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INTRODUCTION

Cet ouvrage est une deuxième édition de ma Sémiologie des Affections du Système nerveux parue en 1900. Compris alors dans le Traité de Pathologie générale du Professeur Bouchard, il est réédite a uj our d’hui iso lément.

Le domaine des sciences médicales est infiniment caste. Se rattachant de près ou de loin à toutes les branches de l'activité scientifique , les conquêtes en médecine sont sujettes à d’incessantes modifications. Seul cependant le territoire de l’ observation proprement dit paraîtrait, a priori, devoir constituer quelque chose d'essentiellement fixe. La Sémiotique, qui n’est, en somme, que l'exposé des données fournies par l'observation , des rapports qui existent entre les facultés sensorielles du médecin et les troubles objectifs présentés par les malades, semblerait devoir être, de toutes les parties de la Médecine, celle qui devrait le plus rapidement se constituer à l’étal définitif. A ce compte, ce livre ne serait qu'une réimpression. Dans le fait, pour le mettre an courant de tous les progrès réalisés au cours de ces treize dernières années, il a été nécessaire de le modifier sur bien des points, de le compléter sur bien d’autres , en sorte qu'il se présente aujourd'hui, suivant la formule habituelle, « complètement revu et considérablement augmenté ».

C’est que tout d'abord la Sémiologie proprement dite s'est accrue je n'oserais pas dire qu'elle s’en soit toujours enrichie — d'une quantité de symptômes nouveaux dus èi une observation plus attentive et surtout peut-être plus nombreuse. Beaucoup d'affections du système nerveux ayant une évolution extrêmement lente présentent de ce fait nombre de symptômes à modifications progressives.

Bien des acquisitions de la Sémiologie moderne ne résultent, en somme, que de l'élévation au grade de symptôme proprement dit, de transitions, d’aspects successifs d' un même symptôme en voie de constilu-

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lion définitive. Que l'on prenne pur exemple des symptômes d'ordre général comme la paralysie ou la contracture et il est aisé de concevoir qu’à chaque dey ré de paralysie ou de contracture , qu'à chaque muscle considéré , puisse correspondre une symptomatologie spéciale, mais dont l'avantage pourra paraître discutable. Pour ma part je me suis parfois demandé si, à ce point de rue et eu dehors île quelques acquisitions vraiment non celles et précieuses , lu Sémiologie des Affections du système nerveux n était pas en train de perdre, en précision et eu clarté, une grande partie de ce qu'elle avait pu, au cours de ces dernières années, gagner dans l'abondance d'une symptomatologie <le détail.

Plus précieuses que celles qui résultent île la dissection fine des troubles nerveux, plus intéressantes que cette poussière de symptômes . me paraissent être les conquêtes apportées par des méthodes nouvelles d'observation ; c'est ainsi qu'une Sémiologie due à i intervention des méthodes de laboratoire et dont il m'a fallu tenir un large compte, s'est constituée à peu près entièrement nouvelle. Aussi bien ai-je introduit dans ce livre, pour ne citer qu'un exemple, un chapitre spécial sur la Sémiologie du liquide céphalo-rachidien.

Puis c'est l’observation psychologique qui a pénétré dans le domaine des affections organiques du système nerveux. C'est ù elle, en somme, que nous sommes redevables de la constitution de syndromes entièrement nouveaux, tel, pour n'en citer qu’un seul particulièrement important, celui de TApraxie.

Par ailleurs , les faits ne prennent leur valeur réelle que parleur groupement, par la signification gui s'attache à eux. I n symptôme ne saurait, aux yeux de l'observateur , être abstrait de son sens pathogénique, de sa valeur diagnostique. On saisit dès lors, combien, non pas tant dans sa matière même, que dans son arrangement, un traité de Sémiologie doit se trouver modifié par l' intervention il' interprétations neuves , par la création de pathogénies nouvelles. Tels symptômes, en eux-mêmes constants, prendront figure tout autre, parce qu'ils seront groupés, réunis par les liens d'une pathogénie ignorée jusquelà. L'étude d’un symptôme ne comprend-elle pas en effet la connaissance de ce que Ton dénomme sa Valeur sémiologique ? Si bien que lu Sémiologie, en théorie peu sujette à variations, se trouve, dans le

