‹ Sedan par le général de WimpffenChapitre 2 sur 24 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

AVAKT J.A BATAILLE

Moli.L'à qui m'iingii^i-:.. ù ,.uldier ce livre. — Maposilinn avant la yuctre 'le 1«70. — L'n mot sur mon expédition dans le ntii de l'Algérie. — Situation île nos tribus sahariennes. — Entraves mises à mou exposition. — Lettres officielles et Inductions f[ui me sont données. — GiiïioiiN. rapport du nuuOcliul de mac- Maliou, gouverneur général, sur l'expê- .liiipn ûa l'Oued-Guir. — Itentrée ù Orau !e lû mai 1870. — lïi .-ultals hetuvux du la pointe hnrdiu faite dans In sud.

Ll.^ événements malheureux qui ont eu lieu au coniiûencement de la guerre de 1870, la capitulation de Sedan, a laquelle mon nom s'est trouvé fatalement attache, capitulation qui a clos d'une façon si terrible pour nous la première pliase de la lutte, m'ont paru

exiger impérieusement des explications nettes, véridiques et précises, aussi bien dans l'intérêt de l'histoire que dans celui de ma personne.

J'ai cru que je ne pouvais, sans inconvénient, me taire sur ce qu'il m'a été donné do voir. J'ai cru que je me devais à moi-même do prendre la parole pour raconter les faits tels qu'Us se sont produits et qu'il m'a été donné de les apprécier.

Je me décide donc aujourd'hui à utiliser les moments inactifs d'une douloureuse captivité, pour coordonner mes souvenirs et pour mettre en lumière certains événements, en les appuyant de documents authentiques.

Je veux qu'en me lisant, chacun puisse se rendre compte des événements, et juger les hommes qui y ont concouru avec pleine et entière connaissance de cause. Nulle considération ne me retiendra pour retracer avec indépendance cette triste page d'histoire qui s'étend de juillet 1870 au lendemain de la fatale bataille de Sedan.

Mais avant d'aborder le drame lugubre sur lequel j'entreprends de jeter un jour complet, on me permettra de dire un mot de la position que j'occupais eu Algérie, au moment où ce drame a commencé. On me permettra aussi de revenir, en quelques lignes, sur une expédition assez mal jugée, on France, par certains organes de la presse, expédition que je dirigeai, non sans quelque succès, dans le sud de la province d'Oran, et que je poussai jusqu'à près de 200 lieues dans le sud marocain pour châtier des tribus hostiles a la colonie.

On pourra d'ailleurs se rendre compte, par certains documents officiels, inconnus jusqu'à ce jour, des entraves mises â l'action des généraux par un gouvernement personnel, absorbant tout, et croyant pouvoir diriger des opérations militaires du fond du cabinet des Tuileries.

Lorsque, en 1869, je vins prendre le commandement de la province d'Oran, il me fut facile de reconnaître que nos populations du sud étaient sous une impression de terreur inspirée par des tribus marocaines hostiles, ainsi que par nos dissidents réfugiés au milieu d'elles ou dans leur voisinage. Ces tribus et ces réfugiés venaient, deux fois par an, aux époques des eaux abondantes, dans les contrées sahariennes, surprendre nos populations dispersées pour faire paître leurs troupeaux; ils leur tuaient ou mettaient hors de combat un certain nombre d'hommes, enlevaient des tentes, parfois des fractions de tribus qu'ils faisaient émigrer. et surtout s'emparaient des chameaux el moutons, principales richesses des nomades.

Cette situation nous infligeait vis-à-vis des nôtres une infériorité morale des plus fâcheuses. Elle encourageait nos ennemis, que nous étions dans l'impuissance d'atteindre dans leurs courses rapides, et, en 186S, la fidélité des tribus du sud en avait été tellement ébranlée, jusque dans la province d'Alger, que deux des tribus les plus importantes refusèrent de marcher avec nous contre un ennemi commun. Il fallait modifier cet état déplorable par une répression vigoureuse et directe; mais je connaissais trop bien aussi le

pays sur lequftl on aurait à opérer pour no pas comprendre qu'il fallait agir avec une grande prudence et seulement à certains moments de l'année.

Jusqu'alors on n'avait pas osé pousser très-avant dans le sud avec une colonne nombreuse. J'estimai qu'au moyen des armes nouvelles quelques bataillons d'infanterie auraient de grandes chances de succès, dans une expédition de nature à terrifier les tribus marocaines et nos dissidents. Je résolus de tout mettre en œuvre pour faire adopter mes idées au maréchal gouverneur d'abord, au ministre de la guerre ensuite et enfin a l'Empereur lui-même.

Les difficultés morales étaient grandes, les difficultés physiques l'étaient également, car les fortes chaleurs qui régnent dans le sud, principalement de mai a février, s'opposaient a tonte expédition pendant dix mois de l'année.

En Algérie, dans la province d'Oran surtout, on était fort partisan de mon projet. En France, il n'en était pas de même. On se figurait à Paris que toute expédition, dans notre colonie, ne pouvait avoir d'autre but que do favoriser l'avancement do certains officiers.

