‹ Sentences et maximes moralesChapitre 41 sur 56 · CCXLVII · texte numérisé non relu

CCXLVII

IL y a une efpèce d’hypocrifle dans les affligions, car, fous prétexte de pleurer la perte d’une perfonne qui nous eft chère, nous nous pleurons nous-mêmes. Nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaiflr, de notre confldération en la perfonne que nous pleurons; de cette manière, les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les verfent. J’ai dit que c’était une forte d’hypocrifle, parce que par elle, l’homme fe trompe feulement foi-même; il y en a une autre, qui n’eft pas fi innocente & qui impofe à tout le monde : c’eft l’affliétion de certaines perfonnes qui afpirent à la gloire d’une belle & immortelle douleur; car le temps qui confirme tout,

MAXIMES DE

l’ayant confumée, elles ne laiffent pas d’opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes & leurs foupirs ; elles prennent un perfonnage lugubre & travaillent à perfuader par toutes leurs avions, qu’elles égaleront la durée de tous leurs déplaifirs à leur propre vie. Cette trille & fatigante vanité, fe trouve d’ordinaire dans les femmes ambitieufes, parce que leur fexe leur fermant tous les chemins qui mènent à la gloire, elles fe jettent dans celui-ci, & s’efforcent à fe rendre célèbres par la montre d’une inconfolable douleur. Il y a encore une autre efpèce de larmes qui n’ont que de petites fources, qui coulent facilement & qui s’écoulent auffitôt : on pleure pour avoir la réputation d’être tendre; on pleure pour être plaint, ou pour être pleuré, & on pleure quelquefois de honte de ne pleurer pas.

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