Catherine II et son règne, par M. E. Jauffret
SENSATIONS D’hISTOIRE
page comme M. JaufFret en a cité tant d’autres, et l’Histoire, cette succession d’échos, le comptera comme un écho de plus. Je ne crois pas que son destin, à lui, soit plus grand que cela.
En effet, pour raconter, et même exactement, un règne, on n’est pas historien, et le livre de M. Jauffret n’a aucun des caractères qui élèvent un récit historique jusqu’à la dignité savante de l’histoire. Ce livre n’augmente pas le nombre des notions que nous avions sur Catherine II. Il ne les augmente ni par les faits, qui sont tous connus et dans la circulation depuis longtemps, ni par l’aperçu, supérieur aux faits quand il ne leur est pas contradictoire, — l’aperçu qui doit les dominer toujours et ne les tyranniser jamais ! Il n’a pas non plus cette qualité de la couleur qui est la vie, et qui la refait pétiller du fond de la mort d’un coup de plume évocatrice et toute-puissante. Il n’a point enfin ce pittoresque qui peut remplacer jusqu’à la pensée et qui en fait pardonner ou du moins oublier l’absence, comme la vie fait pardonner aux femmes de n’avoir pas ce qui vaut mieux qu’elle, — la beauté !
C’est un livre correct d’érudition, mais d’une érudition facile. Or, pour que l’érudition soit quelque chose, il faut qu’elle n’ait pas tant de facilité. En somme, c’est une production honnête et médiocre. Je n’ai pas l’honneur de connaître M. Jauffret, mais son livre, pour un livre d’histoire, ressemble
CATHERINK II
un peu trop à une galanterie diplomatique faite à la Russie. Et en disant cela, je ne blâme point son procédé: je ne veux que caractériser littérairement son histoire. Elle est écrite comme un mémorandum... aimable. C’est grave, fluide, mais très froid. Il n’est personne, sachant l’orthographe, qui ne puisse écrire de ce ton. Seulement, oui ! l’orthographe y est ; mais, vraiment, cela suffit-il pour écrire l’histoire de Catherine II, de cette femme de tant de grandeur dans l’opinion encore qu’elle en a perdu son sexe, et qu’on l’a appelée, non plus Catherine la Grande, mais Catherine le Grand? Et, malgré sa bonne volonté de ne s’impatienter jamais, la Critique n’a-t-elle pas le droit
de se piquer d’un regret vif en voyant les plus beaux
sujets en proie aux esprits qui contrastent le plus avec ces sujets magnifiques, et nous rappelant le triste spectacle de ces vaisseaux de ligne dans lesquels travaillent les termites?
Et ce n’est pas seulement la grandeur réelle de Catherine qui fait la difficulté de son histoire, c’est bien plus encore l’exagération de cette grandeur ; car elle a été, osons le dire, exagérée. L’histoire est essentiellement une mesure. Or, pour mesurer une chose grande déjà, il faut y atteindre, et tout le monde n’atteint pas à ce qui est grand. Catherine a certainement en elle une grandeur et une solidité dans la grandeur qui ne saurait être contestée par personne, mais dans cette solidité même il y a des places qui
SENSATIONS d’HISTOIRE
ont fléchi, et c’est justement ces places que l’on a le plus brillantées et dans lesquelles on a fait le plus miroiter la Gloire. Catherine a été philosophe sur le trône, comme on disait dans le style prudhomme du dix-huitième siècle, et les philosophes lui en ont su un gré funeste. Pour les fourrures qu’elle envoyait aux rhumatismes de Voltaire, Voltaire lui renvoyait des flatteries qui ajoutaient leurs feux de clinquant à l’éclat profond de sa gloire vraie, et c’est le clinquant qu’il faut aujourd’hui en ôter ; montrer l’or pur,montrer l’or seul, restituer son métal et sa beauté à cette médaille dont on a voulu faire un antique quand on l’appela la Sémiramis du Nord, — mot faux, semblable à une hypocrisie d’injure de cet homme,, singe à langue de tigre, qui vous faisait presque toujours saigner en vous léchant! Il y avait'enfîn à juger Catherine II, qui est, au contraire, une figure très moderne, et qui n’est pas le grand homme non plus que la nomma un soir le prince de Ligne, probablement après souper. Non! Catherine II ne fut qu’une femme, ni plus ni moins qu’une femme, dans ce qu’elle eut de meilleur et aussi dans ce qu’elle eut de plus mauvais ; Catherine II fut, malgré des passions qui dégénérèrent en des vices, une bonne et grande femme, et heureusement pour elle! car une femme-homme est une monstruosité.
