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jugé de loin & que nos fentiments, qui ne font que faibleffe, que variété ' & que confufion, foient d’une trempe affez forte pour ne point fouffrir d’altération par la plus rude de toutes les épreuves. C’eft mal connaître les effets de l’amour-propre, que de croire qu’il puiffe nous aider à compter pour rien ce qui le doit néceffairement détruire ; & la raifon dans laquelle on croit trouver tant de reffources, n’eft que trop faible en cette rencontre pour nous perfuader ce que nous voulons. C’eft elle qui nous trahit le plus fouvent, & au lieu de nous infpirer le mépris de la mort, elle fert à nous découvrir ce qu’elle a d’affreux et de terrible : tout ce qu’elle peut faire pour nous eft de nous confeiller d’en détourner les yeux, & de les arrêter fur d’autres objets. Caton & Brutus en choififfent d’illuftres & d’éclatants ; un laquais fe contenta dernièrement de danfer les tricotets fur l’échafaud où il devait être roué. Ainft, bien que les motifs foient différents, ils produifent fouvent les mêmes effets. De forte qu’il eft vrai de dire, que quelque difproportion qu’il y ait entre les grands hommes & les gens du commun, les
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uns & les autres ont mille fois reçu la mort d’un même vifage. Mais ç’a toujours été avec cette différence, que c’eff l’amour de la gloire qui ôte aux grands hommes la vue de la mort, dans le mépris qu’ils font paraître quelquefois pour elle; & dans les gens du commun, ce n’eft qu’un effet de leur peu de lumière, qui, les empêchant de connaître toute la grandeur de leur mal, leur laiffe la liberté de fonger à autre chofe.
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