‹ Séraphine; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 58 sur 189 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

MANON, riant.

Lui qui me croit endormie, avec des vapeurs !.,

GARAT, éclatant de rire.

Des vapeurs !.. Toi, des vapeurs!.. Allons donc | Air : Oti courez-vous, monsieur l'abbé ? Quoi! des vapeurs, à vous, Manon?

Quand vous portiez petit jupon...

Je vous vis, belle brune...

AMARANTHE

Eh bien?..

Sans vapeur aucune.

Vous m'entendez bien?

AMARANTHE

Ah! quels souvenirs!.. Tant d'amour! tant de joie !..

GARAT

Et pas le soûl.. Ah ! le beau temps ! Tout ce qui me reste à vivre, Manon, tout, pour une seule journée d'autrefois !.. Quel s(jileil en ce temps-là!., bien plus brillant qu'aujourd'hui! Quelles fleurs, bien plus fraîches !.. Et nos diners sur l'herbe !..

AMARANTHE

Ah ! nos diners sur l'herbe !

GARAT

Tiens!.. Je vois encore notre chambrette sous les toits : ici mon clavecin; là, ton mélier; plus loin, la fenêtre; et au fond... ah! au fond, l'alcôve et ta jolie tête sur l'oreiller... car nous n'en avions qu'un. — Le soleil se lève... nous dormons fincore...

Air de ta Garde nationale.

"^ Du jour

Annonçant le retour.

Sur les toits d'alentour L'oiseau chaule et bavarde...

Malgré Le rideau bien tiré.

Un beau soleil doré Inonde la m.uisarde.

Manon Rit de mon air grognon, Et, prenant son jupon.

M'agace et me bouscule ; Et moi, pestant tout bas, Je trouve enQn mes bas.

L'un, sous le matelas.

L'autre, sur la i)endule.

Quel trésor Sort de ma lévite?..

Il résonne!., c'est --^ louis d'or!

Je m'ékince, et le prends bien vite, '

Fort surpris qu'il existe encor.

Jour de fête.

On apprête Ma toilette.

Ton corset ; Je te lace Avec grâce.

Et je casse Le lacet.

On part Pour le bois de Ciamart, L'un portant un homard, L'autre un pâté superbe; Cacbés sous le feuillage vert.

Vive notre couvert!

Avec dessert.

Sur l'herbe!..

Hélas!

La nuit vient à grands pas...

Et ce coucou, là-bas, Qui part au clair de lune, A deux places pour nous.

Mais je n'ai que cinq sous.

Mets-toi sur mes genoux.

Et nous n'en paîrons qu'une Aux grelots Du coucou qui trotte.

Tu t'endors, malgré les cahots; Je te berce et je te dorlotte Gomme un enfant au repos.;.

C'est le gîte!

Allons, vite.

Ma petite. Soutiens-toi !..

Mais Madame, Qui se pâme.

Dit : « Mon àme, « Couche-moi! »

Voyant Que tu dors bravement.

Je vais en faire autant; Dieu garde La mansarde, Et me donne, après le sommeil^ Ton amour au réved.

Et lendemain pareil!..

Oui, je m'endormais bravement Chaque soir, en disant :

Dieu garde La mansarde, etc.

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