B. — EXAMEN BACTÉRIOLOGIQUE DES PLAIES AU COURS DES SEPTICÉMIES
1° L'agent de la septicèmie prédomine au niveau des lésions locales
Les 13 cas de septicémies que nous avons observés étaient dues à quatre espèces microbiennes dif-
férentes : streptocoque, staphylocoque, tétragène, pneumobacille de Friedlander, qui sont les agents aérobies habituels de l'infection des plaies de guerre. Dans tous nos cas sauf deux, à l'examen du sang, nous avons joint un examen bactériologique des plaies, uniques ou multiples, examinant directement les sécrétions d’abord et les ensemençant en milieu aérobie et anaérobie pour identifier et déceler tous les germes des plaies, les jours suivants.
Cette méthode nous a permis d'isoler chàque fois des lésions locales l'agent de l'infection sanguine.
Dans tous les cas le microbe cause de la septicémie, fut l'agent aérobie prédominant de l'infection des plaies, souvent le seul visible à l'examen direct et dans beaucoup de nos observations ce n’est que par culture que nous avons pu isoler d’autres germes aérobies ou anaérobies.
Ce fait n’est pas pour nous étonner, il indique simplement une virulence particulière ou une défense de l'organisme insuffisante vis-à-vis de telle ou telle espèce microbienne qui-se traduit secondairement par la septicémie.
Nous ne reprendrons pas l'examen bactériologique de chacune de nos plaies ce qui serait fastidieux et inutile, l’ayant exposé après chacune de nos observations, nous opposerons seulement les unes aux autres quelques-unes de nos constatations faites au cours des septicémies, d’origine microbienne diflérente et la spécificité de l'infection locale n’en sera
que plus frappante.
P. Legrain $ 7
6 est le cas de deux dèr nos observations; Vobser: vation I, fracture de cuisse avec septicémie strep-. tococcique et l'observation XI, fracture de la tête humérale et septicémie staphylococcique, deux blessures osseuses graves avec septicémies mortelles.
Dans l'observation 11, nous relevons l'examen suivant de la plaie, pratiqué le 16 décembre, quatre e jours après la blessure : chainettes de streptocoques en quantité considérable, culture abondante de streptocoque sur gélose, aucun autre microbe; sur gélose profonde seulement AUEMUES rares colonies de perfringens.
Le streptocoque est donc le seul microbe le agent de l’infection locale et ce n’est que par culture que;l'on peut déceler du perfringens. ;
17 décembre. — Hémoculture positive, septicémie streptococcique.
Dans l’observation XII, au cours d’une septicémie : staphylococcique, l’examen du pus provenant de la plaie de l'épaule donne les renseignements suivants à l'examen direct : des coctci en amas où en diplo- | coques prenant le Gram et des bacilles. En culture, colonies abondantes de staphylocoques et de per.” fringens, aucun autre micr obe aérobie que le sante locoque.
Dans ces deux observations de seplicémies l’une | streplococcique, | ’autre staphylococcique, cliniquenent si comparables, il existait donc localement une spécificité microbienne tout à fait caraciérisée. Dans la première, uniquement du streptocoque, dans la
to
‘ secondé, uniquement du staphylocoque associé dans
cs deux cas à un microbe anaérobie : le perfringens. Dans ces deux cas l’agent de la septicémie était le ‘seul microbe aérobie pullulant au niveau des plaies. Voici deux autres exemples aussi frappants au
cours de deux septicémies, l’une,suite d’une plaie
musculaire de la fesse (obs. XI), l’autre d’une pOIsS plaie du cuir chevelu (obs. VI).
Dans l'observation VII, septicémie streptococ-
‘cique, l'examen du pus provenant de la plaie, prati-
qué le même jour qu’une hémoculture positive, donne les renseignements suivants : à l'examen direct, chaîneltes abondantes de streptocoques, cocci en diplocoques ; sur gélose, colonies nombreuses de streptocoques, quelques rares colonies de staphylocoques ; ; sur bouillon, streptocoque pur.
Le streptôcoque est donc l'agent presque unique - de l'infection locale; par culture seulement on peut
. déceler du staphylocoque, très EU abondant du
reste. É
Dans l'observation XI, septicémie à tétragène, au niveau de la plaie de la fesse : uniquement des cocci en diplocoques ou en tétrades : en culture, uniquement du tétragène comme microbe aérobie, quelques
rares colonies de perfringens en milieu anaérobie.
Dans ces deux observations l’examen bactériologique des plaies, relativement peu importantes, nous a montré, comme dans un des deux cas précédents où.
il existait des lésions osseuses graves, la même prédo-
minance, comme agent infectieux local, du microbe,
cause de la septicémie, soit le tétragène, soit le streptocoque. >
Nous pourrions multiplier ces exemples, l'examen de la plaie de l’observation XII, septicémie staphylococcique, ne décèle que du staphylocoque et du perfringens, celui de l'observation IV, septicémie streptococcique, streptocoque en abondance à l’examen direct et en culture, seulement quelques colonies de staphylocoques par ensemencement.
