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Évangile selon saint Matthieu, chap. x, vers

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tiels de la société moderne , et qu'il ne les tolère que comme Moïse tolérait le divorce parmi les Juifs, « à cause de la dureté de leur cœur ; » si d'autre part les adversaires du surnaturel, de l'inspiration des Livres saints et de la divinité de Jésus-Christ prévalaient au sein du Protestantisme, qui ne serait plus alors qu'une philosophie hésitant à prendre son vrai nom, si toutes ces mauvaises chances venaient à se réaliser, je suis loin de penser qu'en présence de telles fautes et de tels revers, la religion chrétienne disparaîtrait dn monde et retirerait définitivement aux hommes sa lumière et son appui; ses destinées sont au-dessus des égarements humains; mais, à coup sûr, pour que les hommes revinssent de tels

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égarements, pour que la lumière rentrât dans leur âme et l'harmonie dans la société moderne, il faudrait qu'il éclatât de nouveau, dans les âmes et dans la société, un de ces troubles immenses, une de ces tourmentes révolutionnaires dont les hommes ne recueillent les leçons qu'après en avoir souffert tous les maux.

Près d'aborder des questions plus profondes et plus permanentes, je ne fais qu'indiquer ici ce que je pense de la crise qui agite en ce moment le monde chrétien, de sa cause principale , de ses périls , et des chances bonnes ou mauvaises qu'elle laisse entrevoir pour l'avenir. Dans l'ouvrage dont je publie aujourd'hui la première partie , je laisse de côté ces faits et

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ces débats de circonstance; c'est de la religion chrétienne en elle-même , de ses croyances fondamentales et de leur légitimité que je m'occupe ; c'est la vérité du Christianisme que je voudrais mettre en lumière en le mettant en présence des systèmes et des doutes qu'on lui oppose. Je m'abstiendrai de toute polémique directe et personnelle ; les personnes embarrassent et enveniment les questions ; on ménage ou l'on injurie ses adversaires; deux genres de fausseté qui me sont également antipathiques ; je ne veux avoir pour adversaires que les idées ; et quelles que soient les idées, j'admets la sincérité possible de ceux qui les professent; la discussion n'est sérieuse qu'à cette condition , et ni Ténor-

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mité intellectuelle de l'erreur, ni ses funestes conséquences pratiques n'excluent sa sincérité. L'esprit de l'homme est encore plus facile à séduire et plus égoïste que son cœur; quand il a conçu et exprimé une idée, il s'y attache comme à son œuvre propre, et s'y emprisonne orgueilleusement, comme s'il était en possession de la pure et pleine vérité.

Ces Méditations seront divisées en quatre séries. Dans la première série, qui forme ce volume, j'expose et j'établis ce qui est, selon moi, l'essence de la religion chrétienne, c'est-à-dire les problèmes naturels auxquels elle répond, les dogmes fondamentaux par lesquels elle résout ces problèmes, et les faits surnaturels sur lesquels ces dogmes re-

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posent, la Création, la Révélation, l'inspiration des Livres saints, Dieu selon la Bible, Jésus-Christ selon l'Évangile. Après l'essence de la religion chrétienne vient son histoire ; elle sera l'objet d'une seconde série de Méditations dans lesquelles j'examinerai l'authenticité des Livres saints, les causes premières de la fondation du Christianisme, ce qu'ont toujours été la foi chrétienne et l'Église chrétienne à travers les siècles et malgré leurs vicissitudes, la grande crise religieuse qui, au seizième siècle, a divisé l'Église chrétienne et partagé l'Europe entre le Catholicisme et le Protestantisme, enfin les crises antichrétiennes qui, à diverses époques et en divers pays, ont mis en question et en péril le Christianisme

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lui-même , et qu'il a toujours surmontées. La troisième série de ces Méditations sera consacrée à l'étude de l'état actuel de la religion chrétienne, de son état intérieur et extérieur ; je retracerai le réveil chrétien qui s'est manifesté parmi nous dès l'ouverture du dix-neuvième siècle , soit dans l'Église catholique, soit dans l'Église protestante , l'élan de la philosophie spiritualiste qui s'est relevée à cette même époque, et le mouvement anti chrétien qui a éclaté bientôt après dans la renaissance du matérialisme, du panthéisme, du scepticisme et dans les travaux de la critique historique. J'essayerai de déterminer l'idée et par conséquent, selon moi, l'erreur fondamentale de ces divers systèmes, adversaires déclarés

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et actifs du Christianisme. Enfin, dans la quatrième série de ces Méditations, je tenterai de pressentir l'avenir de la religion chrétienne, et d'indiquer par quelles voies elle est appelée à conquérir complètement et à dominer moralement ce petit coin de l'univers que nous appelons notre terre, et dans lequel se déploient les desseins et la puissance de Dieu, ainsi qu'ils se déploient aussi sans doute dans une infinité de mondes à nous inconnus.

