‹ Sept générations d'exécuteurs 16881847 Mémoires des Sanson mis en ordreChapitre 22 sur 24 · ES ARRESTATION DR MON PÈRE. ETC · texte numérisé non relu

ES ARRESTATION DR MON PÈRE. ETC

cachot que l'auguste et royale victime de cette horrible époque, comparaissant devant le même Tribunal et sous l'égide de la même parole.

Singulières leçons de la destinée!

Le Tribunal poursuivait sa mission avec autant de modération qu'il était permis d'attendre d'hommes dont la fièvre révolutionnaire était à peine attiédie. Du 15 au 30 fructidor, il envoya six condamnés à la guillotine : le malheureux Lemonnier ; Jean Paumier, commis , employé à l'administration des fourrages,

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pour malversations; Stanislas Bouter cl , cxchanoine, provocation à la dissolution do la Convention; Jacques Lombard, ex-notaire et instituteur, pour intelligences avec les armées du roi de Prusse ; Toussaint Mcnncf/and, horloger, émigration, et Xicoîas Saunier, perruquier, pour avoir tenté d'avilir la représentation nationale. Dans le courant de vendémiaire, il condamna : Antoine Guifjnardet, Jacques- Marie Dcrzat, officiers municipaux à Hey riens (Rhône), convaincus de complicité dans la révolte de la ville de Lyon; Jacqucs-Elme Éticnne, ouvrier fondeur, lequel ayant été fait prisonnier par les rebelles de la Vendée, avait prêté serment de fidélité à Louis XVII; Pierre Leprince, ex-chanoine de Nantes, convaincu de s'être rendu à la frontière avec l'intention d'éinigrer; Philippe Aublin , homme de loi. convaincu d'avoir arboré la cocarde blanche ; Claude-Jacques VuHkem, huissier, coupable d'avoir conspiré contre la souveraineté du peuple et tenu des propos contre-révolutionnaires; Jeanne-Marie l'oyon, veuve Cordclier, aubergiste, Catherine Jacquet, vigneronne, ce3

deux dernières se déclarèrent enceintes et il fut sursis à leur exécution; Jacques Baux, ex-prêtre, comme fanatique contre-révolutionnaire et notamment convaincu d'avoir marié dans son domicile et dressé des actes de mariage; Etienne-Philippe Renard, notaire à Fontevrault ; Alexandre Guernicr, ex-curé de Fontevrault, François Drouin, cultivateur audit lieu; Pierre Bourreau, officier municipal; tous les quatre convaincus.d'avoir été les complices d'une conspiration contre la sûreté de la République, et d'avoir tenté de se joindre aux rebelles de la Vendée. Dans le même mois, le Tribunal criminel prononça deux condamnations à mort pour crime de falsification d'assignats, l'un contre Jeaii-Jeançois Noël, ouvrier maçon, l'autre contre Jean- Baptiste Bryas, compositeur d'imprimerie.

Du 1er brumaire au 26 frimaire, les exécutions furent moins nombreuses encore : cinq condamnés seulement laissèrent leurs têtes sur la place de Grève ; c'étaient les nommés Pien-e- Montel de Lambert tj , ex -noble, ex- vicaire

épiscopal de Périgueux, condamné comme ins-

tigateur et complice des mouvements contrerévolutionnaires qui avaient éclaté dans la Dordogne; Pierre-Elèonore Pipaud, cultivateur à* Jarnac (Charente), pour le même fait; François Bidau, convaincu d'avoir excité à la rébellion les habitants de la commune de Plédra dont il était le maire; Bénigne Arcelot, tailleur à Semur (Côte-d'Or), coupable d'avoir tenu des propos fanatiques dans des intentions contre - révolutionnaires , et Jacques- Louis Rué , employé à la poste , condamné pour émission de faux assignats. Cependant le Tribunal ne restait pas inactif, il avait prononcé un grand nombre d'acquittements, et le 22 fructidor il avait entamé le procès des quatre-vingt-quatre Nantais, envoyés à Paris par Carrier qui les accusait d'avoir entretenu des intelligences avec les rebelles de la Vendée. Ce procès eut un énorme retentissement. Partis de Nantes le 7 frimaire, en plein hiver, les accusés avaient mis quarante jours à faire la route ; les souffrances que ces hommes avaient endurées , les mauvais traitements dont on les avait accablés, étaient

effroyables. Le récit de leurs souffrances, rédigé par l'un d'eux, circulait dans Paris et attendrissait tous les cœurs. La sanglante renommée de Carrier avait peu pénétré dans les masses. Les journaux si multipliés étaient prudents, c'est-à-dire muets, et puis le souci de la conservation personnelle avait empêché de s'appesantir sur les misères de la province. C'était ainsi que le minotaure nantais avait pu disparaître, que l'homme des noyades avait pu s'effacer sur son banc. Au 9 thermidor, il avait crié : Haro ! plus fort que ses voisins et on l'avait vu continuant à jouer son rôle, insulter Robespierre agonisant dans la rue Saint-Honoré et battre des mains, à ce que lui, Carrier, appelait une légitime expiation. Le procès de cent trente-deux Nantais fut une révélation. On apprit, avec plus de consternation que s d'horreur, qu'un de ces épouvantables tyrans, que l'on croyait à jamais scellés dans les tombes dont Suétone et Tacite ont buriné l'épitaphe, était ressuscité, qu'il avait vécu de sa vie de vampire et qu'il existait encore, après avoir y à vingt siècles de distance, recommencé Hélio-

gabale et Néron, après avoir scandalisé ses sbires du scandale de ses excentriques impuretés, après avoir changé en désert une grande ville, une ville dont le patriotisme avait préservé la France de l'invasion vendéenne. Carrier dut comparaître dans le procès des quatrevingt-quatorze, et Tronjolly, l'ancien maire de Nantes, qui était sur les bancs, intervertissant les rôles, accusa celui qui se présentait comme témoin et lui reprocha les noyades, les fusillades, les massacres qu'il avait ordonnés pendant son proconsulat. Carrier nia qu'il eût commandé ce que Tronjolly qualifiait courageusement de crimes monstrueux. Mais ce système fut réduit à néant par les dépositions mômes de ses complices, les membres du Comité révolutionnaire de Nantes. Quelquesuns étaient déjà en accusation, les autres sentaient la main de la justice sur leur épaule ; tous s'accordèrent à rejeter sur Carrier la responsabilité des meurt res sans nombre qui avaient été commis. Le défenseur des Nantais, Tronson-Ducoudray acheva de déchirer le rideau en précisant ce qui s'était passé à Nantes : une

centaine de prêtres, dit-il, qui devaient être déportés, furent saisis. On les envoya sur la Loire, dans un bateau à soupape, on les dépouilla et on les précipita dans les flots. Ce bateau a servi à plusieurs noyades. Ce mot nouveau a consacré

des forfaits nouveaux Le 21, le Comité se

livre à. un repas bachique ; Gourlin tire de sa poche un peloton de ficelle, il s'approche des prisonniers, il leur lie les mains. Philippe Tronjolly avait fait défense d'extraire les prisonniers sans jugement et sans ordre ; le concierge s'oppose à cette extraction, il n'est pas écouté. On les conduit à coups de sabre au port ; ils montent sur le bateau fatal, la hache se fait entendre, ils sont engloutis. Un seul s'échappe, il passe la nuit suspendu aux rochers. On l'aperçoit, on le remet en prison Des femmes enceintes furent

aussi englouties dans la Loire ; des enfants de sept, huit, neuf et dix ans subirent le même sort. Des ames sensibles demandèrent à se charger de ces derniers; quelques-uns leur furent accordés , les autres, apparemment regardés comme des louveteaux, furent noyés malgré les réclamations des citoyens On

vient de m'apprendre que cent quarante-quatre femmes, regardées comme suspectes, qui, incarcérées dans cette ville, travaillaient à faire des chemises, des guêtres pour les défenseurs de la patrie, furent aussi conduites dans le bateau et noyées. La quantité des cadavres engloutis dans la Loire a été telle que l'eau du fleuve en a été infectée au point qu'une ordonnance de police en a interdit l'usage aux habitants de Nantes, et même la pèche du poisson. Les hommes sanguinaires qui veulent légitimer ces mesures, disent que l'on n'a agi ainsi que pour sauver la patrie. Tibère et Louis XI pensaient que l'intérêt de l'État, dans certaines circonstances, exigeait de la sévérité; mais leurs satellites ne se permirent jamais aucun acte semblable sans y avoir été autorisés par leur maître.

Les Nantais furent acquittés. Des applaudissements, des cris de : Vive la République! saluèrent le verdict qiû les rendait à la liberté. Après ce qui s'était passé, cet enthousiasme prenait les proportions d'un décret d'accusation populaire. Bientôt Carrier fut plus directement

encore mis en cause. Les membres du Comité révolutionnaire de Nantes, les agents du délire sanguinaire de Carrier, incarcérés avant la chute de Robespierre, comparurent le 29 vendémiaire devant le Tribunal, et les faits qui se déroulèrent à l'audience achevèrent de soulever l'indignation publique. L'horrible légende nantaise devint une vérité; il sembla que la Loire était remontée jusqu'à Paris, qu'elle étalait sur ses grèves les horribles épaves qui empoisonnaient ses flots.

Je vais laisser parler l'accusateur publie Leblois.

« Tout ce que la cruauté a de plus barbare, tout ce que le crime a de plus perfide,, tout ce que l'autorité a de plus arbitraire , et tout ce que l'immoralité a de plus révoltant, compose l'acte d'accusation des membres et des commissaires du Comité révolutionnaire de Nantes.

» Dans les fastes les plus reculés du monde, dans toutes les pages de l'histoire , môme des siècles barbares, on trouverait à peine des traits qui pussent se rapprocher des horreurs commises par les accusés.

» Néron fut moins sanguinaire, Phalaris moins barbare, et Syphone moins cruelle.

» Sous le masque du patriotisme, ils ont osé commettre tous les forfaits; ils ont assassiné la vertu pour couronner le crime; ils ont froidement médité le meurtre et l'assassinat; ils ont sciemment exercé toutes sortes d'exactions ; les devoirs des magistrats ont été foulés aux pieds, le cri de l'innocence a été étouffé, la vertu offensée, la nature outragée et le voile dégoûtant du crime a couvert la statue sacrée de la Liberté. Ces êtres immoraux (1) sacrifiaient à

(1) Les accusés étaient au nombre de treize : Jean-Jacques Goullin, âgé de trente-sept ans ; Pierre Chaux, négociant, âgé de trente-cinq ans ; Michel Moreau, dit Grandmaison, maître d'armes, ôgé de trente-neuf ans ; Jean-Marguerite Bachelier, notaire, ôgé de quarante-trois ans ; Jean Perrochaux, maçon, âgé de quurante-huit ans; Jean-Baptiste Mainguet, épinglier, ôgé de cinquante-six ans ; Jean Levôque, maçon, ôgé de trente-huit ans ; Louis Naud, boisselier, ôgé de trente-huit ans : tous membres du Comité révolutionnaire de la ville de Nantes ; Antoine-Nicolas Bologniel, horloger, âgé de quarante-sept ans ; Pierre Gallon, menuisier, ôgé de quarante-deux ans ; Jean-François Durassiez courtier, âgé de cinquante ans; Jean-Baptiste Joly, fondeur, âgé de cinquante ans ; Léon Pinard, cultivateur, Agé de vingt-six ans: lis cinq derniers commissaires du Comité révolutionnaire.

leurs passions, honneur et probité. Ils parlaient de patriotisme et ils en étouffaient le germe le plus précieux. La terreur précédait leurs pas ; la tyrannie siégeait au milieu d'eux. »

Après ce foudroyant préambule, Leblois établit les faits sur lesquels il base son accusation :

« Le 15 frimaire, de nouvelles victimes sont désignées : cent trente -deux sont vouées à la mort ; l'ordre de les fusiller est donné , et ce furent Goullin, Grandmaison et Mainguet qui signèrent cet ordre qui subsiste en original...

» La nuit du 24 au 25 frimaire, cent vingtneuf prisonniers, pris au hasard, sont arrachés des cachots, liés, garrottés, traînés sur le port , embarqués sur une gabarre et engloutis sous les eaux. Goullin tenait la liste fatale, Joly liait les malheureuses victimes, et Grandmaison les précipitait dans la Loire. . .

» Des victimes innocentes, des enfants sortant à peine des mains de la nature , étaient désignés par ces nouveaux Caligulas. Ils étaient livrés aux flots; les prières des citoyens ne purent toucher le cœur de ces barbares. Mainguet est le seul qui déclara en avoir soustrait

au naufrage près de cinq cents, qu'il confia, .à l'insu du Comité, aux soins bienfaisants des habitants qui les réclamaient...

» Qu'on jette un regard sur leur vie privée, qu'on les considère particulièrement : on verra Goullin , commandant despotiquement ses collègues, les forçant à signer ce que sa cruauté lui suggérait. On l'entendait répondre à une malheureuse épouse qui lui demandait des nouvelles de son mari : «Bon! qu'importe! plus tôt il mourra et plus tôt nous aurons son bois. »

» Parcourez la vie de Chaux, vous le verrez au district, intimidant et menaçant tous ceux qui paraissent ses concurrents, et se faire adjuger toutes les métairies de la terre de la Barossière; vous l'entendrez dire, en parlant d'un local qui lui convenait : « Je connais un moyen de me le procurer. Je ferai arrêter le propriétaire, et, pour sortir de prison, il sera assez heureux de m'abandonner son terrain... »

» Perrochaux marchande froidement la liberté des citoyens ! La fille Bretten ville sollicite pour son père. Pour prix de sa liberté, il exige le sacrifice de l'honneur de la solliciteuse. Il de-

mande à la citoyenne dOllemard-Dudan, cinquante mille francs pour l'empêcher d'être incarcérée...

» Grandmaison fut assassin avant la Révolution; depuis, il maltraitait toutes les victimes qu'il incarcérait; il s'appropriait l'argenterie que l'on séquestrait ; il exécutait les noyades, et signait les arrêts de mort.

» Jolly faisait les exécutions; il s'emparait de tout ce qu'il trouvait : bijoux , argenterie, effets précieux , tout convenait ;\ sa rapacité. Il était le grand exécuteur; c'était lui qui liait les malheureux condamnés à mort.

» Bachelier, comme président, conduisait toutes les opérations du Comité; il faisait incarcérer tout ce qui nuisait a. ses intérêts; il s'appropriait l'argenterie qu'on offrait en don et dirigeait toutes les opérations nocturnes.

» Naud levait et posait seul les scellés chez les particuliers ; il faisait des visites nocturnes dans les maisons des détenus et s'emparait de tout ce qui lui convenait...

» Pinard était le grand pourvoyeur; il servait aux expéditions de campagne ; il pillait,

volait impunément et; faisait conduire chez chacun des membres du Comité ce dont ils avaient besoin pour l'usage journalier de leurs maisons...

» Gallen s'appropriait les huiles et les eauxde-vie...

» Duracicr faisait des visites domiciliaires et exigeait des contributions. Il fit payer au citoyen Lemoine deux mille cinq cents livres pour ne point être incarcéré...

» Les conspirateurs les plus prononcés, les ennemis les plus cruels de la République outils plus perfidement assassiné la liberté? Ontils attenté avec plus d'audace à la souveraineté nationale? Concussions, dilapidations, vols, brigandages, abus d'autorité, immoralité, abus de pouvoir, meurtres et assassinats, voilà les crimes dont les accusés se sont couverts, voilà les crimes que le Tribunal aura à punir. »

Le citoyen Leblois en avait dit beaucoup, mais il était loin d'avoir tout dit. Ne pouvant accuser directement le représentant Carrier, auquel remontait la responsabilité des massacres, il les constatait sans trop chercher à en

faire ressortir l'horreur, il les attribuait à l'indignité de ceux dans lesquels le proconsul avait placé sa confiance; il s'attachait davantage aux exactions, aux pillages, qui n'entraînaient pas sa complicité. Les dépositions des témoins n'eurent pas de ces ménagements pour le tyran de Nantes, et les accusés eux-mêmes, dans leurs tentatives de justification, le mirent en cause. Un des premiers, le nommé Pierre Wolf, dépose l'ordre de l'exécution des noyades, et cet ordre est signé de Carrier. Il était ainsi conçu : « Carrier, représentant du peuple près l'armée de l'Ouest, invite et requiert le nombre de citoyens que Guillaume Lambertyc voudra choisir à obéir à tous les ordres qu'il leur donnera pour une expédition que nous lui confions. Requiert le commandant des portes de Nantes de laisser passer, soit la nuit, soit le jour, ledit Lambertyc et les citoyens qu'il conduira avec lui. Défend à qui que ce soit de mettre la moindre entrave aux opérations que pourra nécessiter leur expédition. Signé : Carrier. »

Un des acquittés nantais, Philippe Tronjolly, déposa a. son tour : « Carrier, dit-il, vint sou-

per chez moi, le 15 frimaire. Sur les observations que je lui adressais, relativement à la précipitation avec laquelle il voulait faire expédier les détenus : « Mais faut-il tant de preuves? C'est bien plus tôt fait de les jeter à l'eau. Bientôt tu verras sans-culottiser les femmes. » Il voulait dire que les femmes ne tarderaient pas à, figurer dans les noyades. Il parla de ce monstrueux supplice que les satellites de Carrier appelaient le mariage républicain, et qui consistait à garrotter nus un homme et une femme, et à les précipiter ensemble dans le fleuve. Enfin il termina ainsi sa déposition : « Carrier passe sur une place publique, il voit une femme à une fenêtre , il ordonne de tirer sur elle. Carrier a prêché le pillage des magasins de marchands. Il existait une défense de galoper dans la ville; un militaire préposé pour faire observer cette défense voit passer Carrier à cheval ; il lui intime la défense qu'il était chargé de maintenir sans savoir à qui il parlait : pour toute réponse, Carrier fait passer son cheval sur le corps de la sentinelle. »

On entendit plus tard un témoin qui avait eu un rôle dans les noyades, et qui était miraculeusement parvenu à se sauver. Voici sa déposition :

« Depuis deux ans détenu dans la maison du Bouffay pour avoir vendu un cheval que j'ignorais avoir été volé, je vis entrer, à une époque que ne puis déterminer, vers les onze heures du soir, des gens armés qui nous demandèrent nos noms, nous commandèrent de faire nos paquets et nous amarrèrent deux à deux, les mains liées derrière le dos. Je regardai ce moment comme ma dernière heure; je protestai que je mourais exempt de tout reproche. Cette ingénuité de ma part donna lieu à Ducoux et à Grandmaison de faire des plaisanteries sur mon compte.

