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SCULPTURE ET MEDAILLES

Peu d’œuvres très sensationnelles, beaucoup de bustes comme tous les ans. De M. Szymanowski, « Maternité », MUe Amélie Colombier expose une très gracieuse « Carmencita » d’un joli mouvement ; M, Mengue, une séduisante « Messaline » qu’il a couchée, l’idée est originale, sur un lit en bois d’un dessin fantaisiste, et le contraste est d’effet assez curieux du marbre et de la couchette ; de M. Rivière-Théodore « Les deux douleurs » groupe en marbre gris, d’un sentiment touchant et un des meilleurs envois au Salon. Une vision païenne de M. Lévêque ; « Débardeurs » de M. Landowski, « L’honneur et l’argent » de Mlle Bizard, un bel effort ; « Lionceaux et Marabout » de M. E. Mérite ; M. Lambert expose également un « Débardeur de Seine », Ainsi l’influence de Constantin Meunier agit sur la statuaire et la rend plus accès-

sible et humaine. De M. Frémiet une « Statue équestre » en bronze, et la tète de la statue colossale de Ferdinand de Lesseps, érigée à Port-Saïd ; de M. Bartholdi « Monument des trois sièges soutenus par la ville de Belfort » ; « L'éternelle victime » de M. Just Becquet ; « Le veuf » de M. Bilbao ; « Le songe de la Vierge » de M. Garli ; « Le monument de Pasteur » de M. Chailloax ; « Un groupe » (plâtre) de M. Chorel ; « L'âge mûr » de Mlle Clau del ; « La Muse du peuple » de M. Darbefeuille, d’une jolie pensée; « Groupe militaire » de M. Desca ; le colossal monument « La Toulousaine » élevé au chant national et populaire de Toulouse, de M. Dueking ; charmante, la Toulousaine et de crâne silhouette ; « En Bretagne » de Mlle Ducoudrav, étude sincère et simple ; « La Ville d'Aire protégeant ses enfants » de M. Engrand ; « Les Tigres » de M. Gardet, « Le bateau de sauvetage » de M. Houssin, motif curieux et d’unbel ensemble.

« Oréade», de M. Mathet, « La République » de M. Constant Roux, destinée à l'escalier d’honneur de la Préfecture de Marseille, « L’homme et la misère humaine » de M. Segoffin, « Le Paradis perdu » de M. Schuler.

« Ange adorateur » de M. Solder ; « Lionne et ses lionceaux » de M. Vallon ; « Éducation

morale » de M. Verdier ; « Jeunes chats » de M. Virion : « Le Gué » de M. PalleL

M. Félix Plessy expose un buste bien ressemblant de notre con frère Marc Legrand, directeur de la Reoae du Bien. Parmi les bustes encore, ceux de « Falguière » en bronze, de M. Marqueste, de « François Goppée » et Edouard Détaillé », M. Bernstamm, celui de M. Al louard, de M. Bertrand (Louis), le Portrait de poète Léon Dierx, de M. Bony de Lavergne ; celui du docteur Huchard, de M. Boucher ; les bustes de M. Flourens, de M. Boverie ; « de M. Laussedat », de M, Ferrary; de « la Vicomtesse de D... » de M. Millet de Marcilly ; de « M. Dorian»de M. Charles Picaud ; de « M.Gérôme »,de M. Récipon, de « M. Jules Claretie», de M. Zeitlin; « Un cadre de médailles», de M. Fuchs, « Médailles et Médaillons », de M. Henri Dubois ; un « cadre de onze médailles ». de M. Gilbault, MM. Victor Peter, Ponscarme.

GRAVURE, ARCHITECTURE ET OBJETS d’aRT.

Nous revenons sur nos pas dans les salles 17 et 18, salles réservées à la gravure et eaux-

fortes et à la gravure sur bo;s.

Dans la première, une souple eau-forte de « Paysage », de M. Auguste Boulard ; « Une gravure», de M. Théophile Chauvel ; « Master Harc » de M. Patricot ; « La Fuite en Egypte » de M. Suykens ; « Bouderie » lithographie originale de M. Cordonnier ; « Six gravures » (eaux-fortes) de M. Cuisinier, lequel a orné la Revue du Bien d'un agréable frontispice. « Une gravure sur bois » d’après un dessin de H. Daumier (collection G. Lucas), deM. Alfred Prunaire, épreuve superbe et qui rend à s’y méprendre le dessin original et son côté spirituel. « Les bords de l’Avre » eau-forte de M. Desbrosses ; « Les lithographies » deM. Dillon ; « Eau-forte originale » d’après Dagnan- Bouveret, de M. Flameng ; « Eaux-fortes en couleurs », de M. Baoul du Gardier ; « Eauforte originale » de Mme Louise Guichard ; « Une pointe sèche » de M. Lebègue ; de Mme Fanny Prunaire, « Les peupliers » d’après P. Yibert ; gravure sur bois, d’une impression très colorée ; « Chrysanthèmes » lithographie de M. Edmond Bocher ; « Trois eaux-fortes » de M. Bobida ; « Une rue de Constantine » (eau-forte originale), de M. Tattegrain : « Le fumeur » (bois), de M. Van de Put; « Trois gravures sur bois », vues et admirées à l’Exposition des Arts Réunis de M. Pierre Yibert (Bodin — Faune

fleuri — Solitude), avec une gravure sur bois originale, « le Miroir » d'une chaude ampleur et de conception audacieuse.

Des projets d’architecture, de MM. Bernard, Faure-Dujarric, Henry, Janin, Nodet, Félix Ollivier.

Parmi les objets d’art ; le « Sarcophage » placé sur le pourtour, dans une vitrine, de M. Roüchomowski ; de gaieté peu folâtre, ce petit squelette en or dans ce minuscule coffret d’argent ; tant il est même difficile de juger du travail et de la qualité et mieux vaut en croire les on-dit favorables ; dans la première rotonde à gauche, la vitrine des bijoux de M. Lalique.

Les « Pâtes de verre » de M. Amie Walter ; « Les collections de verreries d’art » de M. Tiffany, sur le pourtour à gauche, les « Vitrines d’Emaux translucides » de M* Suau de la Croix ; à l’entrée du grand escalier « la fine statuette en bronze vert » de M. Denys Puech, « Portrait de M. Bonnat. »

« Les objets d’art en matières précieuses » de M. Rivière Théodore ; « Les émaux » de Mlle Jeanne de Montigny ; « Une vitrine » de M. Falize ; « Les reliures d’art » de haut goût, de M. Henri Godin ; « Les Vases flammés » de M. Massoul ; « Un ensemble de mobilier » de M. Rey ; « La Renommée glorifiant l’œuvre du

marquis de Dion » placée à l'entrée de la salle I, de M. René Rozet ; « Une horloge originale » de M. Georges Turck ; (Faïence crue grand feu) « La vanne du moulin, à Montigny-sur-Loing » de M.® Van Coppenolle, « Une Verrière » de M. Edouard Vimont.

Là, peut se clore ce résumé d'un Salon, sur le compte duquel, il y aurait certainement encore beaucoup à revenir, sans urgence toutefois à s’étendre et à disserter à l'infini sur des éludes qui n'apportent en soi rien de neuf et d inédit et dont la plupart ont une affection mercantile bien accusée et sortent du domaine des recherches d'art à proprement parler, recherches qui, dans une exposition comme celle-ci, ont seules droit à notre intérêt et à notre attachement résolu.

Exposition des Arts Musulmans.

Mai 1903.

Pavillon de Marsan. — Celte nouvelle exposition d’art musulman de « l’Union Centrale des Arts décoratifs » est fort intéressante et instructive.

Elle offre une éclatante variété de témoignages artistiques de Fart arabe, lequel, comme on sait, excluant la représentation, en principe, de la figure humaine, se limita dans la culture des Arts dits Industriels.

Dans ce champ vaste, Fart arabe et principalement Fart persan se sont surpassés et on est étonné de l’analogie frappante qui les relie, à des siècles de distance, à notre art « nouveau », tant par la recherche des harmonies de la couleur que par la simplicité large, en certains cas, de leur dessin, Félégance des motifs, choisis de préférence parmi les fleurs et la richesse toute particulière des Arabes que des tapis et des tentures de soie.

Tels, également, témoignages de céramique exposés ici, sont merveilleux, de carreaux déco-

rés ; cle même ceux des Faïences Hispano- Moresques du XVe siècle, des plus concluants et proclamant la souveraineté d’antan d’une civilisation remarquable, — déchue.

Et il faut noter les spécimens d’art, d’orfèvrerie, de ciselure, de bois sculpté, de bijoux (en corail, par exemple; collection de M. Paul Eudel) d’ivoires.

Un des côtés les plus attachants de cette exposition, a trait toutefois à Part d’enluminure persan. Nous admirerons, sans lassitude, ces adorables miniatures sur papyrus (celles détachées de la collection splendide de M. Louis Gonse), alliant à la couleur, la naïveté, le charme vécu d’études d’après nature, de ligures, d’animaux et de fleurs. Telle étude de «Pavots aquarellés » est exquise, non moins que celle d’un « Vieux cheval » en grisaille, tout famélique et caractéristique ; de cet « Eléphant » superbe et d’une pureté de coloris incroyable de ces « ânes », etc.

Provenant de la collection particulière du Musée nous signalerons le parfum tout symbolique qui émane de cette « Charmeuse de serpents » ; d’une « Gardeuse de biches » du « Sérail » et plus loin ce « Lion » dévorant sa proie, aqua-teinté, beau comme un dessin de Vittore Pisano.

Cette miniature « d’Oiseaux » (collection Kelekian; cebes de la collection de M. Paul- Albert Besnard.

Et il n’est de récréation plus passionnante que d’examiner en détail tous ces précieux spécimens de Fart oriental et persan; qui eut une répercussion indiscutable sur Fart Indien, Chinois et Japonais.

Petits-Salons . — 2, rue Yictor-Massé, galerie B. Weill, une petite boutique grande comme la main, mais dont les œuvres exposées du 4 mai au 31, valent par la qualité du choix. On y rencontre des artistes comme Bené Ménard, Dauchez, Charbonnier, Duprat, Marquet, Gaston Prunier, Gonzalès, Bené Juste, Le Beau, Luce, Màtisse (une nature morte puissante).

Chez Bernheim jeune, rue Laffitte, exposition des peintres néo-réalistes Walloton et Vuillard: des notations très judicieuses, des rapports de distinction grise et des jouissances de métier délicat et de psychologie raffinée.

En parallèle du Sainte-Beuve, de Denis Puech,

au Luxembourg, souriant, béat, dévot et confit, le Sainte-Beuve — inauguré dimanche dernier, au Cimetière du Mont-Parnasse, de José de Charmoy, — héroïque, le front bossué de pensers,le faciès ravagé, creusé, raviné, bouffi peutêtre, mais fort des volontés encloses.