CATHERIKE II
Ainsi, première sottise de la philosophie reconnaissante et de la courtisanerie en goguette, on l’a beaucoup trop virilisée, et c’a été une impertinence, non seulement pour elle, mais encore pour toutes les femmes, auxquelles on semblait dire par là que pour être grande il fallait être un homme, — absolument ! Je sais qu’elle ne s’en fâcha pas et que personne de son sexe ne s’en est fâché, mais je sais aussi pourquoi : c’est que c est là une flatterie, et que les femmes, lorsqu’on les flatte, n’ont pas le cœur de se fâcher contre leurs flatteurs, quand ils s’y prennent bien. C’est aussi une preuve de plus qu’elle était femme ; car, de fait, elle le fut toujours, tout son règne et toute sa vie, depuis la première larme, que fit couler son in digne mari, jusqu’à son dernier sourire, qu’eut quelque indigne amant peut-être. Seulement, entre cette larme et ce sourire, s’il y eut place pour bien des entraînements coupables, il y eut cependant une force — et c’est là l’originalité de Catherine! — sur laquelle on s’est bien superficiellement mépris. Disons le mot, — car le moyen de ne pas le dire lorsqu’on parle
de Catherine II? — elle eut des sens, des sens mauvais, violents, terribles. Mais elle eut plus de bon sens encore, et c’est par le bon sens que sa gloire sera faite.
Le bon sens domine jusqu’à l’imagination chez Catherine, chez cet être sanguinement passionné ; mais, ne nous y trompons pas, ce n’est pas le bon sens d’un homme (car les facultés ont un sexe), noni C’est le bon sens d’une femme qui a du bon sens. Le bon sens d’un homme, quand Dieu l’octroie aux conducteurs des peuples, ce maître des affaires^ est plein d’initiative et, s’il en a beaucoup, il devient du génie. Or, tel n’est pas celui de Catherine II, qui, toute sa vie, a suivi, elle, et sans se départir de cette fidélité de vue, une politique qu’elle n’avait point faite, comme la fille d’un grand homme qui met sa gloire où la mettait son père, et qui montre la piété du souvenir en continuant son œuvre et en réalisant ses idées.
Et, en effet, Catherine, c’est Pierre le Grand. Elle a beau s’en venir d’Allemagne, ce pays des tendres et rêveuses Marguerites, cette Sophie-Auguste d’Anhalt Zerbst, elle est plus de la famille de Pierre le Grand que ne l’était Pierre III, qu’elle épousa. En l’épousant, on dirait qu’elle lui a soutiré tout le sang héroïque des veines et qu’elle a absorbé en elle toute sa glorieuse ascendance. Elle est Pierre le Grand, mais Pierre le Grand sans ses fureurs, sans ces horribles mouvements de sauvage qui crevait en lui, tout à coup, le civilisé, et par ce trou versait du sang comme un
CATHERINE II 339
bourreau ; elle est Pierre le Grand devenu femme, mais non pas, certes l*tombé en quenouille. Sous ce front carré, qui est le front de la sagesse, disent les physionomistes, elle n’a pas une idée de plus que celles qui sont sorties du front superbe et orageux de ce dompteur d’éléments et d’hommes que l’on appelle Pierre le Grand. Elle l’a compris, et lui, l’a fécondée. Ce qui fit la force et l’éclat de son règne fut ce qui fit l’éclat et la force de celui de Pierre : ce fut d’avoir civilisé des barbares. Mais ce qui en a fait peut-être aussi la faiblesse, ce fut d’avoir touché à cette chose mystérieuse et sacrée, l’originalité d’un peuple. Espèce de sacrilège historique que la Russie pourrait bien un jour expier comme une faute; car en européanisant trop vite un peuple aussi asiatique que le peuple russe, Pierre et Catherine ont tous les deux créé cette société artificielle dont Diderot disait, tout enivré qu’il fût par Catherine : « Elle pourrit avant de mûrir ! » Qui sait, en effet, si Catherine, comme Pierre, ne doit pas être plus grande dans l’Histoire pour avoir écrit sur les hommes, que pour ce qu’elle y aura écrit?... Enfin, ce qui fit encore, et suprêmement, l’éclat de ce règne de Catherine, qui dura trente-cinq ans, ce fut l’abaissement poursuivi sans relâche de la puissance turque, cette route ouverte et toujours poussée un peu plus du côté de Bysance^ cette idée traditionnelle russe, l’inspiration du testament de Pierre, qu’à force d’efforts, de combinaisons, de victoires, elle enfonça
340 S'.ENSATIONS d’hISTOIRB
dans le cœur de sa race à une profondeur qui en fait plus une manière de respirer et de vouloir, qu’unetradition !
