ACTE PREMIER
zoii.
OIi! collf^-]à, c'osl un volcan !
PÉLAGIE
Et fagoté !
ZOÉ
Ce chapeau noir et rouge, avec des torsades de jais!
SÉ RAPIIINE.
C'est moins ridicule encore que sa fameuse robe ddcollctde du bal de bienfaisance !
PÉLAGIE
Décollotf^e, quelle horreur !
ROBERT, à Plantrôso, tous les deux assis, à gauclio.
Mais non, quand c'est joli !
PLANTROSE.
Veux-tu te taire !
zo É.
Moi, j'étais à côte de la petite Lusignan, qui a l'air d'un bébé !
PELAGIE, aroc nigrour.
Peut-on marier une enfant aussi jeune que cela. C'est indécent !
PLANTROSE, bas à Robert.
Pélag<ifi n'a pas trouvé de mari !
ROBERT, de même.
Je vois bien I
ZOÉ
Et à propos, la grosse vicomtesse ne se remarie donc pas ?
PÉLAGIE
Il est tenps ! on a assez jasé sur ce fameux capitaine!
AGATHE
Oh ! c'est une calomnie!
Si':R.\PHINE, doucpment.
Mais oui ! on calomnie le capitaine !
PLAXTROSE.
Pardon encore! mesdames! sur quoi a-t-il prêché ce soir, le père Anselme?
ZOÉ
Sur la charitô chrétienne !
PLANTROSE.
C'e^t bien ça ! (a part). Voilà comme elles en profitent!
ZOÉ
Au fait, mais vous revoilà, vous, on ne vous voit plus ! je vous croyais reparti po'ir l'Ajyssinie !
PLANTROSE.
J'y pense !
PELAGIE, qui s'est levée, à Plantrôse qui se 1ère pour l'écouter.
Oli ! la belle occasion, monsieur, de fonder là-bas une mission catholique, qui paralyse l'influence anglicane triomphant de Théodoros !
Ah ! c'est bien M., de Plantrôse qui aurait de tels soucis !.., Se faire l'apôtre des idées catholiques au delà des mers, fi donc ! Monsieur, lui, circule en commis-voyageur du progrès... 11 étudie les civilisations exotiques dans leurs rapports avec le lissage du lin et l'élève des vers à soie. Il ne [lorlerait pas aux Abyssins un livre sublime: rfmitalion, qui les rendrait meilleurs : oh I non! il leur porte le savon de la. Société hygiénique qui les rend plus propres!.,. Une théorie moderne.,. Le savon nettoie... donc il moralise!.,, n'fst-cc pas?
PLANTROSE.
C'est mon humble avis !
U va s'adosser à la clieminée.
ZOE
Et qu'avez- vous rapporté en échange, à votre dernier voyage !
PLANTROSE.
Oh ! ne m'en parlez pas, vicomtesse, un tas d'animaux empaillés, dhn-bes et de cailloux.
PÉLAGIE
Des herbes?
PLAMROSE.
Une entre autres, signalée déjà par Rochet d'Héricourt , et qui guérit la morsure des chiens enragés!
ZOÉ
Mais c'est de la pharmacie, ça!
Elle se lève et passe à gauche
PLANTROSE.
Pas autre chose, madame ! que voulez-vous? chacun prend son plaisir où il le trouve! Je n'aurais pas fait quatorze pas pour contrarier Théodoros dans ses convictions... IMais j'ai fait deux cents lieues sous un ciel de feu, au milieu de piaules, de bctes et d'hommes féroces, pour conquérircette malheureuse petite racine. J'y ai gagné une insolation qui m"a mis sur le tlanc pour un mois, en plein désert, avec une fièvre!... et sans autre boisson qu'une eau saumâtre qu'il fallait partager avec ma racine... Et j'ai fait tout cela sans calcul et sans espoir de récompense. ..pas même cellederorgueil... (ii descend) car pour toute consolation ma conscience me disait : — Eh! bien quoi... tu fais ton de voir d'homme!... La belle affaire !
Il passe à gauche.
Il y a devoir et devoir, monsieur, et si le sacrifice est louable à travailler au salut de ce misérable cor|)S... combien ne l'est-il pas davantage à souifrir pour celui de l'âme !
* Robert, Zoé, Plantr^se, Agathe, Pélagie, Séraphine, le baron.
PLANTROSE.
Ce misérable corps, madame, est bien heureux que tout le monde ne raisonne' pas de même, et si jamais vous devcaiez enragée...
PELAGIE qui à repris sa place.
Nos prières la guériraient, monsieur, mieux que vos sales herbes !
PLANTROSE, gaiement.
Eti bien ! de bonne foi, niadcmoiselle, comment voulezvous que les médecins soient pour vous ?
ZOE, se levant.
Bah! Je parie que je vous cô'..V' rtis, moi, si j'en prends la peine.
PLANTROSE, de même.
Je ne veux pas d'autre directeur que vous, vicomless"; I vous avez une façon de religion mondaine qui court du bal au sermon, et d; s conférences à la marchande de mo les!... C est frétillant, coquet!... votre piété a des queues d'une longueur et des ailes ! ..de la bonne faiseuse !...
ZOÉ, lui servant du sucre.
Vous VOUS moquez de moi ?
PLANTEROSE.
P;n' exemple ! (à demi-voix.) Qui venioz-vous de convenir co matin, à neuf heures, rue Yivienne, sous un voile épais 'î"
ZOÉ , de même.
Vous m'avez vue ?
PLANTROSE, de même.
Oh ! si peu !
ZOE, de même.
Mais une œuvre de cltaiité, monsieur, je vous pricde le croiic !
PLANTROSE, de même.
.le n'en doute pas! — Quelque milheureux à qui vous faites du bien !
ACTIi PREMIER 31
ZOE, lui tournant le dos.
Vous êtes un monstre!
La porte s'ouvre à deux battants. — Chapolard paraît donnant le bras à Sulpice.