— F bète, me dirent-ils, ce ne sont pas

vos personnes, mais vos biens que nous voulons ; quant à toi , tu meurs de faim dans cette maison, nous allons te conduire dans un endroit où tu seras beaucoup mieux.

» Nous appréhendions tous d'être fusillés, et nous demandions à servir la patrie. On nous

répondit que nous serions employés à la construction d'un fort; l'un des accusés avait une hache sur l'épaule.

» Nous sommes conduits au bois de Lamourette, ensuite au corps de garde de la Machine ; l'un de nous, nommé Garnier, parvient à. s evader ; injures, menaces, tout est employé pour nous contraindre à désigner son asile. Grandmaison, entre autres, nous frappe à la tète à coups de crosse de pistolet; c'est Grandmaison qui embarque les prisonniers, et qui, à la faveur d'échelles, nous descend dans la gabarre; nos cordes sont coupées pour faciliter notre descente l'un après l'autre, et comme cette descente n'était point exempte de difficultés, Grandmaison imagine de nous prendre par le collet, et nous précipite de cette manière. Nous faisions tous nos efforts pour nous délier, mais, lorsque nous avions le bonheur d'en venir à bout, à coups de canon de fusil on nous forçait ù. nous rattacher. Cependant, au moment où l'on faisait chavirer la gabarre qui portait les détenus, j'ai eu le bonheur de m'évader, et, depuis ce temps -là, j'ai

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toujours gardé la corde qui avait servi à m'attaclier.

Le 127e témoin, Thomas, officier de santé, fait un effroyable tableau de la situation des prisons et des hospices de la ville de Nantes sous la domination de Carrier. L'hospice révolutionnaire, dit-iè, était dans un dénûment total ; l'épidémie faisait des ravages horribles dans les maisons d'arrêt. J'en vis périr, dans ledit hospice, soixante-quinze en deux jours ; on n'y trouvait que des matelas pourris, et sur chacun desquels l'épidémie avait dévoré plus de cinquante individus J'accuse le Comité révolutionnaire en général d'avoir fait noyer ou fusiller quatre à cinq cents enfants, dont le plus âgé n'avait pas peut-être quatorze ans. Mainguet m'avait un jour donné un bon pour prendre et choisir dans l'entrepôt deux enfants que je voulais adopter; j'en choisis un de onze ans et l'autre de dix-sept ans. Le lendemain, plusieurs de mes amis, que j'avais engagés à nourrir et à élever chez eux plusieurs de ces êtres infortunés, se rendent avec moi pour les prendre : ces petits innocents n'existaient plu*,

ils avaient tous été noyés. J'assure en avoir vu la veille plus de quatre à cinq cents.

L'auditoire frémissait ; chacune de ces révélations était accueillie par des cris d'indignation et d'horreur. Le soir, le public s'arrachait les feuilles qui reproduisaient ces navrantes dépositions de la journée avec de dolents commentaires : « Combien sa gloire doit lui peser ? disait un journal ; sa célébrité le tue ; il est sombre, hagard, pensif, morne, pâle, défiguré, la bouche béante, le traits contractés. Il sue, dit-on, le sang dont il s'est abreuvé. On assure qu'il a voulu se détruire, ses amis le lui ont conseillé. » L'émotion se propageait dans les masses, et le nom de Carrier était voué aux furies. L'effervescence que soulevait ce procès était si intense, qu'un soir la foule se porta au lieu des séances des Jacobins, en força la porte, et sous prétexte de chercher Carrier, maltraita ceux qui étaient là, brisa les bancs et cassa les carreaux de la salle. Personne ne doutait que la Convention ne prît l'initiative du décret d'accusation; cette détermination semblait d'autant plus probable que déjà dix-neuf de

ses anciens satellites, membres du Comité révolutionnaire nantais et de la compagnie Marat, avaient, sur les réquisitions de l'accusateur, passé du banc des témoins au banc des accusés. L'affluence était aussi considérable dans les tribunes de la Convention qu'à l'audience, car chaque jour on s'attendait à voir les débats s'engager, et chaque jour l'attente du public était déçue ; nul des représentants , si prodigues de dénonciations et d'accusations après la mort de Robespierre, ne se décidait à demander au nom de l'humanité et de la dignité de l'Assemblée la légitime punition de ce tueur de femmes et d'enfants. Ceux-là mêmes auxquels ces forfaits inspiraient le plus d'horreur sentaient que le coup qu'ils porteraient à Carrier ne pouvait être isolé. Si la férocité de celui-ci avait dépassé celle de ses collègues, ceux-là étaient-ils donc à l'abri de tout rereproche? Les Léquinie, les Maignet, les Dartigoyte, lesLebon, les Collot-d'Herbois et Tallien lui -môme, n'avaient-ils pas laissé une large trace de sang derrière eux dans les départementsqu'ils avaient traversés? N'avaient-ils pas

républicanisé la Rochelle, Aix, Arras, Toulouse, Lyon et Bordeaux par la violence et par la terreur; pouvait-on demander le supplice de Carrier sans réclamer celui des autres proconsuls, sans décimer la Montagne, dont ils étaient partis? Si on les attaquait ils seraient évidemment défendus par la gauche, à laquelle se rallierait peut-être une partie de la Plaine : et la droite aimait mieux laisser a ses remords le soin de punir Carrier que de compromettre la victoire inespérée qui allait faire passer le gouvernement entre ses mains : elle . attendait.

Ce fut du banc des accusés que partit un cri qui disait que l'on ne pouvait punir ceux qui avaient obéi et amnistier celui qui avait ordonné, sans offenser la justice et sans mentir à l'équité.

Déjà, après la déposition du chirurgien Thomas, le témoin Phélippes Tronjolly avait dénoncé le représentant du peuple Carrier, comme il avait précédemment dénoncé le Comité révolutionnaire. 11 avait juré que la tête du bourreau des Nantais ou la sienne tombe-

rait; il avait demandé qu'il fût ordonné qu'il se constituât prisonnier jusqu'à ce que la justice nationale eût prononcé entre lui et celui qu'il accusait. Bientôt Goullin, écrasé par les manifestations réprobatives du public, demandait la parole et s'exprimait en ces termes : * Citoyens juges et jurés, depuis assez longtemps les humiliations, les haines et les murmures grondent sur nos têtes; depuis assez longtemps des soupçons horribles, accrédités par quelques faits, nous livrent journellement à mille morts, et l'auteur de toutes nos angoisses jouit encore de sa liberté.

» L'homme qui électrisa nos têtes, guida nos mouvements, despotisa nos opinions, dirigea nos démarches, contemple paisiblement nos alarmes et notre désespoir. Non ! la justice réclame celui qui, nous montrant le gouffre où nous nous jetâmes aveuglément à sa voix, est assez lâche pour demeurer sur le bord; il importe à notre cause que Carrier paraisse au Tribunal. Les juges, le peuple enfin doivent apprendre que nous ne fûmes que les instruments passifs de ses ordres et de ses fureurs.

» Qu'on interpelle tout Nantes 1 tous vous diront que Carrier seul provoqua, prêcha, commanda toutes les mesures révolutionnaires.

» Carrier força le président du Tribunal de foire guillotiner sans jugement quarante Vendéens pris les armes à la main; Carrier força la Commission militaire de fusiller légalement trois mille brigands qui empoisonnaient la cité.

» Carrier donna le droit de vie et de mort sur les rebelles à Lambertyc et à Fouquet, qui abusèrent de leur pouvoir pour immoler jusqu'à des femmes enceintes et des enfants.

» Carrier, lors d'une insurrection au Boufïay et de la menace d'une invasion de l'armée catholique, proposa aux administrations réunies de faire périr les prisonniers en masse.

» Carrier commanda de noyer cent quarantequatre individus, dont le sacrifice importait, croyait-il, au repos de la prison et de la cité. Carrier seul enfin donna cette impulsion horrible qui jeta hors des bornes des patriotes ardents, mais égarés.

» Citoyens jurés, vous, dont le maintien

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calme annonce l'impartialité, vous ne prononcerez pas sur le sort de tant de victimes égarées sans avoir entendu l'auteur de toutes nos fautes et de tous nos maux I Que Carrier paraisse; qu'il vienne justifier ses malheureux agents, ou qu'il ait la grandeur de s'avouer seul coupable. »

Si profond que fût le dégoût que Goullin et ses pareils inspiraient à tous, le public applaudit à ces paroles avec des transports qui donnaient la mesure de son émotion, et, à dater de ce moment, après chaque déposition qui vient ou révéler ou confirmer les atrocités nantaises, lorsque les co-accusés, suivant l'exemple que leur a donné Goullin, demandent que Carrier comparaisse, le peuple, qui encombre la salle d'audience, répète avec une indicible énergie : Carrier, Carrier, Carrier I

Cet appel retentit jusque dans la Convention ; il était assez impérieux pour triompher ie l'hésitation de l'Assemblée et des sourdes résistances des comités.

Quelques jours après le commencement du procès, ces comités avaient nommé une com-

mission de vingt et un membres chargés d'examiner la conduite de Carrier. Cette commission, soit qu'elle fût décidée à servir la politique des comités en cette circonstance, soit qu'elle obéit aux appréhensions que j'ai signalées, mit treize jours à accomplir son œuvre. Le 21 brumaire, Romme, montagnard de mœurs rudes et austères, présenta son rapport; il conclut à la mise en accusation de Carrier. Il ne se trouva pas dans la Convention un membre qui osât prendre ostensiblement la défense de l'effroyable proconsul; mais celuici ayant demandé la parole, et Durand-, Maillane s'étant opposé à ce qu'elle lui fût accordée, une discussion assez vive s'engagea, et Boudin de l'Oise, Chazal et Dartigoyte insistèrent pour que l'Assemblée l'entendit.

Carrier se défendit habilement; il confondit sa cause avec celle de la République ; s'excusa de ce qu'il nommait les exagérations de son patriotisme, les attribua à la difficulté des temps, à la fatalité des événements; déclara qu'en le proscrivant la Convention prendrait le rôle de Charette victorieux, insinuant ainsi

que le royalisme seul songeait à le punir. Il exploita adroitement les appréhensions des uns, les terreurs des autres en s'écriant:

— Vous allez donc mettre en cause tous les députés en mission ?

La Convention décida que Carrier serait provisoirement mis en arrestation chez lui, sous la garde de quatre gendarmes, jusqu'à ce que la Convention l'eût entendu. Carrier travailla sans relâche à sa défense; mais de nouveaux accusateurs surgissaient de tous côtés; une ville entière demandait son châtiment. Nantes adressait à l'Assemblée une pétition dans laquelle étaient énumérés les fureurs, les débauches, les cruautés, les meurtres dont il lui était impossible de répudier la responsabilité ; il s'était plaint de ce que les dénonciations produites contre lui n'étaient pas signées : les neuf dixièmes des habitants d'une ville lui avaient répondu en mettant leurs noms au bas de cette pièce.

Le 1er et le 2 frimaire il parut à la Convention, et commença sa défense. Les représentants et le peuple des tribunes l'écoutèrent sans se permettre ni une parole ni un geste d'impro-

bation ; mais ce morne silence témoignait suffisamment des sentiments qui animaient les uns et les autres : il épouvanta Carrier. Le 3 frimaire il écrivit au président pour s'excuser s'il ne se rendait pas à la séance, en attribuant son absence à une maladie soudaine. Plusieurs membres demandèrent qu'on procédât sur-lechamp à l'appel nominal, d'autres s'opposèrent à ce qu'il fût prononcé avant que Carrier eût été entendu. Leur intervention indigna Legendre qui présidait, et lui fournit un mouvement oratoire que son ancien ami Danton n'eût pas désavoué. Il quitta son fauteuil et s'élança à la tribune :

— Je n'accuse personne , s'écria-t-il ; mais je déclare qu'il est démontré pour moi que ceux qui ont voulu faire aux Jacobins un rempart de leurs corps à Carrier sont encore ici pour le sauver. La discussion qu'on a élevée hier est partie du haut de ce côté. On a demandé des preuves matérielles. Éhbien! si vous voulez, faites refluer la Loire à Paris, faites venir les bateaux à soupapes, faites venir les cadavres des malheureuses victimes qu'on

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a sacrifiées. Ils sont en assez grand nombre pour cacher les vivants. Le peuple a les yeux ouverts et personne ne le trompera sur cette affaire.

Legendre concluait en déclarant que la prétendue maladie de Carrier ne pouvait empêcher de juger.

— Jetez les yeux sur le calendrier, ajoutait-il y comptez le nombre de jours qu'il a demeuré à Nantes, et vous aurez compté le nombre de ses crimes. Je demande qu'il soit sommé de se rendre dans le sein de la Convention, et qu'il soit procédé à l'appel nominal.

Ce discours, fort applaudi, enleva l'Assemblée , qui vota la résolution proposée par Legendre. Deux heures après, les gendarmes amenaient Carrier, qui termina sa défense, au milieu de laquelle se trouvait cette phrase qui restera peut-être comme l'acte d'accusation de la célèbre Assemblée :

— Tout est coupable ici, jusqu'à la sonnette du président 1

On fit retirer Carrier pour procéder à l'appel

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nominal. Le nombre des votants était de cinq cents ; quatre cent quatre-vingt-dix-huit se prononcèrent pour l'accusation, deux seulement mirent des conditions à leur vote.

Carrier fut arrêté dans la nuit; il était couché dans son lit, et il dormait ! Il demanda aux agents des comités qu'il lui fût permis de tirer les rideaux de son lit pour s'habiller ; ceux-ci refusèrent; lui, saisit un pistolet caché sous son traversin ; mais, avant qu'il eût le temps de le porter à sa bouche, on le lui avait arraché: il fut conduit à la Conciergerie.

Le 7 frimaire il comparut devant le Tribunal; voici quels étaient les chefs d'accusation relevés dans le rapport de la commission des Vingt-et-Un:

1° Avoir, le 21 frimaire de l'an n, donné à • Phélippes, président du Tribunal criminel du département de la Loire-Inférieure, séant à. Nantes, l'ordre écrit de faire exécuter sur-lechamp et sans jugement vingt-quatre brigands arrêtés les armes à la main et amenés à, Nantes, dont deux de treize ans et deux de quatorze ans; avoir, le même jour, réitéré verbalement

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Tordre précédent , quoique Phélippes lui représentât qu'il contrariait les lois des 19 mars. 10 mai et 5 juillet 1793;

2° Avoir, le 29 dudit mois de frimaire, donné Tordre écrit audit Phélippes de faire exécuter sans jugement vingt-sept brigands arrêtés les armes à la main et également amenés à Nantes, dans le nombre desquels se trouvaient sept femmes ;

3° Avoir autorisé une Commission militaire à faire fusiller les gens de la campagne, dont une partie n'avait jamais pris les armes; avoir fait investir pendant la nuit différentes communes de la campagne, dont ensuite les habitants qui, depuis plus de deux mois, restaient tranquilles, cultivant leurs champs, ont tous été fusillés indistinctement sans avoir été interrogés ;

4° Avoir fait fusiller ou noyer un très-grand nombre de brigands qui s'étaient rendus à Nantes sur la foi d'une amnistie.

5° Avoir fait subir à quatre-vingt et quelques cavaliers, brigands armés et équipés, le même sort qu'à d'autres détenus, quoiqu'ils eussent

déclaré venir au nom de l'armée ennemie pour se rendre, livrer leurs chefs pieds et mains liés, que trois d'entre eux se détacheraient pour porter l'acceptation et que les autres resteraient en otage ;

0° Avoir ordonné ou toléré diverses noyades d'hommes, d'enfants et de femmes, dont plusieurs enceintes ;

7° Avoir donné des pouvoirs illimités au nommé Lanibertyc, qui s'en est servi pour des noyades de prêtres et autres personnes, pour des mariages qu'ils appelaient républicains, et qui consistaient à mettre nus un jeune garçon et une jeune fille, les lier ensemble et les jeter à l'eau.

8° Avoir défendu à tous les citoyens d'obéir auxordresdureprésentant du peuple Thréouard, pour lors revêtu des pouvoirs de la Convention, en le déclarant partisan de tous les fédéralistes, royalistes modérés et contre-révolutionnaires des pays qu'il avait parcourus, et cela parce qu'il avait fait mettre en arrestation le nommé Lebatteux, qui, muni de pouvoirs illimités par Carrier, et à la tête d'une armée dite révolu-

tionnaire, s'était livré à, plusieurs actes arbitraires, avait fait arrêter et fusiller huit individus dont deux avaient produit des certificats de civisme en bonne forme ;

9° Avoir écrit au général Haxo, le 23 frimaire, que l'intention de la Convention nationale était de faire exterminer tous les habitants delà Vendée, et d'en incendier toutes les habitations. C'est depuis cette lettre que plusieurs généraux ont fait incendier un grand nombre de communes de ce pays et égorger les habitants sans distinction d'âge et de sexe, de patriotes et de rebelles ;

10° Avoir donné aux chefs et à chacun des membres de la compagnie Marat des pouvoirs qui mettaient dans leurs mains les moyens d'attenter à la liberté, à la sûreté et aux propriétés des citoyens.

Après la lecture de cette pièce, Carrier déclara qu'il récusait plusieurs des juges et des jurés : le président Dobsent, que son origine vendéenne lui rendait suspect; l'accusateur public Leblois, son substitut et les jurés Saulnier, Sambar et Topino-Lebrun, qui étaient liés, di-

t'ARRIEU

sait-il, avec Real, Fréron, Tallien, les provoca- , teurs du procès scandaleux qui lui était intenté.