Telle fut Catherine, d’initiative, de politique, d’idée. Elle fut la pensée de Pierre le Grand, une fille digne de Pierre, et si elle n’eut pas l’atrocité de son aïeul par alliance, elle eut le bon sens calmé et raffiné qui réfléchissait exactement, en l’adoucissant, ce génie sauvage. Elle acheva ce qu’il avait pensé. Elle osa après lui. Elle continua son œuvre, créant à sa manière ; car c’est créer que de continuer une création ! Seulement, si, dans la conception première, il y eut entre le génie politique de Pierre et de Catherine le rapport et la différence qui existent entre le père et la fille, entre l’homme et la femme, ce rapport et cette différence se marquèrent bien davantage quand Catherine administra et gouverna cet empire qu’elle élargit, mais qu’elle n’avait pas fondé. Ah ! c’est alors que la femme apparaît, le génie de la femme tout seul, ce génie qui n’est pas seulement dans l’angle facial d’une tête bien faite, mais dans la tendre dilatation des entrailles !
CATHERINE II
Catherine, que les Russes tutoyaient et appelaient leur mère, dans la naïveté primitive de leurs coutumes et de leurs mœurs, fut vraiment digne de ce touchant et immense nom de mère. Elle le fut de toute la Russie, non pas d’une cour, non pas d’une capitale, non pas d’un camp ou de plusieurs camps, la mater casirorum qui envoyait des panaches de diamants à ses généraux victorieux et leur constituait des fortunes de dix mille têtes de paysans à la fois, mais elle le fut de tout l’empire, et avec des détails de maternité d’une délicatesse à laquelle un homme, fùt-ce un Louis XII ou un Henri IV, n’aurait certainement pas pensé ! Ainsi, elle fonda des hôpitaux pour les enfants trouvés à Pétersbourg et à Moscou ; — un Saint, depuis longtemps, avait appris cela à l’Europe. Mais elle fonda de plus des établissements pour les jeunes filles enceintes qui tuaient leurs enfants par peur delà honte ; — et un homme aurait pu avoir l’idée de ces établissements comme elle. Mais ce qu’un homme ii’eùtpas trouvé, c’est l’idée de ces masques, que toutes ces malheureuses pouvaient porter jusqu’à ce qu’elles fussent accouchées et libres, et qu’elles ne levaient pas même pour le médecin !
Vous le voyez, elle n’était pas que matériellement mère ! Elle soignait l’honneur souffrant comme la
santé perdue dans ce peuple enfant que Pierre le
Grand, après l’avoir fait, avait laissé dans son limon et qu’elle essuya de sa barbarie ; dont elle fut enfin
SENSATIONS D’hISTOIRE
quelque chose comme la Bonne sublime ! Maternelle, elle aimait les images qui lui rappelaient sa maternité. « C’est mon enfant aussi que mon commerce », disait-elle. Et c’est parce qu’elle était maternelle qu’elle put être une plus grande administratrice qu’une grande politique encore, le génie administratif étant un génie spécial à la femme, qui aime les détails que l’homme dédaigne, par amour hautain des ensembles. « Avec de l’ordre, on est toujours riche », répétait-elle souvent, et elle le fut à pouvoir se permettre les plus orientales magnificences. Pittoresque autant que raisonnable, elle aimait cette locution familière et forte : « L’œil du maître engraisse les chevaux. » Le sien — son bel œil gris à reflets bleus — était ouvert sur tout, comme un firmament, et partout où elle en laissait tomber le regard échauthint et fécond elle fixait les hordes errantes et colonisait les déserts.
