‹ Sénégambie et GuinéeChapitre 24 sur 25 · DE TOUS LES PEUPLES · texte numérisé non relu

DE TOUS LES PEUPLES

DE LEURS RELIGIONS, MŒURS, COUTUMES, etc.

ABYSSINIE

PAR M. A. N. DESYERGERS.

OUR ce vaste continent d'Afrique, qui nous offre à la fois les plus vieux monuments de l'industrie des hommes, et les ébauches les plus grossières d'une civilisation au berceau , il est, au sud de l'Egypte et de la Nubie, une contrée qui, pendant bien des siècles, s'est dérobée a tous les regards. Comprise sous le nom générique d'Éthiopie, que les anciens donnaient à tous les pays habités par des races à couleur foncée , l'Abyssin ie restait inconnue même aux peuples qui l'entourent. On ignorait ses hautes montagnes , ses fleuves rapides , et l'Égypte, en voyant chaque année le Nil inonder ses campagnes , acceptait le bienfait sans en connaître l'origine.

Tout était mystère au-delà des plaines de sable qui avaient enseveli les soldats de Cambvse, quand au moyen âge le nom d'Abvssinie retentit pour la première fois cnez les nations de l'Europe. On apprit qu'au sein de l'Afri-

lre livraison. (Abyssinîe.)

que un peuple chrétien défendait avec succès son indépendance contre l'islamisme, vainqueur de toutes parts, et cette étrange nouvelle excita bientôt l'intérêt le plus vif. Au silence complet de l'histoire et de la géographie, succédèrent mille récits exagérés, mille rapports trop légèrement accueillis par une curiosité crédule, puis enfin la vérité se fit jour : des hommes consciencieux et savants étudièrent la langue du pays, consultèrent ses annales , et malgré de nombreuses lacunes, leurs ouvrages sont devenus pour nous des sources précieuses. Les missionnaires du XVIe siècle, et plus tard de hardis voyageurs , ont soulevé le voile qui cachait à nos yeux l'histoire de PAbyssinie. Toujours réduits, il est vrai , à de simples conjectures pour les temps qui précédèrent nos relations avec ces contrées y nous pouvons du moins maintenant suivre, a partir des dernières années du XVe siècle, cette

L'UIUVRRS.

demi - civilisation , qui après s'être conservée comme par miracle pressée qu'elle était de tous côtés par de sauvages ennemis , est peut-être au moment de disparaître sous les efforts de l'anarchie , plaie terrible pour les peuples qu'elle atteint.

Considérée sous un point de vue général, l'Abvssinie doit être regardée comme un plateau fort élevé, qui sépare le bassin de la Méditerranée de celui de l'océan Indien , et dont la pente , doucement inclinée au nordouest , se termine à Test et au sud par deux escarpements rapides. Ce vaste territoire, borné au nord par le Sennaar , au levant par la mer Bouge, au midi et au couchant par des contrées de l'intérieur de 1 Afrique qui nous sont presque entièrement inconnues , s'étend, sur une longueur de deux cents lieues, entre les quinzième et septième degrés de latitude nord ; sur une largeur égale, entre le trentedeuxième et le quarante et unième degré de longitude à l'est du méridien de Paris. De hautes chaînes de montagnes la sillonnent , et paraissant se rattacher aux différentes hauteurs de toute cette partie de l'Afrique , semblent former un système à part dans l'orographie générale de ce continent.

Deux de ces chaînes courent du nord au sud, puis détachent de longues ramifications qui enserrent tout le plateau , ne laissant entre elles que des plaines de peu d'étendue, où s élèvent encore des groupes isolés.

D'anciens voyageurs avaient cru que les montagnes de l'Abvssinie surpassaient en hauteur toutes celles de 1 Europe ; mais une mesure plus exacte n'a pas continué cette assertion , et le dernier Européen qui ait visité ces contrées, M. Ruppell, ne pense pas que leurs sommets les plus élevés aient plus de 13,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. C'est donc moins une grande élévation qui les signale à l'attention de l'observateur , que leur nombre et l'effet constant des nuages qu'elles condensent autour de leurs pies aigus, et qui se résolvant en pluie, rendent seuls habitable la longue vallée

du Nil. A défaut de renseignements

Sositifs sur la constitution géologique e ces reliefs, nous pouvons y suppléer jusqu'à un certain point par I'odservation des formes qu'ils anectent.

