SENLIS
Pendant Flnvasion Allemande
2) 'après le Carnet de
êïofes d'un Senlisien
Par lioup BEf^Tf^OZ,
Directeur du « Courrier de l'Oise », Journal de Senlis
Tous droits de Reproduction et de Traduction réservés pour tous pays
Le F^empaft
Bellevue
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flu Lecteur,
Au début de novembre dernier nous recevions d'un Senlisien,un de nos amis, une lettre dont nous croyons devoir extraire les lignes suivantes. Elles disent simplement à quelles circonstances nous devons de vous présenter aujourd'hui cette modeste brochure.
Mon cher Direcleur,
^yr^i- cours de différents cnlreliens que ^y* nous avons eus sur les événements de Septembre IOI'a à Sentis, vous m'avez souvent engagé à publier les notes que j'ai prises sur le vif, c'est le cas de le dire, pendant ces journées dramatiques qui font époque dans la vie d'un homme. J'étais liésitant. Aujourd'hui, pour des raisons que je vous ai exposées et dont vous avez reconnu vous-même Vimportance, je renonce définitivement à donner suite à la proposition [que vous m'avez faite. Nous n'en resterons pas moins bons amis et d'ailleurs, pour vous le prouver, je vous abandonne mon carnet de notes. Peut-être pourrez-vcus en tiicr quelque parti'i'
Enfin voyez. Si vous livrez ma prose — soigneusement revue, corrigée, mise au point — à lapublicilé, retranchez, bien entendu, tout ce qui serait susceptible de mettre en vedette ma modeste personne. J'ai vécu certainement des heures inoubliables à Sentis, au début de septembre IQl'i, et, si dans la mesure de mes moyens, j'ai pu me rendre utile à mes Concitoyens dans ces cruelles épreuves, je n'ai fait que mon devoir, un point c'est tout. Dans ces conditions offrez au public, si vous le jugez à propos, le Carnet de Notes d'un Senlisien.
Votre tout dévoué, etc.
Nous avons compris et regretté la détermination de cet excellent concitoyen, qu'une modestie exagérée foit rester dans l'ombre et dont la plume était plus autorisée pour retracer ces scènes tragiques qui ont ajouté le nom de Senlis à la liste trop longue déjà, des cités meurtries.
Notre unique souci en publiant ces notes revues, vérifiées et corrigées a été de mettre à la disposition du public un opuscule à la portée de tous par son prix modique, mais d'autre part aussi documenté, aussi exact que possible. Au début de septembre 19 14 les événements se précipitent ; l'invasion de notre malheureuse cité, les arrestations des otages, le combat du quartier de l'hôpital, l'incendie, les exécutions, le pillage , tout se déroule si rapidement que bien des témoins ont perdu la notion du temps et sont en désaccord sur des questions de détail, il est vrai, mais non dénuées d'intérêt.
Les épisodes de ces journées terribles, qu'on ne l'oublie pas, n'ont entre eux aucune corrélation, autrement dit, ils forment en quelque sorte des laits distincts qui demandent à être traités séparément et d'ailleurs qui méritent qu'on leur consacre un chapitre.
Notre premier objectif, dans les recherches que nécessitait la confection de cet ouvrage, a été de dégager de ce récit toute exagération, toute erreur imputables à des causes bien diverses et presque toujours indépendantes de la volonté de braves gens, dont la bonne foi ne peut être mise en doute. Dans ce simple exposé, on verra avec une réalité impressionnante, les atrocités, la sauvagerie de ces brutes, de cette solda-
tesque allemande dont la fureur ne connaît plus de bornes...
En décernant, comme il convenait, des éloges à ceux qui les méritent, nous avons pu, bien involontairement, c'est certain, oublier quelques noms, on ne nous en gardera pas rancune. Quelle que soit l'attention qu'on apporte à les éviter, ces omissions se produisent trop souvent. Quant aux personnes dont nous avons peut-être froissé la modestie, elles voudront bien ne pas nous en tenir rigueur. H y a véritablement du mérite, du courage à faire son devoir à des heures particulièrement graves
Conserver pieusement le souvenir de ces journées sanglantes, ce n'est pas seulem.ent recueillir les leçons d'un passé glorieux, c'est accorder un tribut d'hommages et de reconnaissance bien légitime k des martyrs dont le courage, la bravoure, l'héroïsme serviront d'exemple à nos générations.
Inclinons-nous profondément devant ceux qui pleurent aujourd'hui un être qui leur est cher. Tout aura été bien dans la vie de celui qui verse son sang pour la patrie, puisqu'il aura su mourir en héros. Quand, après la tourmente, la victoire nous ramènera la paix et les beaux jours, la vie renaîtra plus prospère dans ce pays qui aura connu tant de ruines et de misères... Nous conserverons le souvenir des heures tragiques de septembre 1914, pour rendre hommage à ceux qui en furent les glorieuses victimes. Et, parle livre, l'image ou la parole, nous dirons aux peuples civilisés, à nos enfants, ce que fut l'œuvre abominable de ces barbares allemands qui depuis près d'un demi-siècle se préparaient à mettre l'Europe à feu et à sang.
Loup BERTRO: