CLARA
Gallice « La maritorne. »
De Cangk.
Si vous l'envisag-ez, l'enfant douce et naïve,
Sa paupière s'abaissera.
Car, avec son port gourd et sa mine fautive, Elle ment à son nom, la timide Clara.
Son nom est gracieux, son nom est une perle
Au front souriant de l'amour.
Un rubis scintillant sur le flot qui déferle Et fait trembler sa crête aux feux ardents du jour ;
Son nom frais et gentil, la bouche aime à le dire,
L'oreille à le savourer, Mais elle, elle est sans grâce, en elle rien n'attire, Et l'œil avec le sien craint de se rencontrer.
Sa prunelle est de poix, vaste, étrange et sans vie,
Comme émergeant d'un linceul blanc ; Sa chevelure inculte, et qu'on dirait noircie Par le doigt de la nuit, descend raide à son flanc.
Sa lèvre est sans carmin, son visage est d'ébène,
Et ses traits blessent le regard Autant que son port gauche, écrasé par la gêne, Rend son verbe niais, faux, lent et nasillard.
Mais ne la raillez pas, vous, filles de son âge,
Ni vous, turbulents garçonnets, Ni vous, adolescents au folâtre langage Oui comblez de l'amour les sémillants carnets.
Non, ne la raillez pas. Car son âme naïve
Est aussi belle que son nom, Kt son silence triste et sa mine craintive Emeuvent mieux le cœur que vos airs di'oisillon.
Ah ! plaignez-la plutôt. Car l'enfant repoussante
A qui déjà pèse le jour Ne sentira jamais sa poitrine iM'ûlante Par un fruit de son sein pressée avec amour.
L hymen ne doit chercher la pauvre humiliée
En aucun temps, en aucun lieu :
Jamais cœur ne battra pour la disgraciée. N'eût-il d'autres amours et fut-il tout de feu.
Nul ne l'appellera du nom sacré de mère
A l'heure des vastes ennuis ; Elle sera laissée à la tristesse amère Quand au sein de l'amour vous passerez vos nuits.
Humains, plaignez-la tous, allez au-devant d'elle
Pleins de prévenance et de paix :
Car elle doit aimer, mais sa flamme cruelle Doit rester sans écho, même insue à jamais.