« Quelques-unes de ces montagnes, « dit Bruce, sont tellement minces et « plates, que s'élevant comme un « mur immense, on s'étonne qu'elles « puissent résister à la force du vent. « Il en est qu'on prendrait pour des « obélisques , d'autres pour des pris- « mes , et d'autres enfin qui, comme « des pyramides posées sur la pointe , « et la base dans les airs , semblent « donner un démenti à toutes les idées « reçues sur les lors de la pesan- « teùr. »

En faisant ici la part de quelque exagération, on peut du moins présumer que ces formes déchirées et bizarres , ces squelettes dont les arêtes aiguës bravent la tempête , ne peuvent appartenir qu'à une nature volcanique ou à des roches de première formation.

Les pluies périodiques qui, chaque année, transportent le sol de l'Ethiopie jusqu'aux rivages de la Méditerranée, nous serviront encore à expliquer leur configuration singulière. En dépouillant les montagnes de toutes les couches dont la désagrégation est possible , elles n'y laissent |.lus que des roches de granité et de quartz , modifiées elles-mêmes par les traces profondes que parviennent à y creuser les déluges du tropique.

Ces torrents d'eau qui, pendant cinq mois de l'année, de mai en septembre, privent les Abyssins de toute communication au dehors y vont grossir une foule de petites rivières, dont la réunion forme des fleuves et des lacs d'une grande étendue. Le plus grand de tous ces lacs, celui de Dembca, est traversé par le Bahr-el-Azrak ou ÎNil- Kleu, l'un des principaux affluents dont la réunion forme le IN il d'Égypte. Un peu plus au nord, le Tacazé va porter au même Qeuve le tribut de ses eaux , tandis que le Hanazo , le Hawasch et le Zébe se dirigeant vers la mer d'Arabie, ce dernier seul y parvient , et les deux autres voient ,

ÀB YSSINIE.

avant d*y atteindre, leurs eaux englouties par les sables.

On peut se figurer sans peine combien doit être riche la flore d'un pays montagneux , humide . où le soleil lance toute Tannée ses teux verticaux, et où une température variée , déterminée par des niveaux différents, offre de fréquents contrastes. Malheureusement les savantes investigations du botaniste n'ont point encore interrogé la n:iture dans ces contrées sauvages, et nous n'avons, pour nous guiderdans la connaissance du règne végétal en Abyssin ie, que les descriptions souvent incomplètes de quelques voyageurs. Comme dans tous les pays situés sous (a zone torride, la présence de l'eau appelle toutes les richesses d'une végétation v igoureuse. Les plaines arrosées par des fleuves offrent, non pas d'immenses forêts, mais des massifs rapprochés d'arbres touffus, dont les formes variées attestent la puissance du climat des tropiques. Le gigantesque baobab, dont le tronc a quelquefois quatre-vingts pieds de tour , étend au loin des branches nombreuses garnies de feuilles d'un vert éclatant, et ses derniers rameaux , retombant vers la terre , forment des arcs de feuillage qui, dans leur ensemble, ont plutôt l'air d'un bois épais que d'un seul arbre. Le daro, qui se plaît au bord des torrents, semble choisir, pour les protéger de son ombre bienfaisante , les sites les plus pittoresques ( voy. la pl. 4). Des sycomores toujours verts, des tamarins , de hauts dattiers , le kuara aux fleurs plus rouges que le

S lus beau corail , le mimosa qui prouit la gomme, l'arbre cusco, le wansey y dont les fleurs blanches s'ouvrnnt toutes à la fois semblent une neige nouvelle, toutes ces riches productions s'élèvent par bouquets au milieu d'élégants arbustes et de fleurs odoriférantes dont les plaines humides sont entièrement tapissées, tandis que des plantes grimpantes , la liane flexible , la vigne toute chargée de petites grappes noires, courent d'arbre en arbre , suspendues en festons comme pour un jour de fête. A l'ombre de ces im-

menses dais de verdure , des milliers d'oiseaux , des singes de différentes espèces viennent chercher une retraite, et, par leurs mouvements agiles ou leurs chants joyeux , égaient une solitude que les pas de l'homme ont rarement troublée.

Dans les contrées plus arides, le cactus . l'espèce d'euphorbe appelée kofquau, le palmier nain , le kantufja couvert d'épines, donnent seuls quelque apparence de végétation à une terre rougeàtre que des sources bienfaisantes n'arrosent jamais. Là , le chacal , la hyène poursuivent des troupes nombreuses de gazelles et d'antilopes , qui , par leur course rapide , se dérobent quelquefois à ces cruels ennemis. Dans les régions montagneuses, les oliviers sauvages, les cèdres élevés servent d'asiles aux lions, aux lynx, aux panthères, à tous ces monstres dont l'Afrique est comme la patrie. Sur le bord des étangs ou des rivières, les cannes, les bambous, le papyrus élancé , dont la tête est couronnée d'un gracieux panache, baignent leur pied dans l'eau limpide; mais leurs ti^es élégantes et frêles sont souvent brisées par le passage du rhinocéros bicorne ou du pesant hippopotame, dont la chasse est, pour les Abyssins qui habitent les bords du Tacazé , une occupation favorite :

tapis dans les touffes de verdure qui parent les rives du fleuve , ils saisissent l'instant rapide où l'animal montre au-dessus de l'eau sa tête énorme, et leur coup d'oeil exercé triomphe souvent de sa défiance (vov. pl. 3).

