CHAPITRE XIII
EXCITATION' PRODUITE PAR LA VUE DU MOUVEMENT. — INFLUENCE DE LA DIRECTION DU MOUVEMENT. — EXPRES- SION DES ÉMOTIONS.
J'ai déjà eu occasion d'insister sur ce fait que la vue d'un mouvement détermine, chez certains sujets du moins, la nécessité de le reproduire, ce qui revient toujours à dire que l'idée du mouvement c'est déjà le mouvement qui commence ; et on peut constater la réalité du phénomène en mesurant l'augmentation de force musculaire. On comprend ainsi comment l'attention peut exagérer la puissance du mouvement. D'autre part, j'ai montré que l'intensité des réactions aux sensations de l'ouïe et de la vue au moins peut être mise en rapport avec le nombre et l'amplitude des vibrations de l'air et de l'éther, c'est-à-dire avec l'énergie d'un mouvement initial qui provoque la sensation.
J'ai réalisé une expérience qui met en lumière, je crois, l'action dynamogène du mouvement en général, et montre que le mouvement est susceptible d'accroître la valeur d'un excitant.
Sur un sujet qui est sensible à l'action dynamogène des couleurs, et chez lequel on provoque très facilement le phénomène de l'induction psycho-motrice, j'ai opéré ainsi qu'il suit: J'ai disposé des disques de carton, de différentes couleurs, rouge, vert, bleu, jaune, sur une Sorte de roue de rouet, dont on se sert ordinairement pour mettre en mouvement les disques avec lesquels on expérimente le mélange des couleurs. Je prie le sujet de fixer avec attention chacun des disques immobiles,
Si SENSATION ET MOUVEMENT
et je prends comme précédemment la force dynamométrique sous l'influence de l'excitation produite par les diverses couleurs : j'obtiens ainsi des résultats tout à fait semblables à ceux que j'ai déjà signalés. Puis je mets successivement chaque disque en mouvement et, répétant chaque fois l'exploration dynamométrique, je constate que pour toutes les couleurs il v a une augmentation en rapport avec la rapidité du mouvement. Cette augmentation varie de 3 à 5, à 8 pour chaque couleur dans des conditions que j'essayerai d'indiquer tout à l'heure ; mais auparavant, je désire rappeler un point historique :
Depuis prés de dix ans, et jusqu'à sa mort, Gaétan Delaunay, poursuivait une étude physiologique qui n'a pas abouti à une démonstration évidente parce que ses procédés de rechercheétaientdôfectueux. Il s'est servi on effet à peu prés exclusivement de la méthode statistique, et les observations qu'il réunissait n'avaient pas pour la plupart été faites par des personnes compétentes; mais il n'en est pas moins vrai qu'il a pressenti avec une intensité remarquable que la direction des mouvements avait une valeur physiologique, et il a cherché à établir que la direction de certains mouvements à droite ou à gaucho était en rapport avec le degré d'évolution. Il à fait à ce sujet un certain nombre de communications â la Société do biologie et je n'ai pas à y insister davantage.
D'autre part, un mathématicien, M. Ch. Henry (1), se basant sur des considérations théoriques que je ne suis pas on mesure de suivre, l'ait jouer un rôle prépondérant à la direction dans l'est hétiquo. Mais la démonstration d'une théorie scientifique de l'esthétique esl subordonnée à la constatation des effets physiologiques
(1) Ch. Henry, Introduction à une esthétique scientifique (Revue contemporaine, 25 aoûl !