‹ Séraphine; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 65 sur 189 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

CAMUSOT

Comment, peuh!

GARAT, à Maxime.

A votre place, moi, j'aimerais mieux l'argent, ah I j'aîmerais mieux l'argent !

CAMUSOT

Mais ne l'écoutez donc pas!., (a part.) Je le tuerai ce foula!.. (Haut.) L'hôtel tout meublé, je vous le donne tout meublé... Vingt mille francs de mobilier!..

MAXIME, après avoir consulté Garât du regard.

Allons, pour vous obliger, j'accepte !

CAMUSOT

Et tout ça pour cette satanée...

GARAT, riant. Quoi donc? (chantant.)

On rit, on jase... on s'amuse...

CAMUSOT

On s'amuse... on s'amuse!.. Je me la rappellerai celle-là !

(il passe à gauche aVec Maxime.)

AMARANTHE, bas à Garât.

Étes-vous content?

GARAT

Oui! (a lui-même.) Et d'uu... A l'autre!., (a madame Duhamel.)

Est-ce que nous ne dansons pas?

MADAME DUHAMEL

Vous dansez !

GARAT

Comment, si je danse! mais, ventrebleu ! je crois bien que je danse!.. Allons, monsieur Pliar... une gavotte ! une gavotte... monsieur Deshoulières...

DESHOULIÉRES.

Oh! moi, jamais!

GARAT

Comment! jamais?

DESHOULIÉRES.

Je n'ai jamais dansé de ma vie! le gouvernement, l'État, la France! (il prise.)

VESTRIS, à Garât.

Si ce n'est pas une pitié!... Il faisait une choûte tous les soirs.

GARAT

Attention, là!... le petit Auguste... J'espère que vous allez vous distinguer, hein?

VESTRIS, se frottant les mains.

Ah! maintenant, oui!., il a l'oiseau!.. Je lui ai campé l'oiseau!... je me sens des ailes.

GARAT

Allons! en place! en place! (On danse la gavotte; à Vestris, en dansant.) PlUS haut donc!... (Vestris redouble sous les yci;'. de Deshou-

lières, qui le regarde du coin de l'œil, en prenant une prise de tabac d'un air dédaigneux.)

DESBOULIÉRES, à lui-même.

Ah! oui, va, tu as beau te démener, tu n'as jamais été qu'un pantin !... Tandis que moi I...

GARAT, à Vestris.

Hardi, là!... (Vestris redouble.)

DESHOULIÉRES, à lui-même.

Ce n'est pas mal., mais ce n'est pas ça !.. (Même jeu de Vestris.) Pas de moelleux! pas de style I... Peuhl... il me fait pitié!

GARAT, de même.

Encore.

VESTRIS, bai.

Je n'en pouisplousl...

GARAT

Allons donc!...

DESHOCLTÉRES, s'oubliant.

Mais ce n'est pas cela.... misérable ! mais tu patauges! (Haut.) Mais arrête donc, paillasse, je te dis que tu n'y entenils rien!.. Tiens!... voilà comme ça s'exécute, regarde-moi ça. (il s'élance

et fait UQ entrechat splendide.)

GARAT, lui saisissant la jambe au vol, et la tenant en l'air. Bravo! Pamphile. (La gavotte continue au fond.) DESHOULIÉRES, effaré.

Ciel!

VESTRIS, bas, à Desboulières.

Le dieuVoulcain!...

DESHOULIÉRES, à demi-voix.

Messieurs... je vous jure !...

GAR.\T, de même.

Allons donc, allons donc ! pis de modestie, cher Monsieur... je vous ai vu jadis sur le théâtre de votre gloire.

VESTRIS

Et moi je t'ai assez de fois prêté mon blanc et mon rouge pour en barbouiller ta iichoue mine I

DESHOULIÉRES.

Messieurs !

GARAT

Pamphile I... la grande école... la danse des maîtres!...

DESHOULIÉRES.

Eh bien ! oui... mais, par pitié, taisez-vous! le gouvernement! la France!..

GARAT, lui lâchant le pied.

Soit ! mais vous allez me signer immédiatement un laisserpasser pour monsieur le comte d'Angennes.

DESHOULIÉRES, écrivant.

Ah ! tout ce qu'il vous nlaira !

GARAT

Et si jamais il est inquiété, je me charge d'approndre à la France entière qu'elle est représentée par le dieu Vulcain.

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