‹ Sénégambie et GuinéeChapitre 9 sur 25 · I/UTS · texte numérisé non relu

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vont y traiter de Fhuile de palme, prennent-ils tontes les précautions possibles pour combattre cette insalubrité; ces bâtiments sont d'un grand tonnage, et il est rare qu'ils puissent compléter leur cargaison d'huile en moins de trois à quatre mois. Quand ils quittent l'Europe ils doivent d'abord s'approvisionner d'une grande quantité de sel aux îles du Cap- Vert, ou ailleurs sur la côte, toucher à la cote des Graines pour prendre des kroumanes, et a Fernando-Po pour y remplir toutes leurs pièces montées d eau douce, laquelle est fort difficile à faire dans la rivière de Bonny; ils achètent dans cette île des ignames en abondance, des cabris, des volailles, etc., non moins difficiles à trouver à Bonny. line fois en rivière , ils font un toit de paille sur le navire, descendent à terre les pièces à huile, font des fumigations fréquentes à bord, blanchissent toutes les parois intérieures du navire à la chaux, etc., etc.; malgré ces précautions, et quoique l'équipage soit remplacé par les kroumanes dans les travaux les plus rudes, il arrive rarement que les fièvres pernicieuses de cette rivière ne le déciment ou ne le maltraitent pas plus ou moins. — La rivière du Nouvean-Calebar est moins profonde et aussi moins fréquentée; cependant il y va également des navires en traite d'huile de palme.

Au-dessous de Bonnv la côte est toujours basse et boisée, découpée de temps en temps par des rivières et des criques, qui en font autant de terres marécageuses dont la richt sse de végétation flatte la vue, sans être nullement productive.; ce sont encore des mangliers, des palmiers et des chênes verts, tous arbres qui croissent dans les eaux saumâtres ; cette richesse de végétation n'est donc réelle qu'à une distance de quelques lieues dans 1 intérieur, sur les plateaux plus élevés que ces marécages. On passe ainsi devantla rivière peu importantedV/«</ony, dont la rive gauche est rendue inabordable par des oancs qui s'étendent à quatre et cinq milles au large, et au delà de plusieurs criques peu connues et peu importantes, on arrive devant la rivière du f'ieux-Calebar, La pointe d'entrée de la rive droite de cette rivière est appelée Tom Shol's; elle n'est pas élevée et n'a de relief que par les grands arbres

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qui la couvrent. Easi-Head et le cap Backassey, extrémités delà rive gauche, sont des terres basses et boisées, contournées par on banc considérable de vase verdâtre qui se prolonge assez loin vers le sud .

En remontant la rivière, on aperçoit d'abord l'Ile aux Perroquets, dans le sud de laquelle un long banc de sable dur se prolonge en rétrécissant le canal. Cette île est couverte d'arbres de toute espèce, comme les deux rives du fleuve, qui offrent la plus riche végétation; elle est presque inabordable en canot, à cause de l'épaisse ceinture de palétuviers qui garnissent ses bords. A partir de East- Head on compte quatre rivières sur la rive gauche : 1° Backassey, T Little- Bachassey , 3° Little- (Juâ , 4° Grande- Quâ. — Entre l'île aux Perroquets et la rive droite, on remarque, lorsqu'on est encore dans le sud, une large ouverture, que l'on pourrait prendre pour la rivière elle-même ; c'est une passe ou bras du fleuve ohstruée et rendue impraticable pour toute autre embarcation que des canots ou des pirogues par le grand banc qui s'étend vers le sud. L'ile James est couverte , comme l'île aux Perroquets , de grands arbres. Un banc de sable dur la contourne aussi ; mais il s'étend peu au large de l'île . si ce n'est vers la pointe sud-ouest , dont il forme un prolongement assez saillant, fermant ainsi la passe entre l'île et la rive gauche , sur laquelle s'élève le petit village de Fish- Town. Il faut, dans cette partie, éviter la rive droite ou les terres qui paraissent la former, à cause d'un banc considérable dont quelques parties assèchent de basse mer. La partie septentrionale de ce banc, transformée, pour ainsi dire, en île, par les palétuviers et les arbres nui s'y sont implantés, dessine la rive droite delà rivière Cross, à l'endroit même où elle vient avec la rivière du Vieux-Calebar se confondre dans une embouchure commune. Comme la partie méridionale de ce banc est composée de sable dur et de marécages, il faut, dès qu'on a longé à petite distance le côté occidental de f'île James, rallier de très-près la pointe des Sept- Brasses ( Seven-Fat/ionis ) , reconnaissable aux grands fonds qu'on y trouve, au banc et aux bouquets d'arbres placés en regard.

Dès qu'on arrive à la hauteur de cette

GUINÉE

pointe, on voit la rivière Cross se diriger vers lenord-nord-ouest(l)et celle du Vieux-Calebar vers le nord-est du monde environ. Mais alors il faut couper directement et passer sur la rive droite du Vieux-Calebar, pouréviter unbancde sable dur, ressemblant à du ciment et fort dangereux , qui contourne la pointe des Sept-Brasses dans sa partie orientale et longe la rive gauche de la rivière du Vieux-Calebar, jusqu'au village de Henshaw's-Duk, rétrécissant ainsi la rivière presque de la moitié de sa largeur et causant, faute d'être connu , l'échouage de beaucoup de bâtiments. Dans la route le long de la rive droite, on dépasse plusieurs petits creeks du marigots, peu apparents et peu larges, mais dont la plupart peuvent porter des pirogues à Creek-Town, village appartenant au roi Eyo. Après avoir doublé dans Test le village de Henshaw's-Duk, premier village de la rive gauche, on peut serrer cette rivière et jeter l'ancre devant le fieux-Calebar, groupe de trois villages dont le second est le plus considérable. — La distance de la pointe nord de l'île aux Perroquets au Vieux-Calebar est de vingt-huità trente milles. De la même pointe à celle des Sept-Brasses il y a dix-huit milles en vi% ron; de la pointe sud-est de l'île aux Perroquets à l'extrémité sud des Brisants , on compte vingt-deux milles. « Les deux « rives jusqu'à la pointe des Sept-Bras-

(i)En 1840, le capitaine Becroft remonta la rivière de Cross, dans un canot indigène qu'il avait loué avec cinquante rameurs, et accompa • gné de son chirurgien et de deux matelots, jusqu'à une ville très-peuplée , nommée Ommann, située à environ soixante-dix milles au nord ouest -j-nord, sur uue ile qui fournit aux habitauts du Vieux-Calebar beaucoup d'huile de palme et des provisions. Lui et ses compagnons furent reçus dans la ville avec amitié : c'étaient les premiers blancs qui y fussent venus. Mais le peuple du village à'Étone refusa de les laisser venir à terre, d'après l'opinion (à ce que l'on dit) que le chirurgien portait avec lui la petite vérole. Voy. Détails of explorations of tite Old-Calabar river , in 1841 and 1842, by captain Becroft, of t/ie merchant steamer Ethiope andM. J. B. King, surgeon ofthat vesseL Drawn ocp by M. King, and communicated by M. Jamieson, of Liverpool, dans le Journal de la Soc. de Ge'ogr. de Londres, vol. xrv, part, 11, p. 960-283.

« ses sont peu élevées, couvertes de « bois , et défendues par une ceinture « épaisse de palétuviers ou de mangliers, « qui en rend l'abord presque impossi- « ble. On aperçoit au-dessus de hauts « palmiers et de grande arbres de diffé- « rentes espèces , oui seuls dans cette « partie donnent du relief aux terres « et aux îles, formées en grande partie « de terrains d'alluvion. A la pointe « des Sept-Brasses , la rive gauche s'é- « lève en pente douce à partir de la « plage, pour former une suite de pe- « tites collines superposées, sur le pen- « chant desquelles sont bâtis les trois « villages. Ce n'est qu'auprès de ces vil- « lages qu'on peut aborder facilement « et que le sol se dépouille en partie de « cette riche et luxuriante végétation « qui lui est propre. » Le troisième village, le plus à l'est , se nomme Tom~Iiobin's-Town. C'est le moins considérable.

Un peu au-dessus, la rivière du Vieux- Calebar se coude brusquement et prend à peu près la direction du nord. En remontant la rivière au delà de ce coude, on rencontre sur la rive droite un deuxième marigot conduisant encore au village du roi Eyo, Creek-Town , et le plus fréquenté de tous. Son entrée est fort étroite et difficile à reconnaître. Elle est signalée par deux grands arbres situés en race sur la rive gauche , remarquables par leur forme, et que les gensdu pays appellent les Mamelles (Breasfs ).

Le village de Creek-Town est sur la rive droite de ce marigot , à deux milles à peu près de son embouchure dans le Vieux-Calebar et à dix milles environ du village de ce nom (1). Bien que ce marigot soit profond, il est tellement obstrué et si étroit, on rencontre en travers de son lit un si grand nombre de troncs d'arbres , qu'il n'est praticable que par des embarcations. — « On trouve au « Vieux-Calebar, mais en petit nombre « et avec difficulté , en s'adressant aux « rois et aux chefs du pays, des bœufs « de petite taille, des cabris, des cochons « et des poules , parfois du poisson ; en

(1) Le 6 décembre 1841, des conventions relatives à la suppression de la traite des Noirs furent conclues par des officiers de la marine britannique avec Eyo, chef de Creek-Town, et avec Eyamba, chef de Calebar.

'I/UNIVKRS.

« fruits , tous mauvais par suite du « manque de culture, l'orange, le ci- « tron, la banane, la goyave, la papaye, « le coco, la pastèque, le choux palmiste, « qui est abondant, et quelques plan- « tes, comme le cresson et le pourpier « doré, près des villages ou sur le bord « des ruisseaux. Sous ce rapport , c'est * donc encore une bonne relâche pour « les équipages ; mais pour se procurer « ces denrées il faut négocier au moyen « de marchandises. — L'eau se fait à v terre , à une petite plage sablonneuse , « sous le village de Henshaw's-Duk. On « peut aussi, à mer basse, la puiser le « long du bord ; mais elle est imprégnée «*de vase et chargée de débris : conser- » vée quelques jours dans les caisses en « fer, elle devient bonne et potable. » Dans le mois de mars 1845, le thermomètre, durant le séjour de ia canonnière l'Alouette, monta chaque jour à 32° centigrades, exposé à l'air libre et à l'ombre. Jusqu'à midi ou une heure, la chaleur était très-forte, par le manque de brise durant la matinée. Celle-ci ne s'établissait d'ordinaire que vers une heure après midi. Le baromètre varia de 0,758 à 0,762, montant lors des tornades ou durant les orages qui sont violents et fréquents danscette saison , et reprenant ensuite la limite ordinaire. — Il est plus difficile de descendre que de remonter la rivière, à cause des brises du large ui suivent généralement la direction u sud vers le nord , variables au sudsud-ouest, sud-ouest, et ouest-sud-ouest ; puis tournant au coude que fait la rive à la pointe des Sept-Brasses , inclinant vers l'ouest- nord-ouest et même le nordouest. On a donc le plus souvent pour descendre la rivière le vent contraire (I).

Dans une des séances de Y Associalion britannique pour l'avancement des sciences, en 1845, M. le professeur

(i) Renseignements nautiques sur la rivière du lieux-Calebar, fournis par le lieutenant de vaisseau Phil. de Keritallet, et insérés dans la Description Nautique de M. le comte E. houët Willaumez, p. i57-i65. — Voy. la Carte de la rivière du Vieux- Calehar dressée par M. Ch. Ph. de Kerhallet, d'après les éléments recueillis par lui en 1844, et les travaux exécutés en 1826 par les capitaines Fairweather, Owen et Vidal (Dépôt général de la marine, 1845).

