Mss. de Conrart; in-fol
Segrdis dul aloi^s quitter les hommes d^ lettreSf ses aniis» et ceux des généreux patrons qui , au milieu même des U'oublet de la Fronde, s'étaient faits à paris les protecteurs des Muses. Le plus illustre d'entre eux, à cette époque, était un maître des requêtes, académicien dès 1635, Hat)ert de Montmor* Une fois la semaine il assemblait chez lui des hommes de lettres et des savants, réunis en petite ajcadémie avec des statuts. Ainsi l'abbé de MaroUes ^ Hémge , Chapelain, MpUére , Qas^ sendi et Segrais s'étaient plus d'une fois trouvés réunis h sa tablée A l'hôtel Hontmorl, Gassendi avait retrouvé un ami dans Segrais. Notre poète avait fait jadis en Provence un sô*. jour de deux mois , qui lui avait permis de connaître particulièrement le philosophe. Dans la suite, quand Gassendi vint à Paris , où il eut pour disciples Molière , Bachaumont , Chapelle, la liaison, commencée en province, continua plus intime encore. L'hôtel Montmor était leur commun rendezvous. Quelquefois ils allaient ensemble se promener au jardin du Luxembourg avec les petits enfants de leur amphitryon. Gassendi trouvait du plaisir à s'amuser avec eux, dit Segrais ; il les prenait sur ses genoux, les faisait sauter et danser, il ne savait pas ce que c'était de se mettre en colère , et faisait tout ce qu'on voulait.* Mal lui en prit , quand la maladie le livra aux médecins. Ils l'affaiblirent si bien par de fréquentes saignées, qu'ils le tuèrent (a). Gassendi voyait où ils menaient , et leur disait sans s'émouvoir : < Je sais bien que vous avancez ma mort, mais je suis en vos mains. » Molière, d'humeur moins accommodante (b) , devait prendre soin un jour de venger son ancien maître. Mais Gassendi n'en avait pas moins succombé. Au mois d'octobre 1655 , la Gazette de Loret annonçait à Segrais, alors à Saint-Pargeau, que Montmor, non content d'avoir logé Gassendi dans son hôtel , l'avait fait ensevelir dans le tombeau de sa famille : touchante
■ 1. Guy Patin prit part plus d*une fois à ce» réunions (Cf. ses Lettres ^ 6 TOl., 1715. 30 janvier 1654).
preuve de tendresse également à l'honneur du philosophe et du généreux patron qui voulait rester son hôte au delà de la mort. Cet hommage rendu à la mémoire de Gassendi , et le bel éloge que la Muse historique répandait de sa science et de sa vertu par toute l'Europe, durent flatter la tendresse de Segrais, cet ami si bien fait pour sympathiser avec lui. Tous deux avaient Tâme simple et douce , pleine de bonhomie et de candeur. Tous deux aussi avaient vu naître leur gloire en province, et y avaient trouvé, comine ensuite à Paris, de nobles protecteurs, l'un le comte d'Alais, duc d'Angoulême, et Montmor ; l'autre le comte de Fiesque et Mademoiselle.