Le Tribunal décida, après délibération, que nonobstant les récusations de Carrier, il serait passé outre aux débats. Les témoins entendus dans la première partie du procès furent appelés de nouveau et déposèrent sur les faits qui incriminaient personnellement le représentant. Plusieurs affirmèrent avoir vu entre les mains de Lambertyc l'ordre écrit en vertu duquel celui-ci avait exécuté les noyades. A ces articulations Carrier oppose des dénégations; il prétend n'avoir eu aucune connaissance de ces noyades; il affirme que, si quelques détenus destinés à être transportés ont péri de la sorte, ce fut la conséquence d'un accident ; il attribue ce qu'il appelle des calomnies aux haines des provinciaux en général et des Bretons en particulier pour les étrangers ; il prétend que, loin de le considérer comme un tyran, le peuple de Nantes le regardait comme son bienfaiteur, qu'il taisait pleuvoir des couronnes sur sa tète lorsqu'il passait par les rues. Mais ses coaccu-

ses interviennent pour affirmer la véracité des témoignages, pour faire remarquer l'invraisemblance des allégations de Carrier, pour protester qu'il ne furent que les exécuteurs d'ordres que sa mission à Nantes lui donnait le droit de leur donner.

Cette universalité dans les sentiments qu il inspirait, l'épouvantable isolement qui était la conséquence de ses crimes, n'altéraient point la fermeté farouche du proconsul. Il reproduisait la cynique impudence dont Marat, le premier, avait donné l'exemple ; comme lui, il repondait aux plus écrasantes accusations, en rappelant ses ennemis à la pudeur \ Il invoquait la loi, lui, le contempteur de toutes les lois et divines et humaines ; il trouvait des indignations superbes pour tout ce qui lui paraissait s'écarter des formes tutélaires de cette justice à laquelle il commence à croire depuis qu'il a paru devant elle. Personne ne s'était levé à la Convention pour l'excuser ; à l'audience, il ne se trouva pas un avocat qui voulût le défendra. Antonelle, l'ancien juré du procès de la reine et des Girondins, désigné d'office par

4M CABB1EB

Dobsent , se récuse. A tous ces témoignages de l'horreur qu'il inspire, Carrier répond par un dédaigneux sourire. Goullin lui crie d'une voix terrible :

— Carrier, toi qui me sommes de déclarer la vérité, plus que toi j'ai le droit de t'adresser la même sommation. Jusqu'à présent, tu en as constamment imposé et à tes juges et au public; tu as fait plus, tu as menti sans cesse à ta propre conscience. Tu t'obstines à nier les faits les plus authentiques ; je t'offre un bel exemple ; imite-moi, sache avouer tous tes torts, sinon tu t'avilis aux yeux du peuple, sinon tu te déclares indigne de l'avoir représenté. Depuis longtemps tes co-accusés, tes agents subalternes, disons mieux; tes malheureuses victimes jouent ici ton rôle. Crois-moi, il en est temps encore, reprends celui qui t'appartient ; sois grand et vrai, grand comme doit l'être un mandataire du peuple. Reconnais ton ouvrage, confesse tes erreurs, et, si tu éprouvais le sort fatal, du moins tu emporterais dans la tombe quelques regrets de tes concitoyens.

Carrier, qui paraissait sourd au cri de la

conscience, fut insensible à cette invocation. L'ogre de Nantes s'était effacé : du héros légendaire, de ce chef-d'œuvre de la terreur, il ne restait qu'un mauvais procureur d'Auvergne , souple, tortueux, qui n'avait qu'une foi, la chicane. Carrier avait pratiqué cette maxime que lui recommandait Hérault-Séchelles dans une lettre qui fut lue à l'audience : « Quand un représentant est en mission et qu'il frappe, il doit frapper de grands coups et laisser toute la responsabilité aux exé- <îuteurs ; il ne doit jamais se compromettre par des mandats écrits. » N'ayant laissé aucune preuve manuscrite des forfaits qu'il avait commandés, il croyait que le salut était dans ses dénégations , et la condamnation, faute de ces preuves, lui semblait impossible. C'était là le secret de son audace, ce fut ainsi qu'il refusa de reconnaître les deux ou trois signatures que l'on était parvenu à recueillir; ce fut encore ainsi qu'il se retrancha derrière de misérables arguties, jouant sur les mots, se défendant d'avoir ordonné les noyades, ne se disculpant pas d'avoir souffert qu'on les exécutât. Cependant,

vers la fin du procès, sa confiance l'abandonna ; dans sa défense, qu'il présenta lui-môme, il reconnut que plusieurs des faits articulés par les témoins étaient vrais, mais qu'en raison de la multiplicité de ses occupations ils avaient pu échapper à sa mémoire ; il consentit à ce que Ton prit ses incertitudes pour des aveux. Il invoqua comme excuse la situation terrible où se trouvait la France à cette époque : envahie au nord, à l'est et au midi ; trahie à Toulon, à Marseille, à Bordeaux, à Lyon; déchirée à l'ouest par la plus terrible des guerres civiles ; il rejeta les excès qui avaient été commis sur la nécessité des représailles, sur les difficultés de la compression ; il invoqua la clémence du Tribunal :

— J'observe, ditril, qu'il a été accordé une amnistie aux brigands qui rentreraient dans le devoir, et qu'on se propose d'en accorder une aux malheureux patriotes égarés ou qui ont obéi ; il me semble que la môme indulgence devrait être accordée aux victimes qui sont à côté de moi : elles ont pu se tromper, elles ont pu partager cette erreur avec beaucoup d'autres.

Le 26, à cinq heures du matin, les jurés en-

trèrent dans la salle des délibérations; ils en sortirent avec un verdict affirmatif à l'égard de Carrier, Pinard et Grandmaison, négatif pour les autres. Ceux-ci furent mis en liberté, et, sur la réquisition de l'accusateur public, le président prononça la sentence qui condamnait les trois accusés à la peine de mort.

La nouvelle du supplice de Carrier se répandit dans Paris avec une incroyable rapidité ; mon grand-père l'avait apprise avant que l'ordre d'exécution ne lui fût parvenu. Il est vrai que le nouveau parquet ne suivait pas les traditions de Fouquier-Tinville , et attendait que la justice eût prononcé avant de commander de dresser l'échafaud.

En apprenant que Fauteur de tant d'atrocités, que celui des accusés qui n'avait point pour excuse un fanatisme ignorant et grossier allait enfin expier ses crimes, la ville tout entière prit un air de fête, comme en un jour de victoire. Sans doute c'en était une gagnée sur les odieux principes de la Terreur ; sans doute cette expiation soulageait tous les cœurs oppressés par tant d'horreurs, et cependant l'allégresse pu-

blique, en semblable circonstance, a quelque chose qui offense nos sentiments; mais, comme Pavait dit Carrier, dans les crises horribles que l'on avait traversées, l'humanité était morte, elle n'avait plus de voix pour se faire entendre.

Mon grand-père se transporta à deux heures à la Conciergerie. Les condamnés furent amenés dans l'avant-greffe pour la toilette. Grandmaison parut le premier. Cet égorgeur d'êtres faibles tremblait devant le supplice; il était défiguré par la pâleur , il marchait difficilement et respirait avec peine. Au contraire , Pinard, qui vint le second, était en proie à une fureur qui tenait du délire; c'était un petit homme épais et trapu, au visage sinistre. Lorsqu'il vit paraître Carrier il se débarrassa des aides qui lui liaient les mains, d'un bond s'élança sur son ancien chef, le saisit à la gorge et essaya de l'étrangler. Sans l'intervention des aides et des gendarmes , Carrier eût certainement péri de la main d'un de ses anciens complices. On parvint à l'arracher à. ce forcené ; il se dégagea avec rapidité, mais sans colère, et comme Pinard continuait de le poursuivre de

ses invectives» de lui reprocher non-seulement d'être la cause de sa mort, mais les crimes qu'il lui avait ordonné de commettre, Carrier haussa les épaules, et dit aux gendarmes avec un accent d'autorité qu'il avait conservé de ses fonctions : « Débarrassez-nous donc de ce furieux. » Carrier était un homme de cinq pieds sept pouces, maigre et osseux , très-voûté ; son teint était jaune et basané comme celui d'un créole; ses cheveux, d'un noir terne, tombaient en longues mèches plates sur ses épaules. La saillie des pommettes, des traits anguleux, une large bouche, des yeux voiiés, lui constituaient une physionomie beaucouppluscommunequeféroce.

Il avait conservé tout son sang-froid, il paraissait ferme et résigné à son sort. Pendant qu'on lui coupait les cheveux, il parla beaucoup, répétant ce que déjà il avait dit devant le Tribunal, que de son pouvoir, il était sorti pauvre; que des biens de la République qu'il avait administrés il ne s'était rien approprié ; que tout son avoir consistait aujourd'hui, comme avant la Révolution, en une métairie de 10,000 livres, qu'il laissait à sa femme, et avec laquelle celle-

ci aurait bien de la peine à vivre. A cette pensée il parut s'émouvoir, mais son émotion ne ressemblait en rien à l'attendrissement des autres hommes; elle se traduisait par des secousses nerveuses qui agitaient convulsivement tout son corps, et par l'égarement de son regard. Il se remit presqu'aussitôt et dit «qu'il mourait content si sa mort pouvait contribuer à consolider la République; que, quant à lui, il était plein de confiance, que la postérité le réhabiliterait. » Cette prétention paraissait si étrange sur les lèvres de Carrier que, malgré la solennité de la situation, tous ceux qui étaient là ne purent pas s'empêcher de sourire. Il répéta encore qu'il mourait victime de la duplicité des ordres du Comité, qu'il avait eu des ordres d'agir comme il avait agi, que l'on se fût bien gardé de lui faire son procès, si les originaux de ces ordres eussent été en sa possession.

Les trois condamnés furent réunis dans la môme charrette ; l'exaspération de Pinard allait toujours croissant ; à plusieurs reprises il essaya de mordre Carrier qui était près de lui : il fallut qu'un aide se plaçât entre les deux condamnés

pour empêcher celui-ci d'être déchiré. Pendant le trajet, le peuple fît entendre des imprécations furieuses. Il y avait tant de haine dans l'accent, tant d'exécration dans les yeux, qu'on eût cru que tous, sans exception, avaient la mort d'un de leurs proches à venger. Cette rage de la multitude ne produisait aucune impression sur Carrier; si ardents que fussent les regards qui se fixaient sur lui, il les soutenait, si terribles que fussent les apostrophes, il les entendait sans baisser la tète. Quelles étaient les causes de cet endurcissement chez un homme trop éclairé pour ne pas apprécier l'énormité des forfaits dont il s'était souillé? Faut-il en faire les honneurs au fanatisme révolutionnaire? Faut-il supposer que Dieu a refusé à certains êtres le juste sentiment du bien et du mal? Quoi qu'il en soit, cet endurcissement exaspérait la foule, dont l'indignation croissait à mesure que la charrette pénétrait plus avant; elle semblait croire que Carrier, en ne mourant pas en lâche, outrageait une fois de plus la nature et la loi. Aussi, lorsque le cortège, parvenu sur la place de Grève, s'arrêta au pied de l'écha-

faud, elle n'attendit pas que le couteau fût tombé sur la tête des coupables pour applaudir, elle voulut qu'ils emportassent dans la tombe le poignant souvenir de la satisfaction avec laquelle elle les voyait mourir, et un tonnerre de bravos accueillit leur descente de la voiture.

Grandmaison fut exécuté le premier. Celuilà finissait comme devaient finir de tels misérables : la terreur avait glacé son sang et paralysé ses nerfs. Au moment où Pinard gravissait les échelons, il se renversa en arrière, et, se laissant tomber sur les aides qui le soutenaient, il engagea une lutte avec eux, se défendant de ses pieds et de ses mains liés comme de ses dents ; il était si robuste , qu'il fallut que quatre des exécuteurs réunissent leurs efforts pour le terrasser et l'emporter sur la bascule. Celui-là aussi avait peur en se trouvant face à face avec le châtiment. Carrier monta les degrés, calme, froid, impassible; mais, lorsque Desmorets lui posa la main sur l'épaule pour le pousser sur la bascule , au milieu de ce solennel silence de vingt mille respirations suspendues, on entendit le son aigu

d'une clarinette qui jouait l'air du Çaira. Carrier se retourna brusquement du côté d'où était parti ce suprême outrage; ses yeux restèrent menaçants, mais son visage se décomposa, et, oubliant que, lui aussi, dans ses orgies, il avait insulté ceux qui allaient mourir, on l'entendit murmurer :

— Vil peuple , que je regrette de t'avoir servi !

Ce fut la seule amende honorable que fit Carrier. Une minute après sa tête tombait.

Dans le premier moment, le supplice de Carrier avait donné satisfaction à. la vindicte publique; l'exécration qui s'attachait à lui disposait à l'indulgence pour les misérables dans lesquels il avait trouvé des complices: l'imagination du peuple n'avait voulu voir «n eux qu'une autre catégorie des victimes du grand,

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du véritable monstre, elle avait applaudi à leur acquittement. Peu à peu on envisagea cet acquittement sous un autre aspect. Il parut étrange qu'après les débats qui avaient irrécusablement prouvé que ces hommes s'étaient souillés de toutes les concussions et d'assassinats, un arrêt du Tribunal les innocentât, par cela seul que le jury déclarait qu'ils n'avaient point agi dans une intention contre-révolutionnaire.

Cette question intentionnelle, qui servait de base à ce Tribunal d'exception, lui porta le dernier coup. Dans la séance du 28 frimaire, Legendre se fit l'organe de l'opinion publique; il demanda à la fois que les membres du Comité révolutionnaire de Nantes fussent renvoyés devant un Tribunal ordinaire et que la Convention procédât à la réorganisation du Tribunal.

La majorité de l'Assemblée adopta les propositions de Legendre ; elle ordonna l'arrestation provisoire des individus acquittés, le 2 floréal, et elle les renvoya devant le Tribunal criminel d'Angers ; sur la motion de Merlin de Douai, elle décida qu'un nouveau Tribunal révolutionnaire serait institué, qu'il se composerait de douze

juges et de trente jurés, que les uns et les autres seraient renouvelés tous les trois mois; elle reconnut le droit de récusation aux accusés ; elle réglementa la procédure et définit les délits dont il devait connaître.

Ce décret définitif fut voté le 8 nivôse, et, le 8 pluviôse suivant, le Tribunal tint sa première séance dans la salle de la Liberté, et ressuscita la légalité dans cet antre de meurtres et de proscriptions. Les acquittements devinrent aussi nombreux que l'étaient, quelques mois auparavant, les condamnations. Du 25 frimaire jusqu'à l'insurrection de prairial, c'est-à-dire pendant près de trois mois, l'échafaud ne se dressa que quatre fois sur la Grève ; le 4 ventôse, pour Marie-Thérèse Marchai, femme Jacquet, marchande de faïence à Hebervilliers (Meurthe), convaincue de manœuvres et intelligences avec les ennemis de l'État ; le 4 pluviôse, pour Pierre Morin, ouvrier cartonnier, condamné à mort par le Tribunal criminel, pour avoir assassiné un nommé Charles Olivier, menuisier, à la suite d'une discussion politique ; le 7 du même mois, pour Jacques-François Quentin,

également condamné par le Tribunal criminel pour émission de faux assignats , et enfin le 4 germinal, pour Antoine-François Poitou, excuré de Vaux (Seine-et-Oise), condamné par le Tribunal révolutionnaire comme convaincu d'avoir dit que le roi était mort innocent, que tous les Français étaient des gueux, que la liberté n'était faite que pour les coquins, etc.

Nous avons laissé Fouquier-Tinville détenu à la Conciergerie.

Pendant la séance du 21 thermidor, un des secrétaires de la Convention avait lu la lettre suivante :

« Citoyen président, j'ai des faits importants pour la chose publique à communiquer à la Convention , en même temps qu'ils sont nécessaires à ma justification. Je sollicite, en conséquence, de la Convention la faveur d'être admis à sa barre pour lui en donner le développement. — A.-Q. Fouquier. »

La grâce que la- Convention avait refusée à ses membres accusés , à Danton , à Robespierre, elle l'octroya à Fouquier-Tinville. Pocholle, Defiot, s'opposèrent, il est vrai, a

ce qu'il fût entendu; mais leur opposition n'étant point appuyée, le président donna à deux huissiers l'ordre d'aller chercher le pétitionnaire et de l'amener à la barre. Fouquier ne fut pas plus éloquent dans sa défense qu'il ne l'était dans ses accusations; ses révélations se bornèrent à des récriminations contre Robespierre, qui n'était plus là pour lui répondre; il raconta que le triumvir exigeait que, chaque soir, il vînt au Comité rendre compte de ce qui s'était passé, pendant la journée, au Tribunal ; qu'il lui faisait sans cesse des reproches très-amers sur ce qu'il ne faisait pas juger tels généraux, tels individus. Dans l'ensemble de ce discours, il paraît convaincu que ce n'est point le rôle qu'il a joué au Tribunal qui lui a . valu le décret d'arrestation, mais seulement sa complicité avec la faction défunte, et tous ses efforts tendent à établir qu'il n'eut pas pour Robespierre plus de serviles complaisances que pour les autres membres du Comité. 11 invoque le témoignage du citoyen Merlin de Thion ville pour dire que, dans un repas où se trouvait aussi le citoyen Lecointre, il y

«0 FOUQU1ER-T1NVILLE

avait parlé de Robespierre d'une manière peu avantageuse; cela lui aurait valu d'être dénoncé au conciliabule secret de Robespierre, comme conspirant avec des députés contre lui. » — 11 rejeta sur Lanne, un des agents de Dumas, la responsabilité du rôle odieux que la police avait joué dans les conspirations des prisons; il attribua à Robespierre l'intention de faire juger les cent soixante accusés du Luxembourg. — L'Assemblée prit peu d'intérêt aux protestations de Fouquier, et, sur Tordre du président, il fut reconduit dans sa prison. Il y resta jusqu'en nivôse. Après la mort de Carrier, son tour vint de comparaître; il était sur la sellette et répondait à l'interrogatoire, lorsqu'un huissier de la Convention remit un papier au président du Tribunal. Ce papier, c'était le décret qui ordonnait que le Tribunal révolutionnaire serait une seconde fois renouvelé. La séance fut levée, et Fouquier vécut quelques jours de plus (1).