De la vision de ce buste érigé au faîte d’un fût largement drapé jusqu’en la simple pierre tombale, dont on critiquera volontiers la mesquinerie du motif grêle tant soit peu pour la lourdeur de la tête qui doit l’abati re, on remporte l’impression obsédante d’une œuvre d’artiste, qui dans son ardent effroi du banal et du convenu, tyrannie à laquelle M. de Charmoy échappe avantageusement (son monument encore de Baudelaire, tout proche), frise, néanmoins, emmuré dans une hautaine tour d’ivoire, (en connexité d’idées avec, anciennement, David d’Angers, Préault — et présentement, Niederhausern-Rodo) — une exégèse dont, à la longue, le sens abstrait finirait par devenir diffus et pénible et par s’éloigner de l’impérieux envoûtement, tendant, plus dès lors, à le parodier, — quoique s’en prévalant orgueilleusement et humainement, — de l’art de munificence si royale et immarcescible de Bodin, — tant et pourquoi ce masque douloureux et tragique de Sainte-Beuve, dû au ciseau de M. José de Char-

moy, évoque à nos yeux l’exagération pédante si involontaire, de tout un monde écrit sur le front olympien du dieu Hugo.

Au retour, cueilli, dans une allée silencieuse, sur la tombe d’Hégésippe Moreau, son portrait, b Liste en or? de Fauteur des « Myosotis », — Signé : Coutan-Montorgueil.

Exposition Carolus-Duran (Bernheim jeune).

D’une manière approximative, on peut évaluer à une cinquantaine le nombre- des tableaux exposés par le distingué et sympathique Président de la Société Nationale.

Ce Salon de M. Carolus-Duran équivaut à un acte de belle bravoure. On ne pouvait s’attendre à moins de la part de ce maître. Devaiton espérer mieux ? Tenons compte du geste, du beau geste ! Voilà « l’Enseigne », la crâne « Enseigne du maître d’armes » exposée au Salon de 1901 ; « L’Homme endormi » (Musée de Lille) (Salon de 1861), lequel tableau, une œuvre nous remémore cette autre page maîtresse « Souvenir

de la campagne de Rome », contemplée également à l’Exposition universelle de 1900. Elle fait malheureusement défaut en cette galerie et est restée au Musée de Lille, le pays natal du Maître.

Ces témoignages de forte peinture sont de la belle époque de sa vie, comme encore ce petit « Portrait de Moine » peint en Espagne.

La différence d’art entre ces œuvres antérieures et le portrait équestre de Mlle Groizette est sensible. Ce portrait figura au Salon de 1873. — Gastagnary a porté sur son compte un jugement assez sévère où perce quelque légère pointe d’acrimonie excessive. Mais il en avait le droit. Aujourd’hui, à nos yeux, son intérêt augmente toutefois, de tous les regrets qu’a semés dans le monde artiste, la disparition hâtive et douloureusement ressentie, de la charmante sociétaire des Français, et belle-sœur de M. Garolus-Duran.

Déplorerons-nous néanmoins, comme M. Gastagnary, son image en écuyère et sa place au bord de la mer.

Remarqué, au fond de la galerie, au second rang parmi tant de portraits aux rideaux chatoyants, qui ont accrédité, parmi le public, cette opinion, une jolie légende, que M. Garolus- Duran était le Van Dyck moderne... un simple

portrait d’homme laissant présumer une conversion ultime et glorieuse dans la déjà si remarquable carrière du maître de Y « Assassiné ».

Exposition Pierre Laprade (Galerie Vollard)

Mai 1903.

M. Henri Laprade n’expose pas moins de 60 tableaux, comptons mieux : des études, des notes, des impressions, moins que des impressions vécues, mais qui paient surtout d’audace et de bel aplomb de vouloir passer pour des études sincères qu’elles ont oublié surtout d’ètre, sans nous laisser deviner ce qu’elles pourront acquérir, dans la suite des temps, de soins et de recherches distinguées qui leur manquent, mhne en tant que vagues impressions effarouchées, bien souvent exprimées gauchement, et devant néanmoins, grâce à une certaine hardiesse de tour de main, de patte, comme on dit vulgairement, de faire la charge du vrai et de donner l’illusion factice de décors, n’étant somme toute que des à-peu-près, propres tout

au plus à égayer — si peu — des devants ou des derrières de paravents, par exemple.

Armand Point ( Georges Petit).

De Fart, point celui qu'on exige ni prône justement en Finstant, — mais qui commande néanmoins le respect ancestral et honore l'artiste de haute lignée qu'est M. Armand Point et qui avait déjà exposé ici même, il y a trois ans environ. J’eus le plaisir de visiter, à Marlotte où ce peintre habite, sa maison de Haute- Glaire, nid de verdure et de beautés encloses. J’y admirai les merveilles, semblables à celles dont s'essorent, aujourd’hui, sous nos yeux, rue Godot-de-Mauroi, les multiples témoignages.

Louons, comme il sied, en les « Cartons de tapisserie, pour la manufacture des Gobelins » intitulés « La Fontaine de Jouvence », la noblesse de la pensée, la grandeur du style, la gamme harmonieuse des couleurs.

Notons aussi, avec certains portraits, les « Sanguines » de belle probité et la magnificence de ces coffrets « L'Ile heureuse », « Por-

tique de la Musique », « Coffret d'Ophélie ».

Aux œuvres d’une élève de Haute-Claire, Mlle Borghild-Arnesen, nous réservons un bon accueil. On est si bien accueilli à Haute-Claire, au milieu d'un décor bien fait pour le Rêve et la lointaine hantise des Primitifs et des maîtres de la Renaissance !

Vente Arsène Alexandre

Deux émotionnantes journées de vente chez Georges Petit, rue de Sèze, où s’éparpillaient, entre les mains des amateurs, les pièces de choix composant la collection dispersée désormais de M. Arsène Alexandre. Dès maintenant, nous pouvons en conclure, que le total des deux vacations des 208 numéros atteindra le chiffre de 200.000 fr. Il y eut de belles enchères. « Le Fardeau » de Daumierfut adjugé à 14.000. Par contre « Un portrait d'homme » de Ribot, resta aux mains de son acquéreur pour 110 fr. Mais le « Repas des vendangeurs » de Renoir, monta à 6.000, et un même amateur acquit pour 11.000, 5.500 chacun, les deux tableaux de « Baigneuses » du même maître.

Son « Portrait » par lui-même, de Fantin-

Latour, monta à 6.000 francs. Il est admirable. Un Lebourg, un paysage de la Seine, se vendit 1,700 francs. Les Vuillard, d’estime pour lesquels je me prends beaucoup en ce moment, atteint une jolie cote. Le « Monument » de Bartholomé est payé 7.000 francs. On se dispute les Rodin, Carabin, Carriès. « Les Sirènes » de Rodin restent à 1.700 Irancs entre les mains d’un marchand de la rue Laffitte qui les einoorte, lui-mème, joyeux et fier.

Le résultat peut amortir, jusqu’à un certain point, la tristesse qu’eut M. Arsène Alexandre à se séparer de ses chers trésors.

Vente Brunet-Houard

A l’Hôtel des Ventes, ont été également disputés par les amateurs plusieurs importants tableaux du peintre Brunet-Houard. Cette vente du vivant de l’artiste aura offert l’attrait tout spécial de remettre en lumière le nom d’un artiste trop oublié, en possession d’un talent très original et personnel, apportant môme à l’occasion, une note joliment humoristique et séduisante.

Tout au plus, cet artiste fut il influencé par Gérôme (Combat de coqs, Lionne en arrêt sur des antilopes).

A côté du peintre militaire que demeure Brunet-Houard (Artilleurs en Corvée, — Retour des manœuvres) excellant dans l’étude des chevaux (Chevaux échappés, — Jument et son poulain sur la voie ferrée), il faut retenir le peintre d’anecdotes historiques. (Départ des croisés pour la Palestine, — Femme grecque revenant de la fontaine. — Une fête d’Isis. — Jeune préhistorique suivant une piste).

Et dans la note gaie précitée : (Ours amateur de miel. — Ours sur un vieux pont).

M. Brunet-Houard a montré qu’il était un vrai peintre, avant tout. C'est quelque chose.

Exposition Manzana

Octobre 1903.

Chez Bernhein jeune, une quinzaine de tableaux d'un artiste qui s’est déjà fait remarquer ailleurs et dont nous avions admiré, au « Salon des Indépendants » de cette année, l es qualités de fraîcheur de ses paysages. Aussi bien, quelques-uns de ceux exposés en cette

galerie de la rue Laffitte, nous sont familiers ; entre autres, celui des « Noyers, après-midi », traité en esquisse, mais très heureux d’impression et de libre indication. La presque totalité de son œuvre représente son labeur estival. C’est beau, évidemment, par le temps que nous subîmes, assez contrariant, — ses ciels nous l’indiquent assez, pour la plupart, — tant nous y retrouvons une répétition monotone de nuages gris-pommelés, qui roulent d’une manière un peu trop adéquate et dont le parallélisme donnerait à supposer que ce peintre s’est recopié plusieurs fois dans le seul but d’offrir un nombre déterminé d’études au Salon qu’il projetait de faire à la rentrée, et d’exposer un bloc.

C’est le procédé dont usent d’aucuns peintres, assez couramment. Et sous le prétexte que Monet a donné des variantes aux différentes heures du jour, de ses « Meules », de ses « Peupliers » et de ses « Cathédrales », des malins exploitent la rubrique d’une autre façon et recopient le même tableau en n’y apportant, dès lors, tout au plus que quelques différences dans les accents, et sans plus se donner de mal en ces répliques grossières.

Enfin, qu’importe ! M. Manzana décèle des qualités très primesautières et lumineuses ; ses études montrent qu’il a le sentiment vrai de

Pair et de la couleur. Encore que ses feuillages sont incontestablement d’un vert trop dur comme dans certaines vues de Morel et du Loing où les rideaux de peupliers alourdissent la composition, qui quelquefois, fuit bien.

Cependant, que très suggestionné par Sisley et aussi par Pissaro, ce peintre nous donne de charmantes notations grises dont « Rivière du Loing, matin », « Vieille barque, matin », « Les bords du Loing, Saint-Mammès », fournissent le témoignage probant.

Nous exigerions de cet artiste, néanmoins comme de beaucoup de ses confrères, à vrai dire, un peu plus de distinction de facture et des qualités de beau métier, — comme en usait avec tellement de grâce et d’à-propos ce délicieux artiste que fut Sisley, lequel est mort, malheureusement.

< Le « Salon d’automne » (Petit-Palais) (1).

Octobre 1903.

Aussi bien avant qu’après le Vernissage, les mêmes transes morales assailleront le public

1. Le prochain « Salon d’Automne » en 1904, aura lieu au Grand-Palais.

qui aura à conclure affirmativement ou non en faveur du« Salon d' Automne ».

Son état d'àme subira d'inévitables défaillances, d'involontaires flottements et de nombreux et ultimes repentirs devant lesquels sa conscience timorée se refusera à prendre une décision extrême.

Tâchons d'être son interprète et apprécions d'une manière impartiale, ce quatrième Salon.

D'abord, voyons : 1° Quelle est son utilité pratique ; 2° S'il convient à de nouveaux besoins et à d'irrésistibles désirs.

Pour répondre à la première demande, nous admettons, en repoussant, a priori , telle objection contraire, — que toute manifestation, — dénotant un réel souci d’art est utile en soi.

Ainsi, si le fait est avéré que ce « Salon permettra aux artistes, désormais, de vendre plus qu'ils n'ont coutume, — il y aura un avantage acquis non discutable et un progrès accompli.

A vrai dire, ce nous semble, que dans la pensée des organisateurs (signalons l'innovation d’un jury mixte composé librement d’artistes et de critiques), cette exposition dût répondre avant tout, à ce seul but désirable, convoité et convaincant.