Daniell lut un mémoire ethnologique sur les naturels du Vieux-Calebar. « Cette population, quoique d'extrac- « tion yébôûe, présente certaines dé- « viations physiques qui servent à ta « distinguer des autres tribus de même « souche. Les naturels de Bonny-Mun, « qui sont de pure extraction yéboûe, « peuvent être pris pour terme de com- « paraison. — Ils sont généralement de « petite stature et de formes dégagées ; « la peau est d'une nuance jaunâtre as- « sez claire. — Le tronc et d'autres « parties du corps sont en rapport avec « cette configuration physique; les « membres sont assez robustes et bien « proportionnés , avec une propension « a un grand développement muscu- « laire. Les jeunes Olles ont les che- « veux invariablement rasés, sauf une « petite touffe, et il ne leur est permis « de les laisser croître qu'après leur « mariage ; elles les disposent alors en un « certain nombre de tresses qu'elles a ornent de grains de verroterie. Chez « ce peuple, plusieurs parties du corps, « particulièrement la face, sont tatouées « de figures circulaires ; le dessus de « Pavant-bras , chez les hommes aussi « bien que chez les femmes, est orné « d'empreintes de forme ronde rie la « grandeur d'une petite piècede monnaie. « — Le gouvernement de ce peuple est « une monarchie absolue , assez douce « dans son caractère général. Ils font pé- « rir leurs criminels par le poison, la « noyade et la décapitation. Un simple * contrat entre les parties constitue la loi « du mariage. Avant de demeurer défi- « ni tivement ensemble, les deux époux se « tiennent assis pendant plusieurs jours « au milieu d'un certain appareil de fête, « bien accompagnés et aans leur plus « belle parure. La polygamie existe chez « eux dans toute sa force. L'adultère « s'expie par une mort terrible. Au « nombre de leurs rites funéraires, il y « en a un qui consiste à immoler un très- « grand nombre d'hommes , de femmes « et d'enfants ; et telle était autrefois la « rigueur avec laquelle cette coutume « était observée, que beaucoup de villes « en ont été presque dépeuplées (1). »

(1) Nouvelles Annales des Voyages, Revue géographique de juillet 18 »5.

La pointe et la péninsule de Barkassye terminent la rive droite du Rio del Rey. Les terres du littoral de cette presqu'île sont élevées; mais des bancs de vase, qui se prolongent au large de l'ouverture du Rio del Rey en rendent l'approche dif- 6cile. Le Rio del Rey n'est pas une rivière, mais un vaste estuaire envahi par les alluvions qu'y charrient de nombreuses criques : aussi ses eaux, peu profondes, ne pourraient-elles recevoir que de petits navires ; les terres qui l'avoisinent sont très-hautes, surtout à l'est, où l'on aperçoit enfin , après cette longue suite de terres basses et marécageuses de Bénin et de Calebar, les hautes montagnes de Cameroons sur le littoral et de Ruinby dans l'intérieur. Parmi les criques plus ou moins étroites qui viennent déboucher dans l'estuaire du Rio del Rey , la plus avancée dans les terres est celle de l'ouest, dont le cours est interrompu aune quinzaine de lieues de l'embouchure par des rochers formant cataracte : une autre crique va rejoindre le Vieux-Calebar.

« En quittant le Rio del Rey, on « contourne pendant sept ou huit lieues « la côte élevée et boisée qui sert de « base au pic de Cameroons, et Ton ar- « rivedevant la baied'Amboise. On peut « supposer, dit M. le comte E. Bouët- « Willauraez, que cette masse énorme, « séparée seulement par un canal de six « lieues de Fernando-Po , autre masse « basaltique du même genre, devait se « relier a cette île avant qu'un cata- « clysme du globe vînt jeter l'une sur « le rivage et l'autre à une dizaine de « lieues dans l'Océan. »

En 1841, M. le capitaine Allen, pour obéir aux instructions de l'amirauté et par suite de l'opinion favorable qu'il avait de la salubrité de cette baie , en fît une étude très-attentive. Elle s'étend à la base même de cette haute montagne qui porte sur les cartes le nom de mont Cameroons, et mie, suivant le témoignage de John Graziihier (1), les Portugais ap-

(t) Voyage au Nouveau-Calebar, à Bandy et à Dono , par Jacques Barbot et Jean Grazilftier, 1699 — « L'auteur de cette relation, dit M. Walckenaer, était le frère de Jean Barbot, voyageur célèbre par sa description de la Guinée. Jacques Barbot, excité par cet exem-

24* Livraison. (Guinée.)

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pelaient Tierra alta de Ambozcs. Les naturels en désignent le sommet par le nom de Mongo ma Lobah (1). Il atteint une hauteur de treize mille pieds (3,962 m.). La partie qui se trouve en dedans du côté de la terre est nommée Mokolima Pako, et le pic isolé, qui s'élève auprès de la baie à une hauteur de cinq mille pieds environ (1,524 m.), Mongom'Etinde h. Vue à quelque distance, cette belle montagne paraît s'élever en pente continue depuis la mer ; mais en s'approchant on découvre qu'elle est formée par une succession de collines et de vallées intermédiaires, dont le sol est très-riche; ces collines sont couvertes , jusqu'aux deux tiers de leur hauteur, de magnifiques arbres forestiers , auxquels succèdent des herbes, qui paraissent devenir de plus en plus rares vers le sommet, si Ton en juge par les cendres volcaniques de couleur rouge-brun qu'on y remarque. L'origine volcanique de toute cette contrée est fortement accusée par les scories et les nombreuses coulées de laves qui attei-

ple domestique , entreprit un voyage maritime avec la qualité de subrécargue sur C Albion, frégate de 3oo tonneaux et de quatre pièces de canon. Il s'était associé avec d'autres marchands de Londres pour le fonds de la cargaison; et l'objet particulier de son voyage était le Nouveau-Calebar, rivière de la côte méridionale d'Afrique, que les Portugais nommeut Rio Real. Jean Graziihier, qui partageait avec lui l'office de subrécargue, l'accompagna dans toutes ses courses, et recueillit ses propres observations , qui furent ensuite augmentées dans des voyages successifs aux mêmes lieux. Les cartes de Calabar et de la baie de Cabende , dont ils ont enrichi leurs relations, insérées dans le 5e vol. de la collection de Churchill , précieuses par leur originalité , furent oomposées par d habiles pilotes dans les lieux mêmes. » (Hist. ge'ne'r. des Voy., t. XI, p. 6 t.)

(i) Le capitaine Allen , considérant que ce nom signifie montagne de Dieu, ets'autorisant des feux que celte montagne vomissait encore en i838, est tenté de supposer qu'on retrouve là le Chariot des Dieux d'Haunon le Carthaginois. Il dit, en effet, dans la relation de sou Périple : « Nous découvrîmes à la nuit une «contrée pleine de feu; dans le milieu était « unfeutrès-élevéplusgrandquelcresteet qui « semblait toucher les étoiles. Lorsque le jour « vint, nousdécouvrîmesque c'était une grande « montagne, nommée le Chariot des Dieux. »

L'UNIVERS

gnent jusqu'à la mer. D'après l'état actuel de la surface, il doit s être écoulé de nombreuses années depuis que ce pays est en repos, quoiqu'il y ait lieu de penser qu'il laisse encore échapper de temps à autre ses feux intérieurs. M. Hilley, commerçant anglais, fixé à Cameroons depuis dix ans, assura au capitaine Allen qu'il avait vu des flammes auprès du sommet; et plusieurs des principaux habitants de Bimbia lui déclarèrent qu'environ trois ans avant sou arrivée, c'est-à-dire en 1838, « le feu était sorti de terre; » ils ajoutaient : « C'est Dieu qui l'a fait, » marquant nettement qu'il était impossible de l'attribuer à la combustion des herbes qu'ils ont l'habitude de brûler dans la saison sèche pour chasser les bêtes sauvages. « Us l'avaient tous vu ; et à Mongo ils avaient senti la terre trembler comme un bateau à vapeur. Le peuple craignait de périr. » — Si Ton en juge par les fumées qu'on voit s'élever de beaucoup de points jusqu'à une grande hauteur sur la montagne , la population doit être nombreuse. Au bord de la mer il y a un grand nombrede villages.Le capitaine Allen en visita plusieurs, et ne reconnut pas dans les habitants ces hommes que Grazilhier dépeint comme les plus méchants Noirs de toute la Guinée : au contraire, il les trouvafort civils. Ilsfaisaient autrefois le commerce des esclaves avec les Hollandais ; aujourd'hui ils n'ont de relations qu'avec lès peuples de Bimbia. — La base de la montagne à l'ouest de Mongo iriEtindeh est appelée liantboko; et la partie au sud df liakwileh et derrière Bimbia , à l'est de la montagne, Jlatongo. — A Bimbia aussi il y a de nombreux villages bâtis sur un bel amphithéâtre , dont le fond est formé de roches. En quittant le mouillage delà baie d'Amboises, pour continuer à descendre Ja côte, on passe devant une série de pointes qui découpent le littoral en petites anses plus ou moins profondes et abritées, et susceptibles, par la facilité des communications, d'être transformées au besoin en dépôts de combustibles. La rivière Bimbia ou PetU-Cameroons se jette dans une de ces anses ou baies ; son entrée , abritée par une petite île , présente un excellent mouillage aux bâtiments qui font le commerce de l'huile

de palme; mais il y tait très-chaud, et le vent de terre souffle par-dessus des marais. Les habitants recueillent l'huile de palme en grande abondance. Ils sont . ainsi que les naturels des îles de la baie, de la nation Dualla ; tandis que ceux qui habitent au bas de la montagne appartiennent à une autre race, et sont désignés par leurs voisins, plus civilisés, sous le nom d'hommes des bois. — Il y a dans la baie d'Amboises trois petites îles, dont l'étendue et la fertilité sont en raison inverse de la population. La plus grande, Mondeleh, qui a un demimille de longueur seulement, est située dans la partie sud-est de la baie; elle est haute et rocheuse; mais son sommet est de niveau , et le sol , formé de basalte décomposé, est d'une richesse admirable; ses flancs abruptes sont couverts de très-beaux bois. Il ne se trouvait alors sur cette île que dix familles; si elle était bien cultivée, elle pourrait en nourrir cinq; fois autant. On y rencontre à mi-côte trois ou quatre sources d'eau gui, quoique faibles, ne tarissent jamais , à ce que l'on dit. Le point ou l'on débarque est mauvais, mais on pourrait l'améliorer. L'île extérieure, Dameh ou Ambas, est petite et presque entièrement aride ; les pentes des roches et les sommets sont couverts de broussailles et de gazons. Ce n'est en réalité qu'une étroite bande de roches élevée à son extrémité extérieure. Mais, quoique la nature ne leur fournisse aucun moyen de subsistance, cependant trois ou quatre cents hommes y ont fixé leur demeure. Ils échangent , avec les habitants de la grandeterre, les produits abondants de la mer contre des plantains et des ignames. Ils ont aussi un bon nombre de chèvres et de cochons qui paissent sur les côtes escarpées de l'île. Le seul point où les canots puissent accoster est difficile à cause de rochers ardus et de la houle continuelle. On pourrait cependant, sans beaucoup de peine, y établir une jetée. Le peu de sources qui se trouvent dans l'île tarissent souvent; les habitants sont obligés de recueillir Peau de pluie, et dans la saison sèche d'aller faire leur provision sur le continent. L'île Bobia, appelée aussi l'île Pirate, est encore plus aride que l'île Dameh. Elle paraît être le

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reste d'une île plus grande, et les nombreux fragments détachés et battus par la mer qui sont autour d'elle prouvent

Qu'elle a été autrefois beaucoup plus étenue. Il est probable qu'elle était jadis unie au continent ; la structure des falaises à pic qui se trouvent vis-à-vis, et qui n'en sont séparées que par un canal étroit et peu profond, le témoigne assez. Ce promontoire a même dû s'étendre jusqu'à Dameh , qui est sur la même ligne. La destruction de cette côte continue encore, ainsi qu'on le voit par d'énormes fragments de rochers qui se trouvent à la pointe nord de l'île, et que le capitaine Allen croit s'être détachés depuis son premier voyage en 1833.

