SCÈNE I
ZAKIR, seul, apparaît farouche et furieux au sommet des terrasses et descend d'une façon brusque.
Où sont-ils, heureux et cachés,
se redisant l'aveu d'un mutuel amour?
Où sont-ils, mêlant leurs caresses, en extase,
tandis que je promène mon inutile rage ?
Un instinct m'a conduit aux jardins suspendus.
Cette solitude embaumée attire des amants.
En vain je veux douter! Sémiramis est amoureuse I
J'entends encore ses paroles amères,
je revois ses regards, si différents
selon qu'ils se posaient ou sur lui ou sur moi.
Cette main qui montrait la route à la victoire,
cette main consacrée au sceptre et à l'épée,
je l'ai vue s'attarder complaisante, sur le cou de l'otage.
Que faire, ô Dieux d'Assour, et comment supporter
la pensée de leur joie, l'image de leur volupté ?
Si longtemps j'ai caché mon amour sans espoir !
Sémiramis planait à des hauteurs sacrées,
au-dessus de Ninive, au-dessus de ce monde.
J'étais encor favorisé parmi tous ceux qui l'adoraient. Mon secret m'eût suivi dans la tombe !
Pourquoi a t-elle irrité ma détresse et provoquéjmon désespoir?
Je suis ce fanatique qui se relève de prier,
et qui voit son idole rire et grimacer !
Oh! je la maintiendrai de force, sur l'autel
où son génie et le culte d'un peuple l'ont montée !
Suis-je un rival qui assouvit sa haine?
Non, je sers d'instrument aux Dieux.
Je sauve la Patrie, la Reine, tout l'Empire.
De si grands intérêts effacent mon serment;
j«e frappe, en gnerrier, un ennemi de la cité.
Avec le dernier souffle du sorcier égyptien
cette passion funeste s'exhalera du cœur de ma maîtresse.
Avant que ce soleil, à l'horizon, s'éteigne,
j'aurai purifié Ninive d'une infâme présence.
Soulag-é de mon atroce peine, je verrai sur mes mains
pourpres de la vengeance, le sang de Keth-Aour.
Il remonte les terrasses et disparaît.