INFLUENCE DES MOUVEMENTS SUR LA PAROLE
des signes. Elle peut aussi rendre compte de la persistance de la mimique des membres qui, la plupart du temps sans signification, est moins un adjuvant qu'un excitant de la fonction du langage : bon nombre d'individus agitent le bras lorsqu'ils veulent retrouver un mot qui leur échappe. Et enfin elle indique que la prédominance fonctionnelle du membre supérieur droit, qui a son centre moteur dans l'hémisphère gauche du cerveau et la localisation de la fonction du langage à gauche, n'est pas une simple coïncidence ; mais qu'il y a entre ces deux faits une relation de cause à effet: C'est parce qu'il s'est servi d'une manière prédominante de son bras droit, pendant une longue suite de générations, que l'homme parle avec son cerveau gauche.
Cette augmentation de la force musculaire dans le membre supérieur quand l'inférieur est exercé ne doit pas surprendre, car les expériences pléthismographiques de MM. Mosso, François Franck, etc. (1), ont montré, et nous avons constaté aussi (fig. 2), que dans ces conditions le membre supérieur augmente de volume par un afflux de sang plus considérable.
Nous verrons aussi que, comme Volkmann l'a déjà observé, la sensibilité d'une partie se développe par l'exercice de la partie voisine (rôle des esthésiogènes). Le développement de la motilité et de la sensibilité est en rapport avec l'augmentation de l'afflux sanguin.
3° D'autre part, si, pendant une ou deux minutes, on fait, avec la main qu'il s'agit d'éprouver, une série de mouvements volontaires de flexion à vide, le dynamomètre trahit bientôt une augmentation de la force de pression.
Cette observation concorde bien avec la remarque faite par la plupart des expérimentateurs qui se sont
(1) Suc, Rech. historiques et critiques sur les changements de volume des organes périphériques dans leurs rapports auec la circulation du sang ; th. 1878.
occupés de dynamométrie, à savoir que la seconde pression est, en général, plus forte que la première ; la première pression a pour effet de renforcer la représentation mentale du mouvement. L'habitude instinctive de s'étirer les membres a pour but de réveiller le sens musculaire, et joue le même rôle; les mouvements préparatoires du saut ont la même action, etc.
Ces observations nous montrent que, lorsqu'un membre est mis en action, le mouvement, qu'il soit volontaire (actif) ou provoqué (passif), détermine sur le centre moteur cérébral de ce membre une action excitante qui s'étend aux centres voisins. Chez certains individus peu sensibles aux excitations intellectuelles, on peut exagérer l'énergie de la pression manuelle en leur faisant faire un exercice violent de tout le corps : j'ai observé souvent l'augmentation de la pression dynauométrique après des exercices dits d'assouplissement.
Il est légitime de soupçonner que l'épuisement du même centre est susceptible de développer une action dépressive corrélative; on comprendrait ainsi comment, même en l'absence de dégénération descendante bilatérale de la moelle, « toute lésion destructive des régions motrices du cerveau produit un affaiblissement musculaire dans les quatre membres (1)» ; M. Brown-Séquard B déjà fait valoir cette interprétation à plusiours reprises devant la Société de biologie ; et on peut ajouter que la destruction d'un contre cérébral quelconque produit, en général, un certain degré d'affaiblissement intellectuel*
•l°On remarquera que les mouvements passif! (c'est-àdire exécutés par l'expérimentateur avec le membre du sujet qui n'oppose pas de résistance et ne s'aide pas) provoquent exactement la mémo excitation fonctionnelle
(1) Pitre», Note tur l'étal îles forces che; les hémipUçujUM (ArCh, d- Neurologie^ 1882, t. IV, \>. 4(J).