Je parvins néanmoins, a la fin de 18G9, à faire comprendre combien il était urgent, indispensable même, de donner une protection sérieuse à nos tribus sahariennes. Ces tribus d'ailleurs assuraient très-nettement de leur résolution de faire cause commune avec les dissidents, et surtout aevec la fration ouest de la puissante tribu des Ouled-Sidi-Cheik, ou de

fuir, hommes, femmes, enfants, troupeaux, jusqu'au milieu de nos centres européens, ce qai aurait causé dans le Tell une perturbation, générale.

Le maréchal de Mac-Mahon, gouverneur général, se rendit a mes raisons. Il fit décider l'envoi d'une colonne expéditionnaire nombreuse, pouvant frapper un coup assez fort pour assurer, au moins pendant quelque temps, la tranquillité de nos Sahariens.. Cette résolution fut prise à la fin de février 187.0. Il n'était que temps, car Si-K.addour-ben-IIamza, chef des Ouled- Sidi^-Cheik de l'ouest, prêchait partout la guerre sainte, cherchant à y pousser les tribus du sud-est du Maroc et nos propres tribus.

Je fus très-heureux de voir qu'on acceptait mes propositions et je disposai, pour agir, une colonne de dix-huit cents à deux mille fantassins d'élite, douze cents cavaliers (chasseurs d'Afrique et de France), six â sept cents hommes des goums et trois sections d'artillerie.

Je devais croire qu'en raison de l'expérience acquise par une longue carrière militaire et par un séjour cle plus de vingt années en Afrique, on me laisserait les coudées franches, ne mettant aucune entrave à mon initiative de général en chef. Il n'en fut rien. J'étais à peine parti d'Oran pour concentrer les troupes à Aïn-Khlélil, dans le sud, que je reçus du maréchal gouverneur des instructions me liant bras et jambes. Qu'on en juge par les dépêches cidessous :

Digitizod by Cooglt:

An quartier généra] l'Alger, le mars 1870.

» Mou cher général, le ministre de la guerre, â la date du 11 mars, me maude qu'après avoir pris les ordres de l'Empereur et des ministres, il m'autorise à entreprendre l'expédition projetée dans le sud-ouest de votre province. Il observe qu'il est essentiel qu'elle ait surtout un caractère de protection pour nos intérêts menacés dans le sud de la province d'Oran, et que nous devons respecter l'esprit du traité de 1844 dans la poursuite des dissidents sur le territoire marocain; enfin, il recommande expressément d'éviter toute tentative sur les oasis de Figuig.

• II reste donc bien entendu que le but de cette expédition est de chercher à amener la population marocaine de la frontière à rester en bons rapports avec nous. Si vous parvenez à atteindre ces populations, faites en sorte que les chefs des tribus viennent à vous et vous donnent, s'il est possible, des gages de bons rapports. On pourrait admettre jusqu'à un certain point que si les circonstances nous favorisaient, vous puissiez exiger d'elles des otages que nous pourrions plus tard envoyer, soit à Fez, soit à Oudjda.

> Je comprends que, dans une expédition de ce genre, il soit impossible de vous fixer sur la marche que devront suivre vos colonnes ; elle sera réglée naturellement d'après les renseignements qui vous parviendront.

» Je dois, toutefois, vous recommander expressément

d'éviter avec soin devons rapprocher de villages ou de petites villes qui pourraient mua présenter quelque résistance. L*e gouvernement ne veut, à aucun prix, être entraîné à des opérations de siège qui pourraient faire perdre un temps précieux et amener des complications qu'il veut éviter.

» Vous me mandez que votre objectif sera, probablement, les environs d'Àïn-Chaïr; je crois devoir vous rappeler que, d'après les renseignements donnés d'Oran, Kaddour-ben-ITamza avait entrepris, il y a quelque temps, de construire une espèce de citadelle non loin de ce point à El-Madir '. Ce ne serait donc qu'avec vos goums.ou quelques troupes de cavalerie seulement, que vous auriez à vous rapprocher de ce point, car il est essentiel que l'ennemi ne puisse pas dire que, rapprochés de hit, notis avons évité de l'attaquer.

* Je ne puis davantage vous limiter le temps qne vous devrez passer sur le territoire marocain ; toutefois il ne doit passe prolonger de manière à avoir à craindre que les populations berbères qui se trouvent â l'ouest du Sebdou puissent avoir le temps de vous rejoindre et de vous obliger à des combats sérieux. Ainsi que l'Empereur a ordonné au minisire de la guerre de me le faire connaître, votre expédition doit avoir principalement pour objet une démonstration protectrice et non point un acte d'agression.

1. Le maréchal commettait une erreur géographique au sujet d'El-Madir, séjour de Si-Hamza, point situé dans le sudest du Tafllalet.

■ Tenez-moi au courant de toutes les circonstances importantes qui pourraient se présenter.

- Recevez, etc.

* Le gouverneur général de l'Algérie, ' Maréchal de Mac-Mahok. »

Quartier général d'Alger, le 17 mars 1870.

