‹ Sedan par le général de WimpffenChapitre 12 sur 24 · Erreur, le 7 e corps el non le · texte numérisé non relu

Erreur, le 7 e corps el non le

• Les quatre corps réunis auraient ensuite forcé le passage par Illy, à travers toutes les masses ennemies qu'ils auraient pu rencontrer entre Illy et Floing; ils auraient eu pour ligne de retraite la route qui mène de Floing à Mézières.

> Tout en étant prêt a exécuter cet ordre s'il m'était confirmé d'une manière positive, je crus devoir faire remarquer au général Ducrot que le mouvement dont il était question présenterait des </iff utiles sérieuses; qu'il n'était possible qu'à la condition de traverser le bois de la Garenne par une ou deux rouies au plus sur lesquelles il serait difficile à l'artillerie de marcher ; qu'en outre, il était à craindre que mes troupes, qui s'étaient maintenues avec énergie sur toutes leurs positions depuis le matin, n'eussent plus la même confiance et la même énergie, dès qu'elles verraient qu'il s'agissait pour elles d'un mouvement de retraite. J'ajoutai en outre que, Suivant moi, le moment n'était ■pas encore venu de recourir à ce moyen extrême, alors que, sur tous les points de la ligne de bataille, nous paraissions avoir l'avantage. Le général Ducrot n'insistant pas pour le moment, les troupes restèrent sur leurs emplacements pendant une demi-heure encore solidement reliées entre elles; mais, vers neuf heures, le général Ducrot revint à moi pour renouveler l'invitation de commencer le mouvement de retraite indiqué ci-dessus, et cette fois d'une façon impêrative. Il m'offrit, pour faciliter ce mouvement, de faire soutenir la 3 e division (Vassoignes) par la brigade Garteret du

1 er corps. A neuf heures, le général Vassoignes dessinait son mouvement de retraite, et cela dans un ordre parfait; à peine avait-il amené ses troupes sur la position que je lui avais indiquée, et formé ainsi le premier échelon des trois divisions en retraite sur Uly, que ce n'était plus le général Ducrot qui commandait, mais bien le général Wimpffen.

• C'est alors, vers dix heures, mon général, qu'ayant été informé par le général Ducrot du mouvement qu'il m'avait prescrit d'exécuter, vous me donnales l'ordre formel de ne pas le continuer et de reporter en avant les divisions Vassoignes et Grandchamp pour leur faire reprendre leurs positions premières. Ces deux divisions étaient en marche pour venir se replacer a la droite de la division de Lacretelle qui n'avait pas commencé son mouvement de retraite et qui maintenait l'ennemi sur ma gauche avec vigueur en face de la Moncelle, lorsqu'une canonnade très-vive se fit entendre dans la direction du corps du général Douay, vers le carrefour d'Illy; M. le général Ducrot insista de nouveau, près de vous, sous mes yeux, pour que la retraite se fît sur Illy; je prenais déjà mes dispositions et faisais reconnaître les routes qui conduisent à ce village, quand tout à coup nous vîmes descendre à travers les bois, par ces mêmes routes, le 7" corps et presque en même temps le 5 e rejetés en partie sur mes derrières.

• En ce moment, le feu des batteries ennemies se croisait sur toutes mes troupes prises en écharpe par Ie3 batteries établies sur la Marfée et la rive gauche de la Meuse, de front par celles très-nombreuses placées

le long du cours de la Givonne, et à revers par celles que le général Douay avait en face de lui. L'intensité du feu de l'ennemi était des plus vives. 11 se produisit là, en arrière de moi, une confusion assez grande et qu'il est impossible d'éviter lorsque des troupes sont repoussées et qu'elles se jeltent toutes a la fois sur le môme point, espérant y trouver un abri. Les hommes des T et 5 a corps se précipitèrent bientôt par masses sur les glacis du château de Sedan. Il était évident pour moi que nous étions débordés par des forces ennemies beaucoup plus considérables que celles auxquelles nous avions cru avoir affaire dans la matinée, et que, par conséquent, il était impossible que la lutte se prolongeât avec espoir de succès.

» Toutefois, mon général, voyant que mes troupes tenaient toujours bon sur le plateau de la Moncelle et la route de Stenay, dans le village de Bazeilles, vous fâic: d'avis que le seul parti à prendre était de forcer le passage par cette dernière route afin de gagner Carignan et de là Montmédy. Bientôt cette dernière porte de salut nous fut fermée complètement; déjà une moitié des troupes était rentrée dans Sedan, et il devenait impossible d'arrêter le flot de celles qui se pressaient sur leurs traces, quoi qu'on pût faire pour les contenir.

• De deux heures et demie à six heures, il n'y eut plus de mon côté qu'un combat soutenu dans le faubourg de Balan pour en repousser les tirailleurs de l'ennemi s'avançant progressivement et contrariant la retraite de nos troupes sur la place de Sedan. Vers

cinq heures et demie, vous m'ordonniez de faire cesser le feu et de replier tout noire monde dans la piace. A sis heures, je tis fermer les barrières, quand j'eus pris l'assurance que plus un seul des nôtres ne se trouvait entre les tirailleurs et moi.

» Je n'ai plus qu'un mot à ajouter : Les troupes que j'ai eues sous mes ordres dans cette malheureuse journée n'ont pas cédé devant l'ennemi ; elles ont été écrasées par une formidable artillerie. Les trois divisions d'infanterie avec les batteries des deux réserves des 6 e et 12' corps, la cavalerie des généraux de Fénélon et Lichllin, les compagnies du génie attachées aux. divisions et celles du parc du & corps d'armée ont soutenu avec la même énergie une lutte opiniâtre qui n'a pas duré moins de treize heures.

» J'ai le regret de le dire, nos pertes ont été trèssensibles. Il m'est impossible en ce moment de les indiquer d'une manière exacte; pour eu donner un aperçu, je puis dire seulement que, dans certains régiments, un tiers des olïiciers a été frappé par les obus ou les balles de l'ennemi. Je compte parmi ces corps les quatre régimenls de l'infanterie de marine, les 22 e , 58'' et 79 e (division Grandchamp). »

De ce rapport, fort intéressant et très-important du commandant en chef du 12° corps, on me permettra de tirer les conséquences suivantes :

i° Le pont du chemin de fer qui fut si utile aux Bavarois le l rr septembre au matin, ne fut pas coupé. Pourquoi ?

Est-ce que ce n'était pas au général Lebrun, prenant position a. Bazeilles, la veille de la bataille, et craignant une attaque sérieuse, à faire sauter le pont?

Le rapport s'explique imparfaitement à cet égard ; je le regrette et me borno it signaler le fait.

2° Il résulte d'une conversation du général avec le maréchal, à Stonne, que le 27 ou le 28 aoûl, le duc de Magenta croyait encore n'avoir affaire sur la Meuse qu'a soixante ou soixante-dix mille ennemis.

3° Le rapport du général Lebrun dit formellement qu'il croyait le mouvement ordonné par le général Ducrot défectueux, difficile, dangereux et intempestif. Je n'étais donc pas seul de mon avis.

4? Enfin et malgré ce que le général Lebrun a écrit plus tard, sous une pression qu'il ne fait pas connaître mais qu'il n'hésite pas à avouer loyalement, il est positif que sur le champ de bataille, il crut à ma résolution inébranlable d'opérer une trouée sur le front de ses troupes.

Ces appréciations d'un homme aussi compétent que le commandant en chef du 12" corps, sont pour moi d'une grande valeur.

Page 1