Si nous admirons tant de richesses répandues sur le sol de l'Abyssinie; si , parcourant toute l'échelle de la végétation, nous voyons le magnifique palmier, l'arbre à baume, le cafler a la fève aromatique, commencer une série qui s'élève sur la pente des montagnes , et se continue jusqu'aux derniers lichens cachés sous la neige, nous devons penser que la nature n'a point refusé non plus aux habitants ces graminées humbles dans leurs formes, mais dont les graines sont pour l'homme la nourriture la plus

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précieuse. En effet, 16 froment, le maïs, l'orge, l'avoine atteignent en Abyssinie des dimensions extraordinaires. \jiteff, inconnu à nos climats, se couvre au printemps de fleurs empourprées , puis de graines oblongues qui donnent une farine savoureuse; et si les récoltes sont dévorées par ces nuées de grandes sauterelles , qui quelquefois détruisent en un jour l'espoir du laboureur, Vensète, espèce de bananier dont le fruit n'est pas mangeable, offre dans sa tige, quand elle n'a pas encore acquis toute sa croissance, un aliment abondant et exquis.

Saisir quelques traits d'un pays que sa position géographique et ses nombreux reliefs rendant extrêmement varié, c'est à peine ce que nous avons pu faire dans cette rapide nomenclature. Toute généralité devient une inexactitude dans des contrées où de brusques transitions interrompent Tordre de la nature, et rapprochent au même canton la zone torride des glaces du pôle. Nous allons maintenant entrer dans quelques détails sur les divisions nombreuses de cette grande région, et nous tâcherons , plus tard, de suppléer , pour chaque localité , à ce que peut avoir d'insuffisant une description que l'état incomplet des connaissances actuelles sur ce pays contribue malheureusement à rendre peu facile.

Il serait plus difficile encore d'indiquer avec exactitude les divisions politiques d'une contrée qui, depuis plusieurs siècles , a toujours été ravagée

Sar des guerres étrangères ou par des ivisions intestines. Long-temps elle n'a formé qu'un empire dont le chef, sous le titre pompeux de roi des rois, commandait à de nombreux gouverneurs placés chacun à la tête d'une province, et, dès cette époque, les voyageurs sont en contradiction sur le nombre de ces gouvernements. Heureusement, une division toute tranchée, toute naturelle, vient s'offrira nous. L'ethnographie, cette classification la plus durable de toutes celles qu'on puisse faire, nous indique en Abyssinie deux contrées bien distinctes,

l'Amhara et le Tigré, Tune où Von parle la langue amharique, usitée à b cour , la seconde où l'on parle le gheez, idiome dans lequel sont écrits les livres des Abyssins; possédant l'une et l'autre beaucoup de racines empruntées à la langue arabe , la première s'en éloigne pourtant par ses formes grammaticales, tandis que l'autre est regardée comme faisant partie de la famille des langues sémitiques.

Cette vaste portion de 1* Abyssinie,

3ue nous appelons Amhara , se subivise en quelques provinces, dont les noms reviennent trop souvent dans l'histoire pour que nous puissions les passer sous silence. C'est d'abord le Dembea, formé par les vastes plaines qui entourent le lac de ce nom, et où se trouve Gondar, la moderne capitale de l' Abyssinie. Au sud du Dembea, le Nil- Bleu enserre la province de Godjam , dont il forme ainsi une vaste péninsule. A l'est du Godiam, le fiedjemder; et, plus au sud, Y Amhara proprement dit, séjour d'une brave noblesse , qui, donnant aux modernes Abyssins et les coutumes et le langage , a imposé son nom à toute cette partie de l'empire. Entre le royaume d'Amhara et celui de Tigré , s'étend une série de chaînes montagneuses, dont les vallées étroites sembleraient devoir être entièrement privées de richesses agricoles , et qui cependant nourrissent, depuis près de trois mille ans, une colonie de Juifs venus en Éthiopie à l'époque de la conquête de la Judée par Nabuchodonosor.