Car, la simple ambition puérile de devoir relier les deux Salons annuels par un nouveau

chaînon intermédiaire, de couleur feuille morte,

— tend à ratifier l’optimisme de Fopinion générale, qui, autrement, s'effarerait, qu'en un intervalle de quatre mots, le Comité sous la présidence éminemment active et autorisée de M. Frantz-Jourdain, eût eu la témérité de briguer un autre résultat, lequel, s'il était acquis,

— serait déjà suffisamment démonstratif et honorable pour tout le monde.

Puisque, aussi bien, il n'est permis à personne, — sans être mauvais prophète ni passer pour tel, — d’augurer que ce Salon puisse modifier, en quoi que ce soit, l’orientation de l’art moderne, suffisamment défini tout dernièrement, et entré dans une période de croissance active et hâtive qui éloigne naturellement toute perspective d’une évolution soudaine, inespérée !...

Il sied de tenir compte de toutes ces expositions privées dans les galeries marchandes qui, s'échelonnant d’un bout de l'année à l’autre, offrent la plupart du temps, aux amateurs, des témoignages — en bloc — d’art bien autrement suggestifs et éducatifs.

Sur ce terrain, utilitaire seulement, il y a double et triple emploi.

Les artistes ne s'en plaindront pas incontestablement, et encore, qui sait ? Leurs frais seront-ils récupérés, dans une certaine mesure,

par des bénéfices au moins proportionnels ?

Mais le public ! Ne se fatiguera-t-il pas à la longue ? Nous avons de meilleures raisons à douter du contraire.

— De ce qui précède, nous douterons également de son influence sociale prépondérante que dénient — d’aucuns estimeront peut-être, qu’elles le parachèvent au centuple, — ses affinités avec les Salons du « Champ-de-Mars » et des « Indépendants » fondus ensemble. Gela n’a pas lieu de surprendre, étant admissible que ces deux expositions fraternisent et vivent d’une solidarité commune, inéluctable.

Maintenant, croire que ce « Salon d’ Automne » précipitera, dans un même embrassement, les deux Sociétés des Beaux-Arts et des Artistes Français, et les incitera à fusionner sous un même toit, libre d’entraves et de tourniquets, l’utopie est monstrueuse.

La présentation actuelle du « Salon d’ Automne », ne fera qu’accentuer la scission ou, si vous préférez, les deux Sociétés respecteront avec une vigueur redoublée, les règles du statu quo qu’elles ont observées jusque-là, rigoureusement.

La raison est simple. Que quelques transfuges des Champs-Elysées aient émigré au «Salon d’Automne » au milieu d’exposants du Champ-

de-Mars et des Indépendants; il n’y a pas lieu d’être étonné. D’avance, ils étaient tout désignés par leurs tendances à grossir un jour ou l’autre, les rangs des sociétaires et des associés de la Nationale. Leur nombre, d’ailleurs, représente une très infime minorité

Citons au hasard, parmi les principaux : MM. Quignon, Adler, Bourgonnier ; MlleB Dufau, Delasalle, etc.

J’en omets évidemment, [mais à l’heure où j’écris ces lignes, /’ électricité (Fichtre ! que ce Salon coûtera cher de feux et de rampes à ses organisateurs et à la Ville), fait défaut et dans les sous-sols du Petit-Palais des Beaux-Arts, où jadis eut lieu la première Exposition des « Jouets », on croit circuler dans les dédales des catacombes.

Bref, de deux choses l’une ; le « Salon d’ Automne » périra ou il aura tué les « Indépendants ». Il y aurait quelque imprudence à présager qu’il pût rallier à son programme tous les exposants du Champ de-Mars et ceux des Indépendants, et les enterrer tous les deux.

Encore,* que le Salon des Indépendants, en vertu de son principe démocratique de libre admission dont nous ne discuterons pas les avantages ni les désavantages, a bien des chances de subsister quand même ; autant que le

Champ-de-Mars qui, par les garanties solides, officielles qu'il offre aux artistes, par son ensemble d’œuvres imposant, par l’emplacement superbe dont il dispose, paraît aussi à l’abri d’une déchéance éventuelle et problématique !

En définitive, ce Salon d’ Automne complète assez bien, d’heureuse façon et momentanément, l’Exposition de l’Habitation qui est en face, au Grand-Palais, par une adaptation suffisamment logique dont se prévaut un grand nombre de ses créations artistiques, trouvant dans le cadre cherché, leur application à la décoration murale, intérieure.

Ce n’est pas dire que nous tentions le moins du monde d’infirmer nullement et de parti-pris, la portée d’art social du « Salon d’ Automne » et sa pareille influence répercussive (nous nous sommes expliqué en ce sens quelques lignes plus haut), puisque nous retrouvons ici certains noms d’artistes, beaux Mécènes qui, l’ayant très noblement patronné, incarnent trop un art de dignité superbe et de munificence, qu’on ne saurait assez favoriser et prôner !

Mais nous les admirons, — faut-il le répéter à satiété, nous le ferons volontiers encore et le plaisir sera grand pour nous, — chaque jour et à chaque heure.

Ils régnent en souverains au Champ-de-Mars

et rayonnent au delà, glorieux et illustres parrains, richissimes fleurons de réussite, pour ce « Salon d’ Automne » si Dieu lui prête vie.

Eugène Carrière , Besnard , J, Blanche, Aman- Jean !... Bodin expose-t-il ? Nous l'ignorons encore, mais nous le saurons bientôt.

Et voici d'autres noms, beaucoup de noms. Certains artistes ont été timides et n'ont adressé que leurs cartes de visites, dans l'incertitude des lendemains.

Carrière , Besnard , Blanche , Aman-Jean se sont montrés grands seigneurs, comme sans cesse, et ont mis des gants, — ne vous en déplaise ! — J’aime cette courtoisie de gentilshommes qui ne dédaignent pas de descendre du fier soleil Elyséen dans les noirs caveaux du Petit-Palais, où, mieux que les lampes électriques et les phares, leur génie illumine et dissipe les ténèbres municipales !

Des noms ! Nous avons cité déjà MIle Dufau, Mllc Delasalle, qui ont fait toilette à leur tour, comme il convient à de gentilles dames et chevaleresques artistes qui ont du monde ; aussi Maufra , tout fier, clair et vibrant, rasséréné ; Louis Picard , Desvallières , Adler qui imite Bastien-Lepage, Alexander , Sureda , Guinier , Abel Truchet ; de Boyer , une marine puissante ; Picabia, Eugène Chigot, travailleur sincère;,

Bottini , fianft , Lucien- Dhur mer , Lepère , crâne et troublant ; Chéret , Iturrino , Wéry, Francis Jourdain , Guirand de Scevola , qui convie chacun à aller admirer, à nouveau, les « Pèlerins d’Emmaüs », de Rembrandt, au Louvre ; Les « Fleurs » de Lisbeth, Armand Point ; Israèls , les « Marchés », à choisir, de Piet ou de Marcel Fournier, Mita, feu Whistler et feu Gauguin ; des aquarelles de Boggs, des paysages de £0*7gr/o, des « Bretonnes » de Mme de Lurieux, la femme de notre sympathique et aimable confrère Yvanhoë Rambosson , un des administrateurs zélés du « Salon d’ Automne » et qui aura bien mérité de la reconnaissance des artistes, Milcendeau, d’Espagnat, Pierre Bracquemond , Albert Melchers ; des « Estampes » de Robbe, de Villon, Bottini, des Vallotton ; de Vuillard, ses « Boutons d’or » ; ils chantent ! Henri Morel, Carré « Les Courses » ; Besson, tragique ; « les eaux-fortes » de P. E* Vibert. Les sculptures de Félix Masseau . « L’effort humain » de James Vibert, le frère du graveur ; le « Charpentier » d’IIœtger ; les « reliures » de Meunier, les objets d’art d’Ernest Carrière, de J acquin, etc.

Rapidement entrevue, l’œuvre de bhaque artiste, avec promesse d’y revenir, nous terminons*

Un peintre de talent exprimait devant nous, Favant-veille de l’ouverture, >ses inquiétudes au sujet de l’attention que la Presse et ses membres, pourraient bien accorder au « Salon d’ Automne ».

Nous croyons, dès lors, pouvoir nous faire l’écho de tous nos confrères, en affirmant que la presse accueille avec plaisir toutes les manifestations quand elles s’inspirent, comme celleci surtout, d’une haute pensée d’altruisme et d’encouragement.

Il appert enfin, que sans démêler la part de réclame inévitable à notre époque et nécessaire sans doute, qu’il provoque et suscite, le « Salon d’ Automne »^ ne saurait s’attribuer un rôle autrement efficace et plus personnel. Ses débuts sont fort modestes d’ailleurs et les œuvres exposées, sans fracas. Le « Salon d’Automne » ne renverse rien, ne contrarie pas grand’chose ou si peu !... Et c’est peut-être pour lui, sa meilleure garantie de durée et de survie, plus tard.

Exposition Georges d’Espagnat

8 octobre 1903.

De l’ensemble de l’œuvre exposée par M. d’Espagnat, chez Durand-Ruel, — se dégage l’impression très nette, très aiguë d’un tempérament s’élevant désormais à une noble hauteur d’expression et de recherches, vers un art de décoration ample et large, — si somptueux, — défini dans une formule de maîtrise, — dont la complexité même est un charme à nos yeux et je me permettrai d’ajouter presque une révélation.

— Complexité de formules, complexité de métier, — plus mou, — tant qu’harmonieux, — dans ces pages vibrantes toutefois, tels que ces « Paysages du Maroc » en lesquels flotte un ressouvenir de Delacroix, de Chassériau et de Fromentin, — que dans ce «Torse de Femme » morbide et beau comme un Diaz. — Sa riche qualité de métier m’a d’autant plus surpris que je m’y attendais moins et la percevais seulement, — largement écrite dans cette étude

de la « Pointe de FEsquillon » (Yar) où les valeurs de la mer et du ciel sont d une belle sonorité et d’un éclat très franc ; aussi dans les « Pêcheuses à la ligne » qui me rappelle certaines pages d'Heilbuth, — distingué ; plus amenuisé à des préoccupations d’atmosphère — faisant défaut dans ces splendides cartons du « Bassin », des « Baigneuses » d’un style un peu lourd ; de la « Femme nue » ; de la « Guirlande de Fleurs ».

(Et dedans cette composition, que de jolis et délicats motifs de ligures, la femme si riante montant le talus avec ces deux enfants, l’offrande à la statue, élégante comme du Roslin) — : se rapprochant plus néanmoins de l’opulente synthèse de Manet dans le « Panier de Roses» ; ou de Monet et de Signac, — dans les « Tartanes à Saint-Tropez » (Var) ; — « Allée de jardin en automne » ; « Femme assise à Saint-Clair ».

Je clos trop rapidement. Ce peintre nous a donné mieux que jamais aujourd’hui la mesure de son savoir-faire et de sa force. C'est à retenir afin de ne le plus oublier.

Petits Salons

9 novembre 1903.

Et c’est comme une éclosion subite, spontanée, d’expositions qui ouvrent dans toutes les galeries, au milieu des floraisons de chrysanthèmes.

Une reprise soudaine de vie active, fiévreuse, qui permet à peine de regretter la langueur monotone des jours bas et moroses, puisqu’on y supplée, à vrai dire, — avantageusement, — affirment les gens les plus optimistes, — par un éclairage électrique à giorno !...