Quoique cette île soit beaucoup plus petite que les deux autres , sa population est nombreuse. Chaque point de sa surface inégale où il a été possible d'établir une cabane en porte une. Elle est à pic de tous les côtés , et on ne peut arriver au sommet qu'en escaladant une espèce de jetée de basalte : c'est un passage effrayant, où l'on ne peut aller aue un à un et qu'un enfant pourrait détendre. Les habitants doivent probablement à leur position inexpugnable la réputation qu ils ont parmi leurs voisins. Leur aspect est féroce; mais le capitaine Allen n'entendit jamais citer de leur part un acte authentique de piraterie. Ils sont indépendants et déterminés à résister à l'oppression. Le chef de Bimbia se plaignit à lui qu'ils ne voulussent pas reconnaître son autorité, ni satisfaire à ses demandes , assez injustes à la vérité. Ces insulaires sont les plus habiles pêcheurs de la baie, et dans le beau temps elle est couverte de leurs canots. — Le mouillage est excellent dans toutes les parties de la baie , tant sous le rapport de la qualité du fond que de la profondeur; et, quoique la côte ne soit pas abritée et qu'il y ait une houle continuelle, le vent n'est jamais assez fort pour mettre un bâtiment en danger. Les vents les plus fréquents sont ceux du sud-ouest, auxquels la baie est entièrement ouverte; dans les plus mauvais mois et c'est-à-dire en juillet août; on s'abrite derrière l'Ile Mondoleh. Le bois, les végétaux, s'y trouvent en abondance, et les vivres au quart du prix qu'on est obligé de Us payer à Fer-

nando-Po. On peut avoir de l'eau excellente auprès de Kieh, mais seulement de mer basse, attendu qu'elle sort du pied d'un rocher. Mais en creusant au-dessus de la marque de haute mer, on peut obtenir une aiguade très-commode. Le désavantage que présente cette côte , opposée aux vents , est grandement compensé par la pureté de la brise de mer qui passe par-dessus l'Atlantique. La côte, dans les environs, n'a ni mangliers ni marais , et comme le vent de terre passe par-dessus de hautes montagnes , il est froid et rafraîchissant. La baie d'Amboises est peut-être la position la plus saine de la côte d'Afrique. Pendant la saison pluvieuse on y a rarement plus d'un orage ou d'un tornado en vingt-quatre heures. Le reste du jour, le temps est très-beau, et la pluie même s'interrompt pendant quelques jours de suite.

Le littoral , bas et boisé , qui sépare la rivière Bimbia de celle de Cameroons, forme un arc assez prononcé dont la convexité est tournée du côté de la mer ; deux criques qui les font communiquer entre elles le découpent.

La rivière de Çameroons n'est, comme Sierra- Leone, Bio-Grande, etc., qu'un estuaire ou grand golfe salé, servant de bassin à plusieurs cours d'eau qui vienîent s'y jeter à la mer. Celui qui vient de l'est-nord-est a semblé le plus considérable et a reçu tout particulièrement le nom de rivière Çameroons, appellation portugaise qui semble indiquer l'abondance des chevrettes que l'on y trouve.

Mais les naturels, suivantleur usage, lui donnent le nom des pays qu'elle traverse : ainsi, devant la ville de Bell on l'appelle Madiba-ma-Dualla ; plus haut, Madiba-ma-Wuri, etc. Dans un petit voyage que le capitaine Allen, commandant le bateau à vapeur le Wilberforce^ fit en 1843 dans cette rivière, sans pénétrer plus loin qu'à quarante milles de la mer , il réussit à reconnaître sa nature et son étendue dans son cours principal et avant quelle ne se divise, ce qui a lieu seulement à huit milles au-dessus de la ville de Bell, et à moins de vingt milles de la mer. La véritable rive gauche de la rivière descend même jusqu'à cet établissement, qui est élevé de cinquante pieds au-dessus de la mer. « Le bord

L'UNIVERS

« de la rivière consiste en un conglo- « mérat récent, contenant des particules « de quartz de la grosseur d'une noix , « quelques petits fragments de mica « blanc et des masses de grès rougeâtre, « dont quelques-unes ont quatre pieds «.de longueur; le tout est lié par une « argile d'un brun clair. La stratification « est horizontale, et Pépaisseurdes court ches varie de quelques pouces à plu- « sieurs pieds; on ne peut y découvrir « aucune trace d'êtres organisés. Les « fragments de grès qui torment une « partie de ce conglomérat sont compo- « ses de particules de quartz soudées « par un oxyde de fer ou par leur adhé- « rence naturelle ; quelquefois le mine- « rai de fer est combiné chimiquement « avec la matière argileuse et forme des « niasses compactes. L'influence du fer « sur I l'aiguille aimantée devait être en- « core plus forte à la base de la falaise, « où le grès était plus compacte et part raissait contenir une plus grande quan- « tité de fer; mais au sommet même « elle était assez grande pour produire « des inclinaisons différentes à quelques * mètres de distance. La rive opposée « consiste en un plateau de coches visi- « bles à mer basse ; il correspond au « grès compacte qui forme la base de la « falaise, ce qui porte à croire que dans « l'origine les rives qui encaissaient la « rivière s'étendaient jusqu'ici des deux « côtés; aujourd'hui cette partie est « basse et couverte de mangliers, ainsi « que le sont toutes les îles jusqu'à vingt- « cinq milles de la mer. Ces lies parais- « sent augmenter, et forment un petit « delta qui finira par combler cette em- « bouchure, et la terre regagnera ainsi « ce qui lui a été enlevé par la mer dans « quelque convulsion produite par les « actions des volcans qui ont leur cen- « tre dans la chaîne des montagnes voi- « sines. » — Quoique ce soit une belle rivière, la rivière de Cameroons n'est pas comparable au Niger. Sa largeur moyenne au delà des mangliers est d'environ six cents yards , aussi loin que M. Allen y put pénétrer. Dans la saison sèche, la profondeur varie de deux à vingt pieds, quoiqu'elle ait rarement plus de huit pieds ; mais, dans les grandes eaux, un bâtiment d'une certaine force peut la remonter. Cependant , d'a-

près le récit de quelques naturels intelligents , la navigation serait obstruée par des roches à Banem, situé à environ quatre-vingt-dix milles de la mer; mais au delà de ces roches il paraît que la rivière continue encore pendant plusieurs journées. — La rivière Cameroons a deux affluents sur la rive droite : l'un, le Yabiang, que M. Allen remonta en partie; l'autre à environ vingt-cinq milles au-dessus de la ville frana-Makembi; ils ont, dit-on, leurs sources tous deux dans des rochers de cinquanteneuf pieds de haut, ou du moins ils en tombent. Il y a aussi un petit cours d'eau gui se jette dans la crique Ebonjeh^ et qui vient de Duka-Bahin, à peu

Krès à quatre heures de distance plus aut. — On a quelquefois supposé qu'outre le Cameroons , une autre grande rivière, nommée Malimba , tombait dans ce bassin; mais toutes les personnes que le capitaine Allen interrogea à ce sujet s'accordèrent pour lui dire que ce n'était qu'une crique dérivée de la rivière Qua-Qua, qui vient de l'est. Son pilote lui disait que cette rivière a plus de mangliers, mais moins de largeur que celle de Wuri ou de Dualla, et qu'elle est obstruée par des roches presque à la même distance de la mer. 11 ajoutait que le roi de tout le pavs de Qua-Qua réside dans une petite ville nommée Longassi, qui se trouve sur la rivière à quatrevingts milles environ de son embouchure. 11 paraît donc résulter des témoignages recueillis par le capitaine Allen qu'il existe une rangée de montagnes qui s'étendent à l'est à partir des monts Cameroons, ou du moins qu'il se trouve à cent mètres environ de la mer un plateau élevé, car les naturels parlent de quatre grands cours d'eau qui tous tombent de rochers hauts de cinquante pieds. — En outre des deux rivières ci -dessus mentionnées, la Dualla et la Qua-Qua, plusieurs criques se déchargent aussi dans ce bassin; elles se nomment Bomano, Mongo et Bimbia, et viennent principalement des hautes montagnes qui bordent ce bassin à l'ouest. — Tous les commerçants de ce pays assurèrent au capitaine Allen qujil n'y avait pas de communication par eau du Cameroons au Rio del Rey ou rivière Bumby ; l'eau, suivant leur témoignage constant, s'arrête à Ba-

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- long, à trente mètres environ au-dessus de la rivière Bimbia, où Ton rencontre de hautes montagnes, des rochers et des sources. Il y a beaucoup d'éléphants d-ms les bois. Les habitants de Mongo et de Balung traversent les montagnes et vont par Ekombah et Ebonjeh à Balondo, sur la rivière de Rumby ; ou , en prenant une autre route, d'Ebonjeh à Bamboko, situé au pied de la montagne du côté de l'ouest. Les communications sont, au reste , très-difûciles, en raison de la nature montueuse et boisée du pays qu'on traverse; il doit être élevé, car on dit qu'il est froid. La rivière Rumby se termine, dit-on, à Bnlondo (1).

Le capitaine Allen représente le peuple de Cameroons comme actif, industrieux, et déjà assez civilisé pour comprendre et servir les généreux projets des nations européennes. Ils sont soumis à deux chefs, dont l'un porte le nom de Bell et l'autre celui d'Acqua (2). Leurs villages, situés sur une plaine élevée de dix-huit mètres au-dessus du niveau de la rivière, sont séparés par un ruisseau et s'étendent très-loin dans l'intérieur. Cette position élevée et la nature sablonneuse du terrain en font un séjour très-sain. Une fois au-dessus des marées, les palétuviers sont remplacés

{>ar des palmiers qui croissent sur les >ords du fleuve; et l'on aperçoit au milieu de magnifiques clairières bien cultivées les cases des esclaves de Bell et d'Acqua. L'exploration que fit le capitaine Allen lui apprit que le fleuve se réunit en un seul tronc à huit nulles en amont des villes de Bell et d'Acqua, situées sur la rive gauche, et que cette

(i) Description de la rivière de Cameroons et de la baied Amboises, par le capitaine Allen, commandant le bateau à vapeur le Wilbcrforce. (Extrait du Journal de la Soc. roy. de géographie de Londres, vol. XIII, inséré par M. Daussy dans le t. Ier de la 3' Série du Bulletin de Ut Soc. de géographie, p. ia3 et suiv.)

