‹ Ser I. Méditations sur la religion chrétienneChapitre 30 sur 64 · DIEU ET LES ROIS · texte numérisé non relu

DIEU ET LES ROIS

Moïse a retiré d'Égypte le peuple d'Israël, et l'a conduit, à travers le désert, jusque sur la rive orientale du Jourdain, en vue de ce pays de Chanaan, sa terre promise. Mais là finit la mission de Moïse : « Monte au sommet de la montagne de Pisgah, lui a dit l'Eternel; élève tes yeux vers l'Occident et vers le Septentrion, le Midi et l 'Orient, et regarde de tes yeux, car tu ne passeras point ce Jourdain; mais donne à Josué la charge, et le fortifie et l'encourage ; car c'est lui

qui passera devant ce peuple, et qui le mettra en possession du pays que tu verras i. » Moïse a été. au nom de Jehovah, le libérateur et le législateur ; Josué est le conquérant, guerrier pieux, modeste et rude, ardent serviteur de Jehovah, fidèle disciple de Moïse. Il passe le Jourdain, parcourt en tous sens la terre de Ghanaan, bat successivement la plupart des peuplades qui l'habitent, les détruit, ou les expulse, ou traite avec elles, et partage leurs terres entre les douze tribus d'Israël, qui échangent leur vie errante contre la vie fixe et agricole dont Moïse leur a donné la loi. Les descendants d'Abraham s'établissent en maîtres sur le sol où Abraham avait demandé, comme une faveur, la permission d'acheter son tombeau.

Les conséquences de cette nouvelle situation ne tardent pas à se manifester. La conquête est difficile et longue; les violences et les rapines de

<\. Deutéronome, chap. m, vers. 27-28. (BB;

DIEU SELON LA BIBLE

l'état de guerre, d'une guerre de dépossession et d'extermination, remplacent, chez les Hébreux, les aventures et les émotions pieuses du désert. Malgré ses succès, la conquête demeure incomplète; plusieurs des peuplades chananéennes se défendent efficacement, et conservent, à côté des nouveaux venus, leur territoire, leurs lois et leurs dieux. Les douze tribus d'Israël se dispersent, et s'établissent, chacune pour son compte, sur des points divers et lointains, quelques-unes même séparées des autres par le Jourdain. L'unité de la nation hébraïque, de sa foi, de sa loi, de son gouvernement, de sa destinée, s'affaiblit rapidement; les velléités d'idolâtrie, qui ont si souvent éclaté dans son sein quand elle errait dans le désert, reparaissent et se développent, fomentées par le voisinage des peuplades chananéennes et polythéistes. Ce n'est pas précisément le polythéisme qui l'emporte sur le Dieu unique ; ce sont les images matérielles de Jehovah qui deviennent, au milieu de

telle ou telle tribu, l'objet de ce culte idolâtre que proscrit si fortement le Décalogue : « Les enfants d'Israël firent ce qui est mauvais devant l'Éternel, et ils oublièrent l'Éternel leur Dieu, et ils rendirent un culte aux Bahalims et aux bocages l, » Sous l'empire de ces circonstances, l'état moral et social du peuple d'Israël s'altère profondément; la barbarie, jadis fanatique et austère, y devient déréglée et licencieuse; ses chefs, ses Juges pendant l'époque qui porte ce nom, ne possèdent plus et souvent ne méritent plus sa confiance; même les actes héroïques de quelques-uns d'entre eux, de Gédéon, de Déborah, de Samson, ont an caractère plus étrange qu'auguste. La théocratie mosaïque se voile ; la nation hébraïque se désorganise ; l'anarchie religieuse et politique s'étend et s'aggrave de jour en jour dans Israël. Mais là ou la lumière divine a lui, elle ne

Page 1