Le 8 germinal, il fut ramené devant de nou-

(1) Cam pardon. Histoire du Tribunal révolutionnaire, tome II.

FOUQUIBR-TINVILLB 451

veaux juges ; mais cette fois il notait pas seul, on lui avait fait un cortège de vingt-quatre de ses anciens collègues du Tribunal de sang : Naulin, ex- vice-président, Lohier, Delaporte, Garnier, Launay, Foucault, Maire, Scellier, Harny, Deliége, ex-juges ; Trinchard, Leroy- • Dix-Août de Montflabert, Renaudin, Chrétien, Ganney, Vilatte, Duplay, Prieur, Chateletj Brochet, Girard, Trey, Pigeot, Aubry, ex-jurés, étaient appelés à rendre compte des iniquités qu'ils avaient commises dans leurs fonctions.

Voici les faits principaux que l'acte d'accusation établissait à la charge des accusés. En ce qui concerne Fouquier-Tin ville, il était prévenu d'avoir : «En dehors des moyens relatés dans l'acte d'accusation du 25 frimaire, employé d'autres moyens de même nature: 1° En présentant des actes d'accusation remplis de ratures, renvois, interlignes, sans approbation ; en les signant et présentant d'autres en blanc, d'autres où les noms des accusés avaient été écrits postérieurement à la rédaction, et au moment de l'audience, par une main étrangère et avec une encre différente de celle du corps des

actes; où plusieurs noms écrits en petits caractères ont été tantôt intercalés, tantôt émargés sans approbation, et où les noms des accusés se trouvent rayés et effacés. . . ; 2° en inscrivant dmis un autre acte d'accusation le nom d'un individu condamné ù. mort et exécuté un mois avant, et en le reportant en jugement comme s'il avait encore existé, fait qui prouve qu'on jugeait souvent sur les listes sans voir les accusés ; 3° en requérant de porter à l'échafaud le cadavre d'un accusé qui s'était poignardé au moment où on prononçait son arrêt de mort ; 4° en requérant le Tribunal d'ordonner l'exécution de plusieurs femmes condamnées à mort, mais qui s'étaient déclarées enceintes, au lieu d'attendre que les officiers de santé pussenl reconnaître la vérité ou la fausseté des déclarations de ces femmes.

En ce qui concerne les ex-juges : Attendu que, 1 ' beaucoup de j ugements ont été signés en blanc tantôt par les uns, tantôt par les autres; ce qui donne lieu de croire qu'ils étaient préparés avant l'audience, et qu'on ne faisait paraître les accuri»s que pour la forme ; 2° qu'ils ont refusé la

parole aux accusés et à leurs défenseurs, sous prétexte que ce n'était pas le moment de présenter les moyens de défense, en leur promettant la parole à leur tour et en la leur refusant ensuite, de manière qu'ils étaient jugés sans avoir pu se défendre...; 4° que Harny etBravet ont signé un jugement au 18 messidor qui condamne à mort un individu qui fut en ellet exécuté, quoiqu'il n'eût pas été compris dans l'acte d'accusation, ni dans la position des questions soumises au jury; 7° que Barbier et Foucault ont signé un jugement, au 8 thermidor, qui condamne le père pour le lils...; 8° que Lohieret Harny ont signé un jugement au 1er thermidor qui condamne le lils pour le père...; qu'il existe dans la procédure une note écrite par Fouquier, où il dit qu'il n'y a pas besoin de témoins, quoiqu'il y en eût et qu'on eût oublié de les faire assigner...; 11° qu'on trouve des vices bien plus grands encore dans ie jugement en blanc du 1er messidor, signé Naulin, Barbier, Maire, Gilbert, Liendon, substituts; que ce jugement ne contient ni les questions soumises aux jurés, ni la déclaration de ceux-

ci, et qui plus est, ni application de la loi. ni par conséquent de condamnation, que cependant trente-neuf accusés ont péri; 12* que Deliége, Scel lier, Maire, ont signé un prétendu jugement du 3 prairial infecté des mômes vices que le précédent...

Abordant les délits reprochés aux jurés , l'accusateur Judicis établit quels eussent été leurs devoirs, et il continue :

«Fort des principes gravés dans l'âme de tous les amis de la justice et de l'humanité, l'accusateur public demandera aux jurés s'ils ont rempli les obligations que leur imposait leur serment, quand ils coupaient la parole aux accusés et à leurs défenseurs, qui n'avaient encore pu rien dire pour leur défense, sous prétexte qu'ils étaient assez instruits, quoique le simulacre des débats n'eût duré souvent qu'une heure et demie et malgré qu'il y eût soixante accusés et quelquefois plus; quand, rentrés dans la chambre de leurs délibérations, ils y recevaient Fouquier-Tinville et autres, prévenus d'avoir dirigé ou influencé leurs opinions ; ou quand ils en sortaient pour faire la conver-

sation avec des personnes étrangères; quand ils rentraient dans la salle des audiences, cinq à six minutes après en être sortis, pour y émettre leurs opinions, souvent sur une masse d'accusés si considérable que le temps de l'audience n'avait pas suffi pour les interroger sur leurs noms, prénoms, âges, professions et demeures... ; quand ils déclaraient convaincus plus d'accusés qu'il n'y en avait à l'audience et souvent môme dans les actes d'accusation...; quand ils disaient que, lorsqu'il n'y avait point de délits, il fallait en imaginer; quand ils disaient qu'ils n'avaient besoin pour se convaincre que de voir les accusés; quand ils dénonçaient, arrêtaient où faisaient arrêter, traduire au Tribunal révolutionnaire ceux dont ils étaient les ennemis pour s'en rendre ensuite les juges, malgré les récusations que les accusés pouvaient leur adresser... ; quand ils se vantaient de n'avoir jamais voté que la mort, en s'exaspérant contre les jurés qui no les imitaient pas; quand ils disaient à l'audience qu'ils allaient faire feu de file, qu'il fallait que toute la finance, les prêtres et les nobles y passassent;

KUl'QUIKR-TINYILLE

quand, désespérés de voir la fermeté des condamnés qu'on conduisait au supplice, ils disaient que, s'ils étaient accusateurs publics, ils feraient préalablement faire une saignée aux condamnés pour qu'ils ne montrassent pas tant décourage; quand enlin le résultat de leurs opérations a envoyé tant de personnes à la mort que le nombre n'en est pas connu, mais qu'on peut s'en faire uno idée en voyant environ treize cents personnes condamnées dans moins de cinq décades par quatre-vingt-trois jugements dont la plupart n'en ont que le nom qu'ils ne méritent pas(l). »

Les dépositions des témoins commencèrent après la lecture de l'acte d'accusation; ils étaient au nombre de 410. La plupart des faits dont ils témoignèrent ont trouvé leur place dans les chapitres précédents. C'étaient le jeune Loizerolles, affirmant que son père avait été condamné à sa place; le vieux Saint-Pern, attestant le généreux dévouement de son fils; c'était madame de Maillé, apportant la preuve

(\) Procès Foucjuier, J. de P.

que son fils avait été envoyé à la mort pour s'être révolté contre un guichetier qui lui servait de la viande pourrie, et que ce fils n'avait que seize ans; c'était l'histoire de la marquise de Feuquières, jugée, condamnée, exécutée avant que les témoins et les pièces que Fouquier avait lui-même jugées nécessaires eussent le temps de parvenir à, l'audience; c'était un homme arrivé à ce degré de décrépitude et de crétinisme, que la médecine qualifie par l'expression de gâteux, guillotiné pour avoir possédé des jetons à effigie royale, etc. Les mystères des conspirations des prisons furent tout à coup éclaircis; les membres de l'ancien Tribunal trouvèrent des accusateurs dans ceux-là mêmes qui avaient si lâchement servi leur rage sanguinaire- les Guyard, les Valagnos, les Boyaval, les Beausire , tous les misérables qui avaient accepté le rôle odieux d'agents provocateurs et de délateurs, déposèrent contre Herman, contre Lanne, contre Fouquier, qui le leur avaient imposé. Dans leurs lâches palinodies, leurs affirmations, jadis si précises, se transformaient en soupçons, en indications dont

iSè FOUQUIER-TIN VILLE

ils n'avaient jamais soupçonné les terribles conséquences. Ils prétendirent qu'ils n'avaient dénoncé des crimes imaginaires que pour échapper eux-mêmes à la mort. « Un des accusés, dit Benoit, invoquait mon témoignage sur un point de fait qui lui était favorable, je faisais signe de la tête que cet accusé disait vrai ; les gendarmes qui étaient à côté de moi me disaient de demander la parole. Je la demandai de la main au président, qui avait remarqué mes signes de tète. — Tais-toi, me dit le président ; et alors Fouquier me dit à voix basse : Si tu as à déposer contre l'accusé, tu peux parler, mais garde le silence si ce que tu veux dire est en sa faveur. Dans tous les cas, ajouta Fouquier, tu n'as qu'à me regarder et tu liras dans mes yeux si tu dois parler ou te taire. » Sans doute l'indignité de pareils hommes rejaillissait sur leurs témoignages ; mais cette indignité, pouvaient-ils l'invoquer, ceux qui ne s'y étaient pas arrêtés lorsqu'il s'agissait d'envoyer à la mort près de huit cents de leurs ennemis politiques. — A la suite des dépositions relatives aux conspirations des prisons, le

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Tribunal décréta rarrestation d'Hernian, Lan ne, Boy aval, Beausire, Benoît, Lesenne , Verney et Guyard, qui prirent place sur le banc des accusés. Les anciens greffiers, Fabricius Pàris et Wolf, déposèrent aussi contre Fouquier; Wolf attesta l'ignorante et criminelle légèreté avec laquelle se faisait le travail préparatoire des actes d'accusation; il attesta que les noms et prénoms étaient laissés en blanc, jusqu'à ce qu'on eût découvert dans les prisons un détenu pour les remplir : « Qu'on aille au greffe , ajouta-t-il, qu'on prenne indiiféremment le premier carton qui tombera sous la main, on y trouvera vingt à trente dossiers qui retraceront la mort de quarante ou cinquante personnes jugées après une heure de délibération desjurés, et il aurait fallu plus d'une demi-heure pour prendre la nomenclature des accusés, et pour prendre celle des pièces, il aurait souvent fallu plusieurs jours. » Fabricius Paris, qui ne se consola jamais de la mort de son ami Danton, s'appesantit sur les détails de son procès et s'attacha à en faire ressortir les iniquités. Les témoins ne furent pas moins explicites à l'égard des

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juges et des jurés de l'ancien Tribunal qu'ils ne l'avaient été en déposant contre Fouquier; ils a1 lestèrent les violences, la légèreté, le mépris des principes de l'équité la plus vulgaire, qu'ils avaient apportés dans leurs terribles fonctions. Ils rapportèrent comment Scellier paraphrasait un article de 1'alFreuse loi de prairial en disant : a Les conspirateurs n'ont pas besoin de défenseurs et encore moins les innocents; ceux-ci ont, dans les jurés, leurs défenseurs naturels. » Ils racontèrent les cyniques plaisanteries des Chatelet, des Prieur, qui, pendant l'audience, faisaient la caricature du malheureux qu'ils envoyaient à réchafaud, et lui décernaient les plus grossiers sobriquets. Le mot cynique de Vilate au président Dumas fut reproduit ; on cita encore une phrase de celui-ci qui donnait la mesure de l'impartialité de ses décisions : « En révolution, disait-il, tous ceux qui paraissent devant le Tribunal doivent être condamnés. »

Les accusés se défendirent comme Carrier, en alléguant la gravité des circonstances au milieu desquelles ils s'étaient trouvés ; en refu-

sant au Tribunal le droit de leur demander compte des arrêts qu'ils avaient rendu dans leur âme et dans leur conscience. En un mot, ils soutenaient qu'un Tribunal d'exception, comme était le Tribunal révolutionnaire, n'était point tenu au respect des formes ni à l'observation des règles du droit comme un Tribunal ordinaire.

L'accusateur public fit justice de cette prétention émise par Fouquier : « Quel est donc le langage que nous venons d'entendre? s'écria-t-il ; estril donc quelques circonstances où les lois de la justice puissent être foulées aux pieds par des magistrats? Sans doute, elles étaient impérieuses et cruelles à l'excès, les lois dont vous étiez l'organe; mais fallait-il ajouter encore à leur cruauté par une précipitation qu'elles ne vous commandaient pas? Et si elles vous l'eussent commandée, cette précipitation, votre devoir était de porter votre tête sur l'échafaud plutôt que de souffrir la violation des droits de l'innocence. »

Fouquier -Tinville était mieux avisé, lorsque dans son plaidoyer il invoquait le bénéfice de sa position d'accusateur public,

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chargé par la loi de traduire les accusés devant le Tribunal et d'y soutenir leur culpabilité. Pouvait-on lui tenir à crime ce qui était le caractère principal de ses fonctions ; était-il possible de le rendre responsable de jugements qu'il provoquait, il est vrai, mais dont le jury restait l'arbitre indépendant et suprême? Devait-on lui imputer la condamnation des innocents? Cette défense était spécieuse; mais ces fonctions, si impérieuses qu'on les suppose, n'autorisaient ni la cruauté, ni l'animosité envers les prévenus; elles n'exigeaient pas qu'à bout de preuves l'accusateur public y suppléât par des injures aussi lâches que grossières; elles lui défendaient de s'immiscer dans les discussions du jury, de peser sur ses décisions, et, en dehors des monstrueuses irrégularités qui avaient signalé le passage de Fouquier au parquet du sanglant Tribunal, l'accusation conservait ainsi de légitimes griefs devant lesquels il ne pouvail que courber la tète.

Le 16 floréal, à dix heures du soir, le jury entra dans sa salle ; le 17, à, une heure de l'après-midi, après quinze heures de délibération .

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il rendit son verdict. Ce verdict acquittait : Maire, Delaporte, Deliége, Naulin, Harny, exjuges, Trinchard, Duplay, Brochet, Chrétien, Ganney, Trey, ex-jurés, et Beausire, Guyard et Valagnos, trois des dénonciateurs des conspirations des prisons. Fouquier-Tin ville, Herman, Scellier, Garnier-Launay, Foucault, ex-accusateur, président et juges; Leroy-Dix- Août de Montflabert, Renaudin, Vilate, Prieur, Chatelet, Girard, ex-jurés; Lanne, inspecteur général de police; Boyaval, Benoit, Verney et Dupaumier, déclarés coupables , étaient condamnés à la peine de mort.

Après la lecture de l'arrêt, ces mômes hommes qui tant de fois avaient prononcé avec indifférence la sentence qui retranchait un de leurs semblables de ce monde, en raison de ce seul crime qu'il ne partageait pas leur opinion, se laissèrent emporter aux excès de la fureur la plus indécente; ce môme Herman, qui avait signé la lettre fameuse : Les accusés ivres de rage, qui avait impitoyablement requis contre les violences de Danton pour le mettre hors des débats, ce même Herman lança au

m FOUQUIER-TIN VILLE

visage du président Agier un livre qu'il tenait à la main.

Le lendemain, à huit heures du matin, les exécuteurs arrivaient à la Conciergerie, où les condamnés avaient passé leur dernière nuit. Ces derniers avaient obtenu de faire leurs adieux à leurs familles ; des femmes, des enfants éplorés sortaient de la prison au moment où la sinistre troupe en franchissait le guichet. La toilette de Fouquier-Tin ville, d'Herman, de Foucault, de Scellier, de Leroy-Dix- Août, de Garnier-Delaunay se fit dans les cachots où ils étaient enfermés ; les autres furent apprêtés dans l'avantgreffe. L'ancien président Scellier, depuis longtemps malade, était très-abattu ; Foucault parlait avec véhémence ; Leroy-Dix- Août répéta plusieurs fois qu'il mourait innocent, qu'il était convaincu que la République eût été perdue sans l'énergie que ses collègues et lui avaient déployée dans leurs fonctions. Un calme extraordinaire avait succédé aux furieux emportements d'Herman; il paraissait résigné à son sort, il parlait avec une grande liberté d'esprit des derniers événements dont la Con-

F0UQUIER-T1N VILLE 4CÔ

vention avait été le théâtre. Il ne doutait pas que son parti ne ressaisît bientôt le pouvoir ; il annonçait que sa mort et ce qu'il appelait l'assassinat de Robespierre seraient vengés par de terribles représailles. Fouquier déjeunait lorsque mon grand-père entra chez lui; en l'apercevant, son front se plissa, ses sourcils se froncèrent et il lui dit, en lui appliquant une épithète qui déjà n'était plus de mode :

— Ah ! scélérat, je croyais bien t'envoyer où tu vas me conduire.

Il était pale , fiévreux , agité , on voyait trembler sa main; ses petits yeux roulaient dans leurs orbites, et cependant il mangeait avec une avidité que l'on pouvait prendre pour de l'appétit. Il déclara à Charles-Henry Sanson qu'il entendait achever son repas ; et sans transition, il se mit à l'entretenir de sa condamnation qu'il nommait une iniquité, s' emportant contre les juges et les qualifiant de cette épithète d'assassins, qui tant de fois lui avait été adressée à lui-même. Il dit à mon grand-père qu'il devait s'attendre à passer à un jour prochain au Tribunal et à aller de là à la guillotine :

40G F0UQU12R-T1XVILLE

— Puisque Ton condamne l'accusateur , disait-il, il n'y a pas de raison pour ne pas condamner l'exécuteur, qui est exactement aussi coupable que lui.

Fouquier s'abandonnant à la vivacité de ses impressions , ne touchait plus aux aliments qui étaient sur La table; mon grandpère lui fit observer qu'il était nécessaire qu'il se hâtât de terminer son repas, parce que ses instants étaient comptés. Alors Fouquier entra dans une de ces colères que l'exécuteur connaissait de longue date ; il lui reprocha de n'avoir jamais élé aussi pressé lorsqu'il s'agissait de conduire des royalistes au supplice, et avec l'accent absolu dont il le gourmandait autrefois , il s'indigna que le Bourreau osât lui adresser des ordres. Mon grand-père ne voulut pas rendre sa position plus cruelle en le forçant à remarquer que les rôles étaient bien changés : il se tut et attendit.

