‹ Séraphine; comédie en cinq actes (volume 2)Chapitre 87 sur 189 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

zoii.

OIi! collf^-]à, c'osl un volcan !

PÉLAGIE

Et fagoté !

ZOÉ

Ce chapeau noir et rouge, avec des torsades de jais!

SÉ RAPIIINE.

C'est moins ridicule encore que sa fameuse robe ddcollctde du bal de bienfaisance !

PÉLAGIE

Décollotf^e, quelle horreur !

ROBERT, à Plantrôso, tous les deux assis, à gauclio.

Mais non, quand c'est joli !

PLANTROSE.

Veux-tu te taire !

zo É.

Moi, j'étais à côte de la petite Lusignan, qui a l'air d'un bébé !

PELAGIE, aroc nigrour.

Peut-on marier une enfant aussi jeune que cela. C'est indécent !

PLANTROSE, bas à Robert.

Pélag<ifi n'a pas trouvé de mari !

ROBERT, de même.

Je vois bien I

ZOÉ

Et à propos, la grosse vicomtesse ne se remarie donc pas ?

PÉLAGIE

Il est tenps ! on a assez jasé sur ce fameux capitaine!

AGATHE

Oh ! c'est une calomnie!

Si':R.\PHINE, doucpment.

Mais oui ! on calomnie le capitaine !

PLAXTROSE.

Pardon encore! mesdames! sur quoi a-t-il prêché ce soir, le père Anselme?

ZOÉ

Sur la charitô chrétienne !

PLANTROSE.

C'e^t bien ça ! (a part). Voilà comme elles en profitent!

ZOÉ

Au fait, mais vous revoilà, vous, on ne vous voit plus ! je vous croyais reparti po'ir l'Ajyssinie !

PLANTROSE.

J'y pense !

PELAGIE, qui s'est levée, à Plantrôse qui se 1ère pour l'écouter.

Oli ! la belle occasion, monsieur, de fonder là-bas une mission catholique, qui paralyse l'influence anglicane triomphant de Théodoros !

Ah ! c'est bien M., de Plantrôse qui aurait de tels soucis !.., Se faire l'apôtre des idées catholiques au delà des mers, fi donc ! Monsieur, lui, circule en commis-voyageur du progrès... 11 étudie les civilisations exotiques dans leurs rapports avec le lissage du lin et l'élève des vers à soie. Il ne [lorlerait pas aux Abyssins un livre sublime: rfmitalion, qui les rendrait meilleurs : oh I non! il leur porte le savon de la. Société hygiénique qui les rend plus propres!.,. Une théorie moderne.,. Le savon nettoie... donc il moralise!.,, n'fst-cc pas?

PLANTROSE.

C'est mon humble avis !

U va s'adosser à la clieminée.

ZOE

Et qu'avez- vous rapporté en échange, à votre dernier voyage !

PLANTROSE.

Oh ! ne m'en parlez pas, vicomtesse, un tas d'animaux empaillés, dhn-bes et de cailloux.

PÉLAGIE

Des herbes?

PLAMROSE.

Une entre autres, signalée déjà par Rochet d'Héricourt , et qui guérit la morsure des chiens enragés!

ZOÉ

Mais c'est de la pharmacie, ça!

Elle se lève et passe à gauche

PLANTROSE.

Pas autre chose, madame ! que voulez-vous? chacun prend son plaisir où il le trouve! Je n'aurais pas fait quatorze pas pour contrarier Théodoros dans ses convictions... IMais j'ai fait deux cents lieues sous un ciel de feu, au milieu de piaules, de bctes et d'hommes féroces, pour conquérircette malheureuse petite racine. J'y ai gagné une insolation qui m"a mis sur le tlanc pour un mois, en plein désert, avec une fièvre!... et sans autre boisson qu'une eau saumâtre qu'il fallait partager avec ma racine... Et j'ai fait tout cela sans calcul et sans espoir de récompense. ..pas même cellederorgueil... (ii descend) car pour toute consolation ma conscience me disait : — Eh! bien quoi... tu fais ton de voir d'homme!... La belle affaire !

Il passe à gauche.

Il y a devoir et devoir, monsieur, et si le sacrifice est louable à travailler au salut de ce misérable cor|)S... combien ne l'est-il pas davantage à souifrir pour celui de l'âme !

* Robert, Zoé, Plantr^se, Agathe, Pélagie, Séraphine, le baron.

PLANTROSE.

Ce misérable corps, madame, est bien heureux que tout le monde ne raisonne' pas de même, et si jamais vous devcaiez enragée...

PELAGIE qui à repris sa place.

Nos prières la guériraient, monsieur, mieux que vos sales herbes !

PLANTROSE, gaiement.

Eti bien ! de bonne foi, niadcmoiselle, comment voulezvous que les médecins soient pour vous ?

ZOE, se levant.

Bah! Je parie que je vous cô'..V' rtis, moi, si j'en prends la peine.

PLANTROSE, de même.

Je ne veux pas d'autre directeur que vous, vicomless"; I vous avez une façon de religion mondaine qui court du bal au sermon, et d; s conférences à la marchande de mo les!... C est frétillant, coquet!... votre piété a des queues d'une longueur et des ailes ! ..de la bonne faiseuse !...

ZOÉ, lui servant du sucre.

Vous VOUS moquez de moi ?

PLANTEROSE.

P;n' exemple ! (à demi-voix.) Qui venioz-vous de convenir co matin, à neuf heures, rue Yivienne, sous un voile épais 'î"

ZOÉ , de même.

Vous m'avez vue ?

PLANTROSE, de même.

Oh ! si peu !

ZOE, de même.

Mais une œuvre de cltaiité, monsieur, je vous pricde le croiic !

PLANTROSE, de même.

.le n'en doute pas! — Quelque milheureux à qui vous faites du bien !

ACTIi PREMIER 31

ZOE, lui tournant le dos.

Vous êtes un monstre!

La porte s'ouvre à deux battants. — Chapolard paraît donnant le bras à Sulpice.

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