(a) Le 7 mai i84i des engagements relatifs à la suppression de la traite des noirs furent conclus par des officiers de la marine britannique avec Bell , roi de BelPstown , et Arqua , roid'Acqua-town sur la rivière de Cameroons. La teneur de la première convention est rapportée dans la Revue coloniale des Annales marit. de 1844 (août), p. 348,

dernière rive, qui est élevée, est le prolongement réel de la terre ferme; aussi n'est-elle coupée d'aucune crique, tandis que la rive droite est formée de terrains d'alluvion découpés par des criques en îles nombreuses.

Côte du Gabon, ou Côte comprise entre Cameroons et la rivièi'e de Gabon ou r Equateur (1). — A partir de la pointe Suellaba, pointe méridionale du rio Cameroons , la côte est uniformément basse et boisée. A une distance de six lieues environ on aperçoit une pointe plus avancée, au nord de laquelle coule la petite rivière de Borea, praticable seulement pour de petites embarcations, et

Sartagée, à son entrée, par une île que es hauts-fonds relient à la pointe nord. La côte, qui jusque-là court presque au sud , commence là à se rapprocher de l'est, et, conservant cette direction pendant quarante milles, forme la baie, plus longue que profonde, connue sous le nom de Panavia, dont la plage est entrecoupée par plusieurs entrées de criques ou petites rivières. La petite baie et les villages de Banoko viennent ensuite.

Comme ils n'étaient marqués sur aucune carte, quoique assez considérables et riches en produits d'ivoire, M. le comte E. Bouët y laissa le lieutenant de vaisseau Phil. de Kerhallet , avec ordre de s'assurer de leur position. En venant du sud au nord, dit cet officier dans sa relation , le long de cette côte, on aperçoit, à trois milles au nord du rio Campo, une première pointe remarquable seulement par deux monticules placés vis-à-vis; la côte présente ensuite deux baies sablonneuses de peu d'étendue, dont les pointes rocail euses font briser la mer à leurs pieds. C'est à la troisième que commence le mouillage ou la baie de Ba?wko, point qui n'est désigné sur aucune carte. Peu profonde, cette baie est facile à reconnaître par les hautes terres qui l'avoisinent. Une de ces montagnes, la montagne Alouette, est située près de la plage ; elle a mille quarante et un mètres d'élévation, et s'abaisse vers le nord par une pente douce. Elle est coupée dans le sud presque verticalement, et rejoint la première ligne

(1). Descr. nautique des côtes de C occidentale, ch. IX.

L'UNIVERS

des hauteurs qui longent le rivage. L'autre montagne de reconnaissance est le mont Nisus , fort éloigné dans l'intérieur, situé est et ouest avec la montagne Alouette , descendant vers le sud en pente douce, vers le nord coupé presque à pic, et formant à son sommet une ligne droite légèrement inclinée du côté du nord. Près du mont Nisus on aperçoit, dans certaines positions, une montagne en pain de sucre presque aussi élevée, mais quelquefois cachée par l'autre.

.D'autres terres hautes paraissent encore dans le nord, mais sont situées loin dans l'intérieur. Les quatre ou cinq villages qui donnent leur nom à la baie, cachés lous par de grands arbres, ne sont pas apparents même du mouillage. Le village sud de Banoko est situé par 2° 56' de latitude nord. — La côte continue à se montrer couverte d'arbres touffus, et se termine en arrière-plan par de hautes montagnes, dont les deux plus remarquables sont celles de la Table et de la Selle ; celle de la Table est la plus méridionale : ce sont de bons points de reconnaissance pour la rivière Campo, dont l'entrée , large et assez profonde pour des navires, se trouve en dedans et au nord de la pointe du même nom. Un village considérable est bâti sur la rive gauche, qu'un banc de brisants prolonge au large. A partir de Campo , la côte continue à montrer au-dessus de ces touffes boisées et noirâtres une suite non interrompue de hauteurs, que surmontent de temps eu temps des pics saillants. A quatorze milles au sud du rio Campo elle forme une espèce de baie, dont la pointe nord est entourée de brisants, et dans laquelle on découvre quelques cases parmi les arbres; on y peut jeter l'ancre pour faire de l'eau» On est alors par le travers de la chaîne des Sept montagnes, dont le mont Sharp est le point le plus élevé. — Le mont Mitre, qui est détaché de cette chaîne dans le sud, est un bon point de reconnaissance pour la rivière Saint-Benoît, située à une quinzaine de lieues environ plus bas que le rio Campo. L'entrée de cette rivière est étroite, mais profonde. La pointe nord est remarquable par une montagne nommée Heybcrn , appellation souvent donnée à la rivière elle-même; la pointe sud, également élevée , est entourée de récifs qui s'éten-

dent au large et vers la rivière ; cette rivière, renommée par sa traite d'ivoire, se divise en deux branches, dont l'une court au sud-est et l'autre à l'est. — La côte , toujours boisée, mais irrégulière et bordée parfois de récifs, cesse au delà du mont Mitre de montrer des pics élevés en arrière-plan. Sa direction générale est le sud ouest j sud du monde. A dix lieues de la rivière Saint-Benoît se voit le cap Saint-Jean, au nord duquel trois coupées sur le littoral indiquent des entrées de petites rivières. Des villages fréquentés par des traitants d'ivoire et de bois sont Lâtis auprès. Le cap Saint-Jean est couvert de bois à son sommet, rocailleux et sans grève à sa base , contre laquelle la mer vient déferler avec force. — La baie de Corisco ne compte pas moins de dix lieues du nord au sud, sur quatre lieues de l'est à l'ouest. Dans ce vaste bassin viennent déboucher au nord-est la rivière Mooney et au sud-sud-est la rivière Moonaah, accessibles pour de grands navires à quelques lieues de leurs embouchures , mais semées de bancs et de roches qui en rendent la fréquentation dangereuse sans pratiques. Ces rivières abondent en bois rouge et en bois d'ébène ; Tune des criques de la rivière Moondah coupe les terres du sud de la baie de Consco dans la direction du sud-ouest : elle vient ensuite aboutir à deux milles du village de Çuaben, conséquemmeut près de l'établissement français du Gabon, et fait de ces terres une presqu'île connue sous le nom de presqu'île d'Estérias ou de Louis-Philippe. La baie de Corisco serait donc un des plus beaux bassins de la côte d'Afrique , si elle n'était semée d'une multitude d'îles, d'îlots , de roches et de bancs , qui font que sa fréquentation et celle de ses rivières sont aune certaine difficulté. Les noirs du Gabon sont les meilleurs pratiques de ces localités, que les cartes les plus récentes ne reproduisent qu'incomplètement. L'île de Corisco, la plus grande des îles de la baie, la partage en deux parties à peu près égales. C'est au nordest de cette île, là où se trouve le principal village, qu'on est le mieux abrité.

L'île est couverte de bois magnifiques , bois de construction, d'ébène , de teinture. On s'y procure aussi de l'ivoire que les habitants achètent aux Bulous ou na-

GUINÉE

turels de l'intérieur du continent. Dans le sud-sud-ouest de l'île Corisco et au milieu des récifs jetés dans cette partie de la baie , sont les deux petits îlots Laval et Bayna, inhabités, mais couverts d'arbres. Enfin les îles Elobey, autrefois nommées Mosquitos, s'aperçoivent dans le nord-est de la baie, devant l'entrée de la rivière Mooney , et forment avec la grande île Corisco le canal le plus large et le plus facilement praticable.

Le Gabon , nomme M'Pongo par les naturels qui en habitent les rives, est, comme la plupart des rivières à huile du golfe de Biafra , plutôt uu estuaire qu'un fleuve proprement dit. Il se divise en deux bassins, l'un extérieur, l'autre intérieur. La direction générale du premier est sud-sud-est et nord-nord ouest. Les terres de la rive droite du bassin extérieur, comprises entre la rivière Moondah et le Gabon, forment une vaste presqu'île que M. le lieutenant de vaisseau Fleuriot de Langle, chargé en 1844 par M. le comte E. Bouët-Willaumez de lever le plan détaillé du fleuve, a appelée du nom de sa majesté Louis-Philippe.

Cette presqu'île se termine au nord par le cap Joinville, qui fait une saillie de deux milles, en s'incliuant nord-est et sudouest, etcoupe ainsi presque à angle droit ladirection de larive droite. Le cap Joinville a vingt mètres d'élévation; il est escarpé , d'un accès difficile , et composé de roches calcaires où l'on trouve des cristaux de carbonate et de phosphate de chaux. Des roches se sont éboulées des falaises du cap et l'entourent. Lorsqu'on veut le visiter, il faut aller débarquer dans la baie tfJcauengo, à un mille et demi dans l'est, ou l'on trouve une plage de sable et la meilleure aiguade de tout le Gabon. La rive droite ou presqu'île Louis-Philippe est formée de collines à base calcaire, dont la plus haute a deux cents mètres d'élévation : M. Fleuriot de Langle lui donna le nom de mont Bouêt, et un second sommet, de même élévation à peu près , et situé un peu au sud de celui-là, reçut le nom de mont Baudin. La chaîne he collines s'abaisse après le mont Baudin. Quelques sommets arrondis, élevés de quatrevingts à cent mètres, dépassent encore le niveau commun, et se terminent à une vallée intermédiaire entre cette

chaîne" et la pointe Obindo, qui reprend une hauteur de quatre-vingts mètres.

Les vallées et la presqu'île Louis- Philippe sont arrosées par de petits ruisseaux d'eau douce, qu'alimentent les eaux pluviales, et qui viennent isolement se jeter à la mer. Par son élévation et l'abondance de ses eaux courantes, qui lui prêtent une extrême fertilité, la presqu'île Louis-Philippe est éminemment propre à recevoir des établissements. Outre ces ruisseaux d'eau douce , la fraction delà rive droite du Gabon comprise entre le cap Joinville et la pointe Obindo est coupée de cinq criques aux eaux salées, qui peuvent porter pirogue, et servent au transport des bois de couleur, l'article de commerce le plus abondant au Gabon. La première de ces criques, nommée Tanday, partage en deux la baie d'Acquengo. Après Tanday, la côte continue à former une courbe régulière jusqu'à la crique Guéguay, située au nord de Cringerville. La plage est sablonneuse entre les deux criques; le terrain descend en pente douce jusqu'au bord de la mer, et une belle végétation le recouvre. La crique Guéguay joint , diton, le Gabon à la rivière Moondah. A partir de ce point, les berges du fleuve s'élèvent jusqu'à une hauteur de dix mètres, et forment la base des monts Bouët et Baudin; elles sontroides et s'appuient sur de larges lits de calcaire qui forment la plage. Cette fraction de la rive droite est très-peuplée : on y trouve le viilagede Cringer, qui peuteontenirquatre à cinq cents habitants , celui de Quaben, qui peut eu contenir le double, et enfin le village de Louis, dont le nom gabonais est Boulé ban y . Trois pointes peu saillantes s'y font sentir. M. Fleuriot de Langle nomma la première Pointe des Normands et la troisième Pointe des Bretons. Après la pointe des Bretons la côte forme un redan qui abrite une petite anse, où se rend un ruisseau, et près de laquelle est assis, sur un plateau de roches élevé de dix mètres au-dessus du niveau de la mer, le fort français dit fort tfAumale, établi en 1843 par les soins de M. A. Fournier, lieutenant de vaisseau, commandant la Vigie. Un second plateau de roches volcaniques s'étend à cinquante mètres en avant de la plage du fort d'Aumale et assè-

L'UNIVERS

che en partie. M. Fleuriot de Langle , dans sa Description du Gabon, que je reproduis ici, marque que ce plateau pourrait servir de base à une belle cale de construction peu dispendieuse, et d'autant plus importante qu'on y emmagasinerait des dépôts de toute espèce, tres-difiiciles à transporter jusqu'au fort, et qu'elle faciliterait beaucoup les communications du comptoir. L'inconvénient du ressac qu'occasionne la brise du large, lorsqu'elle est fraîche, et qui , par moments, gêne ces communications, est bien compensé par les avantages de salubrité que l'on doit à cette exposition, qui permet de recevoir la brise du large dans toute sa pureté. Un autre avantage qu'on n'eût pas trouvé sur la rive opposée est la présence des sources abondantes dans le voisinage du fort.