Tel, comme le plus remarquable exemple du genre qu’on puisse offrir aux enragés, le « Salon d’ Automne », à n’en parler que pour mémoire, — comme une chose déjà lointaine, — bien qu’il vit encore, — isolé, tant soit perdu, ignoré tout là-bas, dans les Champs Elyséens, tout saupoudrés de l’or vieux et des rougeurs cuivrées des feuilles mortes envolées et tapissant le sol. Aussi bien, toutefois, je recommande le buffet, une merveille de goût sobre et discret, non moins que de style empire, — parmi les défaillances d’un art plus nouveau et cosmo-

polite, où les gardiens en culotte courte sont tout chamarrés d’or et mirent la blancheur équivoque de leurs bas, dans le vernis brillant de leurs escarpins à boucles d’argent nickelé.

Mazette ! je connais tel vieux préposé d’antan au contrôle du Salon des Indépendants, aux Serres du Cours-la-Reine, qui ne s’est jamais vu à pareille fête, et n’en revient pas de sa stupéfaction. Quelle riche idée, il doit se faire de ses patrons !

Redescendons sur les boulevards etlaissonslà ces splendeurs chimériques et superflues.

Rue Caumartin, à la « Galerie des Artistes Modernes », j’ai le plaisir de rencontrer le distingué poète et charmant confrère, Alfred Mortier, au même moment que je serrai la main à Roinard, cet autre beau jongleur de rimes sonores et fières. Mortier me parle doucement, en termes émus, voilés, assourdis, — le publie est élégant, des dames circulent, s’extasient, — de la perte de son ami Cyrille Resset, dont les œuvres, au nombre d’une centaine, sont soumises à notre appréciation.

Le poète nous dit la sincérité de l’artiste, la belle vision sereine que ce dernier eut de ce Midi, qu’il aima, comprit, peut-être autant, sinon mieux, que tout autre peintre ; et relata simplement, préoccupé delà suave pondération

des ciels limpides et clairs, et la tonalité blonde des paysages maritimes.

Il est mort, nous confirme- t-il, avant d’avoir pu s'affirmer davantage. Et Alfred Mortier a raison de dire. Je suis des yeux, pendant qu'il parle, ces notations franches et libérées d'influence, ces paysages de Nice, de Menton, de Marlotte, auxquels on reprochera seulement la préciosité d'un métier assujetti à des qualités très souvent, d’aquarelliste, qui manquerait de fougue et d'audace et différerait en cela de Jacquemart, (sa belle exposition au Musée du Louvre, dans les galeries des dessins), se confinant dans une copie de nature apaisée et paresseuse, et offrant cette particularité d’un talent d'expression moyenne parvenu à compléter un acquis trop parfait à l’aide d’un labeur opiniâtre et résolu qui ne laisse pas suffisamment place à des préoccupations plus originales d'art pur. Et cependant, avouons qu'il est personnel, ne ressemble ni à Iwill, ni à Nardi, ni à Montenard, ni à Dauphin, encore moins à Gagliardini et à Olive.

En fin de compte, Cyrille Besset fut plein de tendresses, de charme et bel illustrateur. Son verre ne fut pas grand, mais il but dans son verre et nous le constatons avec plaisir.

Chez Georges Petit, l’exposition s'est ouverte,

toujours intéressante et fertile en enseignement, — du céramiste Lachenal à laquelle sont adjoints des meubles de Majorelle. Je distingue la tenue de haut goût de certain bureau et l'arabesque osé d'une énorme liane ou vague qui dessine une rampe en fer d'une composition d'arrangement très heureuse, et déferle à son extrémité, en des lacis troublants ; on remarquera aussi des modèles fleuris de lampes électriques, — bien entendu, — riches en ingéniosité de motifs. Mais il appert évidemment, qu'un meuble dit « art nouveau » ne va plus sans sa lampe ad hoc . J'estime qu’il y a certainement abus, en l'occurrence.

Au salon de peintures de M. d’Espagnat a succédé celui des peintres-lithographes, chez Durand-Ruel.

J'aime à exprimer des préférences : Les « Portraits » de Legros, beaux comme de l’Holbein ou du Durer ; Carrière, à qui l’on pense et qui vous remue ; « Fantin-Latour », une musique de rêve et un charmeur, lequel, te l’entends me dire, encore, dans son atelier, de sa voix douce et pénétrante.

— «Je ne suis pas lithographe, moi...

Fantin-Latour, Carrière, Legros, qui, seuls presque seuls, font de la couleur avec du blanc et du noir !... Les gris de Carrière !...

Notons les Cathédrales d’André Sureda, les Pêcheurs de Trigoulet, un Paysage de Morlot, les Bretons de Cottet ; puis Faivre, spirituel, élégant, Yeber satirique, breughelisânt sans cesse ; Neumont, Maurice Eliot qui a signé l’affiche du catalogue ; Rivière, Léandre, un peu vieillot, suranné, mais si joliment ; Dillon, sa Baigneuse , curieuse et rutilante comme un cuivre vierge ; Lunois, ses Estampes en couleurs de cirque et d’Espagne ; Griin, Chéret, Redon, Fournier-Sarlovèze, Mme Abran,

Par les soins de son secrétaire, M. Deshayes, la Rodinière, en changeant de direction, a organisé sa première exposition.

Nous avons entrevu la collection attachante des Grès de A. Rigot. Parmi les peintures, Le Fardier et Bue d'Onaing (Nord) de M. Fournier, vigoureux motifs intentionnés d’effet et de coloration. Pendant le pardon de Sainte-Anne la Palue de M. Fléau, La vieille église de Morel de M. Picabia, un exposant du « Salon d’ Automne » mais qui en ce tableau, a été trop évidemment influencé par Sisley, lequel a fait le même motif, si je ne m’abuse; deM. Sébille, une Etude de mer , à Marseille , — très souple, très enlevée d’après nature. Une aquarelle de Notre-Dame de Paris de M. Zimmermann.

Encore, des Portraits de M. Abel Royé, une

nature morte de Mme Dubron, des Paysages de MM. Delestre, Mita, un exposant également du « Salon d’ Automne » .

Pour clore, l'exposition des «Prix de Rome» a eu lieu cette semaine à l'Ecole des Beaux-Arts.

MM. Monchablon, Müller et Boisselier ont de l’atavisme ; au moins deux sur trois de ces jeunes peintres (M. Monchablon a vingt-quatre ans) comptent plusieurs prix de Rome parmi leurs ancêtres.

Je finis en signalant au musée du Louvre un nouveau portrait d'homme de Goya, dans un effet de jour très curieux et distingué.

Petits Salonsf

Novembre 1903.

A Félicien Fagus.

Le « Salon d’Automne » vient d’apporter très innocemment, à l'art moderne et contemporain, l’appoint d’une heureuse et brillante innovation, qui est presque une révolution.

Nous voulons parler des « Concerts-lunchs » dont la primeur automnale nous fut donnée jeudi dernier.

Cette ingénieuse idée, — un vrai régal d'harmonie « Fleur de Lys » doit être propagée et adoptée, dans et par tous les autres directeurs des Galeries artistiques.

iVinsi, je la recommande à MM. Georges Petit, Durand- Ru el, Chaîsne, etc.

Jugez-vous du succès plus prestigieux encore, qu'eût remporté l'exposition de cet artiste délicat défunt, Cyrille Besset, si des effluves musicales eussent bercé le public, devant les flots méditerranéens radieux et si jaseurs déjà de ses marines !

Pourquoi Vollard, pour son salon d'œuvres de Paul Gauguin, n’adapterait-il pas une orchestration en rapport, avec l’art indigène du regretté artiste ?

Aussi bien, il * est paradoxalement exact que chaque son a sa valeur relative, sa complémentaire, si vous le préférez, parmi les différentes couleurs.

De même alors, nous admettons une symphonie, devant les figures de Gauguin, — adéquate aux sensations harmonieuses que nous procurent ses combinaisons correspondantes de rouge, de vert et de violet, qui forment indéniablement la base de ses conceptions décoratives, d’une belle unité chantante et locale.

Tel, Gauguin apparaît, beau fresquiste, colo-

ris te byzantin, parent de Delacroix, — de Poussin, peut-être ? — triomphateur et séducteur quand on le contemple longuement !

La symphonie deviendrait moins scientifique, plus langoureuse, plus pâle, devant les évocations virgiliennes et saturniennes de Xavier Roussel (Bernheim jeune). Art de mythe ; broderies légères, suaves rêveries, paysages de poète, où toutes choses sont esquissées, estompées dans une gamme floue, qui laisse plutôt deviner, poindre comme à regret et délicieusement, ce que Ton sent, pressent, découvre d’inédit, en ces gracieuses nymphées qui font songer à une synthèse morbide de Fart de Corot, de Corrège, de Fragonard, de Monet.

Chez Georges Petit, nous recommandons une orchestration plus en rapport avec la « Solidité des nouvelles couleurs à l’huile » de M. Ralfaëlli et de ses adeptes.

La mélodie deviendrait purement imitative et descriptive au fur et à mesure qu’elle relaterait les « Nocturnes » de M. Thaulow, les pages vivantes et animées de M. Raffaëlli, les « Danses-nues » de M. Auburtin, les « Falaises » de M. Boulard ; d’évocation toutefois plus mystique pour les « Eglises » de MM. Cesbron, Numa Gillet, Prins, Van Hollebeke.

Enfin, nous imposons également la généralb

sation universelle de la lumière électrique, dans l’examen des œuvres d’art, — comme un agent lumineux incontestablement supérieur pour juger la peinture faite en plein soleil !

Naturellement, c’est une nouvelle éducation à refaire — de l’œil — mais il y a tant à apprendre encore dans la manière de bien voir — comme le démontrait tout dernièrement, d’une manière très spirituelle et éloquente, le peintre et professeur distingué de perspective, M. Bourcey, dans sa conférence sur Léonard de Vinci.

Et notre œil a cet avantage remarquable sur celui du cheval, qui perçoit les objets démesurément agrandis (Voir chez Sagot, 46, rue Laffitte, l’intéressante exposition, à ce propos, de M. Magne de la Croix) que, à de très rares exceptions près (par exemple, chez les personnes sujettes aux illusions d’optique et aux sensations subjectives ou atteintes encore, différemment, de dyschromatopsie), nous jugeons normalement les images qui s’interposent devant notre rétine et nous frappent.

Bref, le nouveau thème plus complexe à étudier est attachant, passionnant même. L’importance de sa vulgarisation ultérieure et des bienfaits artistiques qui en découleront n’échappera à Inintelligence de personne. Fiat Lux !

Petits Salons.

Décembre 1903.

Semaine assez morne. Chez Durand-Ruel, M. Zandomeneghi expose une trentaine de lableaux, tant peintures que pastels. L’œuvre de cet artiste est estimable. Je ne puis m’empêcher d’admettre que Renoir a déteint sur lui, extraordinairement. Cette monomanie de vouloir ressembler à tel ou tel maître réputé, — monomanie que beaucoup d’autres peintres accusent à l’envi, — devient désespérante dans sa journalière réplique fastidieuse et monotone.

Car, on pille à l’excès, non seulement la façon de faire des susdits maîtres, leur sentiment, leurs procédés, mais encore leurs motifs. Et je cherche encore de quelle vaine gloriole, en ce petit commerce qui n’abuse personne, se peuvent prévaloir leurs auteurs, vraiment trop naïfs.

