SÉNÈQUE A PAUL ET A THÉOPHILE, SALUT
J'ai éprouvé, je l'avoue, une impression très-agréable en lisant les Épîtres que tu as envoyées aux Galates, aux Corinthiens, aux Achéens. Que nos rapports mutuels, grâce à l'amour divin qui nous anime, offrent l'image des vérités qu'elles renferment. Le Saint-Esprit répand en toi et sur toi des sentiments élevés, sublimes, qui déjà par eux-mêmes attirent le respect. Aussi je voudrais que lorsque tu exprimes ces pensées excellentes, l'élégance du langage répondît à leur majesté.
Je ne veux rien te celer, mon frère; je veux avoir la conscience en paix à ton égard. Je t'avoue donc que l'empereur a été frappé de ta doctrine. Entendant lire le commencement de tes réflexions sur la vertu, il s'écria : Je m'étonne qu'un homme sans lettres puisse avoir de tels sentiments ! Les dieux, lui répondis-je, parlent souvent par la bouche des simples, et non par celle des hommes qui pourraient abuser de leur science. J'alléguai l'exemple de ce paysan nommé Vatinius, à qui étaient apparus, sur le territoire deRéate, deux jeunes hommes, reconnus plus tard pour être Castor et Pollux. L'empereur paraît au courant de nos idées.
LETTRE YIII.
PAUL A SÉNÈQUE, SALLT.
César, je le sais, admire notre doctrine; si toutefois
TRADUCTION DU TEXTE. 44i
son admiration nous fait défaut un jour, veuille bien ne pas t'en offenser, mais le tenir pour averti. Selon moi, tu as pris une détermination bien grave en portant à sa connaissance des dogmes si opposés à sa religion et à ses croyances. Comment as-tu été amené à désirer qu'un sectateur du culte* des gentils fût instruit de nos doctrines? Je ne puis me l'expliquer que par un excès d'affection pour moi. Je te prie de ne plus le faire dorénavant. Crains, en voulant me prouver ton attachement, d'offenser celle qui règne sur l'esprit de l'empereur. Si l'empereur persévère, l'offense sera sans danger; sinon, nous n'aurons rien gagné à cette conduite. Or, si la reine est vraiment reine, elle ne se fâchera pas; si ce n'est qu'une femme, elle sera blessée. Adieu.