Le peuple fut plus sévère encore pour Fouquier-Tinville qu'il ne l'avait été pour Carrier. Les événements de germinal et de prairial, sur lesquels j'aurai à revenir tout à l'heure,

FOUQUIER-TINVILLE 4ff7

avaient surexcité la haine contre le parti démagogique. Encore palpitants de la lutte, dans l'ivresse de leur récente victoire, en face de ces vivants représentants de ce que le système déchu avait eu de plus odieux, les modérés ne surent pas être généreux. L'attitude des condamnés, celle de Fouquier principalement, ne devait pas peu contribuer à soulever l'exaspération de la foule : par leurs regards, par leurs paroles, 'ils semblaient la défier; aux quolibets ils répondaient par des quolibets, aux outrages par des outrages, aux malédictions par des malédictions. Tout ce que le vocabulaire des halles peut fournir de plus grossier allait de la haie des spectateurs aux charrettes, des charrettes à la haie des spectateurs. On entendait Fouquier, faisant allusion & la terrible famine qui désolait Paris, crier à des hommes du peuple :

— Canaille imbécile, qui meurs de faim, va donc à la section chercher tes quatre onces de pain ; moi je m'en vais le ventre plein !

Cependant, et pour la première fois, au pied de l'échafaud, il sembla tout à coup

4C8 F0UQUIER-TINV1LLE

que le remords s'était fait jour dans ce cœur de granit. 11 était devenu livide , et ce regard fixe et dur qui contraignait les plus déterminés à baisser les yeux, fuyait à son tour sous le regard de ceux qui l'entouraient. On le voyait frémir, agite par des frissons convulsifs, on l'entendait murmurer des phrases incohérentes au milieu desquelles se distingua le mot d'adieu, qu'il répéta plusieurs fois de suite. Herman, Scellier, Renaudin étaient morts avec fermeté. Quand vint le tour de Fouquier de monter sur l'échafaud, on put croire qu'il allait s'évanouir. Enfin sa tete tomba sous la hache et fut montrée au peuple.

Le Tribunal révolutionnaire avait été la force vive de la factùn qui s'imposait par la terreur; il servait de base à ce système qui, sans doute, facilita et vulgarisa l'héroïsme, mais qui, en même temps, inocula dans les masses le vice de la peur et les disposa pour la tyrannie dont on avait prétendu les affranchir, l '.n sub tituant cette monstrueuse organisation du massacre des vaincus à. La justice, fondement nécessaire de tout ordre moral et politique, les novateurs

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avaient condamné l'édifice qu'ils élevaient à une destruction prochaine: il s'était écroulé avec eux; et si l'institution du Tribunal leur survécut, ce fut afin que, juste une fois, elle atteignit les odieux instruments des proscriptions jacobines.

Le 12 prairial, la Convention rendit un décret qui décidait que le Tribunal institué le 8 nivôse serait supprimé.

Ce Tribunal n'avait eu, du reste, que le nom de commun avec celui que personnifiaient si tristement les hommes que nous venons de voir monter sur l'échafaud : lesFouquier, lesHerman, les Coffinhal et les Dumas.

On a beaucoup parlé des fureurs de la faction thermidorienne; à la terreur rouge on a opposé une fantasmagorie de terreur blanche. Le sang appelle le sang, dit un proverbe arabe; on ne saurait donc s'attendre il ce que la réaction qui suivit les quatorze mois de ce régime de violences et de barbarie soit restée pure de tout excès; mais, ce qu'aisément on peut établir, c'est que la terreur blanche, si terreur blanche il y a eu, respectait du moins le frein des lois

et n'outragea pas les formes tutélaires de la justice. Pour le démontrer, il suffit de rappeler les jugements expéditifs de la loi de prairial, et d'établir que les magistrats du Tribunal thermidorien prirent trente-neuf jours pour se convaincre de la culpabilité de Fouquier-Tinville et que le» procès de Carrier, commencé le 25 vendémiaire, ne se termina que le 27 frimaire suivant.

L'exécution de Fouquier avait été précédée et fut suivie d'autres exécutions que je ne saurais passer sous silence.

En appelant la Plaine à son aide afin de renverser Robespierre, la Montagne avait sans doute compté sur la pusillanimité de cette partie de la Convention pour jouir en paix des fruits de la victoire, en concentrant tout à fait le pouvoir entre ses mains; mais, revenue de la stupeur qui tenait suspendue l'action de sa pensée, et ayant reconnu la puissance qu'elle trouvait dans le nombre de ses membres, la Plaine s'était elle-même constituée gouvernement, et bientôt elle n'avait vu dans ses alliés d'une heure que les anciens apôtres du terrorisme,

que ses adversaires du passé et du présent. Elle s'était renforcée des soixante-treize députés éliminés à la suite du 21 octobre, elle les avait rappelés dans le sein de la Convention, et sûre désormais de la majorité, elle poursuivait le jacobinisme, non-seulement dans les clubs, dans les sections, ù, la Commune, mais sur le:; bancs de la Montagne. Les attaques dont ils étaient l'objet firent comprendre aux membres qui siégeaient de ce côté qu'ils étaient réduits à combattre, non plus pour le pouvoir, mais pour la vie. Ils agitèrent le peuple; la famine, conséquence des mauvaises récoltes et du discrédit des assignats, le disposait à un mouvement. Des rassemblements quotidiens se formèrent, et, le 12 germinal, une foule d'hommes et de femmes força les portes de la Convention, et envahit la salle au cri de : a Du pain! et la Constitution de 93. » Les sections, qui avaient pris les armes, dégagèrent l'Assemblée, qui aussitôt décréta la déportation de ceux de ses membres qui avaient paru seconder le désordre; Chasles, Foussedoire, Duhem, Choudieu, Huguet, Amar, Ruamps, Léonard Bourdon,

Collot-d'Herbois , Billaud-Varennes , Barrère et Vadier, qu'un précédent décret avait mis en arrestation, durent être également déportés. Le peuple arrêta les voitures qui conduisaient les condamnés ; mais , conservant une sorte de respect pour l'Assemblée souveraine au milieu de sa révolte, il les ramena au Comité de sûreté générale, qui les fit repartir pour leur destination. — Le 16, neuf autres représentants étaient mis en arrestation. Dans la nuit du 10 au 11 floréal, une section, celle de la Liberté, se mit en insurrection, sous prétexte de la cherté des subsistances, mais le mouvement fut aussitôt comprimé. Le jugement et l'exécution de Fouquier firent un moment diversion à, l'agitation de la ville. Le pa?iem et circenses du peuple romain pouvait s'appliquer aux Parisiens de l'époque. Le 1er prairial, les scènes du 12 germinal se renouvelèrent avec plus de violence ; la salle de la Convention fut une seconde fois envahie, les représentants insultés et menacés, quelquesuns reçurent de graves blessures; le député Féraud, qui avait tenté de s'opposer à la vio-

FOUQUIKR-TIN VILLE

lation du sanctuaire des lois, fut assassiné près delà tribune ; sa tête, mise au bout d'une pique, promenée dans les rues , puis rapportée dans la salle des séances et présentée au président Boissy-d'Anglas, qui s'inclina devant les restes de ce courageux martyr de la légalité. — Maîtres de la salle, les insurgés en chassent les représentants, siègent à leurs places, et les motions succèdent aux motions. Enfin, à onze heures du soir, Legendre, à la tête de la force armée, parvient à chasser les rebelles et à rendre à la Convention sa liberté. Le premier usage qu'elle en fait est d'annuler les décrets rendus sous la pression de la démagogie triomphante et d'ordonner l'arrestation de Romme, Duquesnoy, Prieur de la Marne, Duroy, Bourbotte, Goujon, Soubrany, Albitte aîné, Peyssard, Lecarpentier, Pinet, Borie, Fayau e1 Ruhl, et de mettre hors la loi les assassins de Féraud. La journée du lendemain fut terrible: l'insurrection s'était réfugiée dans les faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau ; elle en était maîtresse, elle menaçait la Convention, qui. ne se sentant pas assez forte pour la ré-

Ali FOUQUIER-TINVILLE

(luire, était contrainte de parlementer avec elle. Mais les chefs manquaient à la rébellion; tandis que celle-ci laissait passer l'heure, la Convention rassemblait des troupes, et le lendemain elle était en mesure de l'écraser. Le 3 prairial, à deux heures de l'après-midi, un homme avait été arrêté rue du Théâtre-Français par des sectionnaires qui déclaraient reconnaître en lui le misérable qui avait porté la tète du représentant Féraud. C'était un nommé Tinellel ouvrier serrurier; il fut conduit au Comité de sûreté générale, puis écroué à la Conciergerie. Depuis la veille, Charles-Henry Sanson était consigné à la maison de justice; il reçut l'ordre de s'emparer de Tinelle et de le conduire immédiatement à l'échafaud. Il lui fut cependant impossible de partir sur-lechamp, parce qu'il fallait laisser aux charpentiers et aux aides le temps de dresser la guillotine. — Elle ne fut prête qu'à sept heures du soir.

Les appréhensions que l'on conservait sur l'attitude des insurgés, la nécessité de conserver à la maison de justice une force armée

suffisante pour repousser une attaque, empêchaient que l'on donnât au condamné une escorte assez imposante pour assurer l'exécution de la sentence. Aux observations de mon grand-pore il fut répondu que, lorsqu'il serait sur la Grève, la force armée de la maison commune le soutiendrait au besoin. Mais le cortège n'alla pas jusque-là; sur le quai Lepelletier, une foule d'hommes se rua sur l'escorte, l'enveloppa, paralysa, par son nombre, la résistance des gendarmes, et délivra Tinelle, qui, du reste, n'avait pas cessé jusque-là de protester de son innocence. Ce fut le dernier effort de l'agonie de la Révolution. Les faubourgs, les sections des Gravilliers, du Panthéon et de la Cité furent désarmés; le 5, un mulâtre nommé Guillaume Déforme, capitaine de canonniers de la section Popincourt ; Jean-Joseph Gentil, membre du Comité révolutionnaire de la section du Contrat -Social ; Jean-Jacques Legrand, lieutenant de gendarmerie, condamnés à la peine de mort par la Commission militaire qu'avait instituée un décret de la Convention, furent guillotinés sur la

476 POUQUIER-TINVILLE

place de la Révolution, où l'échafaud vint s'installer une fois encore. Le 6, cette Commission envoyait à la mort dix-huit gendarmes de la première division, convaincus d'avoir abandonné leur poste pour se mêler aux insurgés, et par contumace Tinelle; Bouclier, marchand de vins, convaincu d'avoir coupé la tète de Féraud, et le 11, Chauvel, Chebrier et Duval, compromis pour le même crime.

La plupart des représentants arrêtés étaient parvenus à s'évader ; six seulement : Duquesnoy, Soubrany, Duroy, Bourbotle, Homme et Goujon restaient dans les prisons; ils avaient été transférés à Nantes, d'où, après une détention de vingt-quatre jours, on les ramena pour les livrer à la Commission militaire. Leur procès commença le 24 prairial. Les accusés appartenaient à cette fraction de la Montagne qui, sans désavouer les excès de la Révolution, n'y avait pris qu'une part indirecte; ils étaient certainement ce que le côté gauche avait de plus pur et de meilleur. Leur attitude devant le Tribunal fut digne et fière; ils se défendirent avec noblesse et sans désavouer leurs principes. '

Mais leur connivence avec les insurgés de prairial était établie par les votes qu'ils avaient donnés pendant l'envahissement de l'Assemblée, alors que la majorité de leurs collègues, cédant à la force, avait quitté la salle des séances ; avec les juges qu'on leur avait donnés, la condamnation était certaine. D'ailleurs, il faut l'avouer, la majorité de la Convention subissait elle-même le vertige que lui avaient légué les Jacobins; comme eux, elle ne voyait le salut que dans la mort de ses adversaires; comme eux, elle confondait le silence des tombeaux avec le calme de la paix. Condamnés à la peine de mort, les six représentants quittèrent l'audience ; mais, en descendant l'escalier, ils s'éloignèrent des gendarmes, et Romme, qui était parvenu à soustraire un couteau à la vigilance de ses geôliers, se frappe de cette arme ; en expirant, il la tend à Duquesnoy, qui à son tour se la plonge dans la poitrine. Le fer passe tour à tour dans les mains des quatre autres représentants, qui, tous quatre, suivent l'exemple que leur avaient donné leurs compagnons. Romme était mort sur le coup ; Duquesnoy et

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Goujon expirèrent à la Conciergerie, où ils avaient été transportés; Duroy, Soubrany et Bourbotte existaient encore; le Comité décida que le reste de vie qu'ils avaient conservé appartenait à lechafaud, et afin de ne pas le lui enlever, on pressa les préparatifs de l'exécution. Cette borrible lutte de la mort par la hacbe avec la mort naturelle, et dans laquelle la victime appartenait à celle des deux qui saurait le mieux se bâter, fut renouvelée. Ce lamentable spectacle de demi-cadavres pantelants, défigurés, suant et soufflant leurs agonies, traînés, fut une fois encore offert au peuple, mais, je dois le dire, à, une époque et par des hommes qui n'avaient plus pour excuse le terrible mot d'ordre que la Révolution donnait aux siens. ►Soubrany, le ventre entr' ouvert, les entrailles pendantes, épuisé par la perte de son sang, était étendu dans la charrette, durant le trajet, on crut dix fois qu'il allait expirer. Bourbotte était assis; de sa main il comprimait une large blessure qu'il avait au flanc, il s'efforçait de dompter ses douleurs, comme pour soutenir sa réputation de stoïcisme et pour

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prouver, par sa fermeté, que ce n'était pas la peur de l'échafaud qui l'avait décidé au suicide. Duroy, blessé plus légèrement, parlait au peuple avec une grande exaltation. Il fut exécuté le premier, Soubrany le deuxième, et Bourbotte après ses deux amis.

De cette redoutable Montagne qui avait asservi la France, bumilié les rois, fait trembler l'Europe, que restait-il? Des conventionnels qui la composaiént, les uns étaient bannis, d'autres proscrits ; d'autres encore racbetaient leur existence politique par de lâches abjurations de leurs principes ; la guillotine avait dévoré les plus célèbres et les plus grands. Ils avaient passé sur la terre comme ces météores qui laissent derrière eux la désolation et la mort, et leurs noms honnis seraient voués à, la juste exécration de la postérité, si cette postérité pouvait oublier qu'au milieu de tant d'erreurs, de tant de fautes, de tant de crimes, ils défendaient et sauvaient la patrie. Cette gloire les amnistiera dans l'avenir.

NOTES

Afin de ne point surcharger d'uni* Irop longue et trop sèche nomenclature le journal de mon aïeul, j'ai relégué en notes, à la fin de ce volume, la liste joui par jour des dernières exécutions do la Terreur. Je souhaite que ce document authentique puisse aider l'histoire à dresser le bilan exact de l'écliafaud pendant ces sanglantes journées.

Exécutions du 9 messidor : Philippe de Nouilles de Minœhy, ex-duc, ex-maréchal de France, ex-gouverneur de Versailles ( soixaute-dix-neuf ans); Chavles-Louis- Yictor de Beoglie, ex-prince, ex-maréchal de camp et membre de l'Assemblée constituante; J oseph- Frédéric fhispoed de Polasteon, ex-colonel au régiment de ln cou-

NOTES

ronne, ex-comte (1) ; Marie-Joseph-Ernest Guignard de Suint-Priest , ex-vicomte et intendant du Languedoc; Simon-Nicolas-IIenri Linguct, homme de lettres (2); Robert Li»lgeard de Ligny, ex-chargé d'affaires du prince de Fulde; Hector Gcnestet de Nêrestan de Saint-Didier, ex-marquis; Jacques Char ton, ex-colonel au 102* régiment; François-Léon Pitoye, ex-juge; Viguierde Saint- ■ Rémi ; Jean-Baptiste Vannot de Montperaux, chef do brigade au 1' régiment d'artillerie; Etienne- Félicité Vannot, capitaine aux ci-devant grenadiers royaux; Jean- Baptiste de Sommercux-Prt fontaine, régisseur des biens du ci-devant duc de Rohan; Alexandre-Constantin de Laguiche, ex-marquis et colonel du régiment de Bourbon- Dragons; F i livie- Pauline de Roye, veuve du ci-devant maréchal duc de Biron; Anne de Boufflers, veuve du ci-devant duc do Biron; Augustine-Martine Normand, veuve de Crossant, ex-noble; Alexandnne-Carolinc- Louise d'Arpajon, femme de Noailles-Mouchy ; Pauline-Nathalie Duporlal, ex-abbesse deLouye, à Dourdan ; J'hérèse-Elisabeth Dumont, femme de Vannot; Marie- Louise Besse, femme de Genestet de Nt'restan; Nicolas ffourdet, ex-curé de Verberie; complicité dans les conspirations contre la souveraineté nationale, etc., etc. Jean Vaucouret de Guitenay, ex-noble ; Pierre Save, huissier; Pierre Lochct, officier municipal, à Tilleray; Mathieu J^ehman^ domestique; Léon Mathis, terrassier; Etienne Cocheux, charcutier; Georges-Benjamin Guérin, sellier; correspondances avec les émigrés, excitations au fanatisme, provocations ù la guerre civile en applaudissant aux atten-

(t) M. de l'olastron était le père de madame do Polignac.

(i) Linguol était dû à Reims en 1730. Àvorat cloquent, écrivain distingué, mais esprit inquiet et turbulent, il avait encensé lonr i tour la liberté et le despotisme selon 1m besoins de ta renommée. Là célébrité dont il s'était montré «i avide lui fat fatale. Découvert dans une campagne dû il te cochait, il fut rnvovi- au Tntunal révolutionnaire. 11 montra uuo grande fermeté à ses ■demie rs moments.