Et elle eut toujours cette maternité infinie qui est le caractère le plus frappant de sa grandeur. Elle n’étaitpas une amazone. Elle n’avait pas le sein coupé. Une fois, elle prit une épée, quand son mari se détrôna lui-même encore plus qu’elle ne le détrôna. Une seconde fois, dans un grand péril de l’Empire, elle parla de se mettre à la tête de « ses enfants ». Mais il y avait mieux pour elle : c’était de les tenir sur son robuste cœur ! Et ils y furent toujours. Elle en fut la Niobé heureuse. Cette maternité éternelle, elle l’eut là
CATHERINE II
OÙ les autres femmes ne la portent pas d’ordinaire, dans ces criminelles relations compliquées de sentiments terribles, où le Vice qui change ose être jaloux comme l’Amour fidèle. Un jour, trahie par un de ceux qu’elle avait le plus bassement aimés, elle, cette âme fière qui ne manqua jamais de fierté que dans l’amour, elle sut son malheur, et, dévorant impérialement son outrage, elle pardonna à l’amitié comme à l’amour perfide, maria les coupables et posa elle-même une couronne de diamants sur la tête de sa rivale, foudroyée de cette générosité implacable jusqu’au fond même de son bonheur.
César, le doux, le clément, le magnanime fils de Vénus eût-il fait mieux s’il eût été femme ? Et ce ne fut
point la seule fois qu’elle agit ainsi. Lorsque, sur le soir de|sa vie, justifiant presque, avec une âme d’Agrippine, ce nom affreux de Messaline dont on l’avait flétrie dans un pamphlet dont elle dit tranquillement : « Qu’on n’en empêche pas la distribution puisqu’il ne regarde que moi », elle laissait sa faveur errer dans un vagabondage immonde, elle gardait au moins à l’homme abandonné une amitié protectrice que la préférence nouvelle essaya parfois d’arracher de son âme redevenue forte et maternelle, mais essaya toujours en vain.
rt
Voilà la force de Catherine et en même temps voilà sa faiblesse. Force de femme, faiblesse de femme. Elle ne fut ni homme ni hommasse. Gomment donc ont-ils pu dire de cette femme, forte et faible à la manière des femmes, qu’elle devait s’appeler Catherine le Grand?... I^videmment, ils auront pris son règne pour elle. Mais, dans ce règne qui fut si splendidement et si continûment heureux, je ne confonds pas le succès par l’événement, le fatalisme de la réussite, avec la grandeur personnelle de celle qui a gravé son nom sur ce règne, éblouissant comme une lame de rubis ; car le sang brillant de la Pologne l’a rougi, mêlé au sang’ moins héroïquement vermeil de la Turquie et même aux trois à quatre gouttes du sang plus terne de Pierre III. Je l’ai dit plus haut, Pierre III se détrôna lui-même, et ceux qui achevèrent physiquement ce fou imbécile qui s’était déjà moralement tué, servirent plus Catherine qu’elle n’eût voulu être servie : — être trop servi peut devenir si dangereux î Les Turcs, massacrés encore plus que vaincus, furent aussi vaincus par eux-mêmes. Ils étaient dégradés,
CATHERINE II
décrépits ; ils n’étaient plus les anciens Turcs et ils avaient contre eux des généraux et des amiraux comme Roumantzioff, Souvaroff, et même Potemkin, le prince de Nassau et Marshall, l’Anglais qui mourut si fièrement, les jambes mutilées et entortillées dans un drapeau, en donnant tranquillement ses derniers ordres sur son bord qui finit par sombrer.
