‹ SemiramisChapitre 40 sur 50 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SÉMIRAMIS, seule.

Victoire, je ne sens plus le frais battement de tes ailes ! Sceptre, à ma main tu résistes!

Ma puissance me quitte : le passé me renie. Choses de la force et du fer, vous voilà indociles. Je vous regarde en face, nouvelles ennemies ! Destinée formidable, destinée de fléau, flammes des incendies et clameurs des massacres, fantômes pleins de sang*, ruines pleines de cendre, à barbare excès, comme je vous renie ! Comme a pâli votre prestige, dès son premier baiser ! Le sourire d'un seul l'a emporté sur l'amour d'une race. Idole insensible et muette, je n'ai droit qu'à l'encens. J'ai donné à ce peuple ma beauté, ma jeunesse, il veut encore me ravir mon amour !

Les trésors des nations, je les ai entassés àNinive. Assour vivra longtemps à l'abri de mon nom. Pour quelle récompense ai-je fait tant d'efforts? Comme toi, Derkéto, je renonce à l'immortalité et je vais au bonheur qui m'attend.

Mes légions vont paraître.

Aux accents de ma voix, sous la domination de mon regard je les retrouverai fidèles! Déjà, elles s'assemblent.

Trompettes.

C'est le dernier combat! Sera-ce une victoire? J'implorerais les dieux, si je n'étais déesse.

OURKAM

Entends-tu cette sourde rumeur, Sémiramis ! Des jardins investis, tu ne peux plus sortir.

Keth-Aour vient me délivrer!

Il vient aussi le sanglier qui tuera ton Tammuz, Zakir-Iddin, l'incarnation de ton passé et ton péril vivant. NARAM-SIN

Que faire, ô dieux d'Assour, qui soit propice?

OURKAM

Désormais, la pensée elle-même se tait devant l'événement. Oui, elle restera Sémiramis la Grande.

Page 1