rhaeticay dont nous connaissons bien l'établissement et la longue durée dans nos pays septentrionaux. Il y a aussi une autre particularité par laquelle notre inscription se fait remarquer : c'est par le nouvel exemple que nous offre ce dernier mot(ELVETiA: l = elvetial) de l'emploi des points, chez les Étrusques, pour distinguer dans un mot la finale, en séparer une ou plusieurs lettres de celles qui précèdent C'est une preuve de plus à l'appui de ce que nous avons dit dans différentes occasions , et ici môme (8) sur ce fait incontestable de l'orthographe des anciens Toscans.

(1) Mon, di Per, Etr. e Rom.,U^p»lU, n'(*). Orioli dans ie Giorn, arcadico, t. CXL. Fabretti, dms YÀrch. stor. Ital., n. s., V., P. II, p. 11 de Textrait. Ceci n*est pas du tout en contradiction (d'après ce qu'U me semble) avec les rapports certainement posiérieurs, dont on a parlé, entre le Tibre et le dieu Veiiumne (V. Rev. Numism.y 1859, t. IV, n. s. Art. de M. le duc de Luynes sur le Nummus de Servius Tullius).

(3) Arch. stor. liai. y n. s., T- cit., partie cit., p. 44-46.

(4) V. Iscriz. Etr. Fior., p. 152.

(5) Sep, dei Volunni, l^e édit., p. 53, 55, n© XXXf.

(6) Iscriz. Etr, Fior., p. 143. V. aussi dans ce mémoire §

(7) A la fin d'une épigraphe de l'hypogée de la famille Tinia mentionné tout à l'heure, on lit le matronymique velethial (Vermig.. Iscriz, Per,, n. 4, p. 163), dont la forme pourrait faire penser à une identité avec celle de notre stèle, en supposant des erreurs d*écriture dans notre stèle (elvb<tial = vele-tial). Quant à moi, faute de raison suffisante, je les accepte toutes les deux telles qu'elles sont, en faisant observer que Terreur pourrait aussi bien se trouver dans la forme velethial. .

(8) V. § II de ce mémoire et Rev, arch., 1861, décembre, p. 450.

Les deux autres stèles, dont je vais faire mention, ont été retrouvées, l'une après rautre,"dans le courant des années 1860-1861 dans le territoire de^ Betlona, petite ville à six milles de Pérouse, aux frontières de TÉtrurie et de l'Ombrie et par conséquent Tosco-ombrienne. J'en dois la communicalion à Textrôme obligeance de mon honorable ami et concitoyen, M. Joseph Bianconi, qui en est le possesseur. J'ai dit deux stèles, mais j'aurais pu dire aussi deux fragments ou deux parties d'une seule stèle, car les mots identiques, que nous lisons sur les deux morceaux et leur signification, nous feraient plutôt croire qu'il ne s'agit ici que d'une môme épigraphe répétée des deux côtés, ce qui serait parfaitement conforme à la destination de stèles pareilles chez les Étrusques, comme signe extérieur d'un ou plusieurs tombeaux souterrains. Voici ce qu'on lit sur les deux fragments:

Voir la page suivante :

Nous trouvons un exemple identique à celui dont nous nous occupons, au Musée de Leyde, sur une pierre de Cortone qui, malgré la perte d'une bonne partie des lettres, semble, d'après la plus ancienne copie de Lanzi, répéter les deux mots tular rasnal (i), et j'ajouterai que la découverte de ces deux pierres deBettona écarlc tout à fait les soupçons de non-authenticité, que la pierre de Cortone, par sa singularité, avait fait naître dans l'esprit de M. Janssen (2).

Il n'y a qu'une explication pour nos deux fragments, et celle-ci n'est pas difficile. — Le mot tular, connu depuis longtemps, et étudié à plusieurs reprises, par la comparaison des différents monuments sur lesquels il revient généralement, est regardé par la majorité des savants, depuis Lanzi jusqu'à nos jours, comme identique à ULAR, ULARu avoc l'additiou de ce t initial devant une voyelle ou à la place d'une aspiration, particulière à récriture étrusque f3), et comme un équivalent du grec 8XXapiov et du latin oUarium (4),

(1) Lanzi, Sag,y II, n. 457. — Janssen, Mus, Lugd, Bat, Inscr, Etr,y n. 31. — Cf. aussi la stèle pérousine dans la Rev, arch., 1861, p. tikl*

(2) Ouy. cit., p. 21.