A vrai dire, notre vie actuelle, si brûlante, si frivole, — laisse bien peu de place aux réflexions.

On sourit peut-être ironiquement en passant, on hausse parfois les épaules, et puis les pensées vont ailleurs, au plus pressé, — les Morts vont vite !...

Chacun, désormais, truque, arrange, pastiche à sa guise, et s'ingénie à tirer le plus de bénéfices possible de ces contrefaçons.

Vous m’objecterez que cela ne fait de mal à personne et que chacun est libre.

Avec toute l’élasticité moderniste dont s'autorise ce mot, liberté, il est incontestable qu’on n'a rien de mieux à souhaiter et à désirer. « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, comme disait si candidement ce bon Pangloss.

J’ai dit que M. Zandomeneghi imitait Renoir, mais je m'empresse d’ajouter qu’il ne lui ressemble aucunement et que nul ne s'y trompera.

De plus, M. Zandomeneghi est sincère, aimable, un peu lourd cependant, emprunté et gêné toutefois, comme l'est un écolier assidu. Ses portraits ont une grâce apprêtée ou trop naïve, moins ingénue qu’on ne le voudrait, en d’autres cas. Sa palette est trop chargée ou pas assez. Elle exigerait des sacrifices auxquels il me paraît encore incapable de souscrire, parce qu'il a peur de s’égarer et que son originalité indiscrète ne va pas au-delà de l'amusant crayonnage au pastel de quelques figures de femmes, qui déton-

nent, dans l'ensemble parla brutalité et l'excessive dureté d’un réalisme un tantinet vulgaire .

A la galerie Bernheim, M. Fernand Desmoulin, un exposant de la Société Nationale, peintre et graveur à la fois, me semble -t-il, nous soumet une vingtaine de « Vues de Hollande», de Bruges, principalement.

Dans ces paysages, M. Desmoulin montre de la résolution et un parti-pris de peindre Bruges sous des couleurs invariablement roses.

Toutes ces « Vues » sont roses, les toits des maisons sont roses, les chemins de halage sont roses, les canaux, les ciels sont roses, et sous ces dehors roses, la Bruges grise de Bodenbach semble renaître en rose, des cendres si délicieusement fuligineuses, sous lesquelles le magnifique auteur de Bruges-la-Morte, s’était complu très artistement et poétiquement à la dépeindre, à la grande joie de nos âmes pieuses, sœurs de la sienne.

M. Desmoulin n’a oublié, dans cette exhumation récente d’une Bruges fantaisiste et rosée par les pourpres des couchants, qu'une chose : les cygnes immortels voguant lentement sur les canaux solitaires.

Et peindre Bruges sans ses cygnes, c’est méconnaître la patrie de Yan Eyck.

Combien peu de personnes se doutent encore que Paris compte un salonnet nouveau à joindre à ceux des Employés du P.-L.-M,,des Postes et Télégraphes, des amateurs, etc., etc. — celui des Travaux Publics .

Il existe pourtant ou a existé officiellement. Nous en parlerons, pour mémoire, simplement et à seule fin de ne pas froisser la modestie trop compréhensible des exposants.

Mais s’il n’importe guère qu’il y ait un Salon de peinture de plus ou de moins, ces éclosions multiples constituent toutefois un signe des temps. Elles permettent, dans le fond, de statuer d’une manière humoristique, de la mentalité de nos néophytes contemporains ; ainsi que des conséquences sociales d’un art vulgairement popularisé et de la diffusion de langage des exégètes combattant le bon combat ? Ils le proclament ! Et pleins de juvénilité tardive ou périmée, ces fallacieux prophètes aux doux regards, aux cheveux filés d’argent, s’illusionnent être de bonne guerre, et prennent les devants en taxant de naïfs, ceux qui s’insurgent contre ce raz de marée pictural.

Des Salons ! mais il n’y en aura jamais assez ! ou tant et tant, il se créera une sura-

bondante pléthore, — (suivez la logique de leur raisonnement) — plus tôt, enfin, on se lassera à la longue, et ils sombreront tous dans l’impénitence et hindi fïérenee finales. Alors ? — Suivez encore bien le double-sens implicite de ce double résultat positif* ! De tout ce qui fut, — puisqu'il faudra l'attribuer au dégoût des snobs, — surgira V éveil du peuple !...

Je m’en voudrais d’approfondir une déduction aussi spécieuse et de la déflorer par une dissertation plus ample.

Telle on nous l'offre comme une véritable primeur, telle il nous convient de l'accepter en la servant au public et en l'enguirlandant de fleurs comme elle le mérite indéniablement.

En définitive, nous devons savoir gré à leurs auteurs, de vouloir procéder ainsi par traitement homéopathique et de tâcher de guérir le mal par le mal ; expérimentation sûrement radicale, mais sans laquelle, il n’y a plus de salut et que nous nous efforcerons de considérer comme la panacée la plus salutaire et efficace si paradoxale !

Incontestablement, la somme d’activité humaine est encore mai répartie et les peintres nous paraissent dépasser les coefficients de la sagesse rationnelle et de la raison pure.

La semaine dernière, nous émettions quelques doutes sur la sincérité d'icels.

Le cas se présente aujourd'hui sensiblement adéquat, devant le labeur de M. Loiseau , Cet artiste n'est pas un inconnu. Nous avons noté tout dernièrement au « Salon d’Automne » ses paysages des bords de la Seine. Si nous lui reconnaissons une jeune notoriété, pourquoi alourdit-il son métier à plaisir ? pourquoi empàte-t-il avec cette furia italienne ses toiles de confetti ? et sabre- t-il des motifs que nous connaissions et admirions dans l’œuvre originale et superbe de Monet et de Sisley !

Aussi bien, nous n'applaudirons pas et demandons un apport de recherches plus naïves et la révélation de dons plus francs et personnels. Dans la salle à côté chez Durand- Ruel, quelques tableaux anciens : paysages de Français, de Michel, de Lépine, de Damoye (je vous abandonne celui de Richet) un savoureux portrait de femme de Desboutin ; un John Léwis Rrown, des Rerchère, des Huguet, des Weeks, un Rellet de Poisat (Souvenir d'Espagne). Tableaux de chevalet ! passe, mais je ne sache pas que les œuvres des petits maîtres flamands et hollandais aient jamais pensé mériterune autre appellation, et que nous dussions les incriminer en quoi que ce soit de cette puérilité qui faitconsé-

quemment jeter, aujourd'hui, les hauts cris à d’aucuns esprits, peu fixés et versatiles.

La « Kermesse » de Rubens ; « Jésus guérissant les Malades >>y de Rembrandt ! Pourquoi évoquai-je ces souvenirs d’immortels chefsd’œuvre devant la « Fête Populaire » de M. Steinlen et devant son tableau intitulé « L’Inspiré » . (Dans une salle basse, des humbles groupés, subjugués, autour d’un des leurs, qui sème l’Idée émancipatrice, — - telle l’apparition spectrale, dans le clair-obscur des réalités, — du Christ fait Homme !)

Et dans cette œuvre picturale, qui me paraît, en effet, résumer en soi et synthétiser le plus intensément la loyauté d’àme et le noble enseignement d’altruisme de cet artiste, en même temps qu’elle me parait aussi confirmer et affirmer plus complètement son individualité talentueuse, je relève des qualités réelles de beau transpositeur de consciences, mieux qu’en sa « Fête populaire » tant et alors que l’art de Renoir m’émeut, m’enchante plus agréablement, moins tendant à prouver que sinon cette autre chose, qu’un peintre doit avant tout, être peintre, et que l’infériorité d’un métier boiteux, infirme tout autre grand dessein, s’il ne satisfait qu’imparfaitement à cette clause essentielle, immuable...

Gauguin, discuté, fut peintre et coloriste. Carrière est savant et illumine !..

Steinlen est mieux inspiré dans des œuvres moindres « La terre, hersage en Beauce », «Maisons en constructions », « Terrassiers », « l’Emeute» celle esquissée en petit et confuse, d’une jolie confusion.

Êt, il n’empêche de poursuivre avec lui l’acheminement intégral de sa pensée vers une aube de résurrection et d’espoir, ici, partout et là, surtout, dans ses tumultueuses et héroïques lithographies, dessins, de la « Chanson des Gueux » de T « Affaire Crainquebille » d’Anatole France qui a préfacé si bellement et amicalement le catalogue de son Exposition, place Saint-Georges.

Autrement et encore d’affinité, de parité voulue de talent avec Daumier, mais venant après, très après, tant Daumier à la mode incarne un thème social exploité sinon suranné déjà quoique éternel parce que la chanson serinée est de réclame notoire et manifestement convoitée — réclame dont on use, abuse, et comme les meilleurs spécifiques, qui se gâte à être affichée, propagée sans génie, exclusivement dans la rue, comme un brandon de discorde el un levain de révolte*

Société Internationale de Peinture et Sculpture.

Cette 21e exposition a bonne tenue, c’est-àdire que rien ne captive particulièrement l’attention et que l’impression néanmoins est plutôt favorable — si banale — aux œuvres qui l’arrêtent.

Le tableau de M. John Sargent, intitulé « Portraits d’enfants » est amusant à voir. Le coloris est brillant, la facture est souple, libre. Par certains côtés, l’habileté de métier uniformément appliquée aux étoffes, autant qu’aux ligures, rappelle le faire de M. Carolus Duran, comme celui de M. Jacques-Blanche, avec cette différence que ce dernier intervient plus à propos dans ses portraits et qu’ils sont d’un art moins factice et de convention apprise.

Dans ce tableau qui tient une place d’honneur chez Georges Petit, de M. Sargent, les physionomies d’enfants sont quelconques, maniérées (celle du petit garçon assis au premier plan) et les portraits de chiens nous intéressent au même degré. Nous ne saurions admirer ce qui ne nous émeut point. Encore que trop de petits chiens, trop de caniches?

Le « Portrait du peintre Hans von Ochlshaeger », de M. Félix Borchardt, s’enlève en demiteinte, dans l’ ambiance lumineuse du paysage, d’une manière assez heureuse. Mais pourquoi M. Borchardt a-t-il donné à son modèle peintre l’allure d’un capital! à la moustache arrogante, à la carrure de lutteur qui nous le rend si peu sympathique ?

Le « Portrait d’homme » de M. Sorolla y Bastida, armé d’un appareil photographique, grandeur nature, ne saurait nous retenir ni nous passionner moins que ses « Portraits d’enfants » et son étude de « nu », nous trouvant plus vraiment attiré vers les « Femmes nues » et « Femme et Châle » de M. Friescke, d’une simplicité harmonieuse plus éloquente et franche.

Venise, de plus en plus à la mode, est exploitée à l’infini. Aucune ne rappelle celles de Ziem. On s’ingénie moins à composer, à faire une œuvre, qu’à relater battrai l pur et simple d’un si le ou d’une gondole glissant sur les canaux.

A tout prendre, la « Venise » de M. Smith a nos préférences.

Ses vues du « Grand Canal, le matin », « Eglise Saint-Georges, le soir », sont conçues avec tendresse. La virtuosité sereine et sûre de l’artiste n’exclut pas de ses tableaux la riche ordonnance, les assises rigoureuses des palais,

et les motifs se parent tous, sans effort, d’une belle carnation de lumière blonde épanduedans une pâte solide, colorée et fluide à la fois.