NOTES

tats de Lafayette et de Dumouriez ; Joseph Chapron, fermier, et Marie-Elisabeth Chapron, sa sœur: pour avoir fuit partie d'un rassemblement à main armée dans le département de l'Yonne.

11 messidor : Sosthène Brou, inspecteur des bois de Rambouillet;; Marie-Victor Courteuil, inspecteurde la forêt de Rambouillet; Elisa Doublon, brodeuse; Baptiste Darriot, ex-juge; Marc Derrey, ex-maire de Mont-l'Unité ( Haute-Garonne ) ; Jacques Douziech, gendarme; Louis Jluart, ex-vicaire a Rambouillet; Ernest Ilocquemel, exprocureur fiscal à Rambouillet; Frédéric Lallier, marchand de bois; Jacques Louvet, homme de loi, à Toulouse ; Jean-Baptiste Ru/fat. médecin; Théodore Sévcnne, négociant ; Josejih-François Vaurs, élève de l'école d'Alfort , près Paris: attentats contre la souveraineté du peuple en adhérant à des protestations liberticides; intelligences avec les ennemis de l'Etat. Clémence-Angélique Buron, femme /. Nottaire; Charles-Auguste Dupuis de Lasarou.c, ex-noble; Pierre-Jean Crégaux, domestique; Jacques Nottaire, cuisinier; Prosper Rodicr, cultivateur; Grégoire Piédonat, cordonnier; Grégoire Troullier, ex-curé de Beaucire (Haute-Loire) : intelligences avec les ennemis, insultes aux insignes de la liberté, etc., etc.

12 messidor : Jean Bellecon, pâtissier-traiteur à Castres; Georges Clerc, cultivateur; Marie- Au gustine Ferrand, mercière à Laval; Guillaume Guillain de Lagondie, agriculteur à Excideuil ; Marie-Anne-Joséphine Lebreton, femme de Tex-président Pichard ; Jean-Baptiste Manson, adjudant-major au bataillon de la Manche* Joseph- Lucien Morlot, ex-curé de Bétancour (Somme); Alexandrine-Margueriie- Thérèse de Pclzer% veuvto de l'exmarquis de Feuquières ; Marie-Caroline Pâtissier, veuve Duvemay ; Nicolas Pichard, président du ci -devant Parlement de Bordeaux; Mathùsu Taillepied, cultivateur;

NOTES

M volas Taillepied, perruquier, fils du précédent ; François-Alexandre Toulan, marchand de musique, exmembre de la commune et délégué au Temple; Guillaume Vi'vhcmbrc, ex-procureur; Rodolphe-Sigisbert Wibert, juge du district de Rethel : intelligences avec les ennemis de la République, provocations à la dissolution de l'Assemblée nationale et au rétablissement de la royauté, manœuvres tendant à enlever la femme de Capct, détenue au Temple. Constant Dalleydier, fermier à Choisy ( Mont- Blanc); Antoine Biolley, charpentier; Mathieu Brassod, laboureur ; Antoine Buisson , ex-procureur de la commune de'Vertemen (Mont-Blanc); Joseph Charles, procureur delà commune de Defert; Jacques Lalannc, tailleur; Pierre Rochon, laboureur; Etienne Solcet, laboureur; Joseph-Nicolas- A ugustin Vannier, employé des douanes : propos contre-révolutionnaires, intelligences avec les ennemis de la République.

13 messidor: Nicolas-Pierre Andrccy , cabaretier; Paul Allais, cultivateur; Pierre-Guillaume Bernard, cultivateur; Norbert Hurel, fabricant d'étoffes; Joseph Gulh, instituteur: Constant Jobin, garçon meunier; Clément-François Morin, marchand cirier, ex-receveur des aides; François Noë, contrôleur des douanes; Richard Quiaet, ex-infirmier-major à l'hôpital de Reims ; Eugène Rabourdin, ex-vicaire de la commune de Sermoise (Seineet-Oise), Charles-Théodore Rabourdin, cultivateur; Nicolas Richaud, domestique; Jules-Victumien Routière, tisserand; Henri Walleuse, soldat autrichien, prisonnier de guerre : recel d'argent et papiers précieux appartenant à des émigrés, intelligences avec les ennemis, falsifications de substances destinées à l'armée, excitations à la rébellion et à l'émeute.

14 messidor : Jérôme Appert, huissier à Givrj; Pierre- Jtic'jucs Aubron, tanneur; Pierre BerthoWy, marchand

NOTES

de Ter à Weisscmbourg; Alexandra-Fêlicidi Piet de Beaurepaire, ex-noble et lieutenant; Marie de Blottefîère, veuve de Dusaussois, major au ci-devant régiment des gardes françaises ; Jean-Baptiste-Maximilien Briocourt, capitaine au 29e régiment d'infanterie; Jacques Caisso, avocat; Jacques-Théophile Crétet, homme de loi, procureur de la commune de Senlis ; Maurice Claude. ex-curé de Pressigny (Loiret); Prosper-Constant Caron, avoué à Lille; Xavier Chaillet de Verges, général de brigade à l'armée des Pyrénées-Orientales ; Eugène D'Aoust. ex-noble, général de division à l'armée des Pyrénées-Orientales; Léopold Delatre. général de division à l'armée de Collioure; Louis-Jean Damour, capitaine dans les transports militaires; Paul Dumay, ex-curé du Petit- Thierret ; Marguerite-Bathilde Dussaussois, femme de Logny, ex-noble ; Simon Desengremelle, homme d'affaires de la femme Dussaussois; Jean-Baptiste Fouquet, exprocureur fiscal; Joseph-Gaspard Jlcidenzech, négociant à Weisscmbourg ; Charles Hébert, domestique ; Jean- Robert Lemonnier, ex-clerc de procureur ; Léopold Labaye, adjudant aux subsistances militaires; Joseph-Hippolyte-Robert de l'Epinay, ex-noble; Joseph Marteau, postillon de l'ex-contrôleur général Terray; Guillaume Musculus, négociant à Weisscmbourg; Paul Olry, horloger ; Henri Quesncl, soldat au 5e régiment ; Jean-Baj)tiste-Joseph Senocq, sergent au U« bataillon d'infanterie; Frédéric Vaudin, ex-curé de la commune de Mouton (Seine-Inférieure); Ludtcig Wolkart, marchand àSchioarback (Franconie ) : trahison dans le commandement des armées, propos contre-révolutionnaires , intelligences avec les ennemis, révolte contre les représentants du peuple, toasts portés à la santé du roi, etc., etc.

15 messidor : Gilles-Dominique fie Boisgelin, ex-noble et maréchal-de-camp; Léonard-François de Belharde, ex-noble et cavalier dans la garde constitutionnelle ; Pierre,

488 NOTES

Charles Cupper, gantier; Jean-Jacques Cardot, officier du génie ; Félix Du faux, tisserand; François-Maurice Doyen, chasseur dans la légion du Nord; Louis Desprès, ouvrier serrurier ; Jean-Baptiste Friant, serrurier, membre du comité de surveillance de Versailles; Mathias- Jean-Prospcr Giraud de Varennes, ex-noble et exempt des Cent-Suisses; Hector Gonaud de Barre, ex-huissier; i Paul Lefévre, ex-maire de Montargis; Léon de Mensu , cx-ot'Gcier des carabiniers, ex-noble; Pierre-Frédéric Marmande de Tourville , ex-noble; Nicolas- Alexandre Labroitsse, trésorier de la légion du Luxembourg ; Joseplir François Poirier, marchand do vins; Jacques-André Touraicr, cultivateur à Mont-Serin (Yonne); Etienne Lecusson, domestique; Amélie-Louise Raffet, veuve de Coquet, rentier : intelligences et correspondances avec les ennemis de la République ; propos et discours tendant à l'avilissement de la représentation nationale, intelligences criminelles avec les détenus des prisons, etc., etc.

16 messidor: Anatole Ayrault, ex-vicaire de Niort; Prosper-François Béyuinet et Constant Béguinet, son frère, l'un agent national, l'autre président du district d'Eteing ; Nicolas Bernard, aubergiste à Jarmy (Moselle); Joseph Billon, dit Bardct, dit de Chambly, dit de Perdreauville, ex-noble, se prétendant garçon sabotier; Mathurin Boutcquoy; Augustin Boutequoy et Marie-Jérétnie Boutequoy, ses fils, tisserands ; Joseph Chauvin, perruquier ; Paul Deraffat Dulac, cultivateur à Larochefoucauld ; Charles Delorme, cultivateur et agent national à Valderoy ; Pierre-Jean-Baptiste Despréaux, marchand » forain ; Norbert Daubier, fabricant d'huile ; Didier Her-

billon, domestique; Jean-Philippe Pajot , cuisinier; Nicolas-François Perières, juge de paix au canton de Gouvaincourt ; Louis Lamotte, secrétaire du district d'Eteing; René de Saint-Ouin, ex-baron et lieutenant de la maréchaussée, et Marie-Amélie Lamarre, sa femme;

NOTES

Charles Ragon, ex-noble; Alexandre-Jules Leblanc, peintre- vitrier ; Joseph Fleury, journalier; Jean Génot, maçon; Jacques-Germain F loran, courtier d'orfèvrerie; Magdelaine-Elisabeth Martnont, femme de Lasourdière, ex-noble; Antoine Thierrot, apothicaire: intelligences avec les ennemis de la République, falsification de certificats de résidence, fraudes et infidélités dans l'administration des vivres, etc., etc., etc.

H messidor : Charles-Chilpéric Appel-Voisin de la Roche-du-Maine, ex-marquis; Joseph- Henri-Robert de Chastenicr, ex-comte ; Pierre- Léopold Thiéry, président du Comité de bienfaisance de la section du Bonnet-Rouge ; Maurice de Giac, maître des requêtes au ci-devunt Parlement de Bordeaux ; Jacques-Franrois Gilquinct, couvreur; Loicis-Prosper Savary, domestique; Georges de Besse, cx-bailli de l'ordre de Malte; Hugues-Jérôme Daudus, ex-lieutenant civil de Cahors; Jean-Baptiste Cayse, curé non assermenté; Agénor-JIenri de Laubespin, ex-noble, ex-chanoine de Saint-Claude ; ThéoduU- Jacques-Constant Normand, capitaine de navire du commerce; Louis-Etienne Gauvain, notaire, et Jeanne Amiet, sa femme; Hippol y te Calmant de Vaugrenant, ex-noble, et Antoinette- Jacques de la Collonge, sa femme; Charles Conneau Des fontaines, ex-procureur de la commune de Poitiers; François Chauveau, homme de loi; Antoine Sabourne, principal du collège de Poitiers; Clément Tabard de Mazière, ex-bénédictin ; Jacques Clergeau, avoué; Jacques benain, huissier; Marc-Henri Warmé de Janville, ex-noble et capitaine au 16" régiment d'infanterie; Luc-Frédéric Cachard, capitaine au même régiment ; Robert-Jean-Jacques Lasalle, garde forestier; Pierre Vigerie, menuisier; Pierre Launay, volontaire, et Constant Lefol, maréchal ferrant du bataillon de Seineet^Oise ; Jacques- Louis- Joseph Desaires de Laigle. exnoble ; Charles-Gilles de Lachapelle, ex-noble et comnùs-

488 NOTES

su ire de la maison du roi ; Jean-François de Merville, ex-garde de l'ex-duchesse de Fleury : avoir cherché à soulever les citoyens en faveur des détenus des maisons d'arrêt; intelligences «et relations avec les brigands de la Vendée, etc.

18 messidor : Joseph Raedy, négociant à Montpellier; Charles Blanquet de Rouville, ex-marquis ; François Barthès, archidiacre de la cathédrale de Béziers ; Pierre- Antoine de Lcspinasse et Georges-FrêdMc-Charles de Lespinasse, son fils; Firmin Comhette de Labourlie. ex-noble et conseiller au Parlement; Jean-François Pctjraud, conseiller au Purlement de Toulouse ; Charles-Joseph-Auguste Rey de Saint-Ge,y, ex-noble; Paul Guiringaud, négociant ; Denis-Auguste Perrey , substitut du procureur général du Parlement de Toulouse ; Prosper- Kdmond Carbon, greffier; Henri- Alexandre Dausagnef de Laborde, ex-conseiller au Purlement de Toulouse; Jacques- Etienne Perrotte de Valhausyy ex-conseiller au Parlement de Toulouse; Albert Daspe, conseiller au Parlement de Toulouse; Adolphe-Théodore de Relloc . ex-noble, ex-conseiller au Parlement de Toulouse; Marie- Bernard-François Lafunestier, ex-conseiller au Parlement de Toulouse ; Joseph-Pierre Trinquecoste, ex-commissaire greffier au Parlement de Toulouse; Marie-Jean Lamotte, ex-conseiller au Parlement de Toulouse ; Joseph- Marie Guillermain, ex-conseiller au Purlement de Toulouse; Jean-Pierre Mourlais, ex-conseiller au Parlement de Toulouse; Rodolphc-François-Albert-Louis Tourniee. nx-conseiller au Parlement de Toulouse ; Pierre de Carbonnet, ex-noble, capitaine au 41' régiment d'infanterie, chevalier de courte rote, fils de capitoul : comme ennemis du peuple en prenant part à la coalition des Parlements, aux arrêtés et délibérations contre-révolutionnaires pris par le Parlement de Toulouse. Nicaise François , dit Salpëtrier , laboureur et procureur de la commune de Hou-

NOTES 489

lièrc. convaincu d'avoir soustrait des conspirateurs au glaive de la loi. Pierre Lacroin, écrivain public; Pierre Cunnt , ancien militaire, vendeur de verreries; Jean- Baptiste Cartier, dit Montmorency, boucher; Jean-Barnabé Carlier ; Louis-Vincent Marquier, d'abord prêtre, ensuite hussard; Félix Martin, soldat au 19* régiment d'infanterie ; François Perrin, jardinier; Georges Polh, prisonnier de guerre, sergent-major au régiment autrichien Lomdouwert-infanterie; Jean-Jacques Sérard, ex-curé : eonvaincus de s'être rendus les ennemis du peuple en abusant delà délégation du pouvoir public, en commettant des exactions envers les citovens, en se soustravant aux enrôlements, en cherchant à décourager les défenseurs de la patrie, et en se mêlant des conspirations de Bicêtre et du Luxembourg, etc., etc.

19 messidor : André. D'Aucour, vivant de son bien ; F tienne Michel, boucher; Duclos, employé d'administration; François-Gabriel de Fénélon, ancien militain*, ex-noble; Jean-Dominique Maurin, teneur de livres, exagent de l'ex-maréchal de Biron ; A lexandre Letnoine de Crécy, cx-garde du garde-meuble ; Jean- A lexandre de Laroche-Lambert , ex-noble et chanoine de Beauvais ; Pierre-Daniel Bourrée de Corberon, ex-président au cidevant Parlement de Toulouse; Dominique de Régnar. ex-noble, capitaine du régiment ci-devant Dauphin ; Michel de Goussainville père, manufacturier; Michel de Goussainville fils, ex-noble; Denis-Pierre- Jean Papillon, de Lafertê, ex-intendant des menus-plaisirs du roi ; Guillaume-Joseph Duplex de Bacquancourt, ex-noble , exconseiller d'Etat ; Marie-Catherine- Stanislas Voisin de Bouf 'fiers, ex-noble ; François-Claude de Desouches, ex-noble et prêtre ; Georges-Charles Lurienne, ex-chanoinc ; Simon de Mique, ex-noble, homme de loi ; Richard de Mique, ex-noble, intendant du roi de Pologne ; Hyacinthe Rossy, chef de brigade au 4' régiment de

NOTES

chasseurs à cheval; Marc-Antoine-François Rendon de Latour, ex-noble, cultivateur ; Sébastien Rabatialo, employé dans les bureaux de la Salpétrièrc ; René-Charles- François Laiour-Dupin de Chambly, ex-noble; Daniel- Armand-Frédéric Jlaudenger, ex-clerc, ex-juge de paix de Versailles; Louis- Joachim Pothier de Gèvres, ex-noble, duc et pair; François-César Royer, épicier ; Claude-Michel de Fontigny, ancien commissaire civil aux îles du Vent, ex-noble; Fleury-Lucien-Hector Basset de Lamarelle, ex-noble; Lucien Basset de Lamarclle père, président du ci-devant grand conseil de Paris; Frédéric- Abraham d'Haute fort, ex-noble; Jeanne-Marie d'Haute fort, ex-noble; Joseph-Antoine-Auguste de Damas, ex-noble, sous-lieutenant au 1G« régiment de dragons; François de Chalenier, ex-noble; Charles-Alcxandre- MarccUin d'Alzace, de Bossu, de Chimay% d'Hénia. ex-prince, capitaine des ci-devant gardes d'Artois; Louis Pourra, journaliste, ex-négociant ; Charles- Antoine Dugrail de Lavillette, ex-noble, ex-garde du dernier roi; Angélique-Pierre Pcrrot, ex-président de la ci-devant Chambre des comptes; Auguste-Jean-BajUiste Pcrrot, ex-noble; Antoine-Nicolas Perrot, ex-président de la ci-devant Cour des aides ; Charles Verdu re d'IIem, lieutenant général, ex-noble; Aymond-Cliarlcs-Masie Xicohiy, ex-premier président à la Chambre di s comptes ; Eticnne-Timoh'on Isabcau de Montrai, greftier au cidevant Parlement; Pascal Boycr, homme de lettres; Claude Didier Deyeux, ancien notaire; Louis-Ma*rimilicn de Laroche-Boussot, ex-noble ; Charles Goust de Longpré, commissaire de police de la section du Muséum; François-Antoine-Henri d'Amncvillc-Chifrevart , exnoble ; Alphonse Coutouly, journaliste, homme de lettres; Toussaint- François-Charles Giverville de Saint-Maclou, ex-noble; Gildas Chrétien, ex-juge ; Honoré-Josejih Royer, ex-noble et conseiller d'Etat; Thomas Northy, capitaine d'une légion belge ; Melchior de la Labeaume

ex-maréchal de camp, ex-noble, ex-constituant; Jacques- Paul-Robert de Desardières, ex-noble et lieutenant de vaisseau, Silvestre-Joachim de Desardières , ex-noble, ex-élève de la marine; François Aig log, dit Langlois, cultivateur, ci-devant courrier ; Pascal Bertrand, cultivateur, homme de loi; Antoine-Jean-Baptiste Julim, ex-intendant d'Alençon ; Louis Bruno de Boisgclin , ex-noble, ci-devant maréchal de camp; Charles Brochet de Saint-Prest, maître des requêtes ; Joseph Foucault, ex-officier au 22* régiment; Jean-Baptiste- Auguste Salignac de Fênélon, ex-abbé : convaincus de s'être rendus coupables en conspirant contre la liberté du peuple, en provoquant, par la révolte des prisons, l'assassinat et la dissolution de la représentation nationale, etc.