(3) V. notre Mémoire sur une statuette étrusque, Mém, de la Soc. imp, des aniiquaires de France, 1862.

(4) V. entr'autres Orioli dans le Giorn, arcadico, extraitdut.CXXVIII, Délie tre prime Tribu di Roma, p. 18-19, et M. Maiiry, Mém, sur la lang, élr, dans les Compt, rend, de l'Académie des inscr,, 1858, p. 178.

Le savant M. Migliarini ne semble pas accepter Tavis de la majorité à propos de ce mot. Quoique nous nous rangions du côté de ceUe-ci, nous voulons faire con-

Xo 1.

LARNS TULAR

TULAR LARNA

pris dans le sens d'endroit qui contenait des urnes ou des ollae cinéraires (1^. Le second mot, est le nom de la famille ou du personnage principal à qui le tombeau ou les chambres sépulcrales appartenaient. Ce nom est celui des Larnii ou LariniU dont nous avions déjà des mémoires mortuaires à Pérouse et à Clusium (i). Larns (n. 1) est un génitif, comme Larn (a^ s (3j; et Larna (n.2) est identique à tous les deux avec simple retranchement de la sifflante finale, conformément à plusieurs autres exemples et d'après une parlicularité bien prouvée, et dont nous avons fait mention tout à l'heure^ de récriture et de la prononciation des Étrusques (i). On lit par conséquent sur les deux pierres Ollarium Larnii ou Larinii , ou bien Lamiae, ou Lariniae (peut-être sous-entendu familiae)^ car la terminaison a — as sert également pour les deux genres (5^. — La forme de / dans le mot tular sur les deux pierres, qui se confond avec Tu (fi), les deux formes du t initial de ce même mol, surtout celle du fragment n. 2 (7), et la forme de colonne qu'affectent les lettres

nattre son opinion. Il divise le mot to lar, td laru, et traduit de* Lari, de* Mani. • Noi riguardiamo queste piètre (il ajoute) corne contenenti il titolo, Tawiso délia porta luogo consecrato ai Lari, Larario^ seguendo spcsso il nome délia famiglia alla quale appartennero. » Etude tnss, 'sur la grande inscription de Pérouse an mot tolaro, qa'il rend de cette manière là en italien.

(1) Cf. Iscriz. Eir, Fior.,p. 168.

(2) Lanzi, Saggio, n. 317.— /scrfz. Etr, Fior,f n. 30, 131. — Mus, CAtWtno, n* 108.

(3) Cf. TDTNL=TUTN (a) L. Motl. dt Perug,, m, 195. — ARNZS = ARNI (lO) t,

Ibid, p. 135. — (pr)bsnt8= PRESENT», Iscrt'z. Etr. Fioi\, n. 224. — nofrz?i = no* FRZN (as), margn*8A =s m\rgan (i) 8A parmi les inscriptions de Pérouse (notre 4«partie,n. 597, 967).

(4) Cf. Agretius dans Putsch, 2269. urchna = larchna (s). — vblimna=:vbum- MA (s). — FLBRB = FLBRE (s) et Rutros exomplos sur plusieurs monuments.

(5) V. Mon, di Perug.^ III, p. 147. — larthias = Lartiae, dans Lanzi, n. 318. (hertz. Etr. Fiof\, n, 50.) — Bull, del'Inst, de Rome, 1849, p. 53. asnas — Antnae (Lanzi, n. 192). — AKsriA*s =: Aruntiae où Aruntis^ Fabretti, Gloss,, s. v. — vblih- NAs= Volumnt, Mon, Per,, II, p. 17 (4« partie, n. 752).