Les vues de « Venise » de M. Allègre, sont plus tapageuses, coquettes, pages d’illustrations en couleurs ; celles deM. Bompard, sont brossées avec adresse et célérité et la « Place de Saint-Marc », de M. le Goût-Gérard, est rutilante comme des « Marines » : « Sur le quai de Concarneau » et Soleil couchant » (Bretagne).

M. J. J. Rousseau a rapporté du Japon des impressions très fraîches et neuves.

M. Grimelund, avec « Soleil de Minuit » et « Nuit d’hiver » me paraît mieux donner aujourd’hui, en petit, des aspects grandioses et féeriques, souvenirs de décors de nocturnes polaires.

Citons encore MM. Carrier-Belleuse, Gosselin, Harrison, Lauth, Saint-Germier (Intérieurs arabes), Dierckz, Charlet, Casas, Félix Bouchor.

Un portrait (buste bronze), de M. Jules Claretie, de M. Bernstamm, très ressemblant.

Un buste bronze (cire perdue) de M. Antonin Mercié.

Exposition Félix Borchardt.

Présentées au public, dans une préface élogieuse et diserte par M. Pascal Forthuny, ces vingt et quelques toiles exposées chez Bernheim jeune, se recommandent d’elles mêmes. La vision est ample et large, très suivie en des annotations diverses d’atmosphère maritime et humide.

« Pour la première fois, dit M. Forthuny, et avec une éclatante netteté, cette exposition démontre que les artistes d’Outre-Rhin, malgré la rigidité des principes de leur école autochtone, ne savent plus rester insensibles à ce généreux rayonnement de lumière qui émane du foyer de Fimpressionnismc et commencent à se laisser séduire par les feux chatoyants de ce prisme que se passèrent de main en main, Sisley, Pissaro, Renoir et Monet . »

— D’autre part, avec une préoccupation d’air plus grande, l’individualité de ce peintre semblé, dans ses él udes de faubourgs et de types populaires, influencée par Nôrbert-Gœneutte*

Exposition Delpy.

Un paysagiste, élève de Corot et de Daubigny, dont la notoriété n'est plus à faire et qui expose chez Félix Gérard, rue Laffitte, une trentaine de « Bords de Rivières » toujours bien pris tant qu’identiques à l'excès, et que relèvent certaines études dernières accusant plus d'émotion dans les ciels tourmentés, chargés de nuages. Cependant, de l'ensemble de l’œuvre de cet artiste, émane un sentiment d’art probe et honnête et respectueusement assagi aux réalisations plus hautaines de ses illustres devanciers.

Aquarelles de René Binet.

Bellement préfacé par le maître Gustave Geffroy (1), lequel, après avoir mis en regard d'une description de la Chapelle Palatine, dans la « Vie errante » de Guy de Maupassant, — les aquarelles de Carliste, — conclut avec son autorité forte. «... J’ajoute que les architectures

1. Lire les Musées de « National Gallery » de « Ver-, saillés » et du « Louvre ».

comme les paysages de Binet, témoignent d'un artiste extrêmement varié, sachant exprimer les états d’atmosphère, les ciels brillants ou brumeux, les montagnes et les collines lointaines, comme les travaux précieux dus à la main savante des hommes... Chaque jour, René Binet oublie son effort et son plaisir de la veille, pour regarder la nature comme s’il la découvrait pour la première fois. C’est la raison de la fraîcheur, de la vivacité, de l’enthousiasme que revêtent ces œuvres rares. »

Et s’il nous est permis de discerner, à notre tour, nous glanerons à loisir parmi ces petits croquis lavés, charmants extraits de blocs-notes, impromptus, rapides, — tels que ceux de « Vésuve et Torre-Annuziata » ; « Baie de Castellamare » ; « Le jardin de la favorite » ; « L’Etna « ; « Le vieux Port » ; « La Marina » ; le « Mont Pellegrino. »

Exposition de Mmo Ana de Carrié.

Chez Chaîsne, rue Caumartin, une cinquantaine de portraits et d’études, peintures et pastels. Nous distinguerons entre tous le portrait

de Mn,e la comtesse de la Rocca, de facture assez savoureuse, en émettant cette simple remarque que Mmc de Carrié a tort de crayonner ses pastels aussi délibérément de hachures et de traits jetés à la diable qui dénaturent le caractère de ses portraits et leur font à beau coup d’entre eux comme une résille ajourée sur la figure, à leur incontestable /désavantage.

3e Exposition intime chez Rivaud.

30, quai de l’Horloge (Pont-Neuf).

Un groupement séduisant d’œuvres d’artistes qui ont nom : Carrière (tète de femme), les « Fleurs » de Mmo Lisbeth ; les « Marines » colorées, hardies et éloquentes, « Soleils couchants à marée basse » de Eugène Chigot ; les « Nus » de Henry Berton ; les fleurs de Cross et celles de MUe Duhem ; les « Extérieurs, effets de neige » de Henri Duhem ; un paysage de René Ménard, les « Marines » de Cottet, les paysages de Dauchez, les rues d'Abel Truchet, les « Bretonnes et Bretons » de René Thiry ; Delacherche, Prouvé, Saglio, Ulmann, Roig, Drault, Bellery, Desfontaines, Dabadie,

Henri Martin, Mme Gonyn de Lurieux (Mme Y. Rambosson), une esquisse prestement enlevée de son tableau du « Salon d’automne » et une marine. Mme Marval, Thévenot, Dejardin, Fix- Mafeeaiij ïïamm et enfin les bijoux, bagues, pendentifs, peignes précieux de M. Rivaud que nous avions discernés au Salon du Champ-de- Mars et au Salon d’ Automne.

Petits Salons.

Janvier 1904.

Officiellement inaugurée il y a quelques jours, au Musée national du Luxembourg, l’exposition d’ensemble de l’œuvre du dessinateur M. Paul Renouard obtient un franc succès. Tout un monde d’événements, toute une vie fertile d’actions et de gestes, passée et présente, défde sous les yeux ravis. Avec une maîtrise incomparable, le crayon du maître remémore à l ’esprit des pages admirables de labeur intense, inoubliable. Il nous fixe le souvenir, le précise dans toute son acuité, de ce décor unique, prestigieux, qu’offrit à l’univers entier, en 1900, l’Exposition Universelle.

Ici, c’est l’élaboration ouvrière de la ruche

immense, où, du plus petit au plus grand, chacun collabora, à l’édification glorieuse des Palais ; là, c’est un frémissement de flot populaire qui envahit les jardins comme une houle géante et s'épand en rumeur, parmi les allées bordées de massifs verdoyants. Les types sont gravés comme impérissables, largement burinés, sobre ment lavés, caractérisques, dans leur confusion inexprimable et suggestive.

Dioramas gigantesques, colorés, dans lesquels toute une humanité vivante et turbulente se meut, comme vue, observée, au travers d’un kaléidoscope colossal.

On assiste à nouveau, à toutes les scènes d’enfantement laborieux, d’une ville babylonienne, à tout ce grouillement d’artisans affairés dans les chantiers, à tous ces fastes d’inaugurations ; à la description de toutes les richesses artistiques, scientifiques, agglomérées dans les pavillons, de tous les points du globe, à la féerique magie des apothéoses ultimes.

Autre part encore, sont des portraits, frappants de vérité. MM. Loubet, Waldeck-Rousseau, Renan, Puvis de Chavannes, Cazin, Chevreul, Ambroise Thomas ; et des souvenirs de fêtes à Londres, en Rretagne.

Mais le plaisir de l’artiste et l’accomplissement de sa mission documentaire inlassable et

incessante, ne sont pas oublieux des misères humaines ; « Malades à l’hôpital Saint Thomas, à Londres » ; « Infirmerie des Invalides ».

Et toute une nomenclature spéciale sied d’être réservée à ces danseuses, à ces blondes fillettes délicates et suaves. Croquis personnels, savoureux, primesautiers, empreints d’une grâce savante et adorable, et de charme ingénu.

Galerie des Artistes Modernes.

Exposition de la Poignée. Dix artistes : MM. Belville, Jules Brateau, P. Courteux, A. Dammouse, Grand’homme, Arthur Jacquin, Abel Landry, Victor Prouvé, Émile Robert, Maurice Verneuil.

D’Plugène Belville, une chambre à coucher (acajou ciré, frêne de Hongrie), un lustre électrique, iris (fer forgé, cuivre et grès).

Des bijoux de M. Jacquin qui expose quelques paysages, « L’Orage sur la mer », « la Tempête », « Epaves ».

Un bureau de dame léger, pratique, d’Abel Landry ; de Victor Prouvé, « Gestes d’enfants», « Statuettes ».

Exposition James Lignier.

Très élogieusement préfacé par notre con frère M. Gustave Babin, le catalogue détaillé, fleuri de reproductions séduit à première vue.

Cependant, que devant l’œuvre de cet artiste, on est plus hésitant à formuler une appréciation, tant peu rien s’essore, de définitif, de volontaire, en ces études nombreuses et de genres divers, où d’aucunes accusent un sentiment d’art, irrésolu, flottant, incolore, chez d’autres.

Néanmoins, il appert que M. James Lignièr est un bon, un aimable, un consciencieux physionomiste et que son portrait de Francisque Sarcey est une œuvre estimable, de même que certains portraits de M. E. Maillard, et encore que son goût disert et sa délicatesse naturelle, intuitive, le conduisent avec succès, évidemment vers des motifs de genre et d’intérieur, mieux là à son aise que partout ailleurs,

XIIe Exposition des Femmes Artistes (Georges Petit)

L’expérience est acquise. Elles ont prouvé, les «Femmes artistes », celles aussi « Peintres», ce dont elles étaient capables. Avec une volonté très ferme, un goût sûr, elles ont travaillé et ‘prospéré.

Et ce n’est point tant préjuger d’une façon vaine, puisqu’elles ont déjà donné maintes preuves de leur virilité picturale, qu’un temps viendra où on distinguera difficilement dans un Salon, à première vue, l’œuvre entre toutes due à un pinceau féminin. Non contentes de s’adonner à l’art charmant de l’aquarelle et du pastel, bravement, et s’autorisant de l’exemple d’illustres devancières: Mmcs Vigée-Lebrun,

Rosa Bonheur, etc., elles ont attaqué l’huile à seule fin de faire mentir la chanson qui veut que la peinture à l’huile soit plus difficile que celle à l’eau, et démontré qu’elles étaient aptes à manier l’une aussi bien que l’autre.

Bref, les femmes ont conquis droit de cité et traitent de pair à.égal, maintenant, n’en déplaise aux jaloux, avec leurs confrères masculins.

Toutefois, en -rendant justice à la virtuosité de leurs moyens, est-il permis d'ajouter que la majorité de celles qui peignent n’est pas malheureusement indemne de toute critique judicieuse.

On leur reprochera trop d’inexpérience, constituant l’écueil d’une éducation incomplète, l’absence d’originalité, la faculté trop aiguë d’imitation, la préciosité vieillotte, l’absence d’études d’après nature et celles du dessin et de la perspective.

Aussi bien, il importerait qu’un jury plus sérieux élaguât du sein de leurs réunions, — j’appuie intentionnellement sur cette remarque, — tous travaux ne s’inspirant pas d’un souci réel d’art et de pensée moderniste rajeunie au contact de ce qu’elles voient et entendent.

