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Sentences et maximes morales

N a trouvé souvent trop pessimistes les maximes de La Rochefoucauld, et on s’est scandalisé de la façon dont il faisdit dépendre tous les bons

sentiments, toutes les vertus, toutes

ies convictions de l’amour-propre, c’est-à-dire de l’égoïsme. Mais si nous jetons un coup d’œil sur sa vie, nous comprenons mieux sa philosophie amère, parce que désabusée.

Né en 161 }, d’une noble et nombreuse famille, bien fait de sa personne, portant un beau nom, il semble avoir eu dans sa jeunesse plus de goût pour les exercices du corps que pour les études; il jugeait luimême n’entendre pds très bien le latin.

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Il fut marié à l’âge de quinze ans à Andrée de Vivonne qui , tout en lui donnant huit enfants, semble avoir tenu une bien modeste place dans' sa vie entre Madame de Longueville et Madame de La Fayette.

Il fut l’âme du oarti des princes; ambitieux et chevaleresque, il se dépensa sans compter dans les intrigues de la Fronde d’où il ne sortit que meurtri et aigri.

C’est alors que, lassé par une politique qui ne lui avait apporté que déboires, et aussi par quelques déceptions amoureuses, il va se transformer en moraliste. D’ailleurs, la maturité de l’âge était venue, apportant le calme de l’esprit et quelques infirmités physiques. La Rochefoucauld se mit à écrire ses mémoires, et sous l’influence des salons, dont il était devenu un des habitués les plus fêtés et où l’on se livrait souvent au jeu des maximes et des portraits, il se laissa tout naturellement entraîner à la passion littéraire à la mode.

Le volume des Réflexions ou Sentences et Maximes morales que nous présentons aujourd’hui au lecteur, n’a pas la prétention d’être une édition critique, il se contente d’être, dans son cadre de pur xvne siècle, une reproduction fidèle du texte des Maximes paru à Paris che ^ Claude Barbin en 1665.

C’est la première édition qui ait été faite par La Rochefoucauld ; pendant longtemps on crut qu’il n’y avait pas eu d’autre édition avant celle-là, et, quoique l’auteur eût parlé dans son avis au lecteur

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d’une méchante copie qui en a couru et qui a passé meme depuis quelque temps en Hollande, ceci semblait un prétexte de l’auteur pour s’excuser de publier son livre, cette supercherie étant fort à la mode à cette époque.

Ce n est qu’en 1879 que Willems en découvrit l’existence et la fit connaître par un article qui bouleversa bien des études précédentes.

Cette édition qui parut a La Haye en 1664 est donc considérée comme la première. Elle portait un titre légèrement différent et ne contenait que les Maximes au nombre de 188 alors que l’édition de Claude Barbin en contient 31 J, plus l’avis au lecteur, le discours de Segrais et le privilège du Roy.

Il était de bon ton, au xvu® siècle, lorsqu’un auteur venait de composer une œuvre, qu’il en donnât lecture dans les cercles mondains plus ou moins lettrés, où son auditoire s’en partageait les copies, les discutant, se les passant de mains en mains. Rien d’ étonnant à ce que quelques-unes des maximes de La Rochefoucauld se soient égarées en Hollande alors qu’elles circulaient si facilement à mesure que leur auteur les livrait à la critique de ses amis.

L’édition imprimée à Paris, dont le privilège est du 14 janvier 1664 et l’achevé d’imprimer du 27 octobre de la même année, parut donc peu de temps après celle de La Haye.

Elle eut un grand succès parmi les esprits délicats : les jansénistes approuvèrent les idées, les femmes, d’abord un peu scandalisées, en goûtèrent fort le style

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et la finesse d'esprit; madame de Liancourt écrivait a madame de Sablé : « Je n’ avais qu'une, partie d’un petit cahier des Maximes que vous save quand j’eus l’honneur de vous voir , et il débutait si cruellement contre les vertus qu’il me scandalisa , aussi bien que beaucoup d’autres ; mais depuis, j’ai tout lu, et je fais amende honorable à votre jugement, car je vois bien qu’il y a dans cet écrit de fort jolies choses, et meme, je crois, de bonnes, pourvu qu on ôte l’équivoque qui fait confondre les vraies vertus avec les fausses ». Madame de Maintenon dit dans une lettre, que le Livre de Job et celui des Maximes étaient ses seules lectures; La Fontaine lui consacra une fable (livre I, fable n), et Madame de Sablé composa à son sujet pour le seul journal existant alors et depuis peu fondé « Journal des Savans », un article élogieux quelle soumit docilement aux retouches de l’auteur avant son impression.

Cinq éditions parurent en treize ans; La Rochefoucauld leur consacra les dernières années de sa vie, réduisant, condensant ses pensées en quelques lignes, supprimant celles qui ne s’y prêtaient pas, transformant son œuvre au point que de nombreuses variantes existent entre l’édition de 1665 et celle de 16 y 8, la dernière à laquelle il mit la main avant sa mort survenue en 1680.

Il est intéressant de constater que si les premières maximes, sous leur forme parfois amère , se ressentent des désillusions de la jeunesse de leur auteur , les dernières accusent un adoucissement que les critiques se

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pldisent à dttribuer d ld sereine influence que Mdddme de Ld Fdyette exerçd sur son dmi.

Le discours pldcè en tête du volume d été dttribué d Segrdis (il étdit de mode de tout lui dttribuer, même « Zdyde » et ld « Princesse de Clèves j»), mdis on ne retrouve nulle pdrt l’origine de cette supposition. On est plus volontiers porté d le croire d’un certdin Ld Ch dp elle Bessé.

Ce discours étdit destiné d dssurer le succès des Mdximes en prépdrdnt le public ; mdis, dès ld seconde édition, le but étdnt dtteint, Ld Rochefoucauld supprimd dsse ^ dèddigneusement cette mduvdise dpologie, comme il l’dppelle ; ce n’est qu’dprès sd mort que le discours reprendrd sd pldce en tête de l’ouvrdge, mdis non sdns dvoir subi force retouches et coupures. Il est dgrémenté de nombreuses citdtions que nous dvons respectées, même ddns leurs légères erreurs.

Nous dvons suivi fidèlement le texte de l’édition de ld Bibliothèque Ndtiondle Re. Z. 2603, modernisdnt simplement l’orthogrdphe pour ld plus grdnde commodité des lecteurs, exception fidite pour le Privilège du Roy qui nous d semblé plus curieux sous son dspect primitif.

Paris, janvier 1322.

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