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fait, suivre toutes les étapes de la Science médicale , progressant des groupements cliniques formés par la simple observation , jusqu uns qénérali salions des synthèses pathoyéniques. Je prendrai comme exemple la Sémiologie des atteintes radiculaires qui, bien que présentant des signes nouveaux, s’est trouvée surtout enrichie par l' interprétation donnée tant aux faits nouveaux qu’à ceux déjà connus et classes. Telles encore toutes les manifestations d’ordre fonctionnel qui , avec le même corps, se présentent revêtues d’un habit entièrement neuf, parce qu’on a su voir en elles des aboutissants divers il une commune atteinte, parce qu’on a su les relier par leur cause pathogénique gui est l’émotion.

l)e toutes ces modifications subies par la Science neurologique et conformes aux lois qui régissent T évolution de toutes les sciences d observation, j’ ai été obligé de tenir le plus grand compte, cherchant ainsi à donner dans ce livre non pas seulement la matière de l’observation neurologique, mais encore son intell agence. Celle-ci, par ailleurs, m’a paru souvent impossible à établir si l on n arrivait pas à relier bien des symptômes aux substratums anatomiques qui les commandent. En Médecine il faut penser physiologiquement. Or, dans le domaine de la Neurologie, physiologie et anatomie se confondent. Peut-être n’est-ce là qu’une période transitoire et la Physiologie du système nerveux arrivera-t-elle un jour à constituer une science autonome en relation plus avec T Histologie qu’avec l’Anatomie proprement dite. Mais nous sommes encore loin île cette époque et je ne puis m empêcher de constater que, pour l’instant, et sans qu on puisse prévoir sa déchéance, l’Anatomie du système nerveux à laquelle, aidé d’une précieuse et chère collaboration, j ai consacre la majeure partie de mon existence, domine largement la Pathologie nerveuse. Seule elle permet de lu comprendre. Sans elle , des chapitres complètement remaniés en cette édition, comme ceux gui ont trait à toutes les modalités des troubles de la motilité et de la sensibilité, seraient simplement incompréhensibles. Ces chapitres — d’autres encore, on les trouvera illustrés de nombreuses figures et planches an ah ■uniques nouvelles, dont je puis, sans modestie, faux la louange, puisqu ils sont l’œuvre de Madame Dejerine et que je sais la somme de travail quelles lui ont coûté.

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Quelle ([lie soit résolution synthétique de la Neurologie, il rien est /ms moins vrai que les mêmes raisons gui rendent possible la multiplication à l'infini des symptômes, multiplient aussi les aspects sous lesyucls se présentent les malades. Suivant l’âge île la lésion, suivant son mode d'évolution, suivant la prépondérance de l'atteinte lésionnelle dans telle ou telle région, un malade diffère considérablement d'un autre atteint exactement de la même affection gue lui. Anatomiquement, pathogèniquement, c'est la même maladie. Il semble cependant gue ce ne soient pas les mêmes malades. Suivant leur point d'application, des causes identiques donnent naissance à des symptômes objectifs divers. De telle sorte gue le progrès du à une classification logique des observations ne peut guère se faire que par une abondante documentation, faisant saisir toutes les transitions et, arec toutes les différences, toutes les parentés.

C'est donc de toute lu documentation recueillie par moi nu cours de ces treize dernières années, que se trouvera encore augmenté le livre que je publie aujourd'hui. Il m'a paru que c'était pour moi un véritable devoir que de faire profiter les médecins et les étudiants des observations que fui pu faire à la Salpêtrière, tant comme Médecin <le cet hospice que comme Professeur de Clinique des Maladies du Système nerveux. J'ai pensé que ceux qui liraient cet ouvrage feraient ainsi en quelque sorte une véritable économie d’expérience.

Enrichi d'un matériel personnel, mis au courant de tous les faits nouveaux apportés par la science contemporain ?, rédigé cependant en tenant continuellement compte de ce que, si l'a nu lyse est un moyen, In synthèse est le but vers lequel doit tendre tout esprit intelligent, ce livre trouvera, je l’espère, le même bon accueil que son aîné. Cet accueil il le devra, à coup sûr, en partie à mes éditeurs, )IM. Masson et Cie, qui ont mis, à cette deuxième édition de ma Sémiologie des Affections du Système nerveux, un soin, une patience et un dévouement au-dessus de tout éloge et dont je ne saurais trop les remercier.

Avril 1 î) 1 4.

J. DEJERIXE.

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