LA CROIX
(Interprétation)
Vexilla Regis prodeunt.
L'Etendard triomphal du Roi des cieux s'avance, Le mystère sublime et profond de la Croix Déroule glorieux ses replis d'espérance, De la Croix où la Mort a comblé ses exploits En soumettant la Vie à ses horribles lois, Mais où la Vie enfin a vaincu la souffrance
Et la Mort à la fois.
C'est pendue à ses bras qu'Elle-même, la Vie, Expirant aux abois, fut transpercée au cœur Par le fer ieurtrier de la Mort assouvie, Et que le sans et l'eau s'unirent dans l'horreur Pour douner le trépas à la mort en fureur, En lavant de la terre, endeuillée et ravie
La criminelle erreur.
À travers la nuit sombre et lointaine des âges,
David avait déjà dans un sanglant repli
Vu le fait confirmer la suite de ses gages ;
Il a chanté que Dieu règnerait sur l'oubli
Par un règne à jamais sur la Croix établi ;
Le monde n’en est plus à sonder les présages, L'oracle est accompli.
Arbre cher et sacré, la Grâce te couronne,
Tu portes pour décor la pourpre du grand Roi,
Tu brilles des reflets dont sa tête rayonne :
Choisi pour y montrer au monde dans l'émoi
Le Dieu dont le nom seul remplit l'enfer d'effroi,
L'ineffable splendeur de sa cour t'environne Sans ombres pour la foi.
Tandis que frissonnaient les cieux, la terre et l'onde. Arbre cher et sacré, tu reçus dans tes bras Le sanglant Dieu fait chair qui racheta le monde ; C'est entre eux qu'il mourut sali par les crachats, Au bruit des rocs tremblants et volant en éclats, Sur toi que l'a cloué la soldatesque immonde
Pour subir le trépas :
Je te salue, à Croix, notre seule espérance En face de l'enfer, des pleurs. de l'abandon, De quelque endroit qu'abonde ici-bas la souffrance ! Donne la fortitude et l'endurance au bon, Du regret au pervers l'inestimable don, Aux trésors de la grâce une surabondance, Au crime le pardon.