‹ Selections from Les caractères of La Bruyère;Chapitre 11 sur 82 · jEmiîe ^ était né ce que les plus grands hommes · texte numérisé non relu

jEmiîe ^ était né ce que les plus grands hommes

l6 LA BRUYÈRE

ne deviennent qu'à force de règles, de méditation et d'exercice. Il n'a eu dans ses premières années qu'à remplir des talents qui étaient naturels et qu'à se livrer à son génie. Il a fait, il a agi, avant que de ^ savoir, ou S plutôt il a su ce qu'il n'avait jamais appris. Dirai-je que les jeux de son enfance ont été plusieurs victoires ? Une vie accompagnée d'un extrême bonheur joint à une longue expérience serait illustre par les seules actions qu'il avait achevées dès sa jeunesse. Toutes les occa-

10 sions de vaincre qui se sont depuis offertes, il les a embrassées ; et celles qui n'étaient pas, sa vertu et son étoile les ont fait naître: admirable même et par les choses qu'il a faites, et par celles qu'il aurait pu faire. On l'a regardé comme un homme incapable de céder à

15 l'ennemi, de plier sous le nombre ou sous les obstacles ; comme une âme du premier ordre, pleine de ressources et de lumières, et qui voyait encore oU personne ne voyait plus ; comme celui qui, à la tête des légions, était pour elles un présage de la victoire, et qui valait seul

20 plusieurs légions ; qui était grand dans la prospérité, plus grand quand la fortune lui a été contraire (la levée d'un siège, une retraite, l'ont plus ennobli * que ses triomphes ; l'on ne met qu'après les batailles gagnées et les villes prises) ; qui était rempli de gloire et de modestie : on

25 lui a entendu dire : Je fuyais^ avec la même grâce qu'il disait: Nous les battîmes; un homme dévoué à l'État, à sa famille, au chef de .sa famille," sincère pour Dieu et pour les hommes ; autant admirateur du mérite que s'il lui eût été moins propre et moins familier ; un homme

30 vrai, simple, magnanime, à qui il n'a manqué que les moindres vertus.

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