I. Exode, chap. m, vers. 14, 4 3-1 4. (V
DIEU SELON LA BIBLE
Jehovah sa mission et ne s'inquiète plus que de l'accomplir.
En présence de tels faits, devant cette association de Dieu et de l'homme dans la même œuvre, les adversaires du surnaturel se récrient : « A quoi bon, demandent-ils, ce mélange de l'action divine et de l'action humaine? Dieu a-t-il besoin du concours de l'homme, et ne peut-il pas, s'il le veut, accomplir lui-même et par son plein pouvoir tous ses desseins? » A mon tour, je leur demanderai s'ils savent pourquoi Dieu a créé l'homme, et s'il les a mis dans le secret de ses intentions envers les instruments qu'il emploie à ses desseins. C'est précisément le privilège de l'homme d'être l'associé à la fois soumis et libre de Dieu, et d'intervenir, par sa propre action, dans des plans dont une infiniment petite part est révélée à son intelligence et réservée à son travail. L'Asie occidentale et son histoire sont remplies du nom de Moïse; juifs, chrétiens et mahométans l'appellent
le premier prophète, le grand législateur, le grand théologien ; partout, sur le théâtre des événements, les lieux conservent sa mémoire; le voyageur y rencontre le puits de Moïse, le ravin de Moïse, la montagne de Moïse, la vallée de Moïse. Dans d'autres pays et d'autres siècles, ce nom a été donné comme le plus glorieux que les saints pussent recevoir: saint Pierre a été appelé le Moïse de l'Église chrétienne ; saint Benoît, le Moïse des ordres monastiques; Ulphilas, le Moïse des Goths. Qu'a fait Moïse pour obtenir une si haute et si permanente renommée? Il n'a gagné point de batailles ; il n'a conquis point de territoires; il n'a fondé point de villes; il n'a gouverné point d'États; il n'était pas même un homme habile et puissant par l'éloquence : « Hélas, Seigneur, dit-il à l'Éternel, ni d'hier ni d' avanthier je ne suis point un homme qui ait la parole aisée, même depuis que tu as parlé à ton serviteur, car j'ai la bouche et la langue pesantes i. »
\. Exode, chap. iv, vers. 10. (X)
DIEU SELON LA BIBLE
11 n'y a. dans cette histoire, pas une grande action humaine, pas un grand événement qui soit le fait de l'homme; tout est le fait de Dieu, et Moïse n'est, en toute occasion , que l'interprète et l'instrument de Dieu; c'est à cette mission qu'il a consacré son âme et sa vie; c'est à ce titre seul qu'il est puissant et qu'il concourt, en tant qu'homme, à une œuvre infiniment plus grande et plus durable que celle de tous les héros et de tous les maîtres du monde.
Je ne connais pas de plus frappant spectacle que celui de l'inébranlable foi et de l'inépuisable énergie de Moïse dans la poursuite de cette œuvre qui n'est pas la sienne propre, et dans laquelle il exécute ce qu'il n'a pas conçu, il obéit bien plus qu'il ne commande. Les obstacles, les mécomptes abondent devant lui; il est aux prises avec les faiblesses, les infidélités, les fantaisies, les jalousies, les séditions de son peuple, de sa propre famille : il a lui-même ses moments de tristesse et
d'inquiétude. Il crie à l'Éternel : « Que ferai-je à ce peuple? Peu s'en faut qu'ils ne me lapident... Je te prie , fais-moi voir ta gloire. » Et Dieu lui répond : « Je ferai passer toute ma bonté devant ta face ; mais tu ne pourras pas voir ma face, car nul homme ne peut me voir et vivre » Et Moïse se confie en Dieu et continue à triompher en lui obéissant.
L'œuvre de la délivrance est consommée ; Moïse a conduit le peuple d'Israël hors d'Egypte, et surmonté les premiers périls et les premières souffrances du désert. Ils avancent dans le groupe montueux de la péninsule de Sinaï. De vallée en vallée, ils arrivent « à l'entrée d'un large bassin entouré de pics élevés. Celui de ces pics qui commande la vue la plus étendue est couvert de blocs énormes, comme si la montagne avait été bouleversée par un tremblement de terre. Une fente