‹ Séraphine; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 133 sur 189 · ACTE TR0ISII"^ME · texte numérisé non relu

ACTE TR0ISII"^ME

SÉKAPIllN'E, se lovnnt.

Allons donc ! Il L'a ccrii! J'en élais sûre. Celle lollie! Donne! Je la veux !

• YVONNB.

Je l'ai dccliirée!

SÉRAPIIINE.

Ta mens.

YVONNE, se levant.

Si j'étais fille à le mentir, maman, j'aurais nié la lettre; c'était plus vile fait. Je l'assure que je l'ai déchirée.,, et qu'il n'y. avait que ces mois : e iMon Yvonne , je suis arrivé ! »

SÉRAPHINE, avec amertume.

Mon Yvonne!

YVONNE

Ça, maman , lu sais qu'il ne m'a jamais appelée autrement; C Irje suis bien son Yvonne,. et toute à lui du fond du cœur!

Les beaux sentiments, en vérité! et que cela est louchimt de filleule à parrain !

YVONNE

Ah! maman, écoule. Je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, et je vois bien depuis longtemps que tu ne peux pas le souffrir!... Moi, c'est dilférent. Comment oublierai-je les premières impressions de ma vie? — Si haut que remonte mon souvenir, c'est lui que je vois penché sur mon berceau.... cl qui me regarde... d'un œil si doux, si tendre!... Un peu plus tard, j'étais encore en nourrice, quoique déjàgrandelette... Tu étais en voyage, toi, je pense... j'étais bien malade... une fièvre!... Je me vois deboul sur mon petit lit! poussant des cris de terreur : mon parrain m'enlève dans ses bras ! me serre sur son cœur et me dit : « N'aie pas peur! G'esl moi, mon Yvonne adorée! » Et tout en me couvrant de baisers, il pleure... Je sens une de ses larmes tomber sur mpn front brûlant !... Alors je m'apaise! Il me semble que je m'endors... mon souvenir s'arrête à celle larme, mais elle est restée si présente ! Je la sens toujours! ... Elle est là, liens ! ... Tous les baisers ne l'ont

lO't SERAPHIN E

pas effacée de mon front!... Juge si rien au monde l'effacera jamais de mon cœur!

SÉRAPHINE, à part.

Oh ! le démon ! Il me l'a prise !... tenez !...

YVONNE

Et Dieu sait pourtant que tu l'as essayé ! Et que je t'en ai bien voulu... je te demande pardon ; mais je dis tout !

Qu'ai-je essayé?

YVONNE

A la pension, et plus tard au couvent, il m'écrivait, et de si bons conseils, si affectueux ! Je lui répondais toujours. Il y a un mois, mère Angélique, à qui nous remettons nos lettres, me dit : « Mon enfant, c'est inutile ; celle-ci ne partira pas! c'est l'ordre de madame la baronne ! Et j'ai mission également de ne pas vous remettre celles qui vous viendraient de la même personne... » Je suis rentrée dans ma chambre, où j'ai pleuré !... Catherine, ma nourrice, est venue me voir; je lui ai tout conté; elle m'a vue si triste, la pauvre femme, qu'elle m'a dit : « Eh bien, écoutez, mon enfant, votre mère est fâchée avec votre parrain; mais donnez-moi vos lettres, je les lui enverrai, et c'est moi qui vous apporterai les réponses ! »

Et vous avez profité?...

YVONNE

Oh ! c'était mal, maman, je le sais, très-mal, et je l'en demande bien pardon, mais je n'y tenais plus! j'étais trop malheureuse ! Et je suis si contente de pouvoir tout te confesser une bonne fois. (Respirant.) Ah ! maintenant, j'ai tout dit ! Tu vois, je respire à l'aise !

J'apprends ici de Ih'IIcs choses !

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