21 messidor : Jean-Mathieu d'Ornano, ex-noble, lieutenant au ci-devant gouvernement de Bayonnc ; François- Maximilien Damien, huissier; Gustave Aolin, marchand de tableaux, lieutenant de la garde nationale, commissaire civil de la section des Amis de la Patrie, électeur en lldO et H91 ; Jean-François Milner, marchand de tableaux ; Pierre Moricaud, épicier ; Jules-Constant Faquet, exvalet de chambre de la tante du roi; Paul-Louis Murcau, architecte de la ville , ex-chevalier de l'ordre de Saint- Michel ; François-Pierre de Nonant, ex-noble, exchartreux ; Jean-Pierre Seret , cocher du ministre Lafiotte, à Florence ; Jean-Baptiste Duplain de Sainle- Albine, ci-devant libraire ,> journaliste ; Louis-Paul Rivière, officier de l'ancienne gendarmerie ; Jean-Louis Radia: , ex-chanoine de Notre-Dame; Armand Montignt/y agent do Radix; Mathieu Brichct, ex-commis au département de la marine; Marie de Bordeau, femme de Basset-la-Marelle , ex-noble; Catherine Basset , femme de Frasan , ex-commissaire des guerres • Madelaine-Sophie-Fî'licitè Frasan, veuve de Devillard, ex-capitaine de la cavalerie, à Paris ; Mathieu-Joseph-

492 NOTES

Bernard Duval de Beaumontel, ex-noble, lieutenant-colonel du premier régiment de cavalerie ; Armand-Constant Tardieu deMalessy, ex-noble, ex-maréchal de camp; Françoise-Marie Paignon, femme de Tardieu Malessy, ex-noble ; Constance-Hélène Tardieu Malessy, femme divorcée de du Bois Béranger, émigré; Albert Lagrivc, marchand ; Gaspart- Lucien Chambon d'Arbouville, exnoble, ex-maréchal de camp ; Félicité-Françoise-Sophir Freteau, femme de Chambon d'Arbouville ; Joseph- Constant Carbonnières , ex-chanoine, ex-noble ; Jules- Amédée Carbonnières, ex-noble, ex-maréchal de camp ; Richard de Ferrette, ex -baron ; Gustave- Henri-Victor Borne d'Astier, ex-noble, sous-lieutenant au 4* régiment de dragons; César-Jean-Barnabé-Richard Borne d A stirr père, ex-colonel du 4e régiment de dragons; Servais-Louis Masse, mercier ; Jean-François Didier, ex-chanoine d^ Sainte-Opportune ; Henri-Joseph Delaporte, négociant à Paris; Jean-Clément Geoffroy d'Assy, ex-noble et caissier général des finances, ex-électeur ; Charles Doldecoop, gentilhomme du prince de Salm, baron ; Amédée-Mathteu- Louis Nicolay fils, ex-noble ; Bernard Mathias. marchand de vins; Charles-Jules Jude, coiffeur; Armand-Joseph Mclin, ex-commis au département de la guerro ; Amédée Huard, ex-prêtre de la paroisse de Notre-Dame-de-Lorette; Félix-Joseph Rivery, ex-lieutenant particulier au bailliage d'Amiens ; Jules Fran-Kart fils ; Henriette de Letis, femme de Béranger, ex-noble ; Marie-Sidonie Artois de Levts, femme de Duluc, émigré, ex-noble; Jeanne-Anne- Michel, veuve du maréchal de Levis ; François de Guillermain, ex-noble ; Félix Guillemin, domestique ; Léo»v- Constant de Sainte-Marie, ex-noble ; Adolphe-Daniel Charbonnier de Sainte-Croix, ex-noble : convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple en conspirant contre sa sûreté, contre sa liberté, en se révoltant dans les prisons, en provoquant l'assassinat et la dissolution de l'Assemblée nationale, etc. François Bellœil, ex-curé de Colville;

NOTES

Charles Voillemier, soldat ; Marcel-Alexandre-Louis Bridk, vivant de ses revenus ; Henri Mauvoisin, marchand d'estampes ; Jean-Baptiste Duhau, compagnon eloutier; Simon-François Cœurdacier, doreur et gendarme ; Grégoire Guérin, volontaire ; Pierre Fremont. boulanger; Georges Lardiny volontaire; Antoine Baron, horloger ; Jean-Baptiste Goniny vannier ; Noël Drouin, murehand fripier : pour avoir provoqué la dissolution de la représentation nationale et résisté aux autorités constituées, etc.

22 messidor : Jean-Baptiste Darival, commissaire au ei-devant Châtelet ; Armand-Gaspard Vattier, maître do poste à Bernis ; Joseph- S itaneau Verdure, horloger ; Jean-Jacques Mousnier, homme de loi; Mathieu-Félix Roussialle, ex-receveur des loteries ; François-Gustave- Ferdinand Lalan, ex-receveur des loteries ; Louis-Frédéric Ducornette de Larniniêre, ex-noble, ex-officier dans Tétat-majordes dragons; Léon-Rodolphe de Champagne, ex-noble, colonel du ci-devant régiment de Flandre ; Louis Duvernay, ex-noble; Philippe-Henri Pariseau, journaliste ; Pierre Bardou, inspecteur des haras; Charles- Nicolas Consault, ex-directeur de loterie; Gaspard Queudeville, ex -prêtre de l'Oratoire; Armand-Jules-Raoul- Caradeuc de la Chalotais, procureur général au ci-devant Parlement de Rennes; François-Pierre Pérignon, exprôtreet vicaire de Saint-Roch; Joseph-Balthazar Attirel, architecte et ex-prêtre ; Félicien-Constant de GuerpeU ex-noble, capitaine de hussards; Marie- Amédé de Gondrecourt, ex-noble, ex-capitaine au 18* régiment de cavalerie, lieutenant civil de la garde du roi ; Louis-François Menti, cuisinier de Menval, capitaine de cavalerie ; Joseph-Richard Bourmault de Fleury, commissaire à lu vente des biens nationaux; Félix-Gaspard-Pierre de Rochemure, ex-noble, capitaine de chasseurs; Nicolas-Jean de Prrnot, maréchal de camp ; Victor-Célestin de Rov.r

401 NOTES

Puivert, lieutenant de vaisseau, chevalier du ci-devant ordre de Malte ; François-Joseph Durand-Dubignon, exmajor des Gent-Suisses ; Léopold- Joseph de Dailly, excomte, maréchal do camp ; Pierre Machet Velyc, ex-intendant des bâtiments de Monsieur ; Georges-Ferdinand de Dur fort, ex-garde du roi ; Jules-César- A dam Lemarin, ex-capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes ; Constant Lebret, ex-curé constitutionnel do Sancourt; Jules Féret, ex-curé d'Héricourt ; Jules Louvatière, liquidateur de la ci-devant ferme générale ; Jean-Marie Bcnière, ex-curé de Chaillot; Armand Cart-BaUazard, homme d'affaires; Albert Tournon, journaliste; Célestin- Albéric de Deselle, capitaine au ci-devant régiment royal; Jean-Baptiste Lemaire, ex-avocat ; Léon-Georges Marin, ex-quartier-maître de la garde du roi ; Claude-Lucien-Maximilien Leclerc de Buffon, fils du ci-devant comte de ce nom, ex-major en second du ci-devant régiment d'Angoumois : condamnés à la peine de mort pour s'être rendus coupables en conspirant contre la sûreté et la liberté du peuple, en provoquant la révolte et l'assassinat dans les prisons, etc. Antoine-Isidore Faron de Bossu, ex-commissaire terrier et arpenteur ; Jean-Jacques Chopplet, lieutenant-colonel commandant le 5r bataillon à Paris ; Jean-Charles -Martin Marivaux, homme de loi ; André Paris, palefrenier du ci-devant duc deBrissac; Jacques Thoineret, ex-curé de Noisy-le-Sec ; Joseph Fougerat, cultivateur : condamnés à mort pour avoir participé aux complots liberticides du 10 août 1"792 ; aux trahisons de Dumouriez et de Valence ; pour avoir maltraité les patriotes; pour avoir refusé de fournir du grain et de la viande pour la subsistance des citoyens, enfin pour avoir conspiré contre l'unité et l'indivisibilité de la répubbque, etc.

23 messidor : Paid-Marie-Stanfslas-Louis-Alexandre Dumolard, militaire; Emmanuel Gohier, ex-clerc et procureur administrateur du district de Pontoise

NOTES

Jacques-Louis Gleize, ex- vicaire; Joseph Millclongue, officier de santé; Louis Ancelin de la Garde, ex-lieutenant de vaissuau; Joseph Doyer, dit Bézier^ ex-garde du roi, savonnier à Sedan ; Marc-Antoine Bordier, tailleur d'habits ; Nicodcme Ifenrillion , cultivateur ; Charles- Laurent Sauvage, lieutenant de vaisseau : condamnés à la peine de mort pour avoir entretenu des intelligences avec les ennemis de l'État, pour avoir pratiqué des faux, pour avoir participé aux conspirations du roi, avoir tenté de dissoudre les sociétés populaires, abusé des fonctions qui leurs élaient conliées et avoir applaudi aux succès des rebelles, etc., etc.

2-1 messidor : Roch Mercandier, journaliste, ex-secrétaire de Camille Desmoulins; Marie-Anne Gouamot, femme de Mercandier; François-Théodore Lacroix, homme de loi, membre du Comité de surveillance; François Ihibert, ex-oflicier de la maréchaussée; Barthèlenii Vignault, vivant do son revenu; Thomas-Pierre Baudry, ingénieur, chef de bureau aux affaires étrangères; Pierre Ftral, employé à la régie générale de l'enregistrement; Gilles-Michel Leconte, avoué; Jean-Baptiste Viviant, médecin et membre du conseil général du Jura; Christophe Sorlin, procureur; Jean-François Grand, médecin, officier municipal de la commune de Saint-Laurent ; Charles-Xavier de Bourellier, députe pour le prétendu comité de Salut public de Lons-le-Saulnier, ex-noble; Claude-FrançoisVaillant, ex-trésorier du district ae Lonsle-Sauluier; Ignace-Joachim Clervwnt, maire de Salins; Pierre-Claude Gautier, agent national de Franc- Amour; Claude- Etienne Guyon, membre du conseil général, à Poligny; Jean-Baptiste Rotelin, ex-cultivateur, huissier; Alexis Machet, ex-procureur et syndic du département du Jura; Denis Ruffey, commis à la saline de Montmarat; Rose Piedrequin, femme Trestondant; François- Michel Ôuiraud, médecin : convaincus d'avoir provo<juô

«96 NOTES

pur des écrits la dissolution de la représentation nationale, d'avoir colporté les écrits, conspiré contre l'unité do la République, fait exécuter les arrêtés iiberticides, etc., etc. Marie- Antoinette Bouret, femme de Grimaldi, exnoble; Charles-Edouard-Frédéric-Henry Macdonald, colonel du ci-devant régiment de Foir; Jean-François Thoiras, capitaine d'artillerie ; Ê tienne-Louis de Moutarly, ex-capitaine d'infanterie; Jeanne-Gabrielle-Rosc, femme de Montarly; Louis Suzan, ex-brigadier du guet, à cheval; François- Pierre Lefèvre, maréchal des logis au 18e régiment de chasseurs à cheval : convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple en favorisant les projets du roi, en entretenant des intelligences avec les ennemis, en servant d'espions, en déclamant contre la liberté, en provoquant la dissolution de la représentation nationale et le rétablissement de la royauté, etc., etc.

25 messidor : Augustin Hervé, marquis de Faudoas, ex-capitaine de cavalerie; Éléonore Hervé de Faudoas, Catherine-Michelle de Faudoas, veuve de Beaurepairc. ex-nobles; Jean-François Laataigne, vivant de son travail; Jules Lantaigne, même qualité; Nicolas Fréderick, ex-tailleur des pages, à Versailles; Jean-Pienr Rosée, dit Larosée, ex-palefrenier du roi, à Versailles; O. d'Avimard de Souchct, ex-capitaine, gouverneur des ci-devant pages, à Versailles; Jean Rose, cultivateur, exprocureur général, syndic du département de la Marne, cultivateur au Grand-Champ; Réné-Joseph Nicolais, exoilicier municipal à Ernée; Jean-Mathieu-Julien Laguedcc. commis; Auguslin-Bernard-Louis-Joseph Rousseau, maître des exercices et armes des enfants du roi; Jean Huël Deluche la Croze, ex-curé et maire d'Etagny ; Aimé Mequenin d'Artaise, capitaine de cavalerie; Vincent de Roffignac, ex-prêtre; Marie- Anne de la Suderie: Julie- Agathe Saint-Priest, femme divorcée de Dacier Desbrossc; Charles Vanhooff. horloger; Jean-Baptisf?

NOTKS

Léguai n, étudiant; Jean-Elis.-Barthélemy Cousin, excaissier des États de Bourgogne; Jean-Joseph Laville, commis aux affaires étrangères; Mathurin Lambert, excuré; Jean-Claude Pcllechet, inspecteur des bâtiments du roi; Antoine-Benoit Suzanne, ex-curé; Louis-Joseph- Samton Bricogne, ex-curé do Marly; Joseph-François- Josse Renaud, ex-curé de Saint-Cyr; Melchior Grandjean, ex-curé de Beusanville; Claude-Henri Boismègre, ex-curé de Chatou : convaincus d'avoir participé aux complots du roi, d'avoir jeté l'alarme et le désordre dans l'armée» répandu de fausses nouvelles, protégé l'émigration des pages du roi, d'avoir méprisé les lois, etc., etc. Pierre-Nicolas Maumont, cultivateur; Pierre Regnaud fils, laboureur; Baptiste Bouder, cultivateur; Constant- Amable Clément, médecin; Jacques Thune, juge au tribunal du district de Nyons; Charles-François- Alexandre Lebarbicr, homme de loi; Jean Delpy, laboureur; Bernard Bragot, huissier; Françoise Pcrrier, veuve Hilaire; Marie Bidault, veuve Titcard : condamnés à la peine de mort, convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple en conspirant contre la République, etc., etc.

27 messidor : Jeanne-Claire Daubigny; Claire-Thérèse Boudelois, veuve Daubigny; André -Dominique Bourbonne, lieutenant-colonel de gendarmerie; Edme-Antoine Lcgris , ex-notaire; Marthe-Colombe Legris , femme Bourbonne; Maric-Cécille Tarrain, femme Brunclle, ex-noble; François-Louis Despreaux , ex-noble; Angélique-François Jluet de Dambrun, ex-maître des requêtes; Pierre-Jean Lion, domestique; François Paris. employé à l'état-major du 2e bataillon de l'Aube; Jean- Baptiste Faiseau, agent de l'ex-duc de Nivernuis ; A gustin-Edme Frappier, homme de loi; Jean-Pierre Laurent, ex-curé de Selle; Jeanne Fardy, femme Rapin; Marie-Edme Binet , vivant de son bien; Louis-René Vauquois, employé aux ci-devant fermes ; Jean Lambri- V 32

NOTES

quel, guivon de la chambre du frère aîné dû roi; Atidré- François Fortin, capitaine de la gendarmerie des tribunaux de Sens ; Jeanne Fougère, femme de Chadouteau, concierge de Dalbignac, ex-évôque; François-Denis Millet, ex-chanoine ; Charles-Gilles Lachapelle, commissaire de la maison du roi; Joseph Chabran, palefrenier: condamnés à mort pour avoir servi les projets du roi, participé aux assassinats du 10 août, cherché à ébranler la fortune publique, tenu des propos contre-révolutionnaires, provoqué le fanatisme, discrédité les assignats, détruit les subsistances en tuant les brebis pleines, etc., etc. Louis-Joseph Rollat, président du district de Gannat ; Jean Rollat, cultivateur ; Claude Parât, ex-vicaire de Rozières ; Jean-Baptiste Salleneuve, commis au bureau contentieux de la compagnie des Indes ; Jean Berniaud, maçon et charpentier ; Nicolas- Antoine Pariot, dit Martin, employé à la poste aux lettres ; Nicolas Rangé, garçon cartier ; Henri-Noël Grand, palefrenier : convaincus d'avoir avili la cocarde , d'avoir cherché à ébranler la fidélité des citoyens envers la nation, cherché à discréditer les assignats, entretenu des correspondances avec les ennemis de la République.

28 messidor '.Jean-Jacques Mararal, homme de loi; Marie- Ai ncdil de Seuilhac , ex-chanoine; Albert. Cayron, homme de loi; Pierre-Sigot de L'Estang, ex-noble; Esbruyat, dit Lablanche. ex-maire de Saint* Front ; Jean- Pierre Souchet, dit Duprès, chirurgien ; Jean-Louis Vergèzes, ex-maire de Saugues; Joseph Bouchet, juge du tribunal d'Issengeaux; Daniel Paillet, administrateur de district; Victor Ollier, ex-curé; Aniédvc Dutreuil, administrateur de district; Joseph Therme, administrateur de district; Jean Mauret, notaire; Émilien-Constant Darleau, concierge du marquis de Maubourg; Louis Labbé, aubergiste et cultivateur; Émile Levasseur, meunier; Gaspard Louyot, manouvrier; Nicolas Papa, soldat: sont condamnés à la peine de mort pour avoir pris part à

NOTES

la révolte connue sous le nom de Camp de Jalès, avoir tenu des propos contre-révolutionnaires, maltraité les patriotes, abusé des fonctions publiques, excité les citoyens à ne pas partir pour défendre la liberté, etc. Pierre Pinet, exagent de Ferrary, ex-noble ; Pierre Pen-in, tireur de mines de fer, ex-procureur; Louis Admet, ex-secrétaire de la commune de Fresnoy; Charles Gaboriau, notaire; Maric- Rcnée Chamboran, femme divorcée de Duplessis, ex-noble; Joseph Gellé, ex-curé; Sébastien Audigier, ex-curé, exnoble; Catherine Duplessis de Lamerlîère, fille; Amédée- Cèlestin Geoffroy, lieutenant au 11» régiment des chasseurs à cheval; Joseph Brebion-Lahaye , médecin; Pierre Poirier, cultivateur, ex-noble; Marie de Lauvadottr, femme Poiner; Mathieu Beisseriez, dit Léveillé, officier municipal: accusés de s'être rendus les ennemis du peuple en entretenant des intelligences avec les.ennemis de l'État, en provoquant et excitant des émeutes tendant à la dissolution de la représentation nationale.