Dans l’observation VII, seplicémie à pneumobacille de Friedlander, on ne trouve au niveau de l'une des plaies que du Friedlander et du perfrin- . gens.
20 L'agent de la septicémie prédomine au niveau de toutes les plaies.
Mais cette spécificité microbienne locale au cours des septicémies se rencontre également, dans certains cas de blessures mulliples, au niveau de toutes les plaies chez un même blessé. C’est le cas de notre observation V.
Ce blessé, atteint de septicémie streptococcique, présentait deux plaies de gravité différente, l’une au niveau du mollet, l’autre au niveau de la région. sacrée avec un éclat d’obus inclus dans le sacrum. Cette dernière se compliqua d’ostéite, peut-être d’arthrite sacro-iliaque et fut le point de départ évident de l'infection sanguine, alors que l'autre évoluait très simplement.
Nous avons examiné ces deux plaies au point de vue bactériologique. Dans les deux cas l’examen direct nous révéla uniquément des chaînettes abon-
dantes de streptocoques; sur culture aérobie et
anaérobie, après ensemencement large, cultures nombreuses de streptocoques, très rares colonies de tétragène, aucun autre microbe. /
Chez ce blessé, le streptocoque fut donc l'agent
presque unique de l'infection locale de la plaie sacrée,
l'agent unique de l'infection de la plaie du mollet,
.3° L'agent de la septicémie peut se développer d'une
façon progressive au niveau des plaies, la pullulation microbienne locale précédant l'infection sanguine.
Nous voyons donc par ces diverses observations que le microbe, cause de la septicémie, pullule au niveau des plaies et s’y montre le seul microbe ou le microbe prépondérant de l'infection locale. Dans un
Cas nous avons pu faire des examens répétés du sang
et de la plaie depuis l’arrivée du blessé à lPambulance jusqu’au moment où la septicémie streptococcique s’est déclarée. Le streptocoque d’abord très rare dans la plaie s’y est développé d’une façon progressive pour y devenir extrêmement abondant et l'unique agent aérobie de l'infection locale ; secondairement à cette pullulation microbienne in situ la septicémie s’est déclarée.
C'est le cas de notre fracture de cuisse de l’observation IT. - 3
Le premier jour, 13 décembre à 23 heures, l’examen direct du pus prélevé au cours de l'intervention donne, en résumé, les résultats suivants : rares perfringens, aucun autre microbe. En cultures, colonies. de. perfringens abondantes, quelques colonies de. streptocoques, aucun autre microbe.. 4
Le 14 décembre, douze heures après, le premier prélèvement, la flore de la plaie s’est déjà modifiée : perfringens visible à l'examen direct mais déjà nombreuses chaineltes courtes de streptocoques. En. cultures, ne poussent que des colonies de streptocoques et de perfringens.
. Une hémoculture, faite le soir, est négative.
Le 16 décembre, l examen direct montre des quantités formidables de chainettes de streptocoques. En culiures, le streptocoque pousse abondamment et on n'obtient que quelques colonies de perfringens. Le 17 décembre, succédant à cette pullulation microbienne locale, l'infection sanguine streptococcique apparaît.
4° Les plaies d'aspect favorable, les plaies sèches restent infectées
Nous regrettons de n’avoir pas examiné les plaies atones et sèches du blessé de l'observation III, mort le souixante-quinzième jour et dont l’examen nous eût vraisemblablement révélé la persistance du streptocoque au niveau des lésions locales. Nous avons
-examiné à ce propos la plaie sus-claviculaire, à as-
pect favorable, du blessé de l’observation VI. Le 1° février, jour de début de la septicémie et le vingtième jour après la blessure, cette plaie parais-
sait en parfaite voie de guérison. Les pansements
étaient-faits rarement et il n'existait qu’une sécré- \ tion insignifiante. Un examen, pratiqué le lendemain,
montre de nombreuses chaïnettes de strepiocoques
dans la sérosité de la plaie. Treize jours après le début de la septicémie, la plaie est sèche; il est
impossible de prélever la moindre sécrétion pour un
examen. Nous scarifions la plaie avec l’extrémité d’une pipette et le streptocoque pousse abondamment en cultures.
Üne réaction ganglionnaire, dans le territoire de la blessure, aboutissant à la suppuration au cours de la septième semaine est un exemple identique de la persistance de l'infection locale (obs. VII). Cette persistance est intéressante au point de vue théra-
peutique et elle nous paraît commander dans les cas
graves une exérèse, si celle-ci est possible.