Sous le nom de Falascha, ces Juifs ont conservé jusqu'à nos jours leur reli-

Îion, leurs mœurs et leurs institutions, mpatients du joug et confiants dans leurs inaccessibles retraites, ils ont souvent troublé la paix de l'état et dicté quelquefois des lois à leurs maîtres.

Le royaume de Tigré occupe, à l'est, tout l'espace compris entre le Tacazé et ces tribus de Troglodytes (*) qui,

(*) Le mot trogtè signifiant en grec une caverne, les anciens appelaient Troglodytes les peuplesqui, romroeles tribus dont nous parlons ici, faisaient leur demeure de ces abris naturels.

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depuis PÉgypte jusqu'au détroit de d'être maintenus depuis trois ans en

BaD-el-Manâeb, habitent les côtes afri- garnison sur les frontières de l'Egypte,

caines. Si nous joignons à ces divisions passèrent d'un commun accord chez

principales la province de Schoa , qui les Éthiopiens , et allèrent se fixer

se gouverne à présent par elle-même , dans le sud , aussi loin de Méroë que

mais que les rois d'Abyssinie ont long- eette place est éloignée d'Éléphantine.

temps choisie pour résidence, et Damol, Ils prirent dans ce pays le nom d'As-

où Ton trouve de riches mines d'or, mach ou Aschain, et on a voulu les

nous aurons achevé une esquisse topo- identifier avec les Axumites, ou habi-

graphique de l'empire abyssin propre- tants d'Axum, ancienne cité du Tigré

ment dit : les provinces plus éloignées septentrional , où les rois vont ceindre

se trouvent au pouvoir des. G alias , la couronne , et où des prêtres con-

Schangallas et autres tribus sauvages , servent avec soin les anciennes chro-

dont Tes continuelles irruptions ont niques du pays,

fait tant de mal à ces malheureuses Si l'histoire nous a conservé des preu-

contrées. ves de l'inlluence égyptienne en Éthio-

Parmi les différentes opinions qui pie ; si nous avons vu plus haut qu'une

ont été émises sur l'origine des peu- colonie de Juifs vint dès le temps de Ka-

{)les de l'Abyssinie, il en est une qui buchodonosor y fixer sa demeure, il a reporte aux Arabes, l'autre qui n'est guère possible de douter non plus place en Egypte le berceau des Abys- que cette contrée n'ait reçu du Heujaz sins. Pour nous , sans nous appuyer ou de l'Yémen , une race arabe qui lui sur des conjectures là où l'histoire est porta son langage : il s'altéra plus tard muette ; sans nous arrêter à une troi- par le mélange d'autres idiomes, maison sième hypothèse et vouloir discuter si en retrouve des traces certaines dans l'Égypte doit au contraire à l'Abyssi- le gheez, que parlent les tribus voin ie ses premiers habitants , et si Cusch, sines de la mer. petit-fils de Noé , effrayé par les tra- On pourrait donc considérer le pladitions du déluge, vint planter sa tente teau abyssinien comme occupé d'abord aux montagnes d'Ethiopie , nous pren- par des indigènes à peau noire et à drons pour guides les premiers sou- cheveux crépus , descendants , si l'on venirs de l'histoire. , veut, de Cusch, fils de Cham, et Ifs nous montrent déjà les Éthio- ayant laissé dans ce pays ces vestiges piens, nombreux et puissants, opposant nombreux d'habitudes troglodytiques a l'Égypte une barrière formidable, qu'y ont observés les voyageurs. Plus Plus tard , la population toujours crois- tard , les Éthiopiens , dont l'empire santé de cette dernière contrée les re- établi à Méroë se perd dans la nuit pousse vers le sud, et, remontant la des siècles, les Égyptiens, les Juifs, vallée du Nil, ils s'éloignent d'un en- les Arabes, venant'tour à tour se mènerai qui grandissait chaque jour dans 1er à cette population primitive, on une civilisation dont ils lui avaient concevra facilement le nom de Hapeut-être apporté le premier çerme. besch , ou peuple mélangé, que les Méroë semble avoir été le point où nations orientales ont donné aux cessa cet envahissement : dès lors ce Abyssins et dont nous-mêmes avons ne fut plus l'Égypte qui s'empara de formé leur appellation moderne en lui l'Éthiopie, seulement des bandes nom- donnant une terminaison appropriée breuses de réfugiés égyptiens se mê- au génie de nos langues. Ces peuples , lant aux indigènes y laissèrent des du reste , repoussent un nom qui leur traces profondes de leurs coutumes semble injurieux, et prennent celui de et de leurs croyances. Hérodote nous leurs différentes provinces , comme fait le récit d'une de ces migrations , Amharites , Tigréens , ou plus génequi eut lieu sous le règne de Psammi- ralement Caschtam (chrétiens). Ils sont tichus, et dans .laquelle deux cent nommés dans leurs livres Éthiopiens, quarante mille Égyptiens, fatigués mot qu'ils ont probablement em-

L'UNIVERS

prunté aux Grecs et qu'Homère emploie déjà en les appelant les plus ustes des hommes , ou .igazian, dont a signification en gheez est hommes libres ; les Romains les appelaient Axumites , du nom de la ville qui longtemps avait été la capitale de 1 empire.

