NOIE E
Oraii, 1« août 1870.
* Mon cher ami,
» J'ai reçu pour toute réponse à diverses tentatives pour aller à l'armée du Nord : « On veut que vous restiez en Algérie. > Depuis, une lettre à l'Empereur ainsi qu'une autre a Canrobert et dont je t'envoie les
copies, ne semblent pas devoir modifier ma situation. Tu ne feras aucun usage de mes lettres; déchire-les après les avoir parcourues. En t'en donnant connaissance., je tiens seulement à te prouver que j'ai lutté, autant que possible, pour apporter dans de rudes combats mon expérience dn terrain et des hommes, mon esprit d'initiative et de vigueur, une chance heureuse partout, en Afrique, en Crimée, en Italie, talent ou hasard qu'on devrait ne pas trop dédaigner, surtout
lorsqu'on voit utiliser des généraux comme , je
m'arrête, ne voulant pas désigner des gens qui paieront peut-ôtre de leur vie leur manque de savoir.
» Si j'étais mauvais citoyen, je souhaiterais d'apprendre que le pouvoir se ressent de ses mauvais choix; mais, nous aurons assez de pertes, même avec des succès rapides et complets, pour faire des vœux afin que nous ayons une paix prochaine avec gloire et profit. •
10 août 1870.
« Mon cher ami,
* Je suis plein de tristesse en apprenant Gomment nos braves troupes out été mal engagées. En voyant les emplacements qui leur étaient affectés, de mon cabinet, je prévoyais l'attaque sur le centre et un sérieux effort sur notre gauche; mais, ce que je ne supposais pas, c'est l'abstention des corps d'armée du centre. Quoi I le brave marôchal de Mac-Mabon va de Strasbourg à Freschwiller pour venger une de ses
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divisions écrasées, et rien ne vient à son aide de Phulsbourg et de Bitche! Il devait avoir le droit d'appeler à lui les troupes à dix, quinze lieues en arrière, quitte à les renvoyer rapidement à leurs postes, une fois la bataille gagnée; car, si avec trente-trois mille hommes, le duc de Magenta a pu tenir tête à une armée, il l'aurait battue avec soixante-dix ou quatre-vingt mille hommes. Il en a été de même de l'aile gauche qui n'a été soutenue que par deux divisions d'un corps d'armée, afin, sans doute, de laisser la gloire de la journée à un aide de camp de l'Empereur, car je suppose que le chef du corps qui a envoyé deux divisions était plus ancien que M. Frossard. Voilà cependant a quoi tient le sort d'un Empire! Après ces insuccès, j'aurais préféré la concentration de notre armée dans les Vosges, contenant à la fois les deux armées prussiennes dans leur envahissement de l'Alsace et de la Lorraine, au lieu de cette diffusion du maréchal de Mac-Mahon et de M. Bazaine. Cette manière d'opérer donne à supposer des tiraillements et des ambitions dont nous sommes aujourd'hui les victimes. Il y avait là trop de chefs, ne croyant devoir obéir qu'à l'Empereur, et tous désireux de se distinguer, peut-être même au détriment d'un voisin. 11 tardait à chacun d'eux de se trouver possesseur d'un bâton.
» Voilà notre ami Decaen nommé commandant d'un corps d'armée; c'est un bon choix qui commence à compenser les mauvais.
• Je t'envoie la réponse de l'Empereur; il ferait bien de m'appeler, surtout si, par suite de nouveaux
insuccès que je ne prévois qu'en frémissant, la France était envahie. J'irais volontiers, avec quelques bataillons et les populations en armes, me jeter sur les derrières des armées prussiennes, détruire leurs magasins et menacer au loin leurs lignes de retraite. Infatigable, je marcherais jour et nuit pour désarmer ou tuer nos envahisseurs. Mais j'en reviens malgré moi à la France, lorsque je voulais t' entretenir de notre situation algérienne. La province d'Ûran est toujours sous le coup de ma dernière campagne ; les populations de la frontière ne sont pas encore disposées à nous attaquer; cependant le bruit de nos désastres court, rapide comme le vent, sous toutes les tentes. •