29 messidor : Jean-Louis- Audcbert Ronheau, maître de mathématiques; Louise Riquet, femme Blaizeau ; Arnédé -Louis Calmclle, ancien négociant; Lucien Yvon, courrier de la malle; Ferdinand Morel, perruquier; Françoise Croisy, ex-religieuse; Madelaine-Georgcttc Trézelle, ex-religieuse; Marie-Agathe Hennissct, exreligieuse; Marguerite-Geneviève Lidoine, ex-religieuse; Adèle Pellerat, ex-religieuse; Madelaine Thouret, exreligieuse; Marianne-Adelina Piedcourt; Marie- Adélaïde Bndeau, ex-religieuse; Margueritc-Cèleste-Constance Brard , ex-religieuse; Rosalie Chrétien, exreligieuse; Marie Dufour, ex-religieuse; Aimée Roussel, ex-religieuse; Émélie- Jeanne Vezolat, ex-religieuse; Madelaine-Gaspanne Meunier, ex-religieuse ; Catherine Soiron, tourrière carmélite ; Claude-Louis Mulot, dit Lamernadière, ex-prêtre ; Félix Keppler, syndic de l'abbaye d'Andelau; Célcstin Borels, cultivateur; Henri

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NOTiiS

Tellier, ex-grettier du tribunal de puix, à Marseille; Gaspard Yuny, cordonnier; Pierre-François Monet, employé ù l'administration des fourrages; Lucien Edclman, musicien à Strasbourg; François Edelman, fabricant d'instruments; Jean Bournet Duhamel: convaincus d'avoir entretenu des intelligences avec les ennemis de l'Etat, d'avoir incarcéré arbitrairement les citovens, arboré la cocarde blanche, formé des conciliabules fanatiques, composé et conservé des écrits contre-révolutionnaires, porté secours aux émigrés, excité des alarmes, porté les armes contre la République, etc., etc. Jean-Baptiste Brothal, ex-curé; Louis Mesnard, laboureur et vigneron; Li'onie Mesnard. veuve de Jean Dubret; Laurent Lejrune, dit Ramoml, laboureur ; A Ibcrt Petit, mégissier; Paul Pruneyre, caporal dans le 1er bataillon du département de la Haute-Loire ; Mathieu Hubert, instructeur des volontaires de La Ferlé; Jean Labrousse de Duboffrand, ex-noble ; Pierre Chasseloup, armurierau 3* de hussards; Louis Hellot, capitaine en second dans les charrois de la République : condamnés à la peine de mort pour avoir troublé la municipalité, empêché la lecture des décrets de la Convention nationale, provoqué le rétablissement de la royauté, commis des infidélités envers la République et avoir eu des intelligences avec les ennemis de l'État, etc.

1" thermidor : Jean 'May on de La Balue , ex-négociant; Louis Magon de la Belinaye , Jules Couvreur, receveur des rentes; Joseph-Barthrlemy de Saint-Pem, Fclicitd-Marie-Jeanne Magon, femme du marquis do Saint-Pem; Gaspard-Amédê Legris, ex intendant du duc d'Avray; Edouard-Charles-Albert Magon de Lalande , ex-noble; Célestin Gardy, commis; Pierre Scionneau Duchcsne, dit de Qucsnc, ex-avocat ; François-Joseph Cornullcr, Gaspard-Renc Conin de Saint-Luc, président au ci-devant Parlement de Bretagne; Fdlicie Laroque, san3 état: Amélie-Louise Saint-Pem, femme de Cor-

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nidler; F anny-Mar guérite Dubois, femme de Corn* Saint-Luc, et Virginie Conin de Saint-Luc, sa fille: condamnés à mort pour avoir entretenu des correspondances avec les ennemis de la République , de leur avoir fourni dos secours, d'avoir provoqué le rétablissement de la royauté, semé le trouble dans les départements. Pierre Gui, ex-curé de Villicrs ; Gaspard- Joseph Vavcapel, ex-euré de Belghem; Henri-Georges Gaucher, ancien major du régiment de Bassigny; Jean-Baptiste Grcr,\ont, ex-huissier; Pierre Rattéville, fabricant de savon; Paul Veshuissard, cultivateur; Léonard Aubry, soldat ; Nathalie-Félicie Olivier, couturière ; Marie- Fançoise Puzel, veuve Varia , ex-noble ; Madeleine Marey , domestique chez la veuve Varin : Jean-Baptiste Blandin, domestique; Anne Oudet, domestique chez la veuvo Yarin : ont été condamnés à la peine de mort pour avoir voulu chercher à avilir la représentation nationale par des propos séditieux, méprisé les lois, arraché les décrets appliqués sur les murailles pour les soustraire à la connaissance des citoyens, prêché le fanatisme, coopéré aux projets du roi, cherché à avilir les autorités constituées, avoir vexé les citoyens, fourni des secours aux émigrés, etc., etc.

2 thermidor : Jean-Paul Cazès, cx-jugo du ci-devant bailliage de Montaut; Pierre Tissère, ex-garde du corps de Monsieur; Jean-Mathieu Voizard, notaire; Bernard Dardigna, ex-notaire; Louise- A nais Berbis, femme de Duteuil, ex-noble et officier d'artillerie ; Constance Zola, blanchisseuse; Jean-Louis Itou.éel de Blanchelandc , officier de cavalerie ; Jean - François Lunon , exnoble; Claude-Bernard Villcmain, ex-prêtre; Jacques- A rmand Tissot, lieutenant des douanes nationales ; Ferdinand Lallemand, capitaine au l,r bataillon des Vosges; Barthélémy Pinard, commis négociant; Caroline-Agnès Daix, Mathilde Bauchet, marchandes : convaincus de

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s'être déclarés les ennemis du peuple en empêchant le recrutement, en insultant l'arbre de la liberté, en criant vive Louis XVI, en cachant les ennemis de la République, etc.

3 thermidor : Anatole-Nicolas Delamarre, dit Piémont, ex-juge ; Pierre-François Sonn, dit Le jeune, exnoble; Charles Lescandry , accusateur public; Pierre Potignyde Lamey, vivant de son bien ; Marie-Clémence- Léontine-Edmé Hébert, femme divorcée de Radot, excapitaine des dragons ; Laurent-Louis Cussy, ex-noble, ex-prôtre, ex-archidiacre, et Louis-Laurent de Cussy, son neveu, ex-noble; Constant- Armand Tanquerey d'Hy enville, ex-noble se disant cultivateur; Henri Le forestier, ex-noble, ex-comte, ex-maire de Vers ; Joseph Juchel, dit Bonnufé, ex-capitaine des dragons d'Artois ; Jean-Baptiste Collet d' Autre f are, ex-avocat au Parlement de Paris; Jean-Jacques-Nicolas Guichard , ex-vicomte; Pierre Mauduit, sous-chef de l'administration de la marine; François-Lambert Demotz, ex-chanoine; Jean-François Guichard Mauditry , ex-noble ; Jeanne - Catherine Berouville, femme Guichard Mauditry, ex-noble; Bernard-Albert Boudier, marchand et procureur ; François-Rodolphe Lepigeon, président honoraire de l'ex-élection de Coutances : condamnés pour avoir entravé les réquisitions faites pour l'armée du Rhin, pour détournement de fourrages, dilapidation des propriétés nationales, fausses nouvelles, pour s'être appitoyés sur la mort du roi, etc., etc. Louis- Joseph Drême , professeur de mathématiques ; Jean-Baptiste Renou, ex-vicaire; Charles Plâtré, dit Bellecour, ex-coiffeur de Madame, et depuis employé dans les charrois militaires ; Georges-Jean Gébistroff ', ex-domestique ; François Blandin, fabricant de mousseline ; Renée Launay, femme Voile; Pierre Saint-Romain, ci-devant gendarme ; Claude Batelier, ci-devant jardinier, demeurant à Bicêtre comme pauvre ; Jean-Baptiste Blézière, serrurier el ex-gendarme : condamnés à la peine de

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mort pour avoir entretenu des intelligences avec les ennemis de l'État, refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, d'obéir aux lois de la déportation, enfin d'avoir foulé la cocarde nationale, tenu des propos contrerévolutionnaires, porté les armes contre la République, caché et fait pourrir les grains pour en priver la République, etc., etc.

4 thermidor : François Revéche, cultivateur; Pierre Duval, domestique; Jacques Palatot, commissaire; Charlotte-Françoise-Caroline de Cossé-Brissac, veuve de l'exmaréchal do Noailles; A ng clique- Jeanne-Lou ise-Delphine de Noailles, femme de l'ex-vicomte de Noailles; Henriette- Alexandrine d'Aguesseau, veuve de l'ex-comte d'Ayen; Joséphine-Louise de Juvenot de Trenelle, veuve de Lachâtre ; ex-noble émigré ; Emilie-Marie-Rosalie Thorcau, veuve de Saint-Juize, conseiller au Parlement; Marthe-Anna de Martinville, veuve de Vaugamier, exnoble; Marc Dubuisson, domestique; Joseph deMeynard- Mellet, ex-noble ; Paul-Georges Mouchy, charron ; Jacques d'Apremont-Lindeux , ex-capitaine d'infanterie; François Vieulace, ex-noble, ex-capitaine; Charles de Fiers, ex-noble et général en chef de l'armée des Pyrénées; Jean Caillaux, domestique; Jean Roger, employé; Jean- Jacques de Laroche-Lambert, ex-noble ; Lucien-Eugène La fond des Essarts, ex-noble et chef d'escadron ; Nicolas Semillard, marchand ; Charles-Maurice de Talaru, exmaréchal de camp et cordon rouge ; Sébastien Boutin, ancien trésorier de la marine ; Jules Sosthènes de Laborde, ex-fermier général ; Pierre-Frédéric Gossin, ex-constituant et procureur général, syndic du département de la Meuse ; Etienne de Larochc-Lupy, ex-noble ; André- Hippolyte de Remigny, ex-noble ; Albert-Casimir de Pracomtal, ex-noble ; Jean-Pierre Berger Desbarres, cultivateur ; André Gauthier, ex-commissaire du roi à Méry; Jean-Baptiste Evrard, gendarme ; Paul-Maximi-

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lien-Manon de la M6ley ex-noble; Charles- A génorPrissy- Linoux, officier municipal à Gerniiny (Nièvre); Constant Camuset, ex-juge à Nevers ; Mathieu-Edouard de Paul, Lempereur de Bissy, ex-garde constitutionnel du roi ; Louise de Gascoing, femme de Larochc-Lupy, ex-noble; Caroline Boyauy veuve de Charles Amiral cultivateur; Jean-Jacques Jlaly, ex-notaire ù Nevers ; Jean-Baptiste Laxaldê, commis des ponts et chaussées à Nevers; Sophie-TIu'ràse Séguicr, veuve de Kemigny, ex-noble; Charles-Louis de Chambrun d'Uxelo upy auditeur en la ci-devant chambre des comptes de Nevers, et Paxd de Chambrun d'l\reloupy son frère; Joseph- Jude Dubois, président de la chambre des comptes de Ncvers ; Prosper Robillard, officier municipal à Ncvers; François Trévhaux, journalier : convaincus de s'être déclarés les ennemis du peuple, d'avoir participé aux crimes du tyran, facilité l'émigration, entretenu des intelligences avec les ennemis de l'État, discrédité les assignats, recélé des titres de noblesse, etc., etc.

5 thermidor: Gustave- Adolphe-Jacques-François de Desallc-Champaguier ; Cl Ornent- Louis- Albert de Beauvoir % cx-ncble; Emile Harrop, négociant; Eugène Lcsage, précepteur à Saint Mandé; Maximilien-A uguste de Bruges \ ex-vicaire général de l'évêque de Mendes; Amédée-Julien Boucher d'Arais, ex-lieutenant particulier au ci-devant Chûtclot ; Frcdcric-César-Aimi* d'Antichamp, ex -chanoine de l'église Notre-Dame ; Louis-Constantin Montbazon de Rohany prince et amiral; Lucien de Champcenetz, ex-noble et homme de lettres ; Fi'lix-Lt'on-Emmanuel de Jlumbert, colonel du 19* régment de chasseurs à pied, ex-noble ; Ferdinand Desalin de Kirbourg, prince d'Allemoçne; LSopold-Mathieu Gouy d'Arcy, ex-constituant ; A lecandre de Beauharnais, ex-général ; Henri-Jules Joli de Btlry, ex-noble ; Louis de Karcadeuc, marquis et officier au régiment d'Armagnac ; Nicolas-Xavier de Kerhoënt,

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comte et maréchal de camp; Laurent -Félix Michelet , homme de loi; Jean-Baptiste Delmne, ex-chevalier do Saint-Louis, ex-écuyer; Jules-Constant de Soyecqiwt, excomte ; Louis-Camille Waroquicr, ex-lieutenant des grenadiers royaux ù Taris ; Louis-F< H c !.> , ■! de Grammont, ex-noble; Abel-IIenri Gaumont, ex-*pble; Hubert Du Puget, ex-marquis, ex-mousquetaire noir; Charles-Félix Chambly, ex-capitaine ; Armu)id- Joseph-Louis Malette, marchand de fer ; Jean-BaptisteVallet, ex-commis au bureau de la guerre ; Cyprien Mienne, coutelier ; Jean- Jacques Pestçl, ex-chevalier de Malte; Emilien-Ferdinand Callet Santen-e, Banquier ; Joseph-Jules Caillol, prêtre; Joseph - lier, tard Chevrier, prêtre à Auteuil; Laurent François Delonne, ex-religieux de Saint-Victor et prieur de Hrette ; Mathieu Verdict', ex -secrétaire de l'évêchô de Montpellier; Joseph Darche, ex-chanoine de Ghûtillon; Jean-Bamabé Guilbert, ex-curé constitutionnel de Montfermeil ; Jean-Pierre-Mathieu-Amédée Catylle, ex-oratorien, ex-curé de Saint -Thomas- d'Aquin ; Jules-Joseph de Saunhac ; Richard-Jacques Mignard, ex-marin employé à la commune de Paris; Joseph -Ilyppolite d'Autremont, ex-secrétaire de l'abbé de Viennay ; Nicolas-Gaspard-Mathurin Devillers, ex-employé au bureau de l'Assemblée législative et constituante ; Amédé-Félix Bourgeois, homme de loi; Frédéric- Ulric Burk, matelot; Armand Marsillac, bijoutier; Jean Ward, ex-général de brigade de l'armée du Nord ; Joseph Valone, domestique ; Jean Coupj)é de Maisonneuve, ex-garde du roi ; Mathurin Maliconxe, domestique ; Fritz Moreau, perruquier; Paul Obrenant, ex-curé non assermenté; Bernard Millot dit Benoit, ex-greffier de la commune d'Étang ; François- Denis Soulavic, domestique; Louis Brisson, domestique; Nicolas Parent, vivant de son bien ; Jean-Baptiste Didiot, domestique ; Laurent Bonneval, valet de chambre : convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple en participant aux conspirations, en

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tentant d'ouvrir la maison d'arrêt dites des Carmes pour anéantir la Convention nationale, ses comités de salut public et de sûreté générale ; en entretenant des intelligences avec les ennemis de l'État ;^en émigrant du territoire français, en rentrant en France pour favoriser les complots des ennemis, en tenant des propos contre-révolutionnaires, etc.

6 thermidor : Clément-Mathieu Ulain, instituteur; Louis Dessinard, commis banquier ; Laurent Selle, entrepreneur des farines, inspecteur général des effets militaires de l'armée de l'intérieur; François-Roger de Maillé, flls du vicomte de ce nom; F e"lix- Adolphe de Maillé, ex-prêtre, cousin du précédent; Pierre-Laurent Champigny, ex-curé de Villepinte; Gustave Grindorge, comte de Menil-Durand, ex-adjudant général; Albert- Louis-Julien Flavigny, lieutenant en second au ci-devant régiment des gardes françaises; Marguerite-Hélène- Louisc de Flavigny, ci-devant comtesse, femme Desvieux ; Clairc-Léontine-Sidonie Saucourt, veuve Denis de Dail, ex-baronne; Ëlisa-Palmyre-Hélène Dubois, femme de Fleury, avocat général au ci-devant Parlementde Paris; Joseph Gravier de Vergennes père, comte; ClaudeGravicrrfi- Vergennes, ex-maître des requêtes, capitaine de chasseurs, ex-ofûcier municipal; Mathilde-Louise de Laval-Montmorency, ex-abbesse de Montmartre; François-Constant de Thibault-Lagarde, officier du ci-devant régiment des gardes françaises ; Camille-A Ibert Charleval, ex-lieute- • nant de la garde du roi ; Jules Dagieux, ex-ofticier de la garde du roi; Alphonse-Pierre-Albert de Bérulle, premier président au ci-devant Parlement de Grenoble ; Félicité-Constance Bérenger, femme de Beauvilliers de Saint-Aignan ; Pierre-Mathieu Beauvilliers de Saint- Aignan, ex-duc; Pierre Coppin de Villepreux, ex-chevalier, capitaine à la suite de la cavalerie ; Joseph-Henri Laboitbléne de Montesquiou , ex-grand-vicaire de Rouen;

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