‹ Sedan par le général de WimpffenChapitre 7 sur 24 · MO · texte numérisé non relu

MO

reconnaissance offensive, tandis que les troupes occupent Briquenay. Le 12 e de chasseurs à cheval de la brigade de Bernis a un engagement avec les avantpostes prussiens. Quelques cavaliers se montrent au loin, et les dispositions de combat sont prises en arrière du village de Briquenay. Après deux heures d'attente, l'ennemi ne se présentant pas, le 5 e corps rétrograde par la route suivie le matin et vient bivouaquer à la tombée de la nuit a. Chalillon, a 5 kilomètres sud-est du Chesne. Comprendra qui pourra ce mouvement qui fait perdre encore une journée précieuse, sans nul avantage.

J'ai dit quelemêmejonr,27 août, le quartier général et le 1 er corps se trouvaient au Chesne. Il n'était donc pas possible au maréchal de Mac-Mahon qui avait vu la route vers la Meuse coupée au sud par l'ennemi, d'ignorer le danger que son armée allait courir, s'il 1 ne se hâtait de remonter au nord-est pour franchir la rivière vers Mouzon ou vers Sedan. 11 semble, d'après cela, que tous les corps n'avaient qu'à marcher rapidement vers le nord-est et que les ordres les plus positifs devaient être donnés en conséquence. Il n'en fut rien cependant. Le 1 er corps resta au Chesne jusqu'à midi et parcourut douze kilomètres dans sa journée pour se rapprocher de Mouzon, point qu'il était si facile de lui faire atteindre et où il pouvait passer la Meuse; le 12 e le suivit; le 7 e fit 8 kilomètres à peine pour venir de Vouziers à Quatre-Champs, tandis que le 5 e redescendit vers Buzancy, sans doute pour arrêter les Allemands.

11 est difficile de se rendre bien compte du mouvement de ces quatre corps pendant celte journée du 28 août. Le maréchal eut-il la pensée de gagner la Meuse et de la franchir à Mouzon pour atteindre ensuite Carignan sur la Chiers? Soit, mais alors il fallait mettre en mouvement, dès le matin, les 1 er , 12°, 5 9 corps sur Stonne et donner l'ordre au 7 e de barrer la route du Chesne à Buzancy à l'avant-garde ennemie, en ne s'engageant que pour protéger le mouvement et franchir lui-même la rivière en combattant. Voulut-il essayer de battre l'avant-garde allemande et de la jeter à la Meuse avant l'arrivée de ses forces principales? Soit, mais alors il fallait concentrer ses quatre corps vers Buzancy, enlever cette position et gagner D un-sur- Meuse.

Il m'est vraiment impossible de voir dans les opérations du 28 aoilt autre chose qu'un tâtonnement, un décousu dont on ne peut s'empêcher de reconnaître les fatales conséquences, en ce qui concerne la marche de l'armée de Châlons.

Le 28 donc, le 5 e corps se porta à Belleville. Voici comment un officier de la division Guyot de Lespart raconte cette journée et celle du 29, assez peu connues jusqu'à ce moment :

« Nous nous dirigeons a gauche. Arrivé devant Autruche, tout le corps d'armée prend de nouveau un ordre de bataille sous une pluie battante qui n'a pas cessé toute la journée. Vers trois heures de l'aprèsmidi, l'ennemi ne s'étant pas montré, on se met en route dans la direction de Saumanthe, au nord-est.

Pendant cette marche, quelques tirailleurs sont envoyés sur la droite pour fouiller les bois; quelques éckureitrs ennemis sont signalés; nos mitrailleuses se font entendre pendant quelques instants. Tout rentre ensuite dans le silence, et notre marche continue. Nous descendons à Vaux-en -Dieulet et arrivons par des chemins presque impraticables â Bois- des-Dames (petit villago décent cinquante à deux cents habitants). Il était environ sept heures du soir. Le village était occupé depuis la veille par cent cinquante cavaliers prussiens qui avaient fait des réquisitions, qu'ils avaient conduites au camp ennemi. A notre approche, ils avaient évacué le village, abandonnant quelques voitures d'approvisionnements, qui nous sont distribués. Un bataillon du C8° est envoyé en gnmd'garde sur les hauteurs qui séparer) I lïois-de.'-Dames de Nouart; ce bataillon tiraille jusqu'à la nuit, quelques pièces de montagne lui envoient des obus.

» Le lendemain matin 29, nous recevons l'ordre de nous mettre en route sur Nouart pour marcher sans doute sur Stenay. Il était onze heures du matin. Un régiment de lanciers part en avant; nous étions en colonne de route lorsqu'une batterie, placée a environ 3 kilomètres de nous, sur la route de Nouart à Stenay, dirige un feu assez vif sur nos régiments qui, d'après les ordres du général de Failly, courent prendre position dans la direction de Nouart et au village de Cbampy, qui se trouvait à environ 1,500 mètres du bois de Belval, occupé par l'ennemi. Pendant que l'artillerie continue son feu, l'infanterie ennemie sort

de ce bois et vient se mesurer avec la nôtre. Trois ou quatre régiments s'engagent de part et d'autre. Nos tirailleurs dirigent un fou très-vif sur ceux de l'ennemi. Le 17 e de ligne (brigade de Fontanges) supporte à Champy le principal effort, il a sept officiers hors de combat. Une forte colonne essaie d'enlever ce village criblé d'obus. Vers trois heures, nous recevons l'ordre de battre en retraite, nous repassons le petit ruisseau que nous avions traversé au début, nous venons occuper les hauteurs en arrière, sans être inquiétés, et nos batteries d'artillerie, établies sur le plateau, situé derrière Champy, canonnent jusqu'à la nuit les troupes allemandes qui défilent toute la soirée sur la route de Buzancy à Stenay, a 4 kilomètres de nous. A la nuit tombante, les troupes allumaient les feux et s'apprêtaient à faire la soupe, mais à huit heures du soir nous laissons par ordre nos feux allumés et tout le corps d'armée se met en route pour Beaumont, avançant avec grande difficulté. Ou s'en fera une idée, en sachant que nous sommes arrivés à Beaumont à quatre heures du malin seulement, ayant parcouru 10 kilomètres en huit heures. »

Tandis que les 2S et 29 août, le 5" corps devenu, d' avant-garde qu'il avait été, l'arriêre-garde de l'armée de Chalons, se mesurait avec l'ennemi sans désavantage, le 1 er corps gagnait Stonne, puis Raucourt, parcourant une vingtaine de kilomètres eu quarante-huit heures ; le 7 e se portait, le 27, de Vouziers à Quatre- Champs (six kilomètres); le 28, de Quatre-Champs à Oches (dix kilomètres au nord-est), entre Buzancy a

et Raucourt. Le 12 e s'approchait de cette dernière ■ville. Le soir du 29 août, l'armée était donc disposée de la manière suivante :

Le 5 e corps à Beaumont (6 kilomètres de Mouzon, tout près de la Meuse) ; le 7° corps en arrière à droite, à Oches, à 4 kilomètres de Beaumont ; le 1" corps au centre, à Raucourt, à 10 kilomètres d'Oches; le 12° corps près de lui à la gauche.

Depuis que l'ennemi était signalé de façon a ce que nulle incertitude ne fût plus permise sur la rapidité de sa marche, l'armée française avait parcouru, eu plusieurs jours, quelque chose comme de six à huit lieues !

Page 1