HOLLAND
Le Charme s'est choiisi le vallon du Lac-Noir. Ce séjour ne connaît ni château ni manoir ; Maints ruisseaux de cristal à l'onde murmurante Inclinent vers son lac leur insensible pente, Et, quand la fin du jour aux rayons empourprés Jette un dernier reflet sur ses flots diaprés, Ils sont harmonieux les refrains, las ramages Dont résonnent au loin ses radieux bocages !
L'œil y voit des sentiers où bondit le chevreuil, Mais où le plomb cruel ne porte point le deuil Des coteaux émaillés, champêtres forteresses D'où les braves un jour altérés de prouesses Lanceront la vengeance au cœur de l'ennemi Des berceaux parfumés où le frais endormi Invite les amants à se jurer ensemble De ne briser jamais le n<vud (|ui les rassemble.
Là, les gais trémolos que module le soir
Volent en frémissant sur l'aile du zéphire
Et vont loin enchanter la vague du Lac-Noir ;
Là, la vierge ingénue exhale avec délire
Son amour frais et pur autant que son espoir.
O vallon du Lac-Noir, les oiseaux qui t'habitent Ont des accents plus doux que le cygne amoureux Dont Tibulle a chanté le trépas langoureux ; Et les souffles sous qui tes feuillages, palpitent,
Ils sont plus embaumés que l'églantier nouveau Et le lys argenté qui croît au bord de l'eau,
Plus doux que les soupirs et la légère haleine Qui font pleurer au loin la harpe écolienne Que parfois on suspend aux branches de l'ormeau, Plus doux que les soupirs et la légère haleine De l'enfant qui dort au berceau.
Tes aurores sont plus brillantes Et tes couchants ont moins de bruit Que les déesses éclatantes Dont les prunelles .scintillantes Constellent le sein de la nuit.
Les poétiques rêveries. Loin de notre tumulte et de nos indiscrets, Parcourent sans frémir tes arches assombries, Malgré les feux du jour y respirent le frais, Y font en nous hélant leurs demeures chéries Et nous rendent divin l'abri de tes forêts.
Ah ! s'il m'était donné de voir couler ma vie
Sans chercher à chaque heure un bonheur pour autrui,
Je l'abandonnerais même dès aujourd'hui,
Cette lourde existence aux labeurs asservie ;
Et j'irais conjurer le roi de ce vallon De me laisser mourir si loin de l'aquilon, Sous ses ombrages verts qu'agite le zéphire Et dont jouit toujours son adorable empire.
L'HEl'RELX Dr LAC-XOIR
Homme rare, sur ma parole !
Az'cc moi z'OJts eu conviendrez.
if if if.
L'Irlandais plein d'orgueil tressaille de bonheur A l'aspect enchanté de ses vertes campagnes : L'Ecossais belliqueux adore ses montagnes Et le son du pibroc fait palpiter son cœur.
Mais du brave Ecossais les cimes sourcilleuses Demeurent sans appas comme un front sans espoir, Et du vain Irlandais les campagnes soyeuses Ainsi qu'un Sahara deviennent ennuyeuses Auprès du doux vallon où frémit le Lac-Xoir.
C'est là qu'environné des biens que son cœur aime,
Le vert gazon, le calme et l'ombre des forêts.
Vit Benoit, homme heureux dont le plus cher emblème
Est Tauguste pavot qui blanchit ses guérets.
Que. dans un océan d'insouciance extrême.
Le ciel garde à mon cœur l'arbitre de ma paix.
Le dieu cjui fut toujours la moitié de moi-même.
Ah ! que l'astre du jour de ses vastes splendeurs Ne transperce jamais les tranquilles ombrages Où le divin Benoit s'abreuve de douceurs ! Qu'il y laisse dormir le plus sage des sages Sans connaître nos bruits et nos mille doiileurs.
Ce qu'il lui faut, à lui, c'est la voûte étoilée, C'est la douce lueur que la reine des nuits \^erse en gerbes d'argent sur l'onde constellée, C'est l'ombre et le silence au fond de ses réduits.
Murmure donc toujours à tes rives charmantes, Lac-Noir que l'âge d'or eût mis au rang des dieux ! Roulez-y donc toujours vos ondes gazouillantes Sur vos sables dorés, sous vos gazons soyeux. Ruisseaux parfois mutins mais toujours gracieux !
Et toi. brise embaumée, et toi, léger zéphire. Effleurez, mais sans bruit, son arceau velouté. Et n'allez pas ternir sa douce volupté, Ah ! ne réveillez pas le sage qui soupire En buvant à grands flots l'ivresse du Lethé.
Vous ne connaissez pas, orages et tempêtes.
Les rivages fleuris de son divin Lac-Noir ;
Vos souffles trop bruyants ne tordent pas les faîtes
De ses pins sourcilleux où la nuit va s'asseoir,
De ses grands bois obscurs pleins de douces retraites.
Oui, vous allez ailleurs noircir le front des cieux. Allez ! vous faites bien, tourmente échevelée ; Car Benoît veut dormir, et vos bruits odieux,
Et votre face maculée.
Traient jeter l'horreur sous ses pliants arceaux.
Au fond de la fraîche vallée Où le ciel lui forma des milliers de berceaux.
Et vous, chantres ailés qui peuplez ces domaines, Xe rompez point le cours de vos longues chansons Faites-les retentir par les monts, par les plaines, Sur la cime des pins et sur les verts gazons. Quand va naître le jour, et puis le soir encore, Chantez, puisque le ciel vous donne comme à nous Une âme "expansive et sonore.
Mais que vos ramages soient doux.
Car le sage Benoit veut oublier la vie En vouant au sommeil sa carrière ravie.
Et des cantiques pleins de bruits Feraient languir son âme à la veille asservie. . . Ah ! dévouez plutôt le Lac-Xoir aux ennuis.