Les berges s'abaissentgraduellementdepuis le fort d'Aumale jusqu'à la pointe Française, qui sépare la rade d'Aumale de laVacte de Montpensier , comprise entre la pointe Française et la pointe de Paris. Ces deux rades offrent un bon mouillage. Il y a sur la dernière trois villages où le commerce est actif. Après la

{>ointe de Paris la côte fléchit un peu vers e nord-est et forme la rade d'Ctyowbiay, bornée à l'est par la pointe Lohuay, et coupée par les deux criques d'Ogombiay et de Lohuay. Les berges sont élevées entre ces deux criques; la glaise y est à nu ; deux ou trois villages se sont tonnés sur ces deux hauteurs. L'eau est très-

f>eu profonde dans la rade d'O^ombiay; 'absence des roches dans la partiedu nord y rend la pêche au filet facile. La côte s'abaisse à parlir de la pointe de Lohuay et devient sablonneuse jusqu'à une cinquième crique du nom de f'iriay , qui semble établir une nouvelle communication avec Moondah. La vallée au fond de laquelle se trouve Viriay sépare la chaîne des collines Bouët et Baudin de la pointeObindo, qui a vingt et un milles de diamètre et termine au sud le bassin extérieur du Gabon. La côte court ensuite au nord-ouest l'espace de deux milles et décrit un demi-cercle autour de Vile d'Orléans : c'est la baie a" Obindo, qui fait partiedu bassin intérieur du Gabon. L'île d'Orléans paraît avoir son grand axe incliné de l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est : cet axe a une longueur de

deux milles. L'île est basse vers le nord, tandis qu'elle se termine au sud par des falaises à pic qui servent de contre-forts à un morne pyramidal qui se voit de loin et dont l'élévation est de deux cents mètres. Elleest fertile et abondante en sources excellentes ; les navires du commerce la visitent souvent ; le canal qui la sépare de la pointe Obindo leur offre un excellent mouillage. M. Fleuriot de Langle ne doute pas que la baie Obindo ne devienne plus tard le centre des établissements français dans le Gabon. Les batteries qui seraient élevées sur la pointe d'Obindo et sur la pointe Dam > oée, extrémité nord-ouest de l'île d'Orléans, seraient distantes d'un mille et demi et pourraient croiser leurs feux.

— Le cap Montagniès termine au nordouest îa rive gauche du Gabon ; il est bas et sablonneux, et couvert à sa pointe septentrionale d'un bois de palétuviers appelé le bois des Fétiches, parce que Denis, le roi le plus puissant de cette rive , y va souvent consulter ses idoles. A quatre milles au sud-ouestd u cap Montagniès est la pointe Gombé, assez élevée et boisée, et dans l'intervalle une autre pointe obtuse, appelée JVingombè. — L'ouverture du Gabon est de huit milles trois quarts entre les caps Joinville et Montagniès, qui gisent nord-nord-ouest et sudsud-est du monde. La distance du cap Montagniès à la pointedes Normands, sur la rive droite , lesquels sont les deux points les plus rapprochés du bassin extérieur, est de six milles nord-est- 5° est , et sud-ouest-5° ouest du monde.

— La direction générale de la rive gauche , ou presqu lie de la reine Marie- Amélie, est le nord-nord-ouest et le sud-sud-est du monde. A un peu moins de trois milles du cap Montagniès est une crique nommée Rogolay, sur la rive droite de laquelle est bâti le village du chef Denis ; l'entrée de cette cri-

3ue est tortueuse, et ne garde pas assez 'eau pour que les embarcations puissent la fréquenter à mer basse. La rade du comte de Paris, comprise entre le cap Montagniès et la pointe de la rive gauche de Rogolay, offre un bon ancrage aux navires; la côte est très-accore dans toute son étendue et l'accès toujours facile pour les embarcations; elle présente, en raison de cette facilité , de précieux

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avantages ; on y a établi, je crois, comme le demandait M. Fleuriot de Langle, un débarcadère et un dépôt de charbon.

Mais cette rade a l'inconvénient de ne recevoir la brise du large qu'après qu'elle s'est chargée de vapeurs en traversant la presqu'île Marie-Amélie, et d'être ouverte au nord-est ; de telle sorte que dans la saison des orages les tornades y donnent avec toute leur force. — Le terrain de la presqu'île Marie-Amélie est bas et coupé de marigots; on y trouve de magnifiques savanes, où l'on pourrait cultiver avec avantage tous les produits de la Guyane française , ces deux pays ayant une grande similitude de climat. Elles servent de pâturages aux troupeaux du roi Denis, et la nuit elles sont infestées d'hippopotames. — La côte, à partir de la crique Rogolay, forme un arc de cercle convexe dont l'extrémité a été nommée pointe Rogolay. A un peu moins de deux milles de la crique de ce nom , s'en trouve une autre appelée Uinguéyahua, tout entourée de palétuviers. Là , la berge de la rive gauche commence à se relever un peu. Cette partie de la côte n'est pas visitée par les navires du commerce. A uprèsde la pointe du Pommier, à six milles et demi de la crique Rogolay, on rencontre un village où sont les maisons de campagne du roi Denis. A quatre milles au sud-est du monde de cette pointe, une autre pointe assez élevée termine la rive droite d'une crique profonde appelée Bohuin* et a reçu le même nom. La baie comprise entre ces deux points est coupée par quatre criques qui s'enfoncent très-avant dans la presqu'île Marie-Amélie. Leurs noms sont : Apopay, Mombay (1), Toutiay, Olohuibao. Les deux dernières se communiquent et reçoivent le nom commun de foiteliay; viennent ensuite les criques Obéloet Bohuin. La rive droite de la crique Obélo a reçu de M. Fleuriot de Langle le nom de pointe Obélo.

La distance des pointes Bohuin et Obindo, qui terminent le bassin extérieur du Gabon, est de sept milles ; elles gisent nord-nord-est et sud-sud-ouest. Après ces pointes, les terres s'écartent de nou'

(t) Voy. dans \e& Annales maritimes, -Revue cohniale, 1844, p. 6o3, un rapport adressé au commandant du cutter l'Éperlan par M, Gouin, chirurgien-major de ce bâtiment.

veau, et forment un second bassin, séparé du premier par les deux îles d'Orléans et de Madame Adélaïde , la première au nord, la deuxième au sud (1).

« Au commencement de l'année 1839, a dit M. le lieutenant de vaisseau Pi- « geard dans un rapport adressé le 7 « septembre 1846 à M. le contre-amiral « Montagniès de la Roque, commandant « ladivisionnavaledescôtesoccidentales « d'Afrigue (2), le Gabon n'était qu'un « grand royer de traite où aucune nation « n'avait encore songé à s'établir, malgré « de nombreux avantages attachés à sa « position centrale comme point de ravi- « taillement pour des escadreset comme « voie commerciale vers l'intérieur. Au « mois de février, la Malouine, comman- « dée par M. Édouard Bouët, lieutenant a de vaisseau, vint y mouiller, et un « traité passé avec Denis, chef principal « de la rive gauche , donna à la France « le droit de s'établir plus tard , si elle le « jugeait convenable a ses intérêts, sur « cette rive, déjà française par ses habi- « tudes et par la connaissance de notre « langage. Cependant, dès 1840 M. le a commandant Bouët, frappé de la moru talité considérable qui se manifestait « parmi les blancs des factoreries à es- « claves situées de ce côté du Gabon , « songea à s'assurer une position meil- « leure. En 1842 un traité fut passé « avec les chefs Louis et Quaben, de la « rive droite, pour l'acquisition d'un c terrain et du droit d'établissement ; et « bientôt un blockhaus, entouré de forti- « fications provisoires , consacra notre « souveraineté sur les lieux désignés.

« Mais le Gabon était alors, comme au- « jourd'hui , occupé par plusieurs peu- « pies divers de langage et d'intérêts , et

(i) Description du Gabon, par M. Fleuriot de Langle, lieutenant de vaisseau, commandant la Malouine, insérée dans la Description nautique des côtes de l'Afrique occidentale entre le Sénégal et l'Équateur, p. 183-194. "Voy. pour l'intelligence de cette description le plan du bassin extérieur du fleuve du Gabon, levé en i844 par le même officier, et publié au Dépôt général de la marine en 18 45.

(a) Un extrait de ce rapport que je vais reproduire en entier a été publié dans la Revue coloniale des Annales maritimes, mars 1847, n°i5.

L'UNIVERS

« notre possession n'était ratifiée que « par les \PPongos, qui sont les moins « nombreux et les moins puissants de « ces peuples. Cette considération, qui «' impliquait l'idée de' l'établissement « possible d'une autre nation européenne « auprès de nous, détermina le gou- « verneur du Sénégal à passer, en avril « 1814, avec tous les chefs principaux « des deux rives, un nouveau traite qui «* assura dès lors notre souveraineté sur « toutes les terres, îles, presqu'îles, etc., * quebaignentleGabonetses affluents.

«< Les quelques chefs, sans importance « d'ailleurs, qui ne souscrivirent pas « alors à ce traité , y accédèrent plus « tard , dans une série de traités parti- « culiers conclus par M. Darricau, « lieutenant de vaisseau, commandant « le cotre VÉperlan. Knlin, en 1845 « des fonds lurent votés par les cham- « bres législatives pour faire du Gabon « le point central d approvisionnement « et de réparation des subdivisions du «« sud de notre escadre d'Afrique. A l'em- « placement choisi en 1843 fut ajouté « un autre plateau , sur lequel s'élèvent « aujourd'hui des magasins spacieux « de vivres et de provisions de toute « sorte, tandis que la rive gauche est « consacrée aux dépôts de charbon.

a Mais il ne suffisait pas d'être en con- « tact continuel avec les tribus du litto- « ral et de répandre parmi elles l'influence « de nos habitudes ; l'intérêt du corn- « mercc et de notre politique nous contre mandait aussi d'explorer en détail les « lieux baignes par des eaux désormais « françaises, dont l'immense embou- « chure et les ports nombreux sem- « blent indiquer un cours magnifique.