Ce présent Salon nous incite à de telles réflexions qui n’ont rien en soi de désobligeant pour les gracieuses artistes, mais tendent à faire naître la plus saine émulation qui leur manque encore, et le désir de mettre en relief les qualités de cellës qui, sans se départir des dons inhérents à la femme, de naturel et de charme, — estiment comme un devoir de ne pas s’éterniser à cultiver exclusivement les parterres fleuris de coquelicots et de bleuets, pour y cueillir de frais bouquets et les peindre, et

justifient d’autres titres à notre curiosité par leurs pérégrinations dans des champs d’explo^ rations dont fourmille notre humanité autrement fertiles et suggestifs, plus appelés à élargir le domaine moral de l’interprétation créatrice et durable.

Ainsi, déjà, ici, les figures de « Femmes du peuple » de M”9' Séailles, sont empreintes d’une volonté presque farouche ! Au fond de l’orbe de leurs yeux noirs, on lit les affres des douloureuses désespérances ; visages de souffrance, — stigmatisés de larmes, aux plans rudes, que la mollesse même des contours due au métier moins assuré, est insuffisante à aplanir, à confondre dans la morbidesse générale des chairs terreuses, — en harmonie avec la tonalité sourde des vêtements miséreux couleur de bure. Cependant, à côté de ces physionomies austères et songeuses, s’acerbent des notations gaies et ensoleillées de paysages de printemps, tant pour prouver que la nature est indifférente aux douleurs sociales, ou mieux que la parure radieuse dont elle les entoure, y veut apporter un baume apaisant de consolation et d’espoir.

En ses quatre études du Jardin du Luxembourg, l’état d’âme de Ml,lc Nina-Gallay-Charbonnel, est intervenu, dans une gamme crépusculaire, mélancolique, où le ciel, nébuleusement

clair, jette sa pâleur dominante de mourante lumière sur laquelle s’empanachent les frondaisons échevelées des quinconces défeuillés et solitaires, cernées de traits d’arabesques qui exigeraient peut-être un peu plus de retenue et de pondération dans le geste grave, amoureux, si désordonné ?

Mme Nanny-Adam a exploré Venise avec une pointe d’émotion qui transperce visiblement mieux en ses pastels du « Soir à Venise » dont les «Lagunes grises » de MUo Renée Iwill, ont retenu avec plus de délicatesse et d’esprit rêveur toute la fleur chantante et le grisant parfum.

Mm3 Grespel enlève, en décor de vitrail, des fleurs sur d’unicolores murailles, des fleurs, si différentes de langage de celles de Mma Desbordes que poursuit le souvenir de Gustave Moreau, d’Ary Renan, jusqu’à Léonard de Vinci — sans espoir de renouveau ! — M110 Florence Esté a étudié les Kakémonos Japonais, s’est attardée devant les Acropoles de René Ménard ; Mllc Pauline Adour a songé à Henri Martin, elle a entrevu aussi l’éloquence âpre des paysages déserts de Gaston Prunier.

MUe Frédérique Vallet-Bisson a de délicieux modèles d’enfants. Sa « Fleur d’automne » nous est familière, encore que si jolie.

MUe Buttner mérite, sans contredit, avec ses dessins de « Lion », « Lionne couchée », une place à part ; tant le caractère de ces animaux est cherché et voulu, très écrit et attachant. Voilà de Fart qui mérite qu’on s'y arrête pour mieux y revenir une autre fois.

Citons encore : Mmes Carpentier, Dethan-Roullet, Magdeleine Popelin, Duranton, Dampt, Elise Voruz, Marie Guichard; les miniatures de Mne Debillemont-Chardon, Isbert ; les sculptures de Mllc C. Bertrand.

Exposition des Artistes Décorateurs.

Janvier 1904.

A l'exposition de la « Société des Artistes Décorateurs » au Petit-Palais, il nous parut que rien ou presque rien n'était changé de la veille et que le « Salon d' Automne » n’avait pas clos ses portes. Nous retrouvons dans ce« Salonnet d'Hiver » des artistes que nous citâmes précédemment. La seule différence est que le cadre se trouve plus réduit. Les exposants sont répartis dans les deux galeries principales ouest et nord-est. L’attrait est donc plus limité, sans conteste, mais les tendances sont adéquates»

Toutefois* le catalogue spécifie qu’il ne s'agit que d’artistes décorateurs. Les peintres y sont en minorité, et ceux qui y exposent, MM. Cesbron, Brémond, Jeannin, Dubufe, Edme Couty, Morisset, Mmc Louise Abbema, A. Tenré, A. Smith, Moreau-Néret, Joannon, ne constituent vraisemblablement pas uniquement la phalange des artistes décorateurs.

Bref, dans ce Salonnet, encore, rien d’inédit ni d’absolu. Il est intéressant, parce que tous les éléments d’art qui se sont groupés, là encore en un bloc solidaire, constituent un nouveau témoignage et ultime de l’évolution actuelle de l’art, qui exige que chaque branche productrice puisse concourir à l’élaboration de l’œuvre commune, dans la fusion utilitaire de tous les arts plastiques, appliqués, réunis sous une même égide d’art social....

Parmi les objets d’art s’imposant à l’examen, citons ceux de MM. Becker (peignes, encriers), de Martilly (coupe-papier dont la poignée est faite d’un aigle aux ailes étendues, tenant dans ses serres une perle fine, pendentif) ; les céramiques de Lachenal,de Félix Massoul ; les grès de H. de Vallombreuse, un bureau d’actrice de Régius, les reliures de Waidmann, de Mme Biaise ; les coffrets de J. de Bouchère, les émaux de Georges Jean, de Mmes Suzanne

About, Mathilde Augé ; un joli vide poche de E. Feuillàtre (trois libellules en forment l’arcature bronze-argent et irisent de leurs ailes bleutées les parois de cristal).

Les peignes, épingles de G. Boutet de Monvel, le pendentif avec arachnide de R. Bouvet, des cadres de Mangeant.

On remarquera également une section réservée à Fart rustique breton, alsacien, indo- chinois, toutes pièces, lits, escabeaux prêtés par des collectionneurs. Aussi des cadres d'images populaires, des meubles de Majore lie, un lit cuivre déjà vu au Champ cle -Mars, de Théodore Lambert, avec garnitures, etc.

Nous ne quitterons pas le Petit-Palais sans parler du concours de photographie organisé par les soins éclairés de M. Ralph Brown, inspecteur des beaux-arts à la ville de Paris, dans la Galerie Sud, parallèle au fleuve. Nous avons examiné avec attention les Rues de Paris bien étonnantes de MM. Charles Jacquin, Berroux et de la Tour.

A propos du maître Gérôme dont on vient de célébrer les obsèques, je relève cette appréciation de son œuvre assez humoristique, dans

« l’Art contemporain » 1873 de Marins Chaumelin, un critique, disciple de T. Thoré (W. Bürger).

« M. Gérôme ne s’attaque pas aux puissants du jour (Fauteur vise les portraits de Napoléon III et de Rouher, de Cabanel, qu'il critique et il s’écrie même : « Si j’étais l’Empereur ou si j’étais M. Rouher, je ferai condamner M. Cabanel pour crime de lèse-majesté. ») C’est aux personnages de l’antiquité qu’il en veut. Disciple de Paul Delaroche, il a transporté dans la peinture des anecdotes grecques et romaines la manière qui avait fait le succès de son maître dans la représentation des scènes révolutionnaires de l’Angleterre et de la France.. Il y a cette différence toutefois entre le maître et l’élève que, tandis que le premier vise au sentimental, au tragique, le second semble préférer le grivois, le comique, le burlesque même.

« On ne peut souhaiter une scène plus graveleuse que la Phrynée devant F Aréopage : une femme, — une lorette assez mal tournée, — vient d’être déshabillée avec la rapidité d’un truc de féerie, en présence d’une vingtaine de vieux polissons qui écarquillent les yeux, ouvrent la bouche, lèvent les bras et donnent tous les signes de la paillardise la plus effrontée.

M. Gérôaie eût mis le comble à sa gloire... pornographique s'il eût réexposé, — en même temps que la Phrgnèe , V Intérieur grec du Salon de 1851, — Le Roi Candaule du Salon de 1859 et T Alcibiade chez Aspasie du Salon de 1861.

« Y oulez-vous une charge à la Daumier, une facétie rabelaisienne ? Regardez les Deux Augures joufflus et bedonnants, qui s'esclaffent de rire en se regardant l’un l’autre, couronnés de pampres et accoudés sur des cages remplies de volailles sacrées... »

Gérôme, accusé de pornographie, à tort ou à raison. Ce reproche ne l'émut guère d’ailleurs et ne l’empêcha non plus de devenir octogénaire.

Bien au contraire, quoique d’avis sensiblement analogue quant au côté caricatural de la Phryné, Thoré proteste spirituellement : « La Phrgné donne tout au plus l’impression d'un petit biscuit de Sèvres à prendre dans la main. Ah ! ce n'est pas indécent, et les dames du palais auquel ce chef-d'œuvre est destiné n'auront point à rougir. »

Exposition H. Vollet (Georges Petit).

Une exposition de soixante et quelques œuvres de M. Henri Vollet, pleine de séduction, émanant de ces paysages d’Annam, de ces variétés de types locaux étudiés et dessinés par cet artiste peintre colonial, médaillé et horsconcours, qui unit à la riche et harmonieuse faconde d’une palette de coloriste, la sentimentalité d’une nature délicate et sensible.

Je distingue : Pagodes de lotus , U approche du typhon, Femme annamite, Fumerie d'opium , les Quatre colonnes , Causerie du soir, Hanoï, Bateaux sur le fleuve Rouge .

Exposition Stefan Popesco (Bernheim jeune).

Un Roumain dont on ne retrouve les traces de préoccupations natales, qu’en deux ou trois paysages de son pays qui ne sont pas sans

exhumer quelque mélancolie mourante, et qui s ’est plutôt révélé comme un homme de métier et un peintre à l’école de Cottet, de Lucien Simon et de Dauchez.

Tempérament évidemment prolixe doué de dons faciles d’assimilation, mais bien inspiré, à comprendre la facture simple et large de ces trois artistes ; à synthétiser, non moins qu’à réaliser l’idée d’unité en laissant subsister quelques sécheresses « sortie de messe ». Rapproché de Cazin dans son « Temps de pluie », plus personnel dans le « Sentier (Roumanie) » ravissant et dont je le félicite de la notation blonde, du ciel distingué, argenté, de la belle morbidité de facture des collines boisées ; encore ne saurais-je lui dénier de sérieux soucis d’imiter en de minuscules exemples celui dominateur de Monet, dans ses études aux différentes heures du jour de « Notre-Dame de la Joie ». Aussi bien M. Popesco 11’est-il pas encore et pour oause comme notre très cher et éminent confrère Jean Dolent « Maître de sa Joie » tant il appert qu’il a beaucoup à apprendre et plus à oublier pour être entièrement lui-même.

Les Indépendants — XXe Exposition,

(Serres du Cours-la-Reine )

La meilleure preuve que les Indépendants ont abdiqué tout dessein révolutionnaire, tortionnaire et comminatoire, c’est que le public s’y presse en foule compacte.

L’ouverture de cette exposition est d’ailleurs passée dans les mœurs parisiennes et attendue avec la meme fébrilité que celle des Salons officiels.

