‹ SemiramisChapitre 23 sur 50 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ZAKIR, seul, apparaît farouche et furieux au sommet des terrasses et descend d'une façon brusque.

Où sont-ils, heureux et cachés,

se redisant l'aveu d'un mutuel amour?

Où sont-ils, mêlant leurs caresses, en extase,

tandis que je promène mon inutile rage ?

Un instinct m'a conduit aux jardins suspendus.

Cette solitude embaumée attire des amants.

En vain je veux douter! Sémiramis est amoureuse I

J'entends encore ses paroles amères,

je revois ses regards, si différents

selon qu'ils se posaient ou sur lui ou sur moi.

Cette main qui montrait la route à la victoire,

cette main consacrée au sceptre et à l'épée,

je l'ai vue s'attarder complaisante, sur le cou de l'otage.

Que faire, ô Dieux d'Assour, et comment supporter

la pensée de leur joie, l'image de leur volupté ?

Si longtemps j'ai caché mon amour sans espoir !

Sémiramis planait à des hauteurs sacrées,

au-dessus de Ninive, au-dessus de ce monde.

J'étais encor favorisé parmi tous ceux qui l'adoraient. Mon secret m'eût suivi dans la tombe !

Pourquoi a t-elle irrité ma détresse et provoquéjmon désespoir?

Je suis ce fanatique qui se relève de prier,

et qui voit son idole rire et grimacer !

Oh! je la maintiendrai de force, sur l'autel

où son génie et le culte d'un peuple l'ont montée !

Suis-je un rival qui assouvit sa haine?

Non, je sers d'instrument aux Dieux.

Je sauve la Patrie, la Reine, tout l'Empire.

De si grands intérêts effacent mon serment;

j«e frappe, en gnerrier, un ennemi de la cité.

Avec le dernier souffle du sorcier égyptien

cette passion funeste s'exhalera du cœur de ma maîtresse.

Avant que ce soleil, à l'horizon, s'éteigne,

j'aurai purifié Ninive d'une infâme présence.

Soulag-é de mon atroce peine, je verrai sur mes mains

pourpres de la vengeance, le sang de Keth-Aour.

Il remonte les terrasses et disparaît.

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