« Le manque de moyens avait été cause « que jusqu'ici toutes les tentatives n'a- « vaient conduit qu'à connaître impar- « faitement dix à douze lieues du cours « de la rivière ; et le village de Cohangoï, « dernier centre de population bouloue, « fréquenté par les courtiers noirs, était « resté les colonnes d'Hercule de tous « les blancs (1). »

Le bassin intérieur du Gabon , qui

(t) Quelques mois avant l'exploration de M. l'igeard, le capitaine de commerce anglais Becroft avait dépassé de trois lieues le village de Cobaagoï.

commence, comme je l'ai dit plus haut,

aux îles d'Orléans ou de Konikey et de Madame Adélaïde ou de Parrol, va se rétrécissant vers Test , et devient enfin une rivière d'un mille de large. Sur ce bassin s'ouvrent beaucoup de criques plus ou moins considérables , Coye, Rogolay et Cômo sur la rive septentrionale; Mafouga et Jiainbohouai , sur la rive méridionale. Ces cinq criques , navigables jusqu'à quelque distance de leur embouchure, sont bientôt obstruées par les bancs et les palétuviers, et se rétrécissent au point d'être pour la plupart , après quatre à cinq lieues de parcours, impraticables même aux canots. L'affluent ou crique Cômo, suivant M. Pigeard, plutôt que d'être assigné à la rive septentrionale, doit être distingué par le nom d'affluent central, à cause de sa direction vers l'est, qui semble indiquer qu'il est l'artère principale du bassin du Gabon, de sa largeur, qui permet d'y pénétrer beaucoup nlus loin que dans les autres, et enfin'de la nombreuse population qui se presse sur ses bords. C était donc celui qu'il nous importait le plus de connaître. De plus, il n'avait jamais été exploré complètement, même par les Noirs, que retient une sorte de crainte superstitieuse.

Le bassin extérieur ou golfe du Gabon est habité presque exclusivement par les noirs M'Pongos, race paresseuse et rusée, qui s'est constituée l'intermédiaire obligé entpe les navires du commerce et les peuplades de l'intérieur. Le chef principal de ce bassin est, comme on sait, le roi Denis, homme d'une intelligence remarquable, qui réside sur la rive méridionale. Dans le bassin intérieur habitent à la fois des if Pongos, des Boulons et des Bakalais : le roi des Boulous, Boulaben'n, et le roi des M'Pongos, Georges M'Pongos , sont les deux chefs les plus puissants de ce pays. Tous ces peuples parlent des langues différentes, mais analogues, et se comprennent entre eux.

Dans l'intérieur des terres , à une faible distance, vivent des populations nomades de M'Bichos , de Corn Boulous et de Pahouins, qui viennent de temps en temps apporter dans les villages riverains les produits de leur industrie. Ces peuples passent parmi les autres pour de féroces anthropophages ; mais ce pourrait bien

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être un calcul pour éloigner d'eux les blancs, d'autant plus qu'il a été constaté que les M'Pongos nous avaient déjà représentés aux Boulous sous un jour odieux. On le voit, les produits indigènes du Gabon n'arrivaient entre les mains des capitaines de commerce que grevés des frais énormes de plusieurs courtages successifs, et l'exploration de M. le lieutenant Pigeard avait, entre autres objets, celui de taire cesser cet état de choses et d'appeler les naturels du haut pays sur nos marchés.

Il partit le 29 août 1846, sur un brickgoélette, du mouillage du roi Denis, accompagné d'un pilote m'pongo et bien pourvu de toutes choses. M. Déchamps, ingénieur d'escadre, était à bord avec la mission spéciale d'étudier les bois du pays au point de vue des constructions navales. On lit voile immédiatement pour l'île d'Orléans , où l'on jeta l'ancre a six heures du soir. Le lendemain dès la pointe du jour, MM. Pigeard et Déchamps partirenten canot pour visiter les villages avoisinants, entre la rivière Ban'gia et la pointe Obindo. Le premier, celui tfAouna, était composé d'une douzaine de cases de fort mauvaise apparence et presque toutes abandonnées. Le chef Abraham, remarquant leur étonnement, leur dit qu'il s'occupait en ce moment de transporter son village un peu plus à l'ouest, et que tout son monde était employé dans l'intérieur à couper des bois. S'étant rabattus à l'ouest, ils arrivèrent en peu de temps au village Ciembre, situé sur une éminence boisée, très-reconnaissable, à deux encablures dans la petite rivière de même nom.

Malgré les avertissements et les frayeurs de leur pilote, ils débarquèrent là au milieu d'une population bouloue trèsnombreuse et visiblement étonnée, qui les accompagna en poussant de grands cris. M. Pigeard lit quelques présents au roi , en lui disant que le chef des blancs l'avait envoyé visiter les noirs de la rivière et leur porter à tous des paroles d'amitié. D'Jâma promit de se montrer toujours empresse à servir les blancs qui le visiteraient, et ils se séparèrent - avec force poignées de main. — De Ciembre à Boulabeu'n, qui est le village hou ion le plus considérable de cette côte, le rivage est hérissé de palétuviers

qui rendent l'accostage très-difficile , sinon impossible. La rivière Coye, qu'on rencontre après celle de Ciembre , a un cours de cinq à six lieues; elle abonde en bois de toutes sortes , et nourrit une nombreuse population composée presque exclusivement de Bakalais. L'une de ces deux rivières, vraisemblablement la rivière Coye, se rapproche extrêmement de la rivière Moondah. — Le roi Boulaben'n offrit aux officiers français , pour le reste de leur exploration, son fils K* Diana comme guide et comme protecteur, et pour interprète D'Joumba, son neveu, dont ils eurent plusieurs fois occasion d'éprouver l'intelligence et le sang-froid. — Au village de Doiïguela, situé en amphithéâtre sur le flanc d'un morne voisin de Rogolay, M. Déchamps mit pied à terre, pour aller chercher dans l'intérieur quelques échantillons de bois ; mais après une demihe ure de marche son guide refusa d'aller plus avant, dans la crainte d'être dépouillé par des Bakalais errants. — Don'guela, Âouna, Ciembre et BoulaberCn sont de l'est à l'ouest les seuls villages que présente la côte nord du bassin intérieur: on n'en compte que deux à la côte sud dans la même étendue. Les affluents Ciembre, Ban'gia, Rogolay, compris entre l'île d'Orléans et Cômo, sont, au dire des noirs, peunlés sur leurs deux rives d'un grand nombre de Boulous et de Bakalais, qui n'ont presque jamais de rapports avec les blancs. Les deux premiers sont étroits et d'un cours borné , mais celui de Rogolay est souvent pratiqué par de petits bâtiments qui y remontent à trois lieues. Tous, grands et petits, fournissent une quantité considérable de bois de teinture et d'ébène.

Uàfùueat Aïafouga, qui débouche sur la cote sud , à peu près a la moitié de l'intervalle de la pointe Bohuin au village du roi Georges , est également large et accessible aux navires a plusieurs milles dans l'intérieur. Le village de Georges est situé sur un plateau assez élevé dans le sud-sud-ouest de Don'guela, tout près de l'affluent de Rainbohouai, le dernier qu'on rencontre avant d'entrer dans la rivière de Cômo : il gît à peu près nord et sud de Rogolay, comme Maiouga de Ciembre. En résumé, voici l'aspect que présente le bassin intérieur du

Gabon : « une étendue de côtes d'envi- « ron vingt-cinq milles, bordée dans « toute sa longueur de forêts de man- « gliers à moitié immergées, au-dessus « desquelles apparaissent en second « plan des arbres gigantesques et de « loin en loin quelques montagnes de « hauteur moyenne; une population « rare sur les rivages et nombreuse dans « l'intérieur; plusieurs affluents, dont « l'embouchure énorme ferait supposer « un cours étendu et bien alimenté , et « qui , après quelques heures , se rétré- « cissent en étroits marigots d'eau « saumâtre; partout une végétation « puissante , activée par des vases fé- « condantes ; et un commerce continuel, « alimenté par les marchandises euro- « péennes qu'y portent les courtiers « m'pongos et boulous. »

Dans la matinée du 1er septembre, M. Pigeard mesura au micromètre la largeur de la rivière Cômo, qu'il trouva de trois mille mètres à son embouchure; puis il s'y engagea avec le commencement du flot par une faible brise d'est-nord-est. Les affluents Atchango et Maga, situés nord et sud à chaque rive, se présentèrent d'abord.

Deux petites îles de palétuviers nommées VChica signalent l'embouchure de Maga, qui va à quelque distance rejoindre Rainbohouai. Avec cette marée il remonta à sept milles environ , jusque par le travers de l'île NerCguéy que l'on voit s'étendre sur la rive gauche dans une longueur de deux tiers de mille. A cet endroit l'eau fut trouvée d'un goût salin encore sensible au commencement du flot et fortement saumâtre à la fin. A l'exception du point où se trouve le village, l'île Nen gué est presque entièrement couverte de mangliers et de palmiers nains. Quoique étroite et très- rapprochée de la grande terre , elle contribue , avec la pointe NerCguê, qui fait saillie de l'autre côté, à rétrécir le lit de la rivière au moins de trois encablures. Une fois ce détroit franchi, la largeur augmente tout à coup, et redevient à peu près ce qu'elle était en avant de l'île. — A un mille de Nen'gué, et sur la rive droite, il reconnut une seconde île de mangliers d'une demi-lieue de longueur environ, nommée Chàliou. Entre ces deux îles, l'eau commence à être potable. Non loin

de là dans l'est s'élève le village de Passoll, l'avant-dernier centre de population bouloue un peu considérable qu'on voie en remontant, et où quelques années auparavant l'équipage d'une embarcation anglaise avait été massacré. Le chef du village de Passoll jouit d'une grande influence dans la rivière Cômo, tant à cause de sa position centrale que par suite de plusieurs excursions hardies qu'il a faites au delà de Cobangoï. M. Pigeard reçut l'accueil le plus amical dans les villages $Antôbia> de Côlo, de Gombia et à'Atéqué, qu'il visita le 2 septembre. Un peu au delà de ce dernier village il se trouva dans une espèce de bassin circulaire d'un demi-mille de large, où s'élève une île et où viennent affluer plusieurs petits marigots. L'horizon se reculait à une distance plus considérable, et il aperçut à douze ou quinze lieues dans l'intérieur une chaîne de montagnes élevées, qui semble s'étendre du nord-ouest au sud- est. Sa première pensée en voyant ces montagnes fut qu'elles étaient la source d'où partent les petits cours d'eau qui alimentent la rivière, et il conçut l'espérance de rencontrer bientôt un courant constant de descente que rien n'annonçait encore jusque-là. Sur les deux bords de ce bassin, dit bassin des Montagnes, s'élèvent plusieurs villages bakalais , les uns en amphithéâtre sur une berge dégagée, les autres à moitié ensevelis sous des arbres gigantesques qui les couvrent d'une ombre constante. Les seconds plans étalent une végétation magnifique; les palétuviers perdent leur caractère uniforme, en se mêlant àd'autres arbres qui prennent racine sur les bords; en un mot, la nature revêt un aspect plus pittoresque. Les marées continuent à se faire sentir là avec une régularité aussi parfaite qu'à l'entrée de la rivière , sans modifier le moins du monde le goût de l'eau. Les courants charrient en abondance des arbres et une vase épaisse arrachés aux alluvions des rives. — A mesure qu'il avançait, les villages boulous devenaient plus rares et ceux des Bakalais plus nombreux; mais aucun incident n'arrêta leur marche. Le pilote m'pongoseul de temps en temps témoignait son appréhension en voyant les populations se présenter armées sur le rivage ; et quand

