‹ Séméiologie des Hémorragies Spontanées de l'OreilleChapitre 48 sur 56 · OBSERVATION XL · texte numérisé non relu

OBSERVATION XL

(Triquer, Traité des malad, de l'oreille, p. 443),

Il s’agit d’un homme âgé de 70 ans, fort, de stature élevée, encore vigoureux malgré son âge ; rouge de figure, cou court, épaules larges. Ce vieillard, il y a une quinzaine d'années, pendant une des longues nuits d’hiver, fut réveillé en sursaut par une forte douleur dans la tête; en même temps des bruits anormaux se faisaient entendre dans les oreilles — bruissements, sifflements accompagnés de surdité de l'oreille gauche.

Le lendemain en se levant, il s’aperçut qu’un écoulement sanguin avait eu lieu par l'oreille gauche.

Du côté droit, le sifflement existait aussi, mais sans flux sanguin.

La céphalalgie disparut en même temps que l'écoulement de sang, c’està-dire le lendemain.

Jamais on n’a observé d'écoulement de pus par les oreilles...

Comme dans les deux observations précédentes, nous voyons ici l'otorragie être précédée de violentes douleurs, de bourdonnements d'oreille et de surdité. Après l'écoulement de sang, tout rentre dans l’ordre.

Ces hémorragies consécutives aux accumulations de sang dans la caisse peuvent donc être considérées comme salutaires, au moins dans quelques cas, car elles font disparaître les symptômes auxquels donnait lieu la présence de sang dans l'oreille moyenne; de plus, dans les cas d’hémorragies apoplectiques, elles évitent aux malades de graves complications cérébrales.

B. Lésions inflammatoires chroniques.

8 [. Utite moyenne chronique suppurée.

Otorragies consécutives aux ulcérations de la carotide interne.

L'otite moyenne chronique suppurée constitue certainement la partie la plus importante de notre travail, non seulement par sa fréquence mais encore par Ja gravité de ses complications dont quelques-unes méritent tout particulièrement d'attirer notre attention.

Cette affection est plus fréquente chez l’enfant que chez l'adulte; elle est l'indice d’un mauvais état général et survient souvent d'ernblée chez des enfants malpropres qui se trouvent dans de mauvaises conditions hygiéniques, chez des scrofuleux, chez des tuberculeux.

Elle laisse écouler par le conduit et à travers le tympan perforé du pus jaune verdâtre, d’odeur fétide et en plus ou moins grande quantité. Cet écoulement purulent présente quelquefois des stries sanguinolentes.

Les vertiges et les bourdonnements sont généralement peu accentués; quant à la douleur, le plus souvent elle fait défaut.

La fonction auditive est habituellement affaiblie; dans certains cas cependant elle peut être intacte et dans d’autres complètement perdue.

La suppuration de l’oreille moyenne dure généralement de longues années, car, outre qu’elle se présente le plus ordinairement chez des sujets scrofuleux, elle est entretenue soit par des granulations fongueuses, soit par des polypes, soit même par des tumeurs malignes.

Les hémorragies que l’on rencontre dans le cours des otites moyennes chroniques suppurées sont habituellement la conséquence de ces néoplasies qui font une poussée aiguë, ou chez

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les femmes une poussée cataméniale; ou bien elles sont liées à la nature même de la tumeur qui fait qu’elle saigne facilement.

En général, l'écoulement de sang est l’indice de bourgeons charnus, mais si l'examen n’en révèle point l’existence, il faut penser à des fongosités de la caisse et alors l’hémorragie est l'indice d'une otorrhée fongueuse.

Nous pouvons prendre comme exemple d’hémorragie cataméniale consécutive à l’otorrhée le cas dont nous avons parlé dans notre chapitre des Hémorragies substitutives. Il s’agit d'une jeune fille qui avait une oforragie gauche chaque fois qu'elle avait ses rêgles. L'examen de son oreille révéla une destruction complète de la membrane du tympan qui laissait voir dans la caisse de grosses granulations rouges, d’où suintait le sang.

Pour ce qui est des polypes et des granulations fongueuses siégeant dans la caisse, on conçoit avec quelle facilité elles peuvent produire des écoulements sanguins, le plus petit effort suffisant souvent à les provoquer (toux, éternuement, etc.). Quant aux tumeurs malignes de l'oreille moyenne, les hémorragies qu’elles produisent tiennent à leur nature même.

Nous en reparlerons d’ailleurs dans notre prochain chapitre.

Nous avons eu l’occasion de constater à la consultation des maladies de l'oreille trois cas d’otorragies consécutives à des otites moyennes chroniques suppurées avec présence de polype de la caisse dans l’un et de fongosités saillantes dans les autres.

Nous allons reproduire succinctement ces trois observations.

OBSERVATION XLI (personnelle).

Petit garcon, âgé de 8 ans, amené à la clinique otologique, le 28 janvier 4896; ne présente rien à noter du côlé des antécédents héréditaires.

À depuis l'âge de 2 ans un écoulement purulent de l'oreille gauche. 12 Ysambert,.

Le 20 juin 4895, il fut amené, pour la première fois, à la consultation, son oreille rendant à ce moment-là et depuis quelques jours seulement du pus mélangé de sang.

Le pus était jaune verdâtre et très fétide et le sangétait «d’un beau rouge ».

Diagnostic porté sur le registre de la clinique, à cette époque-là : « Otite moyenne suppurée à gauche avec polype de la caisse et otorragies. Pas de végélalions adénoïdes ».

Le 4% juillet, le petit malade fut opéré : ablation du polype, curetlage de la caisse.

Plus tard, ablation du marteau qui était en partie nécrosé. Pansements secs el humides alternativement.

Aujourd'hui la guérison est complète avec surdité de l'oreille intéressée,

OBSERVATION XLII (personnelle).

L. S..., âgé de 10 ans, amené par sa mère à la clinique, le 28 janvier 1896; rien à signaler du côté des antécédents héréditaires.

Vers l’âge de 2 ans, a ressenti de violentes douleurs dans l'oreille gauche, puis a eu ensuite par la même oreille un écoulement purulent, jaune-verdàtre et très félide. Cette oreille a continué à couler, mais depuis environ 18 mois le pus est mélangé de sang.

L'oreille droite coule également, mais depuis un an seulement et par intermiltences. L'écoulement est en outre bien moins abondant et simplement purulent.

Les parents de cet enfant, habitant à la campagne, l’amenèrent à la clinique, il y a environ trois mois, pour la première fois.

À l'examen de l'oreille gauche, on constala alors la présence d'un polype dans l'oreille moyenne. L’extraction de ce polype fut faite.

Le 28 janvier 1896, le pelit malade est ramené par sa mère, sa situation ne

s'élant point améliorée et tous les symplômes ayant persisté, écoulement de pus, otorragies, etc. à

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