HISTORIQUE
Depuis les travaux de Brown-Séquard, la thérapeutique évolue vers une voie nouvelle : remplacer les produits médicamenteux extraits des plantes et des minéraux par des produits empruntés aux animaux pour suppléer au manque ou à l'insuffisance de sécrétion d’un organe disparu ou atrophié. Pour cette méthode nouvelle qui appelait une désignation spéciale, M. le professeur Landouzy a créé le mot d’opothérapie. Aïnsi que ce maitre, en particulier, l’a fait maintes fois ressorür, la physiologie aura un rôle de plus en plus grand dans les sciences médicales et les nombreuses expériences qui sont faites chaque jour dans les laboratoires par des expérimentateurs aussi savants que patients aboutiront peut-être,un jour, à jeter une vive lumière sur le traitement de chaque malade.
Les extraits glycérinés de suc testiculaire, prostatique, ovarien, furent successivement employés, puis vinrent la médication thyroïdienne, qui donna de si brillants résultats dans le traitement du myxœædème, les médications hépatique, pancréatique, rénale, capsulaire connues depuis la haute anti-
quité (1) et employées, souvent avec le plus grand succès de nos jours.
La physiologie de l'intestin était demeurée à peu près inconnue. Depuis quelques années, les nombreuses recherches et les travaux qui se sont succédé ont contribué à dévoiler un point si intéressant pour le diagnostic et le traitement d’affections relevant d’un mauvais état de l'intestin ou des glandes qui lui sont annexées.
Chepowalnikoff,le premier, soutint en 1899 une thèse très intéressante sur la physiologie du suc intestinal (2). L'année suivante W. Sawitsch fit paraître un travail sur l’agent excito-sécrétoire du nouveau ferment intestinal (3).
En 1907 le professeur Pawlow de Saint-Pétersbourg enseignait ses savantes leçons sur le travail des glandes digestives, leçons qui nous furent transmises par MM. Pachon et Sabrazès. La méthode du professeur Pawlow consiste à obtenir au moyen de fistules, les sucs digestifs, de manière à apprécier leur mode de sécrétion, leur quantité, leur qualité dans les diverses conditions physiolo- giques et pathologiques. Il établit une fistule pan-
1. F. Brunet. La médication organique avant Brown- Séquard. Archives cliniques de Bordeaux, 1898.
2. Chepowalnikoff. Physiologie du suc intestinal. Thèse de doctorat. Saint-Pétersbourg, 1899.
3. Sawitsch (W}). L'agent excito-sécrétoire du nouveau ferment intestinal. Société des médecins russes de Saint- Pétersbourg, 1900-1901.
NOTE Vers
créatique et une fistule gastrique et en même temps pratique, l’œsophagotomie, de sorte que les aliments introduits par la bouche ressortent par la fistule et que l’animal prend un repas fictif.
Pawlow constate que les glandes commencent à fonctionner aussitôt que les aliments pénètrent dans le tube digestif. La quantité desuc gastrique est proportionnelle à la quantité d’aliments ingérés. La sécrétion est toujours la même pour le même aliment. Ainsi pour un repas de viande, le maximum de la sécrétion est obtenu au bout d’une heure et cette sécrétion s'arrête au bout de cinq heures.
D’après Pawlow, l'excitation acide de la muqueuse duodénale est l’excitant pour ainsi dire « spécifique » de la sécrétion pancréatique. Sous l'influence de l’arrivée sur la muqueuse duodénale du contenu stomacal acidifié par l'acide chlorhydrique, la sécrétion du suc pancréatique s’établit et se poursuit. Le suc intestinal possède la propriété d'augmenter dans de grandes proportions le pouvoir digestif du suc pancréatique vis-à-vis des matières albuminoïdes, ce qui tient à la présence d’un ferment soluble spécial, l’entérokinase.
N’acceptant pas l'interprétation du mécanisme réflexe que donnait Pawlow pour expliquer l’action excitante de l'acide chlorhydrique sur la sécrétion pancréatique, deux Anglais, Bayliss et Star-
Tor
ling (1), injectèrent dans le sang la macération acide de la muqueuse intestinale. Sous l'influence de cette injection, la sécrétion pancréatique s’établit aussitôt. C’est pourquoi ils appelèrent leur liquide la « sécrétine ».
En France M. Delezenne à l’Institut Pasteur, MM. Enriquez et Hallion dans une série d’expériences faites au laboratoire de MM. les professeurs Brissaud et François Franck ont obtenu des résultats qui modifient profondément la conception ancienne des actes de la digestion et qui sont destnés à créer une thérapeutique toute différente de celle employée jusqu’à présent chez la plupart des dyspeptiques.
Pour terminer l'historique du suc intestinal, il
reste à dire quelques mots de l’érepsine (2). | D'après D. Cohnheim (3) à l’entérokinase est associée une substance, l’érepsine (4). Cette substance est détruite par un chauffage du suc intestinal à 62° pendant une 1/2 heure. L'entérokinase ne perd ses propriétés qu'après un chauffage du
1. Bayliss et Starling. Journal of physiology, 15 septembre 1902.
2. H. J. Hamburger et F. Hekma. Sur le suc intestinal de l'homme. Journal de la physiologie et de la pathologie générale (15 janvier 1904).