J'ai passé trente-quatre ans de ma vie à lutter, dans une bruyante arène , pour l'établissement de la liberté politique et le maintien de l'ordre selon la loi. J'ai appris, dans les travaux et les épreuves de cette lutte, ce que valent la foi et la liberté chré-

puissante : la destinée même de l'homme est intimement liée à ces questions; elles contiennent le secret non-seulement de ce qu'il voit, mais de ce qu'il est lui-même ; quand il aspire à les résoudre, ce n'est pas seulement pour comprendre le spectacle auquel il assiste; il se sent, il se sait acteur dans le drame; il veut savoir son rôle et son sort. Il s'agit, pour lui, de sa conduite et de son avenir comme de la satisfaction de sa pensée. Ces problèmes souverains ne sont pas, pour l'homme, des questions de science, mais des questions de vie; en leur présence , il faut dire comme Hamlet : « Être ou n'être pas, c'est la question. »

D'où viennent le monde et l'homme au milieu du monde? Comment ont -ils commencé? Où vont-ils? Quelles sont leur origine et leur fin? Il y a des lois qui les gouvernent; y a-t-il un législateur? Sous l'empire de ces lois l'homme se sent et se dit libre; l'est-il réellement? Comment sa liberlé se concilie-t-elle avec les lois qui le gou-

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vernent , lui et le monde? Est-il un instrument fatal ou un agent responsable? Quels sont, avec le législateur du monde, ses liens et ses rapports?

Le monde et l'homme lui-même offrent un étrange et douloureux spectacle. Le bien et le mal, moral et matériel, l'ordre et le désordre, la joie et la douleur y sont intimement mêlés et en lutte constante. D'où < viennent ce mélange et ce combat ? Est-ce le bien ou le mal qui est la condition et la loi de l'homme et du monde? Si c'est le bien, comment le mal y est-il entré? Pourquoi la souffrance et la mort? Pourquoi le désordre moral , le malheur si fréquent des bons , le bonheur si choquant des méchants? Est-ce là l'état normal et définitif de l'homme et du monde?

L'homme se sent à la fois grand et petit, fort et faible , puissant et impuissant. 11 s'admire, il s'aime; et pourtant il ne se suffit point à luimême; il cherche un appui, un secours au delà et au-dessus de lui-même; il demande, il invoque,

il prie. Que veulent dire ces troubles intérieurs, ces élans alternatifs d'orgueil et de faiblesse? Ont-ils, ou non, un sens et un objet? Pourquoi la prière ?

Ce sont là les problèmes naturels, tantôt obscurément pressentis, tantôt clairement posés, qui, dans tous les temps, chez tous les peuples., sous toutes les formes et à tous les degrés de la civilisation, par instinct ou par réflexion, se sont élevés et s'élèvent dans l'àme humaine. Je n'indique que les plus grands, les plus apparents ; j'en pourrais rappeler bien d'autres qui se rat lâchent à ceux-là.

Non-seulement ces problèmes sont naturels à l'homme ; ils ne le sont qu'à lui ; ils sont son privilège. Parmi toutes les créatures à nous connues, l'homme seul les entrevoit et les pose, et éprouve un besoin impérieux de les résoudre. J'emprunte à M. de Chateaubriand ces belles paroles : « Pourquoi le bœuf ne fait-il pas comme moi ? 11 peut se coucher sur la verdure, lever la tête vers les cieux.

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et appeler par ses mugissements l'Être inconnu qui remplit cette immensité. Mais non ; préférant le gazon qu'il foule, il n'interroge point, au haut du firmament, ces soleils qui sont la grande évidence de l'existence de Dieu. Les animaux ne sont point troublés par ces espérances que manifeste le cœur de l'homme; ils atteignent sur-le-champ à leur suprême bonheur ; un peu d'herbe satisfait l'agneau; un peu de sang rassasie le tigre. La seule créature qui cherche au dehors, et qui n'est pas à soi-même son tout, c'est l'homme1. »

De ces problèmes naturels et propres à l'homme sont nées toutes les religions ; elles ont toutes pour objet de satisfaire la soif qu'a l'homme de les résoudre. Comme ces problèmes sont la source de la religion, les solutions qu'ils reçoivent en sont la substance et le fond. C'est, de nos jours , une tendance assez commune de faire

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