AVANT -PROPOS DE D’ÉDITEUR
tard à tous ces maîtres. Au moins les a-t-il croisés sur sa route et salués cordialement (i).
Au fond, il devait trouver que ces peintres « manquaient d’âme ». Sa critique, il me semble, n’est pas tout à fait exempte de « littérature ». Les Français de son temps — Gustave Moreau à part — n’y donnaient pas prise, et peut-être que ça gênait un peu son irrépressible besoin d’ expansion lyrique. Justement il aime Moreau, et les Nazaréens, et Boecklin, surtout les Préraphaélites d’outre- Manche. Je ne connais presque pas Madox-Brown, mais le goût de Verhaeren pour Hunt et Watts, et même pour Rossetti et le trop fameux Burne- Jones, n’est pas sans me donner quelque inquiétude sur la validité des jugements qu’il porte sur le peintre de Manchester. De même pour William Blake, furieux et déchirant poète, mais par malheur, en plastique, desservi par ses moyens. En quoi nous touchons à l’écueil de toute la peinture anglaise - — si l’on met à part le grand Constable, le charmant Bonington et, dans une certaine mesure, les peintres mondains du XVIIIe siècle, qui ont accompli leur tâche avec des yeux de peintre, malheureusement inaptes à dépasser l’écorce de la vie. Écueil où les Préraphaélites, William Blake et Turner lui-même ont démoli leur somptueuse galère, chargée de trésors spirituels : l’incapacité radicale de faire passer dans le dessin et la couleur le lyrisme éperdu qui a fait si grands les poètes de V Angleterre, Shakespeare, Milton, Byron, Shelley.
En tout cas, Verhaeren a la grande qualité — l’unique qualité exigible — et si rare! de ceux qui parlent peinture : le don d’animer le mot de l’esprit qui charge la forme. Sa critique sent l'effort, certes, comme ses poèmes euyx-mêmes, hérissés et retentissants de ce style rocailleux et charnel à la
(i) Dans une conversation que j’ai eue avec Paul Signac à ce sujet, quelques semaines après avoir écrit ces lignes, j’apprends que Verhaeren, dans ses dernières années, avait été définitivement conquis par ce qu’on appelait encore à cette époque 1’ « impressionnisme #, et brûla — en partie — ce qu’il avait adoré. C’est ainsi qu’il se serait débarrassé des quelques œuvres préraphaélites qu’il possédait.