Il est même admissible qu’elle cadre infiniment mieux avec les désirs despotiques et égalitaires de notre société démocratique et que chacun constate avec une satisfaction mélangée, que plus ou moins, en soi — de par certaines comparaisons faciles à établir de visu, — il était apte à en faire tout autant, s’il eût voulu, ou s’il en avait eu les loisirs !...

Les exposants des Indépendants bénéficient donc ainsi, de cette intuition orgueilleuse, que chacun de ces braves gens, lampistes ou ingénieurs, a de son mérite, qui croupit tant et plus

sous Fabat-jour ou le boisseau. Aussi bien, à son gré, il appert, que du fait même que ce salon, jadis et encore d’avant- garde, jouit d’une réputation fortement panachée, — chacun, derechef, est plus à son aise qu’aux Grand et Petit-Palais, où les distances morales paraissent infiniment plus sanctionnées et définies par la garantie concédée par le gouvernement, — et qu’alors, ce chacun pardonne volontiers aux bons Indépendants, de se laisser frapper plus familièrement sur le ventre et en use comme envers de braves camarades, dont on suit, sans jalousie, les succès, qui ne blessent et ne creusent pas un éternel fossé entre Fartiste et la galerie environnante qui applaudit dès lors, bénévole et folâtre ?

Jamais théorie ne fut plus mensongère et paradoxale, mais enfin, qu’y faire ? L’opinion est ainsi ancrée dans la foule, vile multitude, qu’il faut après tout, considérer ce mal pour un bien et laisser dire.

Autrement , à part, les inévitables bodegones que fouaillait jadis si impérieusement notre confrère, M. Péladan ; et les tigres inénarrables de H. Rousseau, nous avons à enregistrer, cette année, — nous ne dirons pas, des œuvres définitives, mais une tension d’efforts très soutenus, très persévérants, une somme d’acquis

réalisée, réalisable, très persistante et tenace.

Dans ce Salon des « Indépendants » on parait maintenant plus être et circuler dans un gigantesque atelier où, sans prétentions, tous ces artistes auraient divulgué à nos yeux leurs esquisses, leurs pochades : quelque chose un peu comme la üeur de leur âme, dont ils auraient distrait, jonché, effeuillé sur le sol, ou mieux aux murs, les pétales colorés, et il est préférable qu’il en soit ainsi ici, puisque nous les retrouverons, la plupart de ceux qui nous intéressent, bientôt ailleurs, avec des pages plus complètes, des œuvres plus parachevées.

Dans un petit Salon latéral combien éloquentes les notations de MM. Yuillard, Bonnard, Xavier Roussel, Yallotton ; plus loin, Gottlob, impérieux et étrange, halluciné, à côté, tout autour, des études de Morrice, Marc Moucher, Roda ; les « Effets de neige » d’impression large et ample, et les « Vues de Paris », de Francis Jourdain, les « Figures populaires » de Castelucho et de Danenberg ; les « Portraits » de Mme Slavona ; un très beau « portrait de femme » de Yan Rysselberghe ; les paysages de Luce, de Cross, de Lagarde, les visions de cinématographes de Tarchoff, les « Chantiers » et la « Falaise » de Gaston Prunier ; Piet, Marcel Fournier, les « Paysages » de Lebasque, de

Sérusier, de Ranson, les « Bals » de Lempereur ; les amusements juvéniles et radieux de Maurice Denis ; les pastels d'Hoffmann ; les « Bals » de Minartz, les « Paysages » de Florès, de Màtisse, de Bétrix ; la « Récréation » de d’Espagnat, les « Fleurs » de Jacques Martin, les « Bretons » de Renault, les « Figures » d’Emile Brin, de Wallaërt, de Laramet, de Nonell, toujours farouche ; les « paysages » de Regoyos qui peut plus et mieux, ainsi que Victor Dupont, duquel j'espérais autre chose et qui aurait dû exposer certaine tête d'homme accoudé à sa fenêtre vue quelque part et qui m’a donné une plus saine idée du talent de cet artiste que ses envois, j'en excepte la « Maternité », compromettent à mon idée :1e « Jardin » de Louis Valtat qui vient d'exposer chez Vollard ; « Gitanes » de Blake Vernon ; Signac.

Je tiens à citer encore, en ce rapide compte rendu sur lequel je ferai tout mon possible de revenir, M. Valton, le distingué et plein de talent président de la Société des Indépendants ; de la Quintinie ; les « Effets de neige » de Soull'ard, les « Portraits », de Skwinski ; Desgenetais ; les « Paysages » de Jaudin, Alexis le Beau, de la Villéon, Dezaunay, Hélis, Madeline, Duly qui imite Luce, mais oublie de dessiner, Louis Périnet, Friesz, Duval-Gozlan,

Albert-Joseph, Richard Ranft, Marque!, Munch, Barivoll, Briandeau, Gabriel Rousseau ; René Thiry parait très près d’adopter une facture commerciale, je le regretterai, car cet artiste sait beaucoup ; Henry Delepauve, Hugonet, Jabriel Sue, Deltombes (natures mortes qui demandent de la pondération dans la couleur violemment acerbée et acidulée) ; Hubert Deligny, Manson (Vues de Venise); Henry Gaulet, Simon, Darbour, Georges Godin.

En sculpture : « Tête d’homme » bronze, de M. Hœtger.

Les Indépendants seront très courus et appréciés autant et plus que les expositions précédentes du Cours-la-Reine.

J’en ai ébauché les raisons sociales, au début de cet article, j’ajouterai même qu’elles répondent à des nécessités inéluctables.

Exposition des Peintres Impressionnistes.

(Salon de la Libre Esthétique, à Bruxelles).

Jeudi, 25 février, a eu lieu à Bruxelles, au Palais Royal d’Art Moderne, l’inauguration du

Salon de la Libre Esthétique organisé par M. Octave Maus, directeur de « l’Art Moderne».

Applaudissons à cet essai de décentralisation qui a rencontré la plus vive approbation et le plus loyal enthousiasme.

Telle qu’elle est présentée, — sans offrir un caractère très frappant de nouveauté pour ceux d’entre nous qui suivent le courant artistique de Paris et sont familiers chez Durand-Ruel, Bernheim et Vollard, ces principaux propagandistes, en leurs galeries, de l’Art Impressionniste — ainsi qu’aux « Indépendants » cette exposition de Bruxelles est néanmoins remarquable par l’aperçu d’un ensemble suffisamment complet, — sans l’être entièrement, puisque bien des noms manquent à l’appel, — qu’elle nous donne sur chacun de ces artistes réputés d’une Ecole si ardemment combattue, triomphante et victorieuse, désormais.

Bien installée dans une aile du Palais, au rezde-chaussée du Musée d’Art. Moderne belge, ce Salon a groupé en effet, de belles œuvres, tant récentes que rétrospectives.

Depuis l’Exposition Universelle de 1900, qui lui réserva une salle spéciale, jamais l’Ecole Impressionniste ne se présenta-t-elle, aujourd’hui, à nos yeux ravis, en un bloc indissoluble et sympathique?

Et c’est le cas, pour nous, une fois de plus, de laisser transpercer des regrets momentanés, de ce que notre pauvre musée du Luxembourg, n’ait encore à soumettre à l’admiration publique, que les témoignages, fort probants, mais insuffisants encore, néanmoins, de PEcole impressionniste : je veux parler du legs Caillebotte.

Bref, tous ceux qui visiteront le Salon de la Libre Esthétique ouvert jusqu’au 29 mars, se réjouiront de pouvoir contempler une vingtaine d’œuvres de Manet, prêtées comme toutes celles des autres exposants, par des amateurs et collectionneurs ou directeurs de Galeries de tableaux. A côté du « Portrait » de M. Antonin Proust, nous reverrons «Sur la Plage», «La Danse aux éventails », «Le linge », « Le portrait de Mme Lemonnier, » une pochade ravissante des « Courses de taureaux » qui appartient à M. le baron Cochin ; « Le Café-concert ».

— Une vingtaine également de Monet ; entre autres : « Un effet de neige à Argenteuil » ; appartient à M. Ernest Rouart. « La Débâcle sur la Seine » ; « La Gare Saint-Lazare », une réplique du même tableau, ou le même motif interprété différemment que celui du Musée du Luxembourg: « Falaise à Pourville »; « Une meule, effet de neige », appartient àM. Durand- Ruel, et la « Cathédrale de Rouen » ; une

« Nature-morte de fruits » ; « Le Bassin d’Argenteuil ». Douze Renoir, dont la « Loge », qui figura à l’Exposition Centennale de 1900 ; les admirables « Baigneuses » ; « La Dame à la ville, à la campagne » : « Femme au bord de la mer » ; « Portrait de Mme Carpentier et de ses enfants » ; le délicat « portrait de Mme J. Samary ».

Sept paysages de Pissaro : « La Ferme d’Éragny » ; « Paysage à Osny » ; « Le Carrousel » vu chez Durand-Ruel, antérieurement ; « Le Pont-neuf ; après-midi, soleil ».

Des Seurat, des Sisley ; « Le Port-Mar ly » ; «Nature-morte » ; « Saint-Mammès » ; « L’inondation ». Je discerne les « Danseuses » de Toulouse-Lautrec, la « Clownesse », « Dans le Jardin » ; de van Gogh, son amusante et vibrante esquisse des « Bohémiens »;de Berthe Morisot; « Chasse aux Papillons », « Dans la vérandah» ; de Paul Gauguin; « Le Pouldu » (Finistère) ; « Paysage à Tahiti »; « Otahi »; remarqué au « Salon d’Automne » ; d’exquis pastels de Degas : « Repasseuses » ; « Torse de Femme » ; « Foyer de la Danse. » Les peintures: « Portrait de la Savoisienne » ; « Portrait d’homme » ; une délicate esquisse de « Chevaux de courses »; « Danseuses ».

« La Descente de Croix », de Maurice Denis ;

« La Guirlande de fleurs » de Georges d’Espagnat, admirée chez Durand-Ruel.

Des Charles Guérin, qui expose aux « Indépendants » ; des Guillaumin, des Maximilien Luce ; Xavier Roussel ; de très beaux Signac ; « Rateaux pavoisés » ; « Mont Saint-Michel ».

De Louis Valtat, exposant aux Indépendants; de Van Rysselherghe, des œuvres à retenir et que nous ignorions « Torse de jeune fille » adorable de lumière et de modèle; « Lecture », un tableau ; « Portraits ».

Des Yuillard « Intérieur », « La Tasse de Café », « Fleurs » ; Un joli « Portrait de M“° Cross » dans une symphonie heureuse en violet, de Cross ; de Cézanne : « Nature morte » ; « Rue de Village », des Mary Cassatt ; des Ronnard ; « Le Déjeuner » d’Albert André et « Baigneuse ».

Il sied de féliciter les organisateurs de la Libre Esthétique, de cette exposition nouvelle qui, en consacrant définitivement à l'étranger, — si tant est toutefois, qu’à Bruxelles, on se croit encore à Paris, — et que les états d’âmes sont à peu près identiques, — notre école impressionniste, — confirme l’éloquent et éclatant témoignage d’une haute confraternité internaonale, dont l’exemple est à propager et à suivre.

Janvier 1904.

A son arrivée à Londres, Bodin , élu président de la « Société Internationale de peinture et de sculpture », se voit traîner par les étudiants Anglais eux-mêmes qui détellent les chevaux de sa voiture et le portent en triomphe.

Fin.

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