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l'échange de cadeaux et de démonstrations d amitié l'avait rassuré , il prétendait n'avoir éprouvé qu'une vive sollicitude pour les voyageurs français. — Depuis Passoll, M. Pigeard observait que la peau des naturels s'éclaircit sensiblement. Leurs coutumes paraissaient aussi se rapprocher de l'état sauvage : on voyait que la fréquentation des blancs était nulle parmi eux. Cependant les chefs de village le priaient tous instamment de s'arrêter quelque temps, l'assurant qu'ils auraient bientôt réuni une grande quantité d'objets du pays pour les échanger contre ses marchandises. Il semblait qu'ils sentissent déjà l'avantage qu'il y aurait pour eux à pouvoir ainsi se passer d'intermédiaires. — Le 2 septembre, dans l'aprèsmidi, le brick mouilla devant le village de Cobangoiy situé sur la rive droite, à environ un mille dans l'est du bassin des montagnes et non loin de la pointe de l'tle Zampa. Dans aucun endroit encore il n'avait rennontré autant d'aisance ni de bien-être. Les maisons sont construites et alignées avec régularité dans une direction perpendiculaire à la rive, et une longue plantation de bananiers et de cocotiers, qui s'étend derrière chaque file de maisons, en les couvrant d'ombre, vient finir au bord de l'eau , où elle marie ses larges feuilles à celles des palétuviers. Le débarcadère n'a pas plus de sept à huit mètres de largeur, et se trouve tellement encadré d'herbes et d'arbustes, qu'il faut être tout auprès pour apercevoir le village , dont les premières maisons sont presque baignées par le flot. — M. Pigeard savait que Cooangoï est le dernier village boulou de la rivière, et que les courtiers noirs s'accordent à le regarder comme un palladium infranchissable. Sam , son pilote m'pongo , et les deux autres guides ne négligèrent pas de le lui répéter quand on y fut arrivé , ajoutant que les villages du haut pays étaient peuplés par une race extrêmement méchante ; enfin , comme argument décisif, ils ajoutaient que la rivière est encombrée de bancs et impraticable

Eour un navire à quelques milles plus aut. A cet endroit elle était encore trop profonde et trop large pour qu'on crût a cette dernière assertion. Cependant, persuadé qu'il ne tirerait rien de plus

de ces hommes , M. Pigeard se rendit immédiatement chez le roi de Cobangoï, avec un beau présent, pour obtenir de lui un guide , sinon un pilote. Quand il débarqua , le pavillon tricolore fut hissé sur le village , et une population nombreuse l'entoura. Le roi, quoique souffrant , le reçut. Il fit tous ses efforts pour le dissuader de son projet. M. Pigeard insista avec (douceur, espérant qu'il n'avait à vaincre qu'une jalousie commerciale; mais il dut rejoindre le brick sans avoir obtenu de guide, et prendre le parti de continuer sa route sans pilote. Il profita d'une heure de flot qui restait pour s'éloigner de Cobangoï, et jeta l'ancre à la nuit auprès du village bakalais de Donibia. La rivière en cet endroit avait près d'une encablure de large; mais les arbres gigantesques de ses bords l'encaissaient tellement, qu'elle paraissait à peine en avoir la moitié. « Le moindre bruit était « répété par un écho puissant que les « côtes de la rivière faisaient retentir « incessamment. C'étaient les cris des « perroquets et des oiseaux de proie qui « passaient au-dessus du navire par « bandes innombrables , ceux des singes « qui parcouraient les cimes touffues; « et ce murmure confus qui est à la fois « celui du courant , des poissons qui a viennent humer l'air à la surface de « l'eau , et de mille insectes qui bour- « donnent dans les feuilles. A ce vacarme « étourdissant s'ajoutaient pendant la « nuit les rugissements des bêtes féroces « du voisinage , le bruit que faisaient en « entrant dans l'eau les lourds hippopo- « tames,etlcs plaintes lugubres du caï- « man qui sillonnait les hautes herbes. Les « oiseaux de nuit venaient se jouer au- « tour du fanal d'habitacleets'enfuvaient « ensuite à tire-d'aile , comme enrayés « des nouveaux hôtes qui venaient ha- « biter près d'eux. » — Pour éviter des

fia labres interminables avec tous les vilages riverains, M. Pigeard fit lever l'ancre à onze heures et demie du soir, et on avança ainsi sans aucun accident jusqu'à environ douze milles plusloin. Le brick, dans ce trajet, passa devant plusieurs villages que signalèrent seulsles hurlements des chiens. Vers cinq heures du matin, il était arrivé auprès d'un affluent assez large , circonstance qui , jointe au rétré-

cissement considérable de la rivière , le fit un instant hésiter sur la route à suivre. Les chants de coqs qui s'élevaient de divers points le décidèrent à mouiller. Au point du jour, on put voir la rive gauche couverte d'hommes armés dont la contenance était celle d'une terreur profonde. Un palabre sans fin s'établit; ils croyaient que le brick était monté par les gens de Passoll qui venaient encore une fois leur enlever leurs femmes. Enfin, ayant reconnu les visages blancs, ils envoyèrent un des leurs sur une pirogue qui, dix fois rappelée, finit par accoster le brick. Un verre d'eau-de-vie donna de la confiance à l'audacieux qui s'était dévoué ainsi , et quelques cris qu'il jeta aux siens suffirent à apaiser tous les soupçons. Ce village se nommait Noumbé, et le roi Cale- Couani. M. Pigeard lui fit un joli cadeau , en lui disant que désormais il devait s'attendre à voir de temps en temps les blancs chez lui; qu'il ne fallait plus douter de leurs intentions , mais leur faciliter au contraire le passage de la rivière; et qu'à ces conditions il aurait toujours à se louer d'eux. Ce village est bakalais etentretient beaucoup de relations avec les tribus nomades de l'intérieur.

La race est en tous points la même qu'à l'ouest; la couleur de la peau seulement est un peu plus claire; au moral, mêmes coutumes , mé*me mobilité dans les désirs et dans les idées ; môme penchant au vol. Les instruments de fer se montrent plus communs, plus grands, et d'une façon qui dénote une certaine habitude de la forge. — On appareilla à onze heures, et le brick passa sans s'arrêter devant le village de MarCgui, situé à un mille de Noumbé sur la rive droite. La rivière se rétrécissait tellement, que le brick , tout maniable qu'il fût , était souvent lancé avec violence par le courant sur les bords, et que ses vergues s'enga-

Î paient de temps en temps dans les paétuviers : une fois surtout il y donna avec une telle violence, qu'il fallut une heure pour dégager le haut gréement d'une multitude de grosses branches qui y étaient enlacées a'une manière inextricable. Au village de Donia, le pilote dit que les bancs allaient se multiplier et la rivière devenir si étroite, qu'en trois heures on pourrait atteindre en

canot un endroit où les avirons toucheraient les bords. Alors M. Pigeard arma le canot en guerre, et, laissant le brick confié aux soins de M. Déchamps, continua son exploration. Dans le trajet de Donia à Pendangoï , il constata la présence de plusieurs bancs; mais la rivière avait encore quarante mètres de large , et le flot devait durer une heure : il repartit donc. Bientôt les bords se rapprochèrent davantage ; des troncs d'arbres, tombés en travers du courant, forçaient le canot à de nombreux détours; tout annonçait enfin qu'on n'était pas loin des limites marquées à la navigation par le pilote. Apres trois quartsd'heure, le canot toucha à un autre village nommé Gango, peuplé de Bakalais et presque aussi considérable que le précédent. M. Pigeard eut plus de peine à s'y faire comprendre , et tout se termina par l'arrivée du roi Diam'gani , qui vint en personne dans son canot recevoir son présent. Ce village , placé sur la limite du pays des Pahouins, fut le terme de l'exploration. Elle avait duré neuf jours r et les résultats qu'elle avait donnés étaient : « 1° Un canevas hydro- « graphique du bassin intérieur du Ga- « bon et de l'affluent central qui, quoi- « que incomplet et insuffisant |>our di- « riger un navire sans pilote , à cause « du petit nombre de sondes, pourra « cependant servir de point de départ « commode à ceux qui entreprendront « l'hydrographie complète ; 2° l'explora- « tion générale de l'affluent central « Cômo, jusqu'à ses limites accessibles, « dix lieues plus haut que le point con- « sidéré jusqu'ici comme inîranehissa- « ble; 3° la consolidation des liens d'a- « initié qui unissaient déjà la France aux « principaux chefs de la rivière jusqu'à « Cobangoï, et la formation, avec ceux « auxquels nous étions totalement étran- « gers, de relations qui nous assurent « désormais un bon accueil partout; « 4° enfin l'appréciation des ressources « de tout genre que présente en ce mo- « ment le haut pays, et de celles que « notre commerce pourra y trouver « plus tard. »

L'examen des localités qui avoisinent les deux bassins du Gabon , montre tout d'abord une série de terrains d'alluvion formés successivement par les

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sédiments du courant sur un sol calcaire ou ferrugineux qui constitue la base générale du pays, de petits tertres argileux aux premiers plans, et quelques montagnes de hauteur moyenne aux derniers. Dans les intervalles de ces accidents de terrains on rencontre , à chaque pas , de larges flaques d'eau saumâtre sans courant déterminé, que la mer laisse en se retirant après avoir inondé les environs. De distance en distance, cependant , l'action de la marée s'est montrée plus forte, et creusant peu à peu son lit , elle a fini par se faire un passage qui , suivant les couches qu'elle rencontrait , l'a conduite plus ou moins avant dans l'intérieur. Ce sont là ces sortes de golfes ou aflluents qui seraient plus exactement désignés par le nom bien connu en Sénégambie de marigots, nom qui marque dans les eaux auxquelles on l'applique l'absence de courant propre. Les marées de flot et de jusant se font en effet sentir avec une telle intensitéjusqu'au fond des plus étendus de ces marigots, que, n'était la présence de l'eau douce qu'on rencontre dans plusieurs à quelques lieues seulement de leur embouchure, on serait tenté de les croire exclusivement alimentés par la mer. « Comment concilier « cependant, ajoute M. Pigeard , l'e.xis- « tence de l'eau douce avec une absence « complète de courant propre et une « régularité de marées presque aussi « grande que sur les bords de la mer? « Ce qui est infiniment probable, c'est « que ces marigots vont, pour la plu- « part, rejoindre à l'intérieur du pays « des marais d'eau douce qui n'assèchent « jamais et qui les alimentent , en se « maintenant toujours de niveau avec « eux , mais sans avoir la force de porter « leurs eaux jusqu'à la mer. Ainsi, entre « l'eau salée qui cherche à faire irrup- « tion et l'eau de ces marais qui se préce sente avec une densité au moins « égale (chargée qu'elle est de matières « étrangères) et qui veut faire éruption, « il existe, dans une zone plus ou moins « grande, suivant la saison, un combat « où, en raison des nombreuses sinuosi- « tés de la rivière et des motifs déjà « énoncés , aucun des deux éléments ne « remporte une victoire décisive, et o qui n'entraîne que des déplacements * locaux sans influence marquée de

« goût de l'une des eaux sur l'autre. » La vue des hautes montagnes , dont la chaîne semble se diriger perpendiculairement au lit de l'affluent Cômo , avait un instant fait espérer à M. Pigeard la rencontre d'une rivière réelle surlaquelle les marées finiraient par être sans action ; mais lorsque, remontant à dix lieues plus haut, il eut constaté les mêmes circonstances qu'auparavant , il dut renoncer à cette idée, et d'après les rapports des nat urels s'arrêter à l'autre. Il n'est pasintitile de dire que l'eau douce, quelque haut qu'on se soit avancé dans les aflluents , est toujours mêlée de détritus végétaux et de vase qui ne tardent pas à l'altérer une fois qu'elle est stagnante; ce n'est qu'après un certain temps de fermentation qu'elle redevient potable. — Le sol, danstoute l'étenduedu cours de la rivière, parut à M. Pigeard d'une grande fertilité. 11 est en général composé d'une argile ferrugineuse, mêlée de terreau grisâtre, dû sans doute aux dépôts des eaux.