Quant à la Pologne, avec ses tempêtes de Diètes, l’anarchique Pologne, qui ressemblait moins à une nation qu’à un régiment insurgé, elle mérita certainement son sort, comme le méritent toujours les peuples ; mais le partage mérité n’en fut pas moins un crime pour les gouvernements qui le consommèrent. Et d’ailleurs, comment ne pas plaindre lesPolonais, ces Polonais qu’on pourrait appeler les Jeunes Gens de l’Europe, et qui pouvaient faire dire, lorsqu’ils tombèrent, que la vieille Europe avait perdu son printemps I Pierre III détrôné, les Turcs battus, la Pologne saisie, ces trois immenses résultats pour Catherine, ne sont pas sa meilleure gloire. S’ils sont sa fortune, ils sont trop sa fortune pour cela ! On n’est vraiment grand que par soi-même, par son action individuelle, par le caractère et l’esprit qu’on a. Fortune ajoutée à toutes les autres fortunes, Catherine a régné dans un pays où les grands souverains peuvent se faire presque à bon marché, car c’est un pays religieux et surtout résigné, qui n’a désappris ni la foi, ni l’obéissance, etdans lequel chaque soldat fait sans se plaindre vingt-deux
ans de service militaire, nous dit aujourd’hui M. Jauffret. Assurément, quelque grand que l’on soit, de telles facilités de commandement en diminuentla gloire. Mais à travers la femme heureuse qui fut Catherine II, on pouvait voir la femme qui, sans être un héros, a souvent mérité sa fortune, et qui, en restant immuablement la mère de son peuple, en a racheté le tort ou le crime, quand elle ne la méritait pas 1 Ehbien, cette femme-là, — cette Allemande, mère de la Russie, qui est devenue mère, comme beaucoup de femmes, en prenant seulement l’enfant dans ses bras, cette naturalisée et nationalisée Impératrice, qui disait un jour à son médecin : « Saignez, docteur! Tirezmoi tout mon sang allemand et qu’il ne me reste plus que du sang russe! » cette grande femme, mais si femme! majestueuse, mais élégante; instruite, mais spirituelle ; qui eut le tort, bien femme, d’aimer les philosophes du dix-huitième siècle, parce qu’ils la louaient en français, la langue à perpétuité de la gloire, et qui eut l’autre tort — de femme aussi, mais il faut ajouter perdue, — d’aimer ce .qui fit oublier son peuple à Louis XY, mais qui ne lui fît pas oublier le sien, à elle; — eh bien, cette Catherine, bonne etgrande malgré ses deux vices, qui allumait son feu elle-même, comme la plus humble femme de cet Empire qu’elle réchauffa trente ans de sa puissante haleine, il importait de la dégager de l’autre Catherine, officielle et virile. M. Jauffret, qui a voulu en écrire l’histoire.
CATHERINE II
l’a-t-il vue? l’a-t-il discernée? l’a-t-il tirée du bloc d’idées déclamatoires sur lequel elle est posée, à la David, dans une gloire conventionnelle et confuse?
M. Jauffret ne voit pas grand’chose, quoiqu’il regarde beaucoup de choses. Il sait les faits... sus. Il loue et blâme avec la voix de tout le monde, et il aplatit tout avec cette voix-là. Il aplatit même la Critique, qui ne peut pas dire que son livre est mauvais, et qui ne peut dire non plus qu’il soit bon. C’est un saint Innocent de l’Histoire, qui n’a point, hélas! été massacré au berceau, et voici un échantillon de son innocence : « En politique » (dit-il dans son '1®'“ volume, p. 437), « rien n’est plus dangereux que la faiblesse. Elle n’inspire aux ennemis aucune terreur, aux alliés aucune confiance. » C’est la vérité, et même la pure'vérité ; seulement on la voudrait un peu moins pure. Ce qu’il a de meilleur, c’est qu’au moins il ne déclame pas. Gomment aurait-il le tendu d’une déclamation? La corde de son crin-crin historique est si lâche I Enfin, qui le croirait? au lieu de peindre la société russe, cette société qui produit des bizarreries aussi grandioses et aussi étonnantes que Potemkin et Souvarow, il fait de la statistique idolâtre, et le dernier mot de son livre sur la Russie, sur ce pays gros de tous les problèmes de l’avenir, est un mot de prospectus de Compagnie; ce sont les chemins de ferl...
J’en prendrais un, pour le quitter.
«if-. •.
-,-r .ii'iu'Avt
.ÿi 1/ .^.^^^
-ata?
. . «f’iv
'''Vf •^•'*
éli i?.
If ’ ■ ^
-U- : .i l : .;ii.
?iî / ■«:;>' .■ »v,- fl ' ''.m7
,nr< .p.
■'- ,^ki.gb ti v;.üav;4t