Après l'émigration des Égyptiens, sous Psammitichus , cette partie de l'Éthiopie, dont nous rapportons l'histoire, n'est plus mentionnée jusqu'à l'expédition que forma contre elle Cambvse, roj des Perses, lorsqu'il eut soumis l'Egypte.

Ce prince ayant entendu parler des richesses que possédaient les Ethiopiens macrobiens (*) , et des prodiges de la Table du soleil, merveilleuse prairie qui , chaque nuit , se couvrait d'une quantité de viandes toutes préparées, dont chaque matin les habitants venaient prendre leur part , résolut de conquérir cette précieuse contrée. D'abord il voulut y envoyer des espions qui , revêtus du caractère d'ambassadeurs , pussent tout observer sans crainte : des ichthyophages , ou mangeurs de poisson, habitant File d'Éléphantine , furent chargés decette mission et portèrent au souverain d'Ethiopie une robe de pourpre, un collier d'or, des bracelets, des parfums et un tonneau de vin de palmier. Ce dernier présent fut le seul que voulut accepter le monarque macrobien , et encore leur donna-t-il en échange un arc d'une grandeur colossale: « Cen'est «pas, leur dit-il, le désir d'obtenir « mon amitié qui vous amène dans ce « pays; vous venez examiner les forces « de mes états , et votre maître n'est pas « un homme juste. Portez -lui de ma « part l'arme que je viens de vous re- « mettre, et dites-lui : Le roi d'Ethiopie

(*) Éthiopiens macrobiens , ou à longue vie. On les nom ma il ainsi paire qu'il existait, disait-on, dans k-ur pays une source dont l'eau donnait de nouvelles foires aux personnes âgéts qui s'y baignaient. Celle idée d'une fontaine qui pouvait rajeunir les vieillards, a long-temps préoccupé les anciens voyageurs, et nous voyons encore au iG* siècle les Espagnols croire qu'ils l'avaient enfin trouvée dans les Florides.

« conseille au roi de Perse d'attendre, « pour lui faire la guerre, que ses sol- « dats puissent facilement bander un « arc de cette grandeur. Jusque-là , qu'il « rende ^race aux dieux de n'avoir pas « inspire aux Ethiopiens ledésirdefaire « des conquêtes. »

Cambvse , furieux du mauvais succès de sa ruse , ne tint aucun compte d'un avis aussi sage. S'étant mis à la tête de ses troupes sans avoir seulement ordonné quon préparât des vivres, à peine avait-il quitté l'Egypte que la faim se fit sentir. C'est un ennemi terrible au désert , et le roi de Perse en fit une cruelle épreuve. Obligé de renoncer à une expédition mal combinée, il revint à Thèbes sans avoir combattu , et cependant la plus grande partie de ses soldats étaient ensevelis dans les sables.

Il serait impossible de vouloir fixer, d'une manière même approximative, les contrées occupées par les Éthiopiens macrobiens. On a pensé généralement qu'ils occupaient les côtes de l'Afrique à l'est du détroit de Bab-el-Mandeb :

Bruce les identifie avec les tribus sauvages appelées Schangallas, et un célèbre géographe, Malte-Brun, croit au contraire qu'on les doit chercher à l'ouest de l'Afrique parmi les véritables nègres. L'extrait suivant de Cosmos Iiidicopleustes (*) a peut-être rapport à ce peuple, et M. Heeren y a vu l'explication des merveilles de la Table du soleil : « AUx dernières li- « mites de l'Ethiopie, et non loin de « l'Océan , dit Cosinas , se trouve la « contrée de Sasou , riche en mines « d'or. Chaque année le roi d'Axum « y envoie quelques-uns de ses sujets « pour y recueillir ce précieux métal.

« Ils se joignent à d'autres marchands, « et parvenant ainsi à former une ca- « ravone d'environ cinq cents person- « nés , ils emmènent avec eux une « grande quantité de bétail. Arrives « aux frontières du pavs , ils s'arrè- « tent, plantent leurs tentes et s'eti-

(•) Moine égyptien qui voyagea au 6* siècle pour prouver que la terre élail plate et cariée.

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