« L'éloignement du M'Pongo our les travaux manuels s'observe à peu près au même degré chez tous les peuples de la rivière. Le seul mobile qui les arrache par intervalles à leur apathie est le désir de se procurer quelques produits des blancs : pour cela, les uns font le courtage, les autres chassent, chacun travaillant d'autant plus qu'il vit plus retiré à l'intérieur et qu'il a moins de moyens de communiquer avec nous.Tous d'ailleurs méprisent l'agriculture, par suite des nombreuses ressources naturelles du pays, qui fournit presque sans travail à leurs moindres besoins. Des bananes et une foule de racines mucilagineusesconstituentleurprincipalenourriture. Il s'y joint, comme complément de luxe, du poisson sec et de la viande d'éléphant otidesanglier fumée, que viennent échanger sur le littoral les tribus chasseresses de l'intérieur.» — Ces tribus à demi nomades, qui se sont jusqu'ici tenues éloignées de la mer, sont celles qui alimentent presque tout le commerce d'ivoire du Gabon, par l'intermédiaire des riverains, dont elles reçoivent, après deux ou trois courtages, les fusils, la poudre, etc. C'est ainsi que les Pahonins viennent de préférence échanger leurs produits avec les Bakalais, dont les mœurs se rapprochent des leurs ; ceux-ci

les transmettentaux Boulous, les Boulous aux M'Pongos, et ces derniers enfin aux blancs. Quelques opérations se font, il est vrai, sans passer rigoureusement par cette litière ; par exemple , divers villages boulous et bakalais de l'intérieur, restés encore fidèles à leurs anciennes coutumes , font eux-mêmes la chasse de l'éléphant et livrent directement leurs produits quand ils en trouvent l'occasion. Mais tant de difficultés se présentent pour arriver jusqu'à eux , tant de courtiers les jalousent et les circonviennent, que ces transactions ont toujours lieu sur une petite échelle. Il est notoire d'ailleurs que l'ivoire diminue sensiblement non-seulement au Gabon , mais encore sur plusieurs autres points de la côte d'Afrique, et que les traitants se plaignent chaque jour des nombreuses difficultés qu'ils trouvent à se le procurer. En effet , à mesure que les peuples chasseurs du haut pays connaissent les blancs et s'habituent à leurs produits , ils s'ingénient à se les procurer le plus aisément possible , et trouvent naturellement, comme les M'Pongos, le courtage moins pénible et moins dangereux que la chasse. De là cette tendance incessante des populations éloignées à se rapprocher des bords de la mer. C'est ainsi gue les Boulous, qui habitaient autrefois dans le haut de l'affluent Cômo et qui étaient d'intrépides chasseurs, ont été poussés vers l'ouest par les Bakalais; c'est ainsi que les Bakalais, subissant à leur tour le mouvement général, commencent à renoncer à la chasse et cèdent devant les Pahouins qui accourent de Tintérieur. C'est à cette tendance des peuples chasseurs à se faire courtiers, c'est à ces jalousies commerciales qu'est due la diminution de l'ivoire, et non à la rareté des éléphants, qui sont au contraire tellement nombreux qu'on en voit tous les jours venir se faire tuer au milieu des villages. Pour empêcher gue cette branche de commerce ne s'éteignît ou au moins ne devînt de plus en plus difficile à exploiter, la meilleure marche à suivre serait peut-être de former prompteinent une société qui pût, avec quelques petits bâtiments bien approvisionnés, se mettre partout en rapport avec les peuples chasseurs du haut pays, en ayant les moyens de se faire respecter des villages bou-

lous et bakalais qu'il faudrait traverser et que ce nouveau mode de commerce léserait nécessairement. Les navires de la société approvisionneraient un comptoir central , où se déposerait tout l'ivoire du pays destiné à 1 exportation.

S[uant au bas pays, privé des avantages u courtage , il se tournerait forcément vers l'agriculture, le commerce des bois, de la gomme, etc., et recouvrerait en peu d'années ce qu'il aurait perdu d'autre part.

Les cinq ou six peuples divers de nom et de langage qui habitent le Gabon ont tous à peu près les mêmes caractères physiques; les seules différences un peu notables qu'on puisse signaler sont des traits plus anguleux et une couleur moins foncée de la peau, à mesure qu'on avance dans l'intérieur. Quant aux différences morales, elles sont en raison de la différence de position par rapport aux blancs, c'est-à-dire assez sensibles dans la forme et nulles au fond. Polygamie, fétichisme grossier, instinct rusé au sauvage, cupidité adroite, tels sont les principaux traits chez tous. L'énergie et le goût du travail tendent à diminuer généralement et finiraient par disparaître tout à fait si Ton ne se hâtait d'y porter remède. La femme, comme dans la plupart des peuplades noires de l'Afrique et de l'Océanie, vit dans un état presque complet d'abjection, et c'est sur elle que pèsent tous les travaux pénibles de la famille. — En moyenne, on peut compter une population de deux cents individus dans chaque village des bords de la rivière Cômo, ce qui donnerait pour toute cette région un total de dix à douze mille âmes. D'ailleurs point de gouvernement régulier; dans chaque village, un chef qui paraît jouir d'une autorité assez restreinte et transmissible par hérédité : autant de républiques en un mot qu'il y a de villages. Les M'Pongos, voisins de la mer, ont été unis par une communauté d'intérêts et l'intelligence de quelques-uns de leurs chefs. Les Boulous le sont beaucoup moins; et quant aux Bakalais, sans être précisément en guerre les uns avec les autres, ils sont presque tous sur le pied d'une défiance continuelle, à cause du mouvement qui pousse chacun sur son voisin et menace incessamment

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de la déplaoer. Les haines les plus vives sont celles qui existent entre les villages appelés à servir momentanément .de limites entre deux peuples ; et, chose curieuse, tandis que ceux-là en viennent fréquemment aux mains, ceux qui vivent un peu plus loin ont des relations continuelles de commerce.

« L'industrie de ces peuples, dit encore M. Pigeard , dont la mobilité a été continuelle et la principale occupation la guerre pendant de longues années, a dû se tourner presque uniquement vers les moyens de vivre immédiatement dans un lieu donné et de s'y défendre. Un incendie de quelques mètres carrés leur a préparé le terrain ; des palmiers, des bois d'un travail aisé, leur ont assuré des cases légères, qu'ils pouvaient construire en peu de jours , et la présence du fer pres-

Î[ue à l'état natif sur beaucoup de points eur a donné des armes et quelques instruments nécessaires à leurs besoins.

C'est vainement que l'on cherche chez ceux qui ne connaissent pas les blancs ces petits raffinements de bien-être qu'on a trouvés , dès la découverte , chez tant de peuplades sauvages de l'Ooéanie et du nouveau monde. Tout semble se ressentir d'une paresse naturelle très-grande et de la nécessité de cette existence nomade. » — L'industrie manuelle consiste donc exclusivement en quelques produits primitifs indispensables, comme pirogues grossières , filets , nattes passablement travaillées, et un certain nombre d'armes en fer que fabriquent surtout les Pahouins et les Bakalais. J'ajouterai encore la pêche , où ces noirs se montrent assez adroits; la chasse Bax éléphants, aux sangliers et aux bœufs sauvages, et la confection de quelques vases de terre très-communs, qui n'exigent presque aucun travail de manipulation , si Ton considère que partout se trouve une argile parfaitement pure de matières calcaires, qui durcit rapidement au soleil. — Quant à l'industrie agricole, il suffit d'en citer les rares produits pour faire connaître les travaux qu'ils nécessitent : des bananes et des racines de taro, ignames, manioc, etc.

Mais si les habitants ne demandent rien à cette terre fertile, il est juste de signaler les produits naturels que l'on y rencontre et son analogie avec des

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terres voisines très-riches, pour que l'on puisse juger par ce qui est de ce qui pourrait être. La canne à sucre croît spontanément en grande quantité sur les bords de l'affluent Cômo, et le tabac est avantageusement cultivé par les tribus de l'intérieur. D'autre part, un court examen établit l'analogie parfaite du sol du Gabon avec celui de l'île du Prince située à quarante lieues dans l'ouest, et prouverait suffisamment que l'un peut être soumis avantageusement aux mêmes cultures que l'autre , si déjà des expériences faites sur le café et le cacao n'avaient constaté ce résultat. Des déboisements intelligents, et des tranchées faites convenablement dans les parties voisines de la mer, assainiront le pays en ouvrant de grands espaces à la spéculation; et plusieurs plateaux élevés demandent d'ailleurs de si faibles travaux , qu'on ne doit pas tarder davantage à les utiliser. — Les recherches consciencieuses de M. Déchamps, ingénieur d'escadre, qui. accompagnait M. Pigeard dans son exploration, ont constaté , outre les richesses en bois de teinture et d'ébénisterie, la présence de matériaux précieux pour les constructions navales. — Il reste à signaler quelques industries secondaires qui pourraient, ce semble, donner sans beaucoup de peines des produits complémentaires avantageux. Cette partie de l'Afrique centrale est peuplée d'une quantité considérable de tigres, de lions , de panthères, de singes, etc., tous animaux dont les peaux sont recherchées.

Le peu d'adresse des noirs dans le maniement des armes à feu et la petite quantité de munitions dont ils disposent les ont jusqu'ici tenus éloignés de cette spéculation, dont ils ne sauraient d'ailleurs tirer qu'un médiocre parti , à cause de leur ignorance des procédés de conservation des peaux. On peut nommer de plus, en passant, les poteries, qu'il serait facile de rendre immédiatement abondantes, et qu'on ferait servir comme moyens d'échange avec l'intérieur ; la construction de petits bâtiments que l'on armerait au Gabon presque avec les seuls moyens du pavs, pour les vendre ensuite dans les établissements de la côte; enfin ces beaux joncs qu'on fait venir à grande peine des régions de

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l'Inde, et qu'on a négligé jusqu'ici de demander aux marigots de l'intérieur, où ils abondent.

— En résumant ses observations, M. Pieeard dit qu'il a vu au Gabon tous les éléments d'un établissement utile, sous les trois points de vue qui doivent particulièrement intéresser une grande nation, savoir : commerce, politique et civilisation; soit que, le gardant tel qu'il est, on veuille seulement en tirer tout ce qu'il peut rendre de produits actuels; soit qu'entreprenant sur le champ des travaux utiles, on veuille chercher à ajouter à ses richesses naturelles celles que donnerait infailliblement un sol vierge et favorable. « Le travail des « naturels , cette condition indispensa- « ble de réussite, et qu'il semble si dif- « ficile, pour ne pas dire impossible,

« de réaliser, sera obtenu peu h peu , « en le rémunérant convenablement, en « employant la douceur et procédant « par voie de persuasion vis-à-vis des a chefs que nos nouvelles mesures com- « merciales auront lésés. A leur premier • étonnement succédera l'heureuse im- - pression produite par la réussite de « nos essais, impression qui les éclairera « sur leurs véritables intérêts; Duis, de « proche en proche , et c'est là le résul- « tat désirable, ils voudront eux-mêmes

■ faire travai lier, et l'œuvre de régénéra- « tion inorale marchera progressivement, « gagnant du terrain à mesure que notre < possession s'affermira, et que ces

■ peuples , au lieu de voir un mal dans « notre présence , pourront en appré- « cier la portée bienfaitrice. »

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