(6) Cf. Janssen, Mus, Lugd. Bat, Inscr, Etr,, n. 15, 36, 39. — Bull, n» 2 des fouilles de Ia Société colombaria de Florence, p. 17, extrait de VArch, star, Ital, de Florence, XI, 2* partie, peut-ûtre la rantha.— Iscriz, Etr, Fior,^ n. 19 bis, et miroir de la collection de Meester {Ànn. de l'Inst,^ 1859, p. 258 et suiv. Tav. d*ngg. L.), et dans ce même mémoire Vu du mot écrit sur la pierre du cabinet de la Haye (§ XIX). — Cf. aussi le nom d*Hercule et Achille dans les ilfon. de VInst, de Rome, VI, pi. LIV. A^m. de l'Inst.^ 1861, p. 151, 158, 160, 175. Les alphabets gréco-archaïques des monuments de ritalie ne manquent pas d*en offrir la comparaison. (V. par exemple le nom d'Ulysse sur le rase Campana, il nu. de l* Institut de Rome, 1858, p. 303. Mon, pi. XXI.]

(7) Cf. Janssen, our. cit., n. 29, 17 a, et pour la forme (n. 2), la grande inscription de Volterra dans IMrcA. stor. Ital,, o. s,, IV. Disp» V, p. 139-140; la pierre da cabinet de la Haye dans ce mémoire (§ XIX), le nom de Néoptolème ches Gerhard.

écrites les unes au-dessous des autres, dans le fragment n. 1(1J, sont les remarques paléographiques qui se présentent â nos yeux au sujet de ces pierres, dont Tinlérét déjà incontestable sous plusieurs rapports, et surtout parce qu'on n'en rencontre qu'un seul autre exemple dans répigraphie étrusque Cet celui-ci môme assez peu clair (2)), augmenterait encore si réellement elles devaient être considérées comme deux stèles distinctes, car dans ce cas-ci elles nous révéleraient pour la première fois i'usage, chez les Étrusques, de placer sur différents points plusieurs signes extérieurs d'un tombeau, ou pour mieux dire d'un espace de terrain sacré et destiné, pour une famille, au repos éternel de ses défunts. Il n'est pas inutile d'ajouter, pour compléter ce qui concerne cette découverte, que tout près de la première pierre on trouva de grandes tuiles qui couvraient des ossements humains, au milieu desquels étaient deux jolis pendants d'oreilles en or, ciselés, actuellement au Musée de Pérouse ; Ja seconde pierre avait à côté d'elle un fragment de trépied ou base de candélabre, en fer oxydé. Enfin, le terrain où cette trouvaille a eu lieu, par les différentes déconvertes qui y ont été faites depuis vingt ans, offre évidemment tous les signes d'une nécropole dont les morts se trouvent tantôt avoir subi l'uslion (les.restes sont alors recueillis dans des urnes cinéraires), et tantôt avoir été déposés intacts, recouverts simplement de tuiles, ou (chose plus rare) (S) renfermés dans des caisses de bois, comme ailleurs en Étrurie et môme dans le Bosphore Cimmérien ("4), dans la grande Grèce et en Grèce, caisses que l'on descendait à une grande' profondeur et que l'on garantissait par des pierres superposées.

Eti\ Spieg. Taf. 231; Iscriz, Etr. Fior,, n. 199; le nom d'Alceste dans Ie?ase bien connu de M. le duc deLuynes; la pierre citée tout à Theure du cabinet de la Haye, la statuette du Mus. britannique^ Bull.de Tlnst, de Rome, 1862, p. 76; le miroir du Vatican^ Aftt^. élr, Greg,, pi. XXXV, n. 2, et Tinseription de Soana (en Toscane), que nous avons reproduite dans le 2« Bull, des fouilles de la Sodetà colombaria de Florence, à la page 18 de l'extrait de l'Ârchivio storico Ital., n. 2, XI, p. 2, ou le t de

PETRCS est f , pas p, comme on a imprimé là par erreur.

(1) Cf. Le fameux bronze étrusque du Musée de Berlin provenant de Pérouse (V. ce même Spicilegium au § XII).

(2) Cest la pierre du Musée de Leyde, dont on a parlé plus haut.

(3) V. Bull, de l'Inst, de Rome, 1849, p. 67. Conestabile, Di A lessandro François e fiei suoi scavi nelle regioni deW antica Etruria dans VArch, stor. Ital.y n. »., t. VIII. Parie prima, extrait p. 17. Bull, de l'Inst., 1862, p. 148.

(4) v. les Antiquités du Bosphore Cimmérien conservées à VErmitage (Saint- Pétersbourg, 1854), pi. LXXXI.

Paris, décembre 1862.

vo

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