INTRODUCTION VU
Voltaire has well expressed La Bruyère's composition : " Un style rapide, concis, nerveux, des expressions pittoresques; un usage tout nouveau de la langue, mais qui n'en blesse pas les règles " {Siècle de Louis XIV, c. 32).
ou LES MŒURS DE CE SIÈCLE
Admonere voluimus, non mordere; prodesse^ non laedere ; consuUre moribus hominum^ non ojîcere, — Érasme.^
Je rends au public ce qu'il m'a prêté ; j'ai emprunté de lui^ la matière de cet ouvrage: il est juste que l'ayant achevé avec toute l'attention pour la vérité dont je suis S capable, et qu'il mérite de moi, je lui en fasse la restitution. Il peut regarder avec loisir ce portrait que j'ai fait de lui d'après nature, et s'il se connaît quelques-uns des défauts que je touche, s'en corriger.'. . . Ce ne sont point des maximes que j'aie voulu écrire; elles sont comme des lois lo dans la morale, et j'avoue que je n'ai ni assez d'autorité ni assez de génie pour faire le législateur; je sais même que j'aurais péché contre l'usage des maximes,^ qui veut qu'à la manière des oracles elles soient courtes et concises. Quelques-unes de ces remarques le sont, quelques autres 15 sont plus étendues: on pense les choses d'une manière différente, et on les explique par un tour aussi tout différent, par une sentence, par un raisonnement, par une métaphore ou quelque autre figure, par un parallèle, par une simple comparaison, par un fait^ tout entier, par un 20 seul trait, par une description, par une peinture: de là procède la longueur ou la brièveté de mes réflexions. Ceux enfin qui font des maximes veulent être crus: je consens, au contraire, que l'on dise de moi que je n'ai pas quelquefois bien remarqué, pourvu que l'on remarque 25 mieux.