‹ Selmours de FlorianChapitre 20 sur 120 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

SELMOURS, M. PICKLE.

M. PICKLE

Seîmours , qu'esl-on venu me parler d'un duel ?

Parlez bas. '

M. PICKLE

Vous suivez cet usage cruel î Vous, colonel, pre'tendre à si mince victoire ? Servez votre pays ; il n'est pas d'autre gloire. Mais d'abord est-il sûr qu'on vous ait insulté ?

Oui , c'est un ïnco)inu , c'est un jeune éventé , L'amant de miss Jennv , qui ni*a cherché querelle ; Je ne prétends en rien lui disputer sa belle. Ma is^ l'affront eU connu , l'affaire a fait éclat , Et j'espère avant peu corriger notre fat.

M. PICKLE

Le corriger , Monsieur ! ah ! j'entends , c'est-k-dire Le tuer.

Je frémis du danger (ju'il s'attire.

M. PTCKLE.

Et savez-voiis , Monsieur, quel est cet étourdi ?

SELMOrRS.

C'est , je l'ai dit déjà , l'anjant de niiss Jenny.

M. PI( KLE

C'est mon fils , malheureux , mon fils î et dans une heure De votre propre main vous prétendez qu'il meure î

Ciel ! que m'avez- vous dit ? '

M. PICKLE

Ce qu'au même moment M'apprend son précepteur Laissons tout argument; D'écorter la rBison vous n'êtes pas capable. Ecoutez donc mon cœur : vous seriez bien coupable , Pour un vain préjugé, d'immoler sans pitié Les liens les plus cbers , le sang et l'amitié , Et le respect qu'on doit aux cheveux blancs d'un père.

Monsieur....

M. PTCKLE.

Vous vous taisez ! votre cœur délibère ! Vous hésitez , Selmours , à me jurer ici Que vous ne tuerez pas le fils de votre ami ? Voilà donc la vertu dans le monde suivie ! L'homme qui , pour sauver sa maîtresse, sa vie, Ne consentirait pas, dans un pressant danger, A faire au bien d'autrui Je tort le plus léger , Esclave d'un honneur atroce et ridicule , Cet homme , se peut-il , ne se fait pas scrupule De priver un vieillard , un père , du seul bien. Qui lui reste , d'un fil« , sa joie et son soutien ; Et cet homme , ou plutôt ce nii^urtrier , aspire A l'estime du monde , et voudra qu'on l'admire.

Eh ! mais... je ne suis point l'agresseur.

M. PICKLE

Je le sai- Par Robert , sans motif, vous fûtes offensé , Dites-vous , son insulte est maintenant publique : Eh bien ! ^e vous demande un pardon authentique. Je le demanderais en présence de tous , Et ne rougirais pas d'embrasser vos genoux.

SELMOURS, troublé.

Gardez-vous-en , Monsieur.

M. PICKLE

Promettez donc , barbare , Que ce n'est pas la mort qu'un ami me prépare.

Eh ! Monsieur , suis-je sourd à vos cris , à vos vœux ? Cei usage insensé , nous le blâmons tous deux.

Nommez ce préjugé ridicule, féroce :

Oui , cet honneur est faux , sa folie est atroce ,

J'en conviens hautement ; mais j'y dois obéir.

Vous , qui me reprochez que mou plus cher désir

Est de flatter en tout l'opinion du monde ,

Esi-ce sur un tel point qu'il faut que je la fronde?

Ce duel , aujourd hui vous voulez l'empêcher :

Mais l'un l'autre demain nous irions nous chercher.

Votre fils , comme moi , ne veut rien d'équivoque ;

vS'il se désiste , eh bien ! c'est moi qui le provoque.

11 n'est donc qu'un moyen , vous n'avez qu'un espoir. ^

M. PICKLE

Lequel ? parlez. Mon fils , dois-je encor le revoir ?

J'épargnerai ses jours , Monsieur ; je vous en donne Ma parole d'honneur qui n'a trompé personne,- Croyez à ma prudence , et que je fais ici Tout ce que je puis faire en m'engageant ainsi.

M. PICKLE

Le voilà cet ami comme il n'en est point d'autre !

Ma parole est à vous, mais il me faut la vôtre. J'exjgc qu'étranger à ce fatal débat , Vous demeuriez ici jusqu'après le combat.

M. PICKLE

Il faut....

Que vos discours ne fassent rien connaître. Je vous demande une heure ; après , vous serez maître. A moins d'un tel serment , je ne réponds de rien.

Noble €t cruel ami... , je vous le donne.

SELlVtOURS.

Eh bien î Vous serez content.

( // prend les pistoletsy.

M. PICKE.

Ciel î Moi , votre ami , son père.

Nous reviendrons bientôt tous les deux , je- l'espèx'e. Si je ne reviens pas..., donnez à votre sœur Ce billet qui contient le secret de mon cœur.

M. PICKLE

Quoi !

Votre fils m'attend ; assuré qu'il doit vivre , N'exigez rien de plus , gardez-Tous de nous suivre.

M. PICKLE

Embrassez-moi.

SELMOURS, montrant la lettre.

Songez que mon honneur est là.

Je pars j une heure encor trompez mon Elisa.

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