« Mon cher général, je crois devoir vous adresser le texte d'une lettre que je viens de recevoir du ministre de la guerre en date du 13 de ce mois ;

« L'Empereur pense que dans l'état actuel des » esprits, une expédition qui ne paraîtrait pas sérïeu-

• sèment motivée pourrait produire le plus fâcheux

• effet sur l'opinion publique ; tenez donc la main à ce ■ que le général de Winiplfon ne s'engage pas légè-

• rement, que son mouvement ait pour but de rassurer

• et de protéger nos tribus sahariennes, et qu'il tienne » un compte sérieux des observations contenues dans

• ma dépêche du 11 courant; écrivez-moi à chaque » courrier pour me tenir au courant des opérations. •

• Je vous ai envoyé, il y a deux jours, l'esprit des instructions renfermées dans celte-lettre du 11.

• En résumé, vos préparatifs pour l'expédition sont en voie d'exécution ; je considérerais comme une chose des plus fâcheuses de revenir sur la décision prise. Toutefois, d'après ces ordres précis, limitez vos opérations autant que possible. Si les tribus de la confédération du Zedgou, apprenant votre mouvement, vous

envoyaient des émissaires, vous auriez alors à les accepter et à entrer en arrangement avec eux; s'ils vous donnaient des otages, vous n'auriez pas mémo besoin de franchir la frontière. Si, dans votre course, vous atteigniez des populations et des troupeaux, vous pourriez enlever ces derniers, mais n'oubliez pas que les Zedgou sont marocains et que nous n'avons pas de contributions de guerre à leur imposer. Si nos goums sont assez forts pour agir eux-mêmes, employez-les plutôt que des troupes régulières. Restez le moins possible sur le territoire marocain. - Recevez, etc.

» Le gov.r.ernr.v.r général de l'Algérie, » Maréchal de Mac-Mahon. •

« P. S. — Si vous lancez vos goums ou des colonnes détachées sur les Ouled-Sidi-Cheik de l'ouest, ayez' soin de faire respeeterles tentes et les troupeaux du vieux cheik Ben-Taïeb; il serait déplorable que nous razzions nos amis au lieu de nos ennemis 1 . »

Alger, le li avril 1870, à onze heures quatre minutes.

LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL A MONSIEUR LE GÉNÉRAL COMSi A N D AN T LA SUBDIVISION A TLEMCEM

Envoyez au général de AVimpffen, par courrier, sur un duplicata, la dépêche suivante :

1. Co chef arabe, que l'on croyait de nos amis, nous était des plus hostiles, et à la tête d'une fiaclïon îles dissidents avec sa famille.

Di-gitizGd by Cooglt:

« J'ai reçu votre lettre du 3 avril, sur le combat du 31, et votre ravitaillement à Mengoub.

■ J'admets que vous restiez sur le territoire marocain aussi longtemps que vous croirez avoir chance d'y joindre nos dissidents ou bien d'autres, ou bien d'entrer en arrangement avec les tribus marocaines de la frontière.

» Toutefois, il y a un inconvénient grave à y .séjourner, celte circonstance pouvant permettre à nos dissidents de rassembler contre nous des forces considérables, en excitant les populations marocaines, môme éloignées de la frontière; le gouvernement n'admettrait pas que, par suite d'un séjour prolongé dans un pays dont nous devons respecter le territoire et où nous ne pouvons pénétrer que pour atteindre les Algériens insoumis, vous l'engagiez dans des opérations de nature à amener des complications avec le gouvernement marocain.

» Ne vous préoccupez point des chérifs du sud; le général Marinier, avec huit escadrons, est près du Djebel -Amour. Géry ville, Laghouat et Ouargla sont sur leurs gardes. »

Ainsi donc, on autorisait une expédition difficile, hasardeuse, lointaine, et on liait les bras de celui qui devait la diriger!...

Je ne devais rien entreprendre contre les oasis, et ces oasis étaient le quartier général des dissidents ! On me prescrivait d'ohtenir des otages des populations marocaines de la frontière et on me défendait de les

combattre! Je (levais soumettre les dissidents, et j'avais ordre d'éviter avec soin de me rapprocher des centres de population pouvant présenter quelque résistance !... etc.

Je le demande a tout homme ayant fait la guerre, surtout en Afrique, chacune des prescriptions contenues dans ces dépêches ne présentait -elle pas les contradictions les plus flagrantes avec le but â atteindre?

Cetle expédition se termina par deux combats glorieux, inspira aux populations hostiles du sud une terreur salutaire, leur donna une haute opinion de nos armes et de notre générosité, et leur produisit une impression sous le coup de laquelle elles sont encore aujourd'hui. Je neveux pas ici faire l'historique de mes opérations, mais je crois pouvoir répondre a ceux qui n'ont pas craint de les dénigrer, sans les connaître, par le rapport que le gouverneur général adressa à l'Empereur, après mon retour.

Ce document d'ailleurs a de l'importance , il appartient à l'histoire.

Le voici :

Alger, le 15juin 1870.

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