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Quand on veut changer et innover dans une répub

20 lique, c'est moins les choses que le temps que l'on considère. Il y a des conjonctures oli l'on sent bien qu'on ne saurait trop attenter contre le peuple; et il y en a d'autres oli il est clair qu'on ne peut trop le ménager. Vous pouvez aujourd'hui ôter à cette ville ses franchises,

25 ses droits, ses privilèges; mais demain ne songez pas même à réformer ses enseignes.^

9. La guerre a pour elle l'antiquité ; elle a été dans tous les siècles: on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et

.30 faire périr les frères à une même bataille. Jeune Soye-

couR,^ je regrette ta vertu, ta pudeur, ton esprit déjà mûr, pénétrant, élevé, sociable ; je plains cette mort prématurée qui te joint à ton intrépide frère, et t'enlève à une cour oU tu n'as fait que te montrer : malheur déplorable, mais ordinaire I De tout temps les hommes, pour 5 quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres; et, pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu'on appelle l'art militaire; ils ont attaché à la 10 pratique de ces règles la gloire ou la plus solide réputation; et ils ont depuis enchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement. De l'injustice des premiers hommes, comme de son unique source, est venue la guerre, ainsi que la nécessité où ils se sont 15 trouvés de se donner des maîtres qui fixassent leurs droits et leurs prétentions. Si, content du sien, on eût pu s'abstenir du bien de ses voisins, on avait pour toujours la paix et la liberté.

10. Le peuple, paisible dans ses foyers, au milieu des 20 siens, et dans le sein d'une grande ville oli il n'a rien à craindre ni pour ses biens ni pour sa vie, respire le feu et le sang, s'occupe de guerres, de ruines, d'embrasements et de massacres, souffre impatiemment que des armées qui tiennent la campagne ne viennent point à se 25 rencontrer, ou si elles sont une fois en présence, qu'elles ne combattent point, ou si elles se mêlent, que le combat ne soit pas sanglant et qu'il y ait moins de dix mille hommes sur la place. Il va même souvent jusques à oublier ses intérêts les plus chers, le repos et la sûreté, 30 par l'amour qu'il a pour le changement, et par le goût de la nouveauté ou des choses extraordinaires. Quel-

ques uns consentiraient à voir une autre fois les ennemis aux portes de Dijon ^ ou de Corbie,» à voir tendre des chaînes et faire des barricades, pour le seul plaisir d'en dire ou d'en apprendre la nouvelle.

5 13. Le caractère des Français demande du sérieux dans le souverain.

14. L'un des malheurs du prince est d'être souvent trop plein de son secret, par le pe'ril qu'il y a à le répandre: son bonheur est de rencontrer une personne sûre

10 qui l'en décharge.

15. Il ne manque rien à un roi que les douceurs d'une vie privée; il ne peut être consolé d'une si grande perte que par le charme de l'amitié, et par la fidélité de ses amis.

15 16. Le plaisir d'un roi qui mérite 'de l'être est de l'être moins quelquefois, de sortir du théâtre, de quitter le bas de saye « et les brodequins,* et de jouer avec une personne de confiance un rôle plus familier.

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