LXXV
ON élève la prudence jufqu’au ciel, & il n’eft forte d’éloge qu’on ne lui donne ; elle eft la règle de nos attions & de notre conduite, elle eft la maîtreffe de la fortune, elle fait le deftin des empires ; fans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les biens, &, comme difait autrefois un poète, quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinité, pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le fecours que nous demandons aux Dieux. Cependant la prudence la plus confommée ne faurait nous affurer du plus petit effet du monde, parce que, travaillant fur une matière auffi changeante & auffi inconnue qu’eft l’homme, elle ne peut exécuter fûrement aucun de fes projets : d’où il faut conclure, que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence, ne font que des effets de notre
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LA ROCHEFOUCAULD
amour-propre, qui s'